Klincksieck

  • Dans le champ de la recherche sur les jardins, il est souvent question des jardins « à la française » ou bien des jardins « à l'anglaise ». Les jardins allemands sont quant à eux bien souvent passés sous silence, au pire totalement méconnus, au mieux soupçonnés de n'avoir existé que comme imitation des premiers puis des seconds. S'en tenir à ce constat revient à méconnaître toute la période extrêmement stimulante et productive de l'art paysager allemand, qui est celle qui s'étend de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, où l'art des jardins allemands s'émancipa peu à peu de la tutelle anglaise des débuts pour développer ses propres principes.
    C'est de la volonté de faire connaître à un large public ce pan de l'histoire des jardins allemands qu'est née l'idée de ce volume intitulé Esthétique du jardin paysager allemand -XVIIIe- XIXe siècle, qui se présente sous la forme d'une anthologie de textes de nature théorique, descriptive et pratique n'ayant pour la plupart jamais été traduits auparavant en français. Tous représentent un aspect du contexte dans lequel cette discipline s'est développée en étant précédés d'un bref préambule biographique de leurs auteurs qu'ils soient philosophes, jardiniers ou amateurs de jardins.
    L'articulation de l'ouvrage en trois sections est établie en posant un cadre d'analyse qui cherche à préciser dans un premier chapitre, Penser le jardin paysager, la conjoncture dans laquelle l'art du jardin paysager est apparu en Allemagne, la spécificité de la réflexion conceptuelle allemande et les enjeux philosophiques et esthétiques qui s'y rattachent, tout au long d'une période qui a vu la création de quantités de parcs dont, ceux fameux, de Wörlitz à Dessau et de Wilhelmshöhe à Cassel, classés au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.
    D'où le parti qui a consisté dans un deuxième chapitre intitulé Arpenter, voir et décrire le jardin paysager à se concentrer sur un certain nombre d'entre eux, les plus renommés, et cela en prenant appui sur un corpus documentaire les concernant dans le dessein de fournir au lecteur le maximum d'informations historiques s'y rapportant.
    Un troisième chapitre Concevoir et créer le jardin paysager, cherche à montrer comment sont affrontées toutes les questions pratiques relatives à la réalité de l'aménagement d'un jardin paysager, allant des choix techniques aux considérations sur la couleur et la provenance des végétaux, preuve d'un savoir-faire jardinier toujours renouvelé.
    Ainsi cet ouvrage est-il une synthèse cohérente établie sur une démarcation entre les questions posées par la théorie et les problèmes soulevés par la pratique qui ne pouvaient s'envisager sans prendre en compte un ensemble documentaire de descriptions de divers parcs paysagers : le lecteur devant toujours avoir présent à l'esprit ces parcs eux-mêmes. À cet égard, les photographies de chacun d'eux dans lesquels Ferdinand von Luckner, bien connu pour ses ouvrages photographiques de jardins, a été amené à poursuivre librement une exploration visuelle, servent d'aide-mémoire. Elles en favorisent l'approche dans leur état actuel en offrant implicitement la possibilité d'une réflexion sur le subtil rapport dialectique entre le passé et le présent, et sur les transformations qu'au fil des ans ils ont inévitablement subis.
    Pour autant le choix de ceux-ci ne relève pas de quelque arbitraire : leur dispersion à l'échelle du pays, la persistance de leur caractère original, la connaissance personnelle que les auteurs en avaient, précisant le contenu de ce qu'ils donnent à lire non moins que suivis d'une notice résumant la carrière sont quelques-unes des considérations ayant présidé à leur présence dans cet ouvrage totalement novateur non seulement en France, mais aussi en Allemagne où une telle anthologie n'existe pas bien que la littérature scientifique relative à l'art paysager y soit un champ de recherche aujourd'hui largement développé.

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