Belles Lettres

  • 428 est une année sans autre événement mémorable que la chute du royaume d'Arménie, perdu aux confins d'un Empire romain déclinant.
    Pourtant, cette année ordinaire est loin d'être une année sans histoire : rien n'est fait, rien n'est joué, tout est en train de se faire. Le paganisme s'étiole avec panache, les nouveaux gouvernants ont des noms qui quelques années auparavant auraient semblé barbares. Les temps changent, imperceptiblement : le crépuscule de l'Antiquité devient l'aube du Moyen Âge. Renouant avec deux traditions bien antiques, à la fois celle des chroniqueurs et celle des itinéraires circulaires qu'affectionnaient les compilateurs, Giusto Traîna propose un tour du monde romain en 365 jours, où le lecteur découvre villes, palais, déserts, monastères et surtout, à côté des grands noms comme Saint Augustin, les figures peu banales et hautes en couleur du chef barbare Genséric, du Sarrasin al-Mundhir, du Copte Chenouté ou encore de l'extraordinaire impératrice Galla Placidia.

  • Premier d'une série de quatre ouvrages consacrés à l'histoire de la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), ce livre étudie les causes du conflit et prend le contrepied de la thèse de Thucydide.
    Dans les cinq parties qui composent l'ouvrage, Donald Kagan examine le fonctionnement institutionnel et informel des systèmes d'alliance en place et retrace l'histoire de la constitution de l'alliance spartiate et de la ligue de Délos ; puis, il restitue le contexte troublé du milieu du ve siècle en rappelant les événements de ce qu'on a appelé la « première guerre du Péloponnèse » (vers 460-445) et de la paix de Trente ans, jusqu'aux trois crises de l'année 433 (l'affrontement entre Corcyre et Corinthe autour d'Épidamne, le siège de Potidée, le « décret de Mégare ») qui allaient précipiter les deux blocs dans la guerre. Une série de conclusions examinent et critiquent les différentes thèses sur les causes du conflit et notamment celles de Thucydide sur « la cause la plus vraie », sur la responsabilité de Périclès et sur l'inéluctabilité de la guerre.

  • Les boutons, les binocles, la boussole, l'arbre généalogique, la poudre, à canon ou d'artifice, les cartes, à jouer ou géographique, le Père Noël ou l'université : la vie d'aujourd'hui est faite d'inventions médiévales.
    S'agit-il de s'habiller ? Il faut du goût, mais aussi une culotte, des pantalons, et quelques boutons pour fermer le tout !
    D'organiser son agenda ? Sans les chiffres arabes et le papier cela serait bien compliqué. S'agit-il de manger ? Sans spaghetti, sans macaroni, sans blé moulu tout court, nos repas seraient tristes. et sales car dépourvus de fourchette. Bref, sans les mille et une découvertes de ces siècles curieusement qualifiés d'obscurs, notre quotidien serait digne du Purgatoire, ou plutôt de l'Enfer, car le Purgatoire est lui aussi né au Moyen Age, de même que le Carnaval.
    Dans ces pages au style alerte et à la documentation précise, Chiara Frugoni fait revivre sous un angle inédit la période médiévale.

  • Sous la forme médiévale du bestiaire, cet ouvrage narre l'histoire de plus d'une centaine d'animaux réels ou imaginaires comme la colombe ou le basilic, le cheval et le perroquet, l'âne et le chameau, l'éléphant et le dragon, le phénix et le paon, le céraste et l'unicorne. Ils ont continument accompagné, par leur fonction symbolique, l'affirmation de l'autorité pontificale, mais ont parfois été convoqués par ceux qui entendaient critiquer, réformer ou délégitimer la papauté comme institution.

    Le cheval, prestigieux élément symbolique de pouvoir et de vie de cour, a cavalé pendant quinze siècles auprès des papes. La cour la plus ancienne du palais du Vatican s'appelle encore aujourd'hui Cour du Perroquet en souvenir du fait que pendant des siècles les perroquets ont eu la fonction d'annoncer vocalement le pape en tant que souverain. Comme les rois de France, les papes ont possédé des ménageries ; celle du pape Médicis, Léon X, avait accueilli le magnifique éléphant blanc indien offert par le roi Manuel Ier du Portugal et dont Raphaël nous a laissé le portrait.

