Pu De Paris-sorbonne

  • Malgré les progrès constants de l'écrit, les sociétés latines, byzantines ou musulmanes du Moyen Âge restent très largement dominées par l'oral et les sons. La voix tient un rôle primordial au sein d'un paysage sonore dont l'étude a récemment bénéficié d'un regain historiographique et du croisement interdisciplinaire avec l'anthropologie, la musicologie, l'archéologie, l'architecture, l'art ou la littérature.

    Le 50e congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a ainsi voulu mieux comprendre la production, les usages, la définition et les contextes d'emploi de la voix, plongée dans des configurations engageant autant la parole, le discours, la déclamation que le chant ou, à l'inverse, le silence ou la voix intériorisée. Les contributions s'intéressent à la présence et aux marques d'oralité dans l'écrit, à la musique et à sa "fabrique", aux paysages sonores, aux cris et émotions, aux rythmes, à la scansion et à la cantillation..., bref à tous les contextes et prétextes qui produisent la voix, l'accompagnent ou la mettent en scène, et à ce qui est reproduit, proféré, clamé ou tu par elle.

    Vingt ans après la rencontre de Gottingen, le congrès de Francfort rappelle également l'importance des échanges universitaires et historiographiques franco-allemands dans une ville profondément européenne et au riche passé historique.

  • Les sociétés médiévales accordent une grande importance à la culture de l'obéissance, au respect de la tradition et au principe hiérarchique. Mais elles sont aussi régulièrement secouées par toutes sortes de rébellions, de dissidences ou de révoltes, voire par de véritables révolutions. Ces différentes figures de la contestation ont constitué un domaine de recherche majeur dans les années 1960-1970, porté par les vents de l'époque, avant d'être délaissés ou traités de façon plus parcellaire. À l'heure où les nouvelles recherches sur l'hérésie revisitent les rapports entre désobéissance et rébellion, où l'histoire intellectuelle réexamine la destinée de figures contestataires et où les grandes révoltes paysannes, urbaines ou nobiliaires suscitent un net regain d'intérêt, il convenait de rouvrir le dossier, sans nécessairement évoquer l'anniversaire de la Jacquerie paysanne de 1358, ni l'actualité brûlante du mouvement des « gilets jaunes ». C'est ce qu'a entrepris le XLIXe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public, réuni à Rennes en 2018. Les études rassemblées dans ce volume explorent ainsi tour à tour la manière dont les sociétés latines, byzantines ou musulmanes du Moyen Âge ont dit et défini les contestations, les motifs variés qui animaient dissidents ou révoltés, et les formes que prit la remise en cause de l'ordre établi, avant de s'interroger sur la fin des contestations et leurs effets par-delà leur dénouement souvent tragique et leur mémoire dissonante.

  • Si l'urbanisme, comme discipline, s'est constitué au 20e siècle, les mouvements sociaux qui remettent en cause l'aménagement urbain ont une histoire beaucoup plus longue. Ce livre s'attache aux multiples formes de mobilisations collectives qui depuis le Moyen ge ont pris la ville, ou à une autre échelle la région ou le quartier, comme objet. A partir d'études de cas concrets, des Pays-Bas médiévaux à la Marseille d'aujourd'hui, ce livre cerne les relations sociales qui s'élaborent lorsque des groupes voient leur espace matériel se modifier, soit qu'ils s'opposent aux changements, soit qu'ils s'engagent en faveur de transformations alternatives.
    En prêtant attention à la variété des cadres d'expériences des protagonistes et à celle de leurs répertoires d'action, de la consultation à la prise d'armes, ce livre cherche aussi à historiciser les résistances aux gestes de " modernisation " des pouvoirs publics. Ce faisant, il éclaire la question de la participation, versant institutionnalisé de l'implication des populations dans l'aménagement urbain.
    Il s'efforce d'en restituer les contextes concrets et leurs évolutions suivant trois grandes interrogations : qu'est ce qu'un processus de politisation ? Comment s'articulent les différents intérêts en jeu, individuels ou collectifs ? Les " grands travaux " sont-ils susceptibles d'une approche complexe, attentive aux transformations sociales qu'ils engendrent ou accompagnent ?

  • Banal et quotidien, l'arbre est lui-même substance vivante, mais il est aussi un symbole très puissant : celui, fondamental, de la continuelle régénérescence du monde vivant ; celui, tout autant prégnant dans l'histoire, de la transcendance qu'il évoque par sa verticalité permettant des relations souterraines, terrestres et célestes.
    L'arbre a, par ailleurs, le privilège d'être en relation avec les quatre éléments : l'eau de sa sève, la terre où il plonge ses racines, l'air dans lequel baigne sa cime, le feu qui jaillit quand on frotte deux morceaux de son bois. Il exprime ainsi de manière emblématique le désir de relation qui existe entre l'homme et la divinité aussi bien que celui d'unité qui régit l'harmonie du cosmos. Les auteurs ont privilégié deux approches.
    L'une plutôt littéraire : des manuscrits médiévaux aux écritures de l'arbre-livre, les métaphores de l'arbre dans la poétique littéraire sont passées en revue, de même que la présence et les représentations de l'arbre dans la littérature et dans les arts. L'autre plutôt historique et anthropologique : au coeur du folklore, des sciences et de la religion, l'arbre, véritable motif culturel, évolue en parallèle avec l'histoire des mentalités dans des parcours tourmentés.

