Les carnets du paysage

  • Les îles sont des territoires de projets, politiques, sociaux et économiques. Ce sont des lieux d'une vie singulière. Les Carnets du Paysage n°35 s'interroge sur les possibilités de les préserver, de les entretenir et de les projeter vers le futur, et sur les actions à mettre en oeuvre dans cette perspective. Îles maritimes, mais aussi îles fluviales, voire îles urbaines, mais aussi îles proches et îles lointaines sont analysées dans une perspective à la fois anthropologique, artistique et projectuelle. Ce numéro des Carnets du paysage fait écho à l'exposition, « Le temps de l'île » qui se tiendra au Mucem (Marseille) de juillet à novembre 2019.

  • Ce numéro des Carnets du paysage explore le thème de l'énergie dans deux directions principales. Il s'agit d'abord d'envisager les paysages liés à la production d'énergie. Cette première réflexion montre que la planète recèle une énergie naturelle puissante et parfois dévastatrice, s'exprimant à travers les tremblements de terre, les éruptions volcaniques..., à savoir l'énergie du socle terrestre, dont témoignent certains paysages. C'est à partir de là qu'émerge la seconde direction que ce numéro des Carnets souhaite envisager à savoir la question de l'énergie du paysage, adoptant une dimension peu-têtre plus métaphorique : celle de l'énergie que procure aux hommes la fréquentation des paysages. Espaces sacrés, paganisme : les paysages ruraux, mais parfois aussi les paysages urbains sont parsemés de ces voies, de ces temples, de ces marques diverses qui en font des espaces de spiritualité, de soulagement et d'élévation.

  • Si l'on en croit sa définition classique, le paysage appartient à l'ordre du visible : il "s'étend sous la vue", à l'intérieur ou à l'extérieur d'un cadre. Parler de paysage du dessous, c'est s'interroger sur les conditions non seulement de visibilité mais aussi d'existence du paysage. Pour le voir, il nous faut les imaginer et c'est ce que vont nous permettre les photographies, les dessins, les peintures, les gravures - dont ce numéro est richement pourvu - mais aussi les récits littéraires et les cartes géologiques. Même les représentations les plus fantaisistes sont à considérer pour nous faire comprendre comment nous habitons la Terre. Cet imaginaire-là est constitutif de notre façon d'habiter. Il en va ainsi de certains mythes, comme celui du Grand Silure au Japon qui a longtemps expliqué les tsunamis et les tremblements de terre. Mais on habite aussi véritablement sous terre : les troglodytes, les SDF dans les métros de New York ou de Paris, ou encore dans les sous-sols de Las Vegas.

  • Que peuvent apporter les débats sur les biens communs et le commun à la réflexion sur les paysages aujourd'hui et sur leur fabrication ? Telles sont les questions que Les Carnets du paysage ont souhaité explorer dans ce numéro, qui est aussi un numéro anniversaire : celui des vingt ans de la revue. Les enjeux sont considérables : l'hypothèse qui structure ce numéro est que le paysage non seulement relève des biens communs, mais qu'il constitue en outre un élément décisif dans la reformulation d'une écologie politique.

  • Ces dernières années ont vu la résurgence de la question du chantier, comme espace et moments décisifs du développement du projet de paysage contribuant à en modifier profondément le sens. Ce numéro aborde cette thématique sous l'angle de la réévaluation des métiers du chantier, de la reconnaissance de son espace-temps et de la prise de conscience de sa dimension sociale.

  • L'anthropologie et l'histoire des religions ont mis en relief la place du sacré dans l'organisation de l'espace par les sociétés humaines. Certains paysages, en particulier, peuvent être considérés comme des incarnations, dans l'espace géographique, de cette aspiration au sacré. Les Carnets du paysage n°31 envisage la dialectique du sacré et du paysage sous trois angles complémentaires : le paysage comme incarnation du sacré, la rupture entre sacré et espace paysager et la dialectique au travers du principe de transfert. De la gestion contemporaine des cimetières à la montée des préoccupations écologiques, en passant par certaines formes d'expression de l'art contemporain, on montrera comment certains pans sécularisés de nos sociétés conservent ou reconstruisent un rapport au monde empreint de sacralité.