    Au revers de cette médaille, l'animal devint aussi un instrument de satire antipontificale, dans les drôleries de superbes manuscrits enluminés, avec des singes et des serpents portant la couronne du pape (la tiare), bien avant que Luther et ses collaborateurs à Wittenberg (Lucas Cranach et Philippe Melanchthon) ne se servent de l'image du pape-âne (Papstesel) pour nourrir leur polémique anti-papale.

  • Les visages du Moyen Âge n'expriment pas les sentiments ni les mouvements intérieurs de l'âme ; ce sont les corps qui parlent.
    À sa manière de s'asseoir, selon qu'il se tient les jambes ou s'exprime avec les mains, le condamné nous dit son orgueil ; Ponce Pilate trahit ses doutes ; le pécheur montre qu'il refuse la tentation du démon ; Marie révèle la douleur qui l'accable à la vue de son fils crucifié. Et le célèbre geste des trois doigts levés ne sert pas qu'à bénir : il signifie aussi qu'on détient le pouvoir.
    Chiara Frugoni propose un merveilleux voyage à qui veut comprendre le langage des images médiévales. Grâce à ce guide idéal, les sculptures, les mosaïques et les retables redeviennent ce qu'ils étaient à l'origine : des histoires de rencontres, d'émotions et de sentiments.

  • Les premiers empires chinois, les dynasties Qin (221-207 av. J. -C. ) et Han (206 av. -220 ap. J. -C. ), forgèrent un système politique, des structures sociales, une organisation économique et des assises culturelles qui allaient rester la référence pour les dynasties à venir. L'unification que ces dynasties imposèrent, l'expansion territoriale et les brassages de populations qui en découlèrent font de ces quatre siècles une époque charnière.
    Le présent ouvrage est une synthèse sur l'histoire et la civilisation de cette période fondamentale dans l'histoire de la Chine et dont l'étude a été profondément nourrie et renouvelée par les nombreuses découvertes archéologiques de ces cinquante dernières années. L'ouvrage commence par une série de chapitres chronologiques, qui exposent les grands jalons de l'histoire politique et les évolutions institutionnelles des empires Qin et Han.
    Ils sont suivis par des sections thématiques portant quant à elles sur le système administratif, la vie quotidienne, les marches de l'empire, la religion, la littérature et la pensée.

  • Moyen Âge, la richesse se révèle un fil conducteur hautement significatif. L'ouvrage dresse un panorama fouillé et contrasté des attitudes des païens et des chrétiens à l'égard de la richesse pour en préciser l'impact sur la position sociale des églises chrétiennes dans l'Occident latin à l'époque du déclin de Rome et de la montée du christianisme (entre 350 et 550). Peter Brown aborde la question par périodes successives en croisant les sources les plus diverses (littéraires, juridiques, théologiques, archéologiques, épigraphiques...) Le christianisme, avec son exigeant idéal de pauvreté, apparut dans une société païenne qui connaissait une très forte compétition entre les riches pour manifester ostentatoirement leur générosité envers leur cité et leurs concitoyens (notamment en cas de crise céréalière), mais pas spécialement envers les pauvres. La largesse et la noblesse des riches justifiaient leur richesse. Le christianisme bouleversa profondément cette conception. Les privilèges que Constantin octroya aux églises chrétiennes, après sa conversion, ne leur permirent pas de s'enrichir. Longtemps, les lieux de culte et le souci des pauvres continuèrent à dépendre de la générosité des couches assez basses de la société. Dans le dernier quart du IVe siècle, des riches accédèrent à de hautes positions en tant qu'évêques ou écrivains influents, ce qui constitua un tournant décisif dans le christianisme de l'Europe et permit ainsi à cette nouvelle religion d'envisager la possibilité de son universalité. Les formes chrétiennes du don eurent pour effet de briser les frontières traditionnelles de la cité antique. Tous les croyants, quelle que fût leur condition, furent encouragés à contribuer à l'entretien de l'Église et de son clergé ainsi qu'au soin des pauvres, dont la notion s'étendit désormais à tous les démunis. Renoncer à sa richesse sur terre, c'était participer à l'instauration d'une société de « frères » et permettait de se constituer un trésor dans le ciel. À la fin du IVe siècle, l'entrée dans les communautés chrétiennes habituées à un style modeste de charité, d'une nouvelle classe d'hommes enrichis au service de l'empire ne se fit pas en douceur.
    Les écrits et les actions d'hommes tels qu'Ambroise, Jérôme, Augustin, Paulin de Nole ou les partisans de Pélage (favorables à un ascétisme rigoureux) sont les preuves des fortes controverses qui traversèrent les Églises chrétiennes au sujet du bon ou du mauvais usage des richesses. Lorsque les aristocraties au service de l'empire s'effondrèrent avec lui, elles laissèrent place aux évêques administrateurs de la fin du Ve et du VIe siècles avec une Église disposant d'abondantes richesses dans un monde appauvri et fragmenté. Dans ce paysage, les moines apparurent comme des pauvres professionnels intercédant pour que les riches dont ils attirèrent les richesses pussent passer à travers le trou de l'aiguille.
    Cette nouvelle forme de l'échange de la richesse contre le salut ouvre déjà vers la chrétienté médiévale.