  • La Revue d'histoire maritime publie des numéros thématiques qui ont pour but de susciter des recherches nouvelles ou de proposer des synthèses inédites.

    Dans ce numéro, il s'agit de montrer quels ont été les rapports et trafics maritimes entre la Méditerranée et l'Atlantique. L'une des grandes nouveautés est la mise en valeur de l'arrivée des flottes nordiques en Méditerranée, mais aussi de navires venant du Nord-Ouest français. Il s'y ajoute la première étude systématique de l'arrivée des ressortissants des jeunes États-Unis dans la mer Intérieure. Deux autres grandes nouveautés sont, d'une part, la mise en valeur de la pénétration génoise dans les pays du Rio de la Plata à la fin du XVIIIe siècle, et, d'autre part, l'accent mis sur la participation de la Catalogne aux trafics atlantiques. Marseille et Cadix, enfin, sont l'objet de recherches inédites, ce à quoi s'ajoute une étude neuve du rôle de Lyon dans le commerce colonial du xviiie siècle.

  • Est le cas de cet ensemble de 12 contributions consacrées à l'histoire des pêches et pêcheries en Europe occidentale depuis la fin du Moyen Âge. Ce numéro, conçu et dirigé par Gérard Le Bouédec et Thierry Sauzeau, fait une très large place à l'histoire des pêches en France aux XIXe et XXe siècles ce qui n'était guère connu que des milieux spécialisés.
    Deux éclairages sur les pêches hollandaises ouvrent les horizons, cependant qu'une étude de l'archéologie des pièges à poissons bretons nous montre comment depuis les temps les plus reculés l'ingéniosité humaine a su mettre au point des procédés finalement très élaborés. La nouveauté de ces 12 contributions s'accompagne de 3 articles de Varia qui méritent le même qualificatif. L'un est consacré à la refondation de la défense de nos colonies après la guerre de Sept ans ; un second au caractère " improbable " de la création de Lorient, qui pourtant s'est toujours maintenu.
    Enfin, les lecteurs découvriront ce qu'étaient Corfou et les îles Ioniennes (l'Heptanèse) et leurs relations avec Malte entre 1809 et 1814, au temps de la domination britannique.

  • Surveys et rapports préliminaires, archéozoologie et céramologie, études architecturales et publications d'objets, matériaux épigraphiques et analyses de textes, collections de musées et études d'iconographie, synthèses historiques enfin. du Néolithique nilotique jusqu'au XXe siècle levantin : voici la matière de l'hommage rendu ici à Patrice Lenoble.

    Autour de la Section française de la Direction des Antiquités du Soudan et de l'Institut français du Proche-Orient, des spécialistes de l'histoire antique du Soudan, du Liban, de la Jordanie et des pays voisins - épigraphistes, archéologues et historiens - ont convoqué les différentes techniques documentaires des sciences de l'Antiquité à la mémoire de leur collègue. C'est dans ces trois pays entre Corne de l'Afrique et Croissant fertile, en effet, qu'il a travaillé à écrire plusieurs chapitres de l'histoire des derniers siècles du paganisme. Ce livre est à l'image de la curiosité vaste et maîtrisée qui séduisait tant chez l'archéologue.

  • La prédation est une réalité incontournable des sociétés du haut Moyen Age. Que l'on pense au sac de Rome par les Wisigoths en 410, au récit du vase de Soissons, aux déprédations vikings des IXe et Xe siècles, ou encore aux razzias incessantes de la guerre féodale, l'histoire de ce temps est traversée de pillages, de captures, de prélèvements de tributs effectués par la force. Associées pendant longtemps à une conception négative du Moyen Age, ces pratiques ont peu intéressé les chercheurs.
    Tout au plus s'y est-on parfois penché de manière biaisée, par exemple en étudiant les conséquences des déprédations vikings, hongroises ou sarrasines sur l'Occident chrétien. Cela revenait implicitement à enfermer certaines sociétés, comme les Scandinaves, dans leur dimension prédatrice, alors que l'Occident chrétien ne pouvait être pensé, selon le contexte, que dans le rôle de victime ou de conquérant.
    Considérée depuis quelques décennies dans une autre perspective, la prédation est désormais envisagée comme un phénomène économique, politique, social et culturel. Abordant les questions aussi diverses que les formes de partage du butin, la place de la prédation dans la circulation des richesses, l'insertion des captifs de guerre dans les économies locales ou dans les circuits du commerce d'esclaves, l'importance de la prédation dans le fonctionnement du pouvoir, ou encore la manière dont ces sociétés légitiment la pratique prédatrice, cet ouvrage apporte un éclairage nouveau sur cette pratique.

