Dominique Darde

  • à ce chef-d'oeuvre de l'Antiquité de nous parvenir quasiment intact et d'être l'un des monuments les mieux conservés du monde romain. On comprend alors tout l'intérêt des architectes et des artistes qui, depuis la Renaissance, ont pris cet édifice comme modèle pour la construction de bâtiments ou la création d'oeuvres d'art.
    Le nombre impressionnant d'images peintes, gravées ou photographiques témoigne de cet engouement. Cet ouvrage est un moyen de raconter l'histoire de la Maison Carrée, des origines, il y a deux mille ans, jusqu'à sa récente et complète restauration, avec des textes d'éminents spécialistes ainsi qu'une importante iconographie constituée sur trois siècles, de peintures, de photographies et d'estampes souvent inédites.

  • La Maison Carrée de Nîmes exerce un réel pouvoir d'attraction, tant sur les habitants de la ville que sur les visiteurs. Ce qui fascine ? La beauté du monument, à l'architecture équilibrée et à la décoration d'une simplicité recherchée. Mais la Maison Carrée, c'est aussi le symbole du nouveau pouvoir qui s'établit à Rome à l'époque augustéenne. En 27 avant J.-C., Auguste crée un nouveau régime : le principat. Bâti sur les décombres des guerres civiles qui l'opposèrent aux assassins de Jules César, puis à Marc Antoine et Cléopâtre, le principat maintient d'abord la fiction d'une continuité de la République romaine. Il lui faut ensuite se donner une légitimité et assurer sa pérennité, afin de survivre à son fondateur. Auguste va donc faire oeuvre de propagande. Entre le centre du pouvoir et les provinces s'est mise en place une communication politique qui insiste sur la paix et l'abondance retrouvées grâce à l'action du Prince. L'entourage d'Auguste et sa famille ont aussi leur place dans cette mise en scène, en particulier ses petits-fils : les "princes de la jeunesse" Caius et Lucius. La mort précoce de ces derniers, qu'Auguste considérait comme les continuateurs de son oeuvre, et le traumatisme qu'elle engendre dans tout l'empire, suivie de leur divinisation, ont suscité un culte dynastique qui contribuera aussi à la survie du régime. Un exemple exceptionnel est fourni par la Maison Carrée : un temple dédié aux princes de la jeunesse. En cette période où une minorité de la population seule savait lire, Auguste et ses successeurs vont inscrire, dans la pierre des monuments, un nouveau langage graphique. Mais la Maison Carrée, c'est aussi l'histoire du formidable travail d'archéologues et d'érudits, parmi lesquels Jean-François Séguier, qui déchiffra l'inscription de la façade. A l'occasion du bimillénaire de la construction de la Maison Carrée, à l'initiative de la Ville de Nîmes et du Musée archéologique, une réflexion à plusieurs voix s'est engagée, associant historiens, archéologues, historiens de l'art et linguistes. Le bilan présenté insère la Maison Carrée dans le contexte plus large de l'Empire romain et de l'ensemble de la Gaule. Les divers chapitres abordent les formes que prend le nouveau pouvoir qui s'établit à Rome et les réalisations auxquelles donne lieu son acceptation. L'architecture et son décor, la statuaire, les images monétaires sont interrogés sur leur capacité d'expression et de suggestion. Les textes, ceux des auteurs de l'époque, historiens ou poètes, autant que les inscriptions gravées sur les monuments publics ou dans les lieux de la vie collective éclairent aussi ces changements politiques et idéologiques. D'amples perspectives sont ainsi tracées, qui donnent à l'ouvrage un incontestable contenu historique. En même temps la Maison Carrée, comme monument du présent, est replacée dans sa durée jusqu'à l'époque moderne, puisqu'on envisage son intégration dans les quartiers de la ville aux époques récentes et sa situation dans l'imaginaire urbain.

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