  • S'inspirant de deux articles d'Arsenio Frugoni, son père, Chiara Frugoni reconstitue dans ce livre une journée quelconque dans une ville au Moyen Âge. À l'aide de documents précis, fruits d'une prodigieuse érudition, mais surtout d'une iconographie somptueuse, l'historienne raconte par le menu, plutôt qu'elle ne les expose, les différents aspects de la vie urbaine médiévale: de l'artisanat aux superstitions, de la délinquance à la vie en communauté, en passant par toutes les questions que les hommes se posent encore aujourd'hui face à l'au-delà ou, plus prosaïquement, à l'emploi du temps. À la différence d'un documentaire historique, le récit de cette remarquable conteuse nous invite à remonter le temps comme si nous partions en voyage. Le style souple, élégant et d'une très grande précision lexicale de Chiara Frugoni participe au plaisir de la lecture, non moins que l'analyse rigoureuse des fresques et des miniatures qui illustrent son propos. Elle ressuscite un monde disparu tout en démystifiant nombre des stéréotypes qui l'histoire officielle a imposés au fil du temps.

  • L'heure qu'il est constitue le premier essai d'une histoire générale de la mesure du temps et de son influence décisive sur la formation de la civilisation moderne. Histoire culturelle tout d'abord : pourquoi l'horloge mécanique a-t-elle été inventée en Europe et pas en Chine ? Histoire des sciences et des techniques ensuite : comment est-on passé des garde-temps primitifs aux chronomètres de haute précision ? Puis histoire économique et sociale : qui a fait ces instruments ? Comment ? Qui s'en est servi et pourquoi ?
    Vaste enquête qui mobilise les domaines les plus variés : religion et folklore, mathématiques et mécanique, astronomie et navigation, agriculture et industrie. Vaste odyssée, qui entraîne le lecteur des cours du Grand Khan à celles du Saint Empire germanique, des observatoires prétélescopiques de la Renaissance aux sociétés savantes de l'Ancien Régime. Vaste aventure, qui passe des routes interminables et mortelles des galions de Manille aux combats chronométriques aussi farouches que silencieux des observatoires de Kew, de Genève ou de Neuchâtel. Quel chemin, de l'atelier encombré de l'artisan du Jura suisse aux usines aux mille fenêtres du Massachussetts ou de l'Illinois et aux sweatshops horlogers de l'Asie du Sud-Est !
    On comprend l'ivresse intellectuelle de l'auteur, David Landes : « Tomber sur un aspect majeur du développement de la société, de l'économie et de la civilisation modernes et constater que, pour l'essentiel, la carte du pays 'a pas été faite, c'est un coup de veine assez rare... »

  • À partir de la Renaissance, la dépréciation des sens et du corps bestial s'élargit à divers cercles laïques. La civilisation des moeurs décrite par Norbert Elias développe le savoirvivre, la pudeur, le refus des inconvenances. Vue et ouïe deviennent de plus en plus les sens nobles, évocateurs du divin, au contraire des sens de proximité, trop liés à l'animalité et à la sexualité.
    L'odorat est le plus visé par les moralistes, car pour eux le diable est dans les déchets, les vapeurs de peste, les excréments humains, le bas du corps, féminin en particulier.
    Si bien que l'autocontrôle de ces enfers, notamment de celui du nez (dont la forme et la longueur sont réputées traduire celles des organes sexuels masculins et féminins), fait l'objet de tous les discours savants, alors que les puanteurs règnent dans cet univers, surtout dans les grandes villes comme Paris ou Naples. Un mécanisme de culpabilisation multiforme invite à rejeter et à sublimer cette part puissamment animale de l'humain.
    Mais il ne s'agit pas encore de faire disparaître les mauvaises odeurs. On traite en effet le mal par le mal, en chassant la peste par l'odeur encore plus épouvantable d'un bouc et en protégeant les orifices du corps et de la peau par des substances odoriférantes fortes. Les parfums, souvent d'origine animale (musc) servent à chasser le démon, mais sont aussi considérés comme des pièges sataniques. Cette ambivalence ne cesse qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle, lorsque les parfums, de plus en plus floraux, prennent une place nouvelle dans un monde plus hédonique. Ils participent alors à un processus de sublimation en produisant une barrière olfactive contre les puanteurs externes et les odeurs corporelles.

