Livres en VO

  • De Pline, Buffon écrit avec admiration, au fronton de sa propre histoire naturelle, qu'il « a travaillé sur un plan bien plus grand que celui d'Aristote : il a voulu tout embrasser, et il semble avoir mesuré la nature et l'avoir trouvée trop petite encore pour l'étendue de son esprit ». Le monumental livre de Pline n'est pas seulement l'un des documents les plus précieux que l'Antiquité nous ait laissés, il est surtout le signe d'une érudition bien singulière dans un tempérament parfaitement original. Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui motiva cet homme de guerre et d'État à l'écriture d'une oeuvre dont l'esprit se pose au contraire de ce qui semble devoir constituer sa situation. Et l'on ne cessera jamais non plus de s'émerveiller face à l'étrangeté d'un livre qui non seulement recueille si vastement la totalité, traitant d'astronomie, de physique, de géographie, d'agriculture, de commerce, de médecine, d'histoire, de minéralogie, de botanique, d'art, de théologie ou de philosophie, mais également pose sur l'univers qu'il a rendu visible un regard de satiété dont ressort constamment la conclusion que les dieux sont pauvres et que cette totalité où ils habitent ne suffit pas.
    L'émerveillement sincère devant tant d'objets, d'animaux, de parfums, de pierreries, de faits d'armes, de pays, de coutumes, de doctrines, de cultures et de cultes s'accompagne chez Pline d'une autre sincérité : celle d'une conscience d'homme ressentant la capacité du mystérieux recul dans lequel elle envisage la totalité et ses parties, s'y impliquant ou, précisément, bâtissant dans la neutralité l'encyclopédie du monde. Derrière l'entreprise gigantesque de Pline ressort non pas seulement la singulière richesse d'un contenu, mais la pensée qui s'en est détachée.
    Au I er siècle de notre ère, Pline vient à la fois offrir la plus belle des encyclopédies R il reste aujourd'hui le seul auteur à rapporter certains phénomènes ou à constituer la source de nombreux faits R et donner expression à la conscience qu'elle ne se réduit pas à la totalité, si vaste soit-elle. L'Histoire naturelle est ce livre étrange et magistral qui dit d'un seul geste le contenu du savoir dans la condition de l'homme : tenant au creux de sa main l'univers entier qu'il transmet à tous, il est traversé en même temps par un souffle marginal, en qui est ressentie la preuve que son écriture n'est possible que si l'esprit est étranger à ce monde rempli d'étrangetés. C'est ainsi depuis un regard jeté du haut de sa condition que, dans cette oeuvre odysséenne, le lecteur assiste à l'éclosion de chaque détail du monde au sein de l'histoire d'homme.

  • Si Antoine (83-30) a su se faire aimer de Cléopâtre, de ses pairs il fut détesté. Cicéron par exemple n'a pas de mot assez vil contre lui, comme l'atteste les virulentes Philippiques tout entières consacrées à la critique du tribun de la plèbe, l'accusant d'avoir conduit à la guerre civile et faisant de lui un ennemi public, avant de finir assassiné par cet ennemi. Si Plutarque a des jugements plus modérés, c'est un contre-modèle qu'il entend présenter, rappelant que : « Nous pensons qu'il n'est peut-être pas plus mauvais d'introduire parmi les modèles exemplaires que présentent nos Vies une ou deux paires de ces hommes qui se sont conduits de façon trop inconsidérée et dont les vices ont été rendus éclatants par la grandeur du pouvoir qu'ils ont exercé et des affaires qu'ils ont dirigées ». Ambigu face à Jules César, ennemi déclaré d'Auguste, il est à l'origine de la fameuse bataille navale d'Actium qui se solde par un échec retentissant de sa flotte. Il abandonne ses soldats pour rejoindre Cléopâtre à côté de laquelle il se donnera la mort.
    Personnage d'exception dans une période exceptionnelle, Marc Antoine sous la plume de Plutarque n'en est pas moins humain et touchant.