  • Les Carnets du paysage proposent un dossier sur l'historien et théoricien du paysage américain John Brinckerhoff Jackson (1909-1996), une figure majeure de la pensée paysagère, encore peu connue en France.

  • Ce numéro des Carnets du paysage développe une réflexion sur les déchets, à travers les enjeux éthiques, esthétiques, sociaux, paysagers et environnementaux de cette ressource ambivalente.

  • Ce numéro des Carnets du paysage développe une réflexion sur la musicalité du paysage, tant dans sa composition que dans ses pratiques et représentations.

  • Les Carnets du paysage proposent, dans ce n° 27, Archéologies, d'interroger les rapports entre archéologie et paysage.
    Pour les paysagistes, l'archéologie est à la fois une discipline scientifique dont ils tirent des informations utiles, une interrogation qui surgit régulièrement dans la pratique du projet et une métaphore qui leur permet de penser le passé des sites, qu'ils considèrent et dans lesquels ils interviennent. Les notions de traces, d'archives du terrain ou de palimpseste sont bien souvent présentes dans leurs discours, mais aussi dans ceux des géographes et des historiens. De façon plus générale, la référence à l'archéologie a permis aux paysagistes de thématiser leur relation à la mémoire des sites, ainsi qu'à la diversité des temporalités qui s'y enchevêtrent, dans la perspective d'une plus grande attention portée à la potentialité programmatique que ces sites contiennent. C'est cet univers de propositions théoriques et pratiques issues de l'archéologie que Les Carnets du paysage se proposent d'interroger.
    Il s'agit donc, d'abord, d'analyser les relations, théoriques et pratiques, que les archéologues entretiennent avec les paysages et leur histoire. Comment les archéologues à la fois abordent-ils théoriquement la question du paysage et travaillent-ils concrètement dans les paysages ? Les récents développements de l'archéogéographie ont contribué à redéfinir le champ des interrogations et des enquêtes, et il semble nécessaire d'élaborer et de présenter un état des questions actuellement traversées par les archéologues du paysage. On souhaiterait évoquer, sur quelques «situations» exemplaires («la route», «le végétal», «le territoire», etc.), les questions rencontrées aujourd'hui par les archéologues à propos des paysages.
    Mais, symétriquement à l'archéologie des paysages, il s'agit ensuite de décrire et d'interroger les différentes manières dont les paysagistes sont mobilisés par des questions archéologiques. Comment, par exemple, est-il possible de projeter dans ou à partir de sites archéologiques ? Comment peut-on élaborer les paysages des sites archéologiques eux-mêmes ? Sous quelles formes les archéologues interviennent-ils dans les projets, à différentes échelles ?
    Dans ce numéro, la revue souhaite en outre envisager l'archéologie comme une métaphore utile pour les paysagistes, c'est-à-dire comme un dispositif à la fois mental et pratique qui leur permet de poser la question des temporalités qui traversent les paysages.
    Or, la figure du palimpseste, très - trop ? - souvent mobilisée, doit être actuellement revisitée à la lumière des travaux empiriques et des réflexions théoriques qui ont contribué à remettre en cause les conceptions «linéaires» et «sédimentaires» du temps, utilisées de manière abusive dans l'étude des paysages. On souhaite ainsi mettre en oeuvre et présenter ici une interrogation sur les formes du paysage et leur mode d'historicité.