  • Au IIe siècle de notre ère, Rome domine le bassin méditerranéen.
    Mais ses fonctionnaires et ses soldats adorent Isis, Attis, Mithra, les Baals de Commagène et d'Héliopolis. Les dieux de souche égyptienne, syrienne, anatolienne ou même iranienne occupent les sept collines. En occident, ces divinités orientales sont présentes dans les ports fluviaux et maritimes, dans les camps et les villes de garnison, de l'Ecosse aux lisières du Sahara, et même dans certains bourgs de la " Gaule profonde ".


    Qui sont ces dieux venus d'ailleurs ? Comment sont organisés leurs cultes et leurs clergés ? Que signifient-ils pour leurs fidèles ? Robert Turcan répond à toutes ces questions, en étudiant l'ensemble de ces dévotions immigrées, sans négliger les cultes marginaux ou sporadiques, traitant également des courants gnostiques occultistes et théosophiques (comme l'hermétisme et les oracles chaldaïques).


    Déesses-chattes, - serpents ou - poissons ; mères à l'enfant ou maîtresses des fauves ; reines du ciel, de l'amour ou de la mer ; dieux sacrifiants ou sacrifiés, souffrants et sauveurs, morts et renés, ophidiens ou cavaliers, à tête de chien, de chacal, d'âne, de coq ou de lion, souverains du monde sidéral ou infernal : Robert Turcan nous guide dans cet extraordinaire panthéon polymorphe où la piété des Romains s'est dépaysée, avant de se convertir à une autre religion grandie sur un surgeon de l'Orient sémitique.

  • L'idéal d'équilibre et ses liens étroits avec ce qui est juste, sain et ordonné, est resté immuable tout au long de la période médiévale. La place centrale donnée à cet idéal dans le fonctionnement de la nature et de la société est, elle aussi, demeurée immuable. Or, en quelques décennies, entre 1280 et 1360, la culture scolastique de toute l'Europe a vu l'apparition d'un sentiment nouveau de ce qu'était et de ce que pouvait être l'équilibre.
    Dans cette histoire passionnante et fondatrice d'un concept central et pourtant resté oublié de la pensée médiévale européenne, l'historien Joel Kaye, professeur à Columbia, révèle que cette nouvelle conception de l'équilibre et de ses potentialités proprement révolutionnaires est devenue le fondement d'un nouveau modèle d'équilibre systématique, façonné et partagé par les penseurs les plus actifs et les plus novateurs de la période : Pierre Jean Olivi, Jean de Jandun, Marsile de Padoue, Nicole Oresme, Thaddée Alderotti, Jean Buridan, Jean de Salisbury, Thomas Bradwardine.
    En explorant quatre disciplines essentielles du savoir scolastique - la pensée économique, la pensée politique, la pensée médicale et la philosophie naturelle -, l'ouvrage de Joel Kaye, déjà devenu un classique, montre que ce nouveau modèle d'équilibre systématique a ouvert la voiemonde, tant dans les domaines de la médecine et de l'astronomie que dans ceux de l'économie et du fonctionnement de l'Etat et de la société.
    à de nouvelles possibilités de spéculation et de création intellectuelles, qui ont permis une réinvention profonde du

