Officina

  • Le catalogue illustre la genèse de la Renaissance à Florence, essentiellement à travers des chefs-d'oeuvre de la sculpture : c'est la forme d'art qui, la première, en a été l'interprète.
    Après la redécouverte de l'Antiquité, entre le XIIIe et le XIVe siècle, - avec Nicola Pisano, Arnolfo di Cambio et leurs épigones - et après l'assimilation de la richesse expressive du Gothique, au début du xve siècle, les reliefs du Sacrifice d'Isaac de Lorenzo Ghiberti et Filippo Brunelleschi, vainqueurs du concours pour la seconde porte du Baptistère, et la maquette de la Coupole de Santa Maria del Fiore, marquent le début de la Renaissance et ouvrent le parcours de l'exposition à proprement parler.
    En cette période, les succès politiques de la République florentine, sa puissance économique et la paix sociale, favorisent la diffusion, dans les écrits des grands humanistes du mythe de Florence, héritière de la République romaine et modèle pour les autres États italiens. La sculpture publique monumentale de Donatello, Ghiberti, Nanni di Banco, pour la Cathédrale et pour Orsanmichele, révèle la «révolution» culturelle qui s'est produite et qui, également, influence considérablement la peinture et les arts décoratifs. D'autres thèmes de l'Antiquité classique (du monument équestre au tombeau humaniste, au thème ludique des «spiritelli», au buste-portrait) sont adoptés et transformés dans un nouveau langage sculptural.
    En dix sections thématiques, les essais, les notices, les nombreuses illustrations et la bibliographie détaillée font de ce catalogue un ouvrage essentiel d'étude et d'approfondissement d'une période essentielle marqauant les débuts de l'art moderne.

  • En Occident, depuis la haute Antiquité, il existe des hommes masqués. Le masque cache le visage au profit de son double et cette occultation porte une révélation. Il donne forme au mystère. Il est un simulacre qui va à l'essentiel.
    Il appartient au registre du sacré comme à celui du profane, à la vérité comme à la vanité, à la réalité comme à la fiction. Il épouvante et séduit, imite et trompe. On dira ici - avec les oeuvres du Louvre enrichies par des prêts à d'autres grands fonds (notamment, de la Bibliothèque nationale de France et du musée Carnavalet) - son rôle religieux dans le théâtre grec, sa force expressive, ludique et quelque peu diabolique dans la fête, le bal ou la comédie italienne, son empreinte funèbre au lit de mort et sa force pérenne et protectrice au tombeau. On dira aussi sa duplicité dans le monde de l'allégorie, sans négliger sa représentation inscrite dans l'ornement, le mascaron, qui ne semble rien d'autre qu'un avatar de la tête de la Gorgone coupée par Persée et placée sur les armes d'Athéna pour y conserver son pouvoir sidérant.
    Ainsi, l'exposition s'attachera à évoquer la fonction paradoxale du masque, emblème de l'illusion, celle qui consiste à « dérober et produire un double ».
    Le théâtre, la mort, le masque de la Gorgone, le mascaron répondent aux différentes significations que l'on a tenté de prêter au masque : le visage de la sorcière destiné à faire peur, celui de l'acteur masqué, celui du masque lui-même dans le théâtre grec, celui qui permet de se cacher ou de se mêler à la fête, ou simplement de « faire un masque » en barbouillant de noir son ennemi.
    Chacune de ces sections, mêlant les photographies, les masques antiques, les pièces de la Renaissance et celles de l'âge baroque, les dessins, les estampes et les peintures, propose des désignations fragmentaires des liens qui unissent entre eux ces objets dispersés et les images qui en ont été conservées.
    La place que le masque occupe dans le théâtre, le ballet de cour et la mascarade constitue la première partie de cette présentation. Elle s'ouvre avec l'évocation de Dionysos, le dieu-masque, celle des acteurs et de leurs masques dans la Grèce ancienne, et se poursuit avec des feuilles rares de la Renaissance française, des projets de costumes du xviie siècle, une suite d'estampes de Callot, les Balli di Sfessania. Le théâtre de la comédie italienne est évoqué avec la peinture de Gillot, Les Deux Carrosses, et deux dessins du même artiste. Le passage du masque au portrait et du portrait au mascaron se laisse percevoir à travers la double représentation du visage marqué par la mort. À une sélection de masques funéraires présentés en vitrine, font face plusieurs interprétations de la Gorgone, qui peut donner la mort à ceux qui soutiennent sa vue, et devient ensuite l'arme magique d'Athéna. Vue « en course agenouillée », ou fixée au bouclier de la déesse, elle se présente comme un visage immobilisé, pétrifié, qui peut être compris comme une amorce de la stylisation du mascaron.
    Ce motif, celui du masque de la Gorgone, est retenu pour son pouvoir magique. Sous une forme dérivée, on le voit accompagner la transformation imperceptible du visage humain pour le plier vers l'arabesque, le décor végétal, les formes hybrides, créant ainsi une « bizarrerie », qui va s'insérer dans l'architecture et le décor, trouver sa place, parfois ironique, parfois burlesque, souvent macabre dans les planches d'ornement que nous ont laissées les maîtres du xvie siècle et ceux des siècles qui ont suivi.

  • De nombreuses expositions ont mis en scène la Rome fastueuse et virtuose du xviie siècle, héritière de l'Antiquité, au service du pouvoir triomphal des Papes. Mais l'exposition « Bas-fonds du Baroque. Rome des vices, de la misère et des excès », qui présente environ soixante-dix oeuvres créées à Rome durant la première moitié du Seicento, montre, pour la première fois, l'envers du décor de cette Rome splendide : non plus la Rome du « beau idéal », mais celle « d'après nature ». Car cette autre Rome - la Rome « grossière et commune », celle des vices, de la misère et des excès - fut à l'origine d'une production artistique inédite et stupéfiante, tant par sa diversité, ses paradoxes et ses inventions.
    Produit par l'Académie de France à Rome - Villa Médicis et Paris Musées - Le Petit Palais - Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris, l'exposition présente tableaux, dessins et estampes d'artistes italiens (le Caravage, Manfredi), français (le Lorraine, Vouet), hollandais (van Baburen), flamands (Miel) et espagnols (Ribera).

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