  • Si tout paysage matérialise, de manière plus ou moins diffuse, comment une population a perçu et exploité son environnement à travers les âges, toute plante cultivée est similairement issue d'un entrecroisement entre l'histoire naturelle et l'histoire humaine du vivant. Les sociétés n'ont cessé de domestiquer, acclimater, multiplier, sélectionner et améliorer les plantes agricoles et horticoles.
    La revue souhaite susciter la réflexion selon trois grandes perspectives.
    La première concerne les plantes cultivées en tant que patrimoine à la fois hérité et constamment transformé. Il s'agit d'aborder les phénomènes de «mode» dans l'emploi paysager des plantes, de questionner les notions de plante banale et de plante rare ou exceptionnelle, en relation avec celles de plante indigène ou exotique, de mettre en évidence certaines dialectiques sociales entre distinction et conformisme, d'évoquer la conservation des variétés cultivées anciennes, qu'elles soient alimentaires ou ornementales.
    Il convient également d'éclairer les relations entre le monde des paysagistes et celui des pépiniéristes, de passer en revue les différentes facettes de cette vaste filière - des créateurs de plantes de collection aux centrales d'achat et fournisseurs de jardineries en grande surface - et de donner directement la parole à certains de ses acteurs, notamment par le biais d'entretiens. Autrement dit, de mieux comprendre les processus qui mènent «de la graine au paysage».
    Enfin, il nous semble souhaitable d'interroger, y compris par le truchement de démarches artistiques et littéraires, les profondes résonances de cette invention des plantes dans l'imaginaire, depuis la fascination exercée par les fleurs «utopiques» et les agrumes «bizarres», en passant par l'étrangeté des «paysages en kit» des zones de production horticole, jusqu'aux alarmes et aux fantasmes générés par les OGM.

  • Du paysage à l'assiette, et de l'assiette au paysage : le n°25 des Carnets du paysage souhaite faire apparaître les liens matériels, symboliques et géographiques qui les unissent en explorant la relation entre les transformations des régimes alimentaires et celles des régimes de production et d'utilisation des paysages.

  • Le dessin de paysage est une façon de prendre connaissance du terrain, d'en dégager les lignes maîtresses et de comprendre l'histoire dont il est issu - une forme d'invention sans cesse renouvelée pour le décrire et en extraire les potentialités.

  • Si nos sociétés contemporaines sont traversées par les mobilités les plus diverses, notre époque se caractérise par le développement des déplacements «contraints». Des populations doivent en effet quitter leurs lieux et leurs paysages d'origine à cause des conflits inter- et intra-nationaux et territoriaux, de la misère économique, mais aussi par suite des modifications environnementales considérables que connaît aujourd'hui la planète (réchauffement climatique, montée des eaux, pollutions, accidents nucléaires.). La Terre est sillonnée de populations de réfugiés plus ou moins chassés, orientés, parqués, contrôlés, administrés par un système mondial de politique d'assistance à la misère des peuples. Nous vivons l'époque des migrations.
    Les Carnets du paysage souhaitent ouvrir l'enquête sur les impacts de ces migrations contraintes dans les paysages, à la fois matériels et représentés, éprouvés. Ces phénomènes contribuent à modifier, voire à déséquilibrer de façon majeure les organisations et les dynamiques spatiales, ainsi que les structures paysagères des lieux de départ, de transit et d'arrivée.
    Comment les paysages et leurs habitants réagissent-ils à l'impact des migrations, et sous quelles formes ? Que deviennent les paysages quittés ? Que fait-on des paysages traversés ? Qu'est-ce que ces introductions massives de populations provoquent dans les lieux d'arrivée ? Comment sont créés, ou recréés, des univers paysagers dans les lieux d'accueil ? Qu'en est-il des paysages des camps dits d'accueil et de transit, des camps de réfugiés ? Comment les «autorités», mais aussi les architectes et les paysagistes sont-ils impliqués dans ces questions ? Sous la forme de quels projets ?
    Ce numéro accueille des contributions s'appuyant sur des études de cas (Yann Lafolie sur l'Atelier solidaire à Lille, Nadine Cattan sur les femmes srilankaises à Beyrouth, Léa Hommage sur la pratique nomade et l'espace urbain à Ulaanbaatar en Mongolie, Bruno Hervé sur le déplacement d'un village au Pérou, Frédéric Pousin sur Garrett Eckbo, Bruno Laperche sur un observatoire palestinien des paysages, Anne-Christine Habbard sur la Partition de l'Inde et du Pakistan, Isabel Lopes Cardoso sur les discours sur le paysage au Portugal), et d'autres interrogeant la mobilité comme phénomène social et politique contemporain (Étienne Tassin à travers la notion de «condition migrante», Michel Agier de «paysage global» des camps, Barbara Bender de «Landscapes on-the-move», Vilém Flusser de «philosophie de l'émigration», François Gemenne de «paysage migratoire»).