  • On trouvera ici un jeu biographique très libre sur Ernst Kantorowicz (1895-1963), auteur du fameux livre Les Deux Corps du roi. Son parcours avait de quoi intriguer : de la Posnanie à Princeton, en passant par l'Allemagne de Weimar, ce médiéviste autodidacte, essayiste devenu érudit, fut un réactionnaire volontaire dans les corps francs, mais se mêla plus tard aux libéraux et marxistes américains dans la résistance au maccarthysme. En outre cet homme, sans doute plus hautain que discret, effaçait ses traces et ne s'était guère expliqué sur cet itinéraire. L'auteur propose alors des vies parallèles, pour faire entrer le possible aux côtés du réel, miner le privilège de l'individu par une prolifération de personnages, empruntés à des contextes ou des occurrences historiques ou fictionnelles. En rapprochant Kantorowicz de Toller, von Salomon, Scholem, etc., on tente d'extraire l'individu de sa bulle artificielle, sans pour autant le jeter dans la multitude.
    Il s'agissait alors de retrouver un schéma existentiel dominant, au fil des textes, en recherchant moins le secret ou le caché que l'implicite, les plis d'une vie. En effet, la formule existentielle majeure, dans cette oeuvre, semblait être celle de l'appartenance : il importait à Kantorowicz d'appartenir à une totalité souveraine, l'Allemagne, ou l'Empire, ou l'Université. Ce désir d'appartenance, qui traduit une tension entre l'être-dans et l'être-dehors, est à la racine de la métaphore corporelle dans l'oeuvre de Kantorowicz. Cette thématique de l'appartenance construite peut contribuer à faire pièce à la désastreuse notion d'« identité ».

  • Dans la plaine de Carrhes, le 9 juin 53 avant J.-C., une armée de cavaliers venus d'Iran et d'Asie centrale barre la route aux cinquante mille hommes que Rome a envoyés conquérir l'empire rival des Parthes.
    Accablés sous les flèches des Orientaux, les Romains sont réduits à l'impuissance : plus de la moitié des légionnaires sont tués, beaucoup d'autres seront capturés et déportés. Suprême déshonneur, l'ennemi s'empare de leurs enseignes. Des années seront nécessaires à Rome pour effacer cette honte. Le général Marcus Licinius Crassus, l'homme qui dix-huit ans auparavant avait vaincu Spartacus et fait mettre en croix le long de la voie Appienne six mille esclaves et gladiateurs rebelles, trouve une mort sans gloire peu après la fin des combats.
    Son cadavre outragé est abandonné sans sépulture. Cette bataille a donné un coup d'arrêt à une conquête du monde qui paraissait pourtant irrésistible. Rome a été bloquée par une armée dont la compétence, la puissance et surtout la capacité de résister au redoutable dispositif de la légion avaient été sous-estimées. Dans un récit alerte et passionnant, Giusto Traina fait revivre une des batailles les plus importantes de l'histoire militaire de l'Antiquité, qui marque le début d'une guerre incessante entre Rome et l'Iran.

  • Dans le monde gréco-roman, Mithra n'est pas un dieu parmi d'autres, ni comme les autres.
    Venu d'ailleurs avec un lointain héritage indo-européen, il n'est pas lié à tel ou tel sanctuaire topique. On l'honore partout où un groupe de fidèles renouvelle en son nom le repas jadis partagé avec le Soleil sur la peau du taureau mis à mort pour abreuver la création : un culte à fortes connotations cosmiques et que différencient le rituel très particulier de ses initiations en même temps qu'une doctrine vitaliste du sacrifice et du salut.
    Ce livre, qui intègre les recherches et les découvertes les plus récentes, expose, avec clarté te rigueur, le dossier complexe et fascinant des Mithriaca.

  • Récits des survivants : mémoire et histoire.
    27 octobre 1942 : 4 000 juifs du ghetto de Wierzbnik sont déportés au camp d'extermination de Treblinka II et près de 1 600 sont envoyés comme main-d'oeuvre à Starachowice, dont le chef de la police criminelle est un certain Walther Becker.
    8 février 1972 : la cour de justice de Hambourg acquitte Walther Becker, le lavant de l'accusation de crimes de guerre commis à l'encontre de la population juive du ghetto de Wierzbnik, au motif de témoignages peu fiables et divergents.
    Devant ce qui lui semble être une parodie de justice, Christopher R. Browning se penche sur les récits des survivants et les interrogatoires réalisés en vue du procès Becker. Il s'attache alors à un « objet » historique relativement peu étudié pour lui-même faute de documentation, le camp-usine de travail forcé. S'appuyant sur les 292 témoignages de victimes du camp de Starachowice recueillis de 1945 à 2008, il écrit une magistrale histoire des camps-usines de cette ville industrielle polonaise et soumet à l'analyse critique les témoignages oculaires qu'il confronte les uns aux autres.
    Cette recherche inédite sur un des aspects du génocide juif nous place au coeur des histoires d'héroïsme, de compassion, mais aussi de corruption, de choix contraints et désespérés d'hommes et de femmes, de parents et d'enfants, qui sont autant de stratégies de survie.