  • Pourquoi détourner un objet de sa fonction initiale ? Comment valoriser des déchets inutiles ? Pour quelles raisons transformer des thermes en nécropole, un habitat en église paléochrétienne, un sanctuaire païen en carrière de pierre ? Telles sont quelques-unes des questions posées dans cet ouvrage collectif, publié en hommage à Françoise Dumasy, professeur émérite d'archéologie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

    Destruction, remploi, recyclage et reconversion sont les mots clés des travaux présentés ici par dix auteurs qui, pour la plupart, ont participé aux journées d'études sur ces thèmes dans le cadre du groupe "Mondes antiques et médiévaux" de l'HiCSA.

    La première partie de l'ouvrage aborde la métamorphose des objets, à partir de trois cas d'étude : la tuile, l'amphore et la scorie. Dans la deuxième partie est examinée la métamorphose des lieux, à l'échelle d'une villa, d'un quartier ou d'une agglomération antiques, dont les évolutions sont suivies jusqu'au Moyen Age. Une place de choix est faite à la Gaule romaine, mais d'autres zones sont abordées dans l'Occident romain, en passant par la vallée du Jourdain. Qu'elles relèvent de choix techniques, logistiques, économiques ou sociétaux, ces mutations illustrent bien les savoir-faire, les capacités d'adaptation et les mentalités des constructeurs de ces périodes.

    Ont contribué à cet ouvrage : Taisir Al Halabi, Jean Andreau, Olivier Blin, Laurence Brissaud, Mathieu Brisson, Jean-Philippe Carrié, Hélène Dessales, Laure Laüt, Jean-Juc Prisset, Didier Vermeersch.

  • Comment écrire l'histoire animale, c'est-à-dire du côté des animaux ?
    Cette interrogation en amène aussitôt une seconde : cette histoire animale, avec quels documents la bâtir ? L'expérience montre que la question des sources et de leur traitement est l'obstacle premier à une approche animale, l'aspect qui, avec le croisement disciplinaire, intimide le plus les chercheurs volontaires. Cette affaire forme déjà barrage pour les disciplines aux documents imposés, contraints, restreints comme l'archéozoologie, la génétique historique, l'histoire, la littérature qui, souvent, sont obligées d'adapter leur démarche à ce qui reste. Mais, même les disciplines comme l'ethnologie ou la sociologie, qui construisent d'abord leur problématique, leur épistémologie pour choisir ensuite leurs sources parmi les multiples possibles, butent sur l'« avec quoi ? » et le « comment faire ? » parce qu'elles n'en ont pas l'habitude. Que le lecteur soit rassuré : ce livre n'est pas un fastidieux répertoire de sources, mais un traité pratique des méthodes à employer, de façon à réfléchir à l'« avec quoi ? », à montrer et à suggérer des pistes et des manières de faire, à encourager les initiatives, tout en donnant l'occasion de penser concrètement les programmes, les problématiques, les épistémologies. Parce que l'histoire animale est entendue non comme une discipline mais comme un dynamisme dans le temps et l'espace, d'hier et d'aujourd'hui, ce livre s'adresse aux archéologues et aux historiens, tout autant qu'aux géographes, aux littéraires, aux ethnologues, aux sociologues, aux philosophes, ou encore aux paléogénéticiens, aux éthologues et aux vétérinaires.
    Et aux passionnés d'animaux.

  • Le sens, le sensible, le réel est le résultat de plusieurs rencontres de chercheurs qui se sont déroulées à l'abbaye de Royaumont, avec l'objectif de faire le point sur l'évolution de la pratique sémiotique, depuis la disparition du fondateur de l'École sémiotique de Paris, A. J. Greimas. Sa fameuse Sémantique structurale (1966) avait, d'emblée, fixé des règles qui avaient bouleversé l'approche des significations, jusqu'alors cantonnée au domaine verbal : « C'est en connaissance de cause que nous proposons de considérer la perception comme le lieu non-linguistique où se situe l'appréhension de la signification. » La sémiotique « se reconnaît ouvertement comme une tentative de description du monde des qualités sensibles ».
    Plusieurs des premiers continuateurs de cette aventure fondatrice se sont associés à de jeunes chercheurs pour proposer ces « Essais de sémiotique appliquée » qui constituent la pointe avancée de la sémiotique post-structurale.
    Ils concernent de nombreux domaines du sensible, naturels ou culturels (de la musique à la biologie) et demeurent cependant unifiés par la théorie puissante développée par l'École de Paris.
    On sera toutefois surpris d'observer comment, sous l'emprise du sensible, l'expression de ces travaux - rigoureusement fidèles à la théorie d'ensemble sans prétendre à des vues définitives - se fait limpide et sensuelle, loin des arides calculs de la sémiotique narrative.

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