  • Depuis très longtemps, du moins dans la culture moderne occidentale, la montagne est considérée comme une origine du paysage. L'expérience physique de l'ascension, ses difficultés, ses dangers et ses bonheurs sensibles ont contribué à faire de la montagne un lieu privilégié de l'apparition d'un rapport esthétique, spirituel, paysager à la nature, à l'espace, au monde terrestre. Mais qu'en est-il aujourd'hui de cette sensibilité paysagère propre à l'expérience de la montagne ? Qu'est devenue la montagne, dans sa réalité effective aussi bien que dans les expériences dont elle est le théâtre, par-delà les images et les représentations que l'art, la science, le tourisme de masse, la décision politique ont plaqué sur elle ? Les modifications géomorphologiques et climatiques, l'histoire et la géographie des transformations territoriales, l'évolution des représentations esthétiques et plus largement culturelles, font de la montagne un paysage en perpétuel écart par rapport à une hypothétique valeur de permanence qui lui serait attachée. Les montagnes bougent continûment sous les regards et les pieds de ceux qui veulent les capter ; il y a de l'irreprésentable. Comment alors retenir, dans les images et dans les mots, ce qui court et fuit ainsi constamment devant les yeux ? Comment prolonger la puissance polysensorielle de l'expérience corporelle de la montagne ? Les montagnes sont aussi des espaces et des territoires. Or la géographie montagnarde, physique et humaine, a été profondément modifiée par les nouveaux usages de loisirs, le développement des transports, la densification des réseaux urbains, le retrait des trames agricoles et des pratiques pastorales. Les montagnes sont aujourd'hui des territoires où se déploient des intentions et des intérêts très variés, qui nécessitent de permanentes négociations. La question qui se pose aujourd'hui est celle de la possibilité d'un projet collectif pour la montagne, articulant les dimensions existentielles, esthétiques, culturelles, économiques, politiques et environnementales. Ce numéro réunit quatre ensembles de contributions. - Le premier, «Expériences», rassemble des témoignages, sur des modes différents : la contemplation, la course à pied, l'escalade, le souvenir. Ce sont des expériences singulières qui cherchent à se dire et à restituer la vigueur du milieu montagnard. - Le second, «Représentations», interroge différentes manières dont l'image de la montagne a été élaborée et diffusée, jusqu'au moment où, peut-être aujourd'hui, la montagne disparaît, recouverte par les images projetées sur elles.
    - Le troisième, «Ville et montagne», cherche à rendre compte de l'un des enjeux les plus significatifs de la question de la montagne aujourd'hui : le développement des villes. Loin d'être restés à l'écart du mouvement d'urbanisation généralisée, les espaces montagnards sont soumis à des multiples pressions urbaines et aux réorganisations territoriales qu'elles imposent. Mais symétriquement, la figure ou la présence de la montagne sont devenues des éléments-clés dans les stratégies patrimoniales, environnementales et identitaires de certaines métropoles.
    - Le quatrième, «Projets», a pour ambition de présenter quelques réalisations et propositions significatives de paysagistes et d'aménageurs ayant pris le parti de la montagne.