  • L'histoire de l'Inde ancienne est très mal connue en France ; peu d'ouvrages récents lui sont consacrés. Il existe en effet peu d'historiens spécialisés dans un domaine de recherches nécessitant une formation d'indianiste. La rareté des ouvrages en français sur le sujet a laissé penser que l'Inde n'avait pas d'histoire, alors qu'elle manque en fait d'historiens.
    L'émergence de l'Inde sur la scène internationale a aiguisé la curiosité du public pour l'histoire de ce pays.
    L'Inde des Gupta a fait l'objet d'une importante exposition il y a quelques années, elle fait également partie du programme d'histoire au collège. Mais jusqu'à présent, il n'y avait pas d'ouvrages de référence sur ce sujet.
    L'Inde des Gupta (IVe-VIe siècle) entend combler cette lacune. Fruit d'un travail de thèse profondément remanié, ce livre s'intéresse à ce qui est souvent présenté comme l'âge d'or de la culture classique de l'Inde.
    Abordant les différents aspects de la période (construction politique, organisation sociale et économique, culture et religion), l'étude demeure cependant centrée sur la construction territoriale de l'empire de la dynastie Gupta.
    L'ouvrage inclut le texte sanskrit des inscriptions les plus importantes accompagné de la traduction pour la première fois en français. Ce choix permet ainsi au spécialiste de vérifier les analyses avancées dans le corps du texte et au non-spécialiste de se familiariser avec le style et le contenu des textes indiens.

  • PREFACE LISTE DES ILLUSTRATIONS USAGES ET CONVENTIONS ABREVIATIONS I. Introduction II. L'Âge de la seigneurie (875-1150) L'ordre ancien La quête de la seigneurie et de la noblesse Contrainte, violence et perturbations Les cultures de la seigneurie III. La domination seigneuriale (1050-1150): L'expérience du pouvoir La papauté Les royaumes de la Méditérranée occidentale Le Léon et la Castille En vue des Pyrénées Les terres impériales La Bavière La Lombardie La France L'Anjou La Flandre Les royaumes du Nord La France capétienne L'Angleterre normande IV. Les crises du pouvoir (1060-1150) Une difficile maturité L'angoisse dynastique Des accomplissements mêlés d'inquiétude L'Église Des sociétés troublées La révolte saxonne et ses conséquences (1073-1125) La France castrale (ca. 1100-1137) Des troubles sur la route des pèlerins (1109-1137) La Flandre: le meurtre de Charles le Bon (1127-1128) L'Angleterre: "Lorsque le Christ et ses saints dormaient" (1135-1154) Une époque de tyrannie?
    V. Résolution: intrusions du gouvernement (1150-1215) Prospérité et crise de la grande seigneurie "Des ombres de paix" Aquitaine: des princes de mauvaise réputation Anjou: la tyrannie de Giraud Berlai Un évêque tyrannique (?) : Aldebert de Mende (1151-1187) La justice de la comptabilité La comptabilité de la fidélité (1075-1150) Comptabilité prescriptive Vers une comptabilité de l'office (1085-1200) La dynamique de la croissance fiscale (ca. 1090-1160) Vers une nouvelle technique (ca. 1110-1175) Angleterre: les Pipe Rolls et l'Échiquier La Flandre: le Grote Briefe et ses origines Sicile: un conservatoire culturel?
    Catalogne: de l'exploitation à la gestion Contrainte, compromis et office Les chartes de franchise: quelques leçons Au seuil de l'office En vue des tours de Notre-Dame Travailler avec le pouvoir La Catalogne L'Angleterre La France L'Église romaine VI. Célébration et persuasion (1160-1225) Cultures du pouvoir Une fidélité chantée Le discours curial Moralisation savante L'expertise : les deux facettes Le savoir Le savoir-faire Pacification Les capuchonnés du Velay Politisation du pouvoir La crise de la Catalogne (1173-1205) La crise de la Magna Carta (1212-1215) Pouvoir des états et pouvoir de l'État Les états des royaumes troublés La grande seigneurie du consensus Vers des états à pouvoir associatif Vers une coutume parlementaire du consentement VII. Épilogue GLOSSAIRE BIBLIOGRAPHIE INDEX

