René Treuil

  • L'archéologie cognitive, née dans le monde anglo-saxon, a d'abord fait l'objet de maintes proclamations et développements théoriques, ce qui explique peut-être son faible impact sur la recherche française.
    Si elle n'a pas encore réussi à se constituer en discipline incontestable, c'est sans doute qu'elle se présente aujourd'hui beaucoup plus comme une série de questions qui se posent à la croisée des disciplines que comme une branche particulière de l'archéologie. Principalement constituée de deux ensembles autonomes : le premier autour de la préhistoire, le second autour de l'utilisation des méthodes statistiques, de l'informatique et des technologies de la communication, elle semble handicapée par une sous-estimation des durées dans lesquelles s'inscrivent les phénomènes étudiés et par un optimisme excessif quant aux questions que l'archéologie peut résoudre, et paraît aujourd'hui moins prometteuse.
    L'originalité du présent ouvrage consiste à dépasser ce bilan et à ouvrir de nouvelles perspectives. Etudier, non plus seulement l'évolution cognitive des hommes de la préhistoire en général, mais également les mentalités de sociétés précises, plus récentes, en reprenant le "long détour des faits" et en réintroduisant le déroulement du temps historique, telle est la voie que nous souhaitons proposer.

  • Traditionnellement associé à la quête géographique d'une célèbre civilisation disparue, le mythe de l'Atlantide invite à un questionnement passionnant sur la modernité de cette fable des origines perdues. Car notre imaginaire occidental investit inlassablement l'Atlantide de symboles aussi riches que contradictoires, comme si l'utopie des premiers temps pouvait aussi représenter des visions fantasmatiques de chute et de décadence.
    La production littéraire et artistique qui lui est associée, extrêmement prolifique, vient témoigner de cette fascination. Un phénomène d'engouement collectif et une source d'inspiration majeure qui remonte au Critias de Platon, trouve écho dans la peinture de Bacon, irrigue les oeuvres de Lovecraft, Conan Doyle, Pierre Benoît, René Guénon. Autant de créations, autant de mondes insolites analysés par René Treuil dans cette étude ludique et documentée qui décrit l'Atlantide comme une fiction constitutive de nos mentalités et de notre culture.

  • Du début de l'époque néolithique (VIIIe millénaire avant J.-C.) à la fin de l'Âge du Bronze (milieu du XIe siècle avant J.-C.), les civilisations égéennes manifestent leur originalité dans un cadre naturel exceptionnel. Des découvertes parfois spectaculaires - que l'on songe à Théra (Santorin) - ont renouvelé notre vision du monde égéen préhistorique et protohistorique. Autrefois réduite à quelques coups de projecteur - Troie, Cnossos, Mycènes -, cette vision embrasse aujourd'hui un espace géographique élargi, de l'Anatolie à l'Illyrie, de la Crète aux Balkans, et révèle un développement historique continu. Il ne s'agit plus seulement de céramique ou de fresques : l'habitat, la vie quotidienne, l'économie, trop longtemps négligés, retrouvent la place qui est naturellement la leur ; les écritures et les langues font revivre les hommes. Les auteurs, eux-mêmes engagés dans des travaux sur le terrain, exploitent les résultats de tous les types d'investigations. L'ouvrage présente un panorama de l'ensemble des questions et illustre, par-dessus tout, la volonté d'inscrire l'archéologie du monde égéen dans une perspective historique. Cette deuxième édition, entièrement mise à jour, tient compte des découvertes, des recherches et des théories développées depuis une quinzaine d'années. Elle propose en outre un point de vue inédit sur l'histoire de l'archéologie égéenne.

  • L'archéologie du territoire a cherché le plus souvent à cerner des zones d'approvisionnement, des zones de culture et des zones d'élevage et a pu retracer ainsi l'organisation progressive de ces ensembles, depuis le territoire « ethnique », défini par le groupe qui l'occupe, jusqu'au territoire « civique », défini par une organisation politique et défendu par elle. Les recherches présentées dans cet ouvrage, qui portent sur une vaste région centrée sur la Méditerranée, le monde égéen - de Chypre à la Macédoine - et les Balkans, mais aussi sur le Sahara d'un côté, la France et l'Europe occidentale de l'autre, se répartissent en outre sur un large éventail chronologique : Paléolithique, Néolithique, Âges des métaux, Antiquité, époque contemporaine.
    Si les vestiges archéologiques fournissent toujours une trame fondamentale, que des modèles d'analyse spatiale peuvent aider à interpréter, des perspectives nouvelles s'ouvrent aujourd'hui avec l'utilisation de la géomorphologie, les raisonnements sur l'outillage lithique et osseux, l'étude approfondie des habitats, l'épigraphie, la prise en compte des vestiges animaux et végétaux, le recours aux données de la faune marine. L'anthropologie culturelle complète efficacement le tableau et conduit au principal enseignement méthodologique qui parcourt ce volume : dépasser l'archéologie « pure » et croiser systématiquement toutes les sources potentielles.
    Les études de cas mettent en évidence que bien des territoires ne répondent pas au modèle courant, forgé dans le monde occidental pour des périodes récentes. Certains territoires ne s'organisent pas autour d'un centre, mais de façon linéaire le long d'un parcours. D'autres sont enclavés, certains sont fragmentés, répartis par exemple entre plusieurs îles. Les territoires maritimes, les territoires lointains, les territoires intermittents défient l'archéologie, tandis que les territoires mentaux lui échappent dans une large mesure.
    Ainsi ce livre est une contribution majeure à cette question centrale pour les sciences humaines : le rapport des sociétés au territoire.

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