  • Cette livraison des Carnets du paysage propose d'interroger la relation entre l'homme et l'animal. On y explore les façons dont nous coexistons avec les animaux, dont nos milieux communiquent, se croisent, se superposent ou entrent en conflit, mais aussi quels sont les enjeux et les effets de ces rencontres sur notre propre humanité, sur l'environnement, les paysages, leurs façonnements et évolutions.
    Le numéro se décline en trois ensembles :
    - «Croisées», du point de vue de l'homme, tour à tour philosophe, artiste, anthropologue, naturaliste, dans sa relation à l'animal, au sein de la nature, à l'affût, à travers le prisme de l'histoire, de la biologie ou de l'écologie.
    - «Trajectoires», du point de vue de l'animal, ses traces, ses comportements, ses mouvements, ses trajectoires, et la façon dont l'homme les appréhende, les interprète, pour y donner un sens - artistique, littéraire, scientifique, géographique.
    - «Histoires», autour du zoo, un espace singulier de mise en scène et de cohabitation, soulignant le poids symbolique, culturel et social, des animaux, et sa traduction dans le paysage.
    Des contributions artistiques ponctuent les différents articles : des planches de Suzanne Doppelt et François Matton, des dessins d'Alain Freytet, des photographies de Jean-Luc Mylayne et de Thibaut Cuisset, des aquarelles de Pierre Alféri.
    Les animaux ont suggéré aux humains une infinité d'images, de fables et de mythes ; mais la domestication de certains d'entre eux, ou leur exploitation industrielle, est désormais naturelle, entérinée. Ce processus est profondément marqué par le passage «de la confiance à la domination», selon Tim Ingold, qui étudie les relations homme/animal dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs et de pasteurs.
    À la fois omniprésents et dissimulés à nos regards, les animaux contribuent à la connaissance de notre vie, de notre biologie, et servent depuis toujours à fabriquer le paysage que nous habitons. Ils forment un univers fourmillant d'acteurs et de bio-indicateurs qui participent pleinement du «brassage planétaire», comme le définit Gilles Clément.
    Nos entrevues avec les animaux sont rares. Jakob von Uexküll analyse cette notion de territoire animal, et cette relation entre milieux animaux et milieux humains. Il faut avoir recours à des stratégies particulières pour favoriser la rencontre: l'affût, évoqué par Jean-Luc Brisson; le retour à la nature, raconté par Gilles A. Tiberghien; le suivi des traces animales, des «voies», tel que l'imagine Jean-Christophe Bailly.
    Une fréquentation plus étroite peut nous dévoiler des strates et des disponibilités de l'espace qui se redistribuent avec de nouvelles logiques (spatiales, écologiques, paysagères). C'est le cas des abeilles (essaimage expérimenté par Alice Broillard) ou des papillons (voyage géopoétique du Vecteur monarque de Daniel Canty et Patrick Beaulieu). La confrontation avec les animaux est éminemment culturelle. Il s'agit dans bien des cas de se laisser guider devant autant de mises en scène différentes que d'idéologies et de représentations qui les produisent. Particulièrement au zoo, où la conception et l'aménagement ont évolué en même temps que le regard porté par les hommes sur les animaux.

  • Cette livraison des Carnets du paysage interroge la cartographie avec deux objectifs : rendre compte des différents types d'utilisation que les paysagistes font ou pourraient faire de la cartographie; témoigner de la vitalité des recherches, des réflexions, des propositions concernant la cartographie dans des domaines aussi divers que l'histoire de l'urbanisme et des territoires, les arts visuels ou la théorie de la connaissance. Il n'y a donc pas une cartographie, mais des cartographies et des pratiques cartographiques très diverses.
    La carte est désormais considérée moins comme une image transparente des réalités territoriales que comme un discours plus ou moins opaque à leur sujet, un discours dans lequel s'insèrent et s'expriment des enjeux de pouvoir politique, économique, culturel, et où ce qui se reflète est moins le territoire lui-même que l'interprétation qui en est faite par un groupe social ou un groupe d'acteurs, en fonction de leurs représentations, de leurs intérêts, et de leurs projets. On n'envisage plus seulement «la» carte comme objet unique, seul porteur d'une vérité du territoire, et on ne l'étudie plus sans la relier aux pratiques et aux intentions de ses auteurs et de ses destinataires, plus généralement aux contextes pragmatiques de sa production, de sa circulation et de sa consommation.
    Dans ce numéro, on trouvera donc des contributions qui interrogent, à la fois dans le passé et dans le monde contemporain, les relations entre les cartes et les paysages, littoraux, ruraux et urbains. L'ouvrage présente également des expériences pédagogiques et projectuelles, ainsi qu'un entretien avec Jacques Sgard concernant les pratiques cartographiques des paysagistes. Enfin, ce numéro propose une anthologie de cartes réalisées par des artistes et par des paysagistes, des cartes dont les apparences et les finalités, extrêmement diversifiées, illustrent parfaitement l'extraordinaire inventivité plastique dont la cartographie a été le prétexte et le support depuis quelques années.
    Toute carte instaure un monde autant qu'elle le révèle. Elle peut conduire à la rêverie ou à l'exploration, alors même qu'elle revêt les apparences les plus austères de la «science».
    Elle signale en tout cas que le réel et l'imaginaire sont des provinces parentes dans le pays de la vérité, et qu'au bout du compte les cartes d'artistes en disent tout autant, quoique d'une autre manière, sur l'imagination géographique d'une culture, que les productions les plus rigoureuses de la cartographie scientifique ou que les propositions les plus audacieuses des paysagistes. C'est ce dont ce numéro des Carnets du paysage témoigne.