  • Cet ouvrage met en lumière un certain nombre de traits propres à l'étonnant métissage culturel qui a fait du cerf le grand nourricier de l'imaginaire de peuples aussi différents que les Européens christianisés ou les turcophones d'Asie centrale en cours d'islamisation.
    S'il partage avec le lion ou l'aigle la position de figure emblématique quasi universelle, il possède une particularité presque unique qui est de servir de passeur.
    Grand communiquant, le cerf est un familier des sphères célestes dont il assure la liaison, dans les deux sens, avec ici-bas, la terre des hommes. Il a aussi accès au monde souterrain, présent dans les légendes celtiques comme dans le chamanisme sibérien : ses bois y dessinent la carte d'accès au monde invisible.
    /> Ainsi, par ses bois qui poussent (naissent) et tombent (meurent) chaque année, il incarne la mort spirituelle suivie d'une renaissance.
    Après avoir interrogé la sacralité du cerf dans le monde de la culture abrahamique (judaïsme, christianisme, islam), et dans ses liens avec des cultures étrangères, l'ouvrage montre que cet animal occupe une place notable dans les hagiographies chrétiennes et soufies.
    Il conclut par une étude sur la chasse qui n'est rien d'autre qu'une confrontation avec un invisible peuplé de saints et d'esprits, par laquelle le chasseur se trouve éprouvé.

  • Hippocrate dit: oui, c'est des crêtes de coq,Et Galien répond: non, c'est des gonocoques.Ainsi Brassens renvoie-t-il dos à dos, dans une de ses chansons, les deux plus grands médecins de l'Antiquité. L'histoire de la médecine a cependant conservé une tout autre image de Galien de Pergame né en 129 de notre ère, soit près de sept siècles après Hippocrate. Loin d'apporter la contradiction à son illustre prédécesseur, Galien, au cours d'une existence consacrée à la rédaction de plusieurs centaines d'ouvrages, s'est au contraire inlassablement employé à enrichir et à transmettre l'héritage hippocratique, au point que sa gloire supplante celle d'Hippocrate pendant tout le Moyen Âge et la Renaissance.Esprit curieux de tout, Galien aime surtout parler de lui: rarement auteur antique ne s'est autant livré. Cette biographie qui prend en compte les découvertes les plus récentes suit l'itinéraire du futur médecin depuis Pergame, où il étudie la philosophie et la médecine auprès des meilleurs maîtres, jusqu'à Smyrne, Corinthe et Alexandrie où il entreprend ses premiers voyages d'études. Le médecin qui parcourt le monde de la Grèce à l'Egypte en passant par Chypre et la Palestine se voit confier la charge de médecin des gladiateurs à Pergame, avant d'entamer à Rome une brillante carrière. Là, sa notoriété croissante lui attire la haine de ses collègues, mais lui vaut aussi le privilège d'être admis au chevet de l'empereur Marc Aurèle et de son fils Commode. Témoin privilégié de la société romaine de son temps, Galien nous introduit ainsi dans l'intimité de ses malades, riches et moins riches, et dans le secret de leurs maisons.Ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure (Sèvres), Véronique Boudon-Millot est directrice de recherche. Elle dirige à l'université de Paris-Sorbonne l'Unité de recherche du CNRS sur la médecine grecque.

  • Cet ouvrage est une étude de la pensée politique de la période précédant la fondation de l'empire chinois en 221 av. J.-C., l'époque dite des Royaumes combattants (453-221 av. J.-C.), L'auteur a pour objectif de déterminer les principales racines idéologiques de l'empire et les cadres intellectuels qui ont contribué à la formation et à la stabilité d'un système impérial s'étant maintenu pendant plus de deux mille ans en Chine. Loin de faire un simple inventaire des idées politiques, l'auteur dépasse les clivages entre écoles, se dégage des filiations philosophiques et choisit le plus souvent de mettre en lumière le fond commun aux penseurs, en articulant son étude autour de trois grands thèmes: 1. la vision du pouvoir et du monarque; 2. les activités et la place des intellectuels face à ce pouvoir; et 3. les discours de ces derniers sur le peuple. L'approche est celle d'un historien: Yuri Pines analyse des textes aussi bien transmis par la tradition que découverts récemment en contexte archéologique, en les replaçant autant que possible dans le contexte politique, social et économique qui les a vus naître.Yuri Pines est professeur en études chinoises à l'université hébraïque de Jérusalem. Ses recherches portent sur l'histoire et la pensée politique de la Chine antique. Il est l'auteur de Foundations of Confucian Thought: Intellectuel Life in the Chunqiu Period, 722-453 B.C.E., (2002) et de The Everlasting Empire: The Political Culture of Ancient China and Its Imperial Legacy (2012).

  • Que nous apprend l'histoire des Goths, telle qu'elle nous apparaît dans les textes latins de l'Antiquité tardive ? D'abord qu'elle est indissociable de celle de l'empire romain d'Occident, et en même temps, qu'elle occupe une place fondamentale dans la littérature de cette époque. De fait, c'est l'histoire, en Occident, des trois siècles qui séparent la horde barbare fuyant la poussée des Huns (376) du sacre de Wamba, premier roi wisigoth (672-680) à recevoir l'onction à Tolède. Suzanne Teillet interroge aussi bien la conception politique romaine du barbare, que le rôle des Goths, ces derniers évoluant du statut de " fédérés " à celui de " nation ". C'est aussi, en corollaire, l'idée d'empire et celle de nation que l'auteur questionne dans cet ouvrage riche et passionnant, où bien des documents littéraires sont examinés. De la traversée du Danube par les Goths à la chute de l'Empire romain, de Byzance à Tolède et aux invasions arabes, à travers les textes d'Orose, Salvien, Sidoine Apollinaire, Hydace, Marcellin, Corippus, Eugippe, Ennode, Cassiodore, Jordanès, Grégoire le Grand, Grégoire de Tours, Jean de Biclar, Victor, Isidore de Séville et Julien de Tolède, la naissance de l'Europe des Nations.

  • Cet ouvrage, fondé sur une enquête au plus près des sources et qui emprunte ses méthodes à la microhistoire, restitue une autre réalité et propose un autre modèle économique des campagnes médiévales. Le lieu en est la vallée du Vallespir qui borde le massif du Canigou (Pyrénées-Orientales) et, en particulier, le bourg d'Arles-sur-Tech. Le temps est celui de la fin du Moyen Âge, les XIVe et XVe siècles, quand la Couronne d'Aragon s'étend au-delà des Pyrénées vers la plaine du Roussillon, le Vallespir et le Conflent.
    Des milliers d'actes notariés témoignent encore aujourd'hui de la passion de l'écrit qui traverse cette société de montagne et se concrétise dans les études notariées des bourgs et des villages. Les affaires s'y nouent, les contrats sont établis, les réussites et les échecs enregistrés. La vallée du Vallespir est un district industriel, traversé et unifié par des circulations de produits, de capitaux et de savoirs, portées par des entrepreneurs ruraux dont les biographies ont été patiemment reconstituées. Elles permettent d'explorer de façon neuve l'économie des campagnes. Entreprises muletières, teintureries et ateliers de corroyage, mines, forges et fonderies, scieries sont des lieux de travail où se croisent main-d'oeuvre locales et étrangères, souvent qualifiées et aux horizons lointains. Si les financements de l'industrie peuvent provenir de la ville proche, des membres de la notabilité des bourgs pourvoient activement aux investissements dans des entreprises qui sont souvent détenues par leurs voisins et leurs proches. Ces espaces de travail et d'échanges sont aussi des territoires techniques où se déploient des innovations comme autant d'expériences partagées et simultanées à l'échelle du continent européen et dont témoigne aussi l'industrie au village.

  • La Deuxième épître aux Thessaloniciens annonce la venue d'une figure mystérieuse destinée à faire obstacle à l'imminent déchaînement de fureur du Fils de la perdition. En Orient, au VIIe siècle, la prédiction paulinienne est référée au dernier et plus puissant « rois des Grecs et des Romains ». Plus tard, en Occident, de nouvelles figures messianiques marquent de leur empreinte les attentes prophétiques : le « roi des Francs », le pasteur angélique, le second Charlemagne et enfin le peuple des villes.
    Cet ouvrage étudie les prophéties, apocalypses et sibylles médiévales les plus diffusées. Ces textes obscurs et allusifs se révèlent de subtils instruments de propagande politico-religieuse : projetant à la fin des temps des luttes pour le pouvoir historiquement contemporaines, ils restituent, dans un langage symbolique puissant, la conception de la souveraineté propre à une époque.

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