  • Les Carnets du paysage interrogent la figure de l'ingénieur, son histoire et les types de compétences qu'elle a permis de faire émerger, afin de mieux comprendre l'originalité de son action sur le paysage. Les paysages modernes, en effet, ont été en partie façonnés par l'action des ingénieurs. En témoignent les ouvrages d'art, barrages, ponts, routes, autoroutes, centrales électriques et nucléaires, et les champs d'éoliennes d'aujourd'hui. De même, les ingénieurs agronomes ont contribué à modeler la campagne : remembrement, cultures intensives, techniques agricoles en prise avec une sphère économique de plus en plus élargie.
    Mais l'ingénieur doit être également rapporté à son contexte historique et social, et appréhendé dans son interaction avec les autres acteurs du paysage. De même son action doit-elle être envisagée dans la multiplicité de ses aspects. Cette livraison des Carnets du paysage s'arrête à quelques moments historiques privilégiés dans lesquels se sont noués les rapports des ingénieurs au paysage, à travers leur frottement à d'autres savoirs et savoir-faire. La parole est également donnée à de nombreux paysagistes pour témoigner de leur vision et de leur expérience de collaboration avec le monde des ingénieurs. Au-delà de la diversité des convictions et des stratégies développées par chacun, tous relèvent un geste constitutif de la compétence projectuelle des paysagistes : déplacer le regard.

  • Les bouleversements climatiques que nous connaissons aujourd'hui ont des conséquences sur les paysages et leur devenir.
    Dans ce contexte, les carnets du paysage ont choisi d'explorer la question des impacts de ces modifications multiples sur notre manière de percevoir et surtout de transformer les paysages. comment le changement climatique peut-il affecter la façon dont tes paysages se fabriquent, en quoi les paysagistes, les aménageurs, les responsables politiques vont-ils intégrer cette nouvelle donne à laquelle ils devront et doivent déjà faire face ? autrement dit, comment projeter et gouverner à court et à long terme le paysage, cet être en perpétuel devenir, en fonction des désordres et des déséquilibres que de tels phénomènes suscitent, qu'ils soient environnementaux, sociaux, géopolitiques, voire juridiques ? comment agir sur le paysage sous de nouveaux climats ? l'objectif de ce dossier est d'attirer l'attention sur un certain nombre de démarches en cours, sur des solutions actuellement expérimentées et sur les mutations dans les pratiques et les représentations paysagères qui peuvent déjà être observées, tout comme sur tes enjeux plus théoriques qui apparaissent ainsi soulevés : projeter le paysage, c'est aussi anticiper sur le futur.

  • Cosmogonie, orientation et paysage des Esquimaux / Michel Perrot ; L'Oreille pour oeil / Hervé Chardine ; Paysages de poche / Anne-Sophie Perrot-Nani ; Sables-d'Or-les-Pins et l'urbanisme balnéaire français / Roland Vidal ; Chimère, un parcours du territoire au jardin / Arnaus Hug ; Forme et projet / Gilles A. Tiberghien ; Petit précis des terrains vagues / Gabriel Chauvel & Marc Rumelhart ; Elévation / Myriam Dao ; Eléments pour une géographie paysagiste / Claudio Ferrata ; Le projet Biodôme / Franck Michel ; Rephotographier les paysages flamands en transformation, 1904-2004 / Bruno Notteboom & Pieter Uyttenhove ; Le Domaine de Saint Privat / Alexandre Petzold ; La Chose est air / Gloria Ferreira ; Influence de la peinture de paysage sur l'étude de la nature / Alexandre de Humboldt.

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