  • Le livre le plus célèbre de la Renaissance n'est plus à présenter : formidable machine de guerre lancée - non sans humour - par Érasme contre les vices de ses contemporains, particulièrement ceux de l'Église romaine et de ses théologiens.
    Cependant, cette satire virtuose peut s'avérer absconse tant elle est truffée de termes grecs, d'adages supposés connus, d'allusions à des personnages historiques ou mythologiques et de pastiches d'argumentaires scolastiques fort difficiles à comprendre pour qui n'a pas « le nez très bien mouché » (c'est-à-dire pour les profanes, comme le dit Gérard Listrius dans sa préface).
    Pour permettre au lecteur de tirer le meilleur de la plus célèbre des declamationes, Jean-Christophe Saladin en propose une édition bilingue entièrement renouvelée.
    L'Éloge proprement dit y est enrichi, sur chaque double page, par quatre éléments essentiels à sa compréhension, donc au plaisir de sa lecture :
    - une traduction nouvelle, dégagée de la pesanteur du système périodique latin et de ses négations redoublées à l'infini, si déconcertantes pour le lecteur français ;
    - les 862 commentaires d'Érasme et de Listrius, ajoutés dès l'édition de 1515, qui n'avaient jamais été traduits jusqu'ici ;
    - les remarques manuscrites de Myconius, l'ami d'Érasme qui prêta son exemplaire de L'Éloge à son jeune élève Holbein.
    - les 82 croquis pleins de verve, dessinés à la plume par Holbein dans les marges de l'exemplaire de Myconius.
    Ces documents, pour la plupart inédits, permettent de saisir sur le vif les réactions des lecteurs de son époque face à un texte aussi séduisant qu'obscur.
    L'introduction historique replace L'Éloge au centre de la violente contestation religieuse des débuts du XVIe siècle et raconte la fortune cette oeuvre majeure jusqu'à nos jours.

  • Au seuil de l'histoire et de la littérature de l'Occident (aux alentours du VIIIe siècle avant J.-C.), un immense poème, l'Iliade, conte les exploits en même temps que les peines des héros de la guerre de Troie, et, au centre de ce poème, un immense héros, Achille, exhibe sa force tout autant que ses larmes. Pourrions-nous aujourd'hui concevoir l'idée d'une sensibilité qui serait héroïque ? Il est bon de toujours retourner à Homère...
    La peste - La colère d'Achille ; le Catalogue des vaisseaux ; Du haut des remparts de Troie - Duel Pâris / Ménélas ; La violation des serments - Revue d'Agamemnon ; Exploits de Diomède ; Hector et Andromaque ; Duel Hector / Ajax ; Les batailles.
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  • Pour le monde antique, l'épopée d'homère est le texte fondateur, la source de toute culture.
    Récit de voyages et conte merveilleux, l'odyssée chante les errances d'ulysse en même temps que l'endurance sublime d'un homme qui, sans cesse, se cache, invente, se transforme, s'adapte pour survivre.

  • "Ithaque t'a donné le beau voyage : sans elle, tu ne te serais pas mis en route.
    Elle n'a plus rien d'autre à te donner. Même si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t'a pas trompé. Sage comme tu l'es devenu à la suite de tant d'expériences, tu as enfin compris ce que signifient les ithaques.".

  • Au seuil de l'histoire et de la littérature de l'Occident (aux alentours du VIIIe siècle avant J.-C.), un immense poème, l'Iliade, conte les exploits en même temps que les peines des héros de la guerre de Troie, et, au centre de ce poème, un immense héros, Achille, exhibe sa force tout autant que ses larmes. Pourrions-nous aujourd'hui concevoir l'idée d'une sensibilité qui serait héroïque ? Il est bon de toujours retourner à Homère...

  • "Garde sans cesse Ithaque présente à ton esprit.
    Ton but final est d'y parvenir, mais n'écourte pas ton voyage : mieux vaut qu'il dure de longues années, et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, riche de tout ce que tu as gagné en chemin, sans attendre qu'ithaque t'enrichisse."

  • Au IIe siècle de notre ère, alors que le christianisme gagne en puissance et que les cultes à mystères connaissent un grand succès dans le Bassin méditerranéen, Lucien exprime sa méfiance face à la superstition et aux bizarreries de certaines religions. Si tout est écrit d'avance, à quoi servent prières et sacrifices ? Et comment croire à une Providence en voyant l'injustice gouverner le monde ? Dans La Déesse de Syrie, pastiche haut en couleur d'Hérodote, il peint le sanctuaire d'Hiérapolis, les étranges légendes liées à sa fondation et les rituels qui y sont célébrés.
    Lucien revisite aussi avec malice la mythologie traditionnelle. Pour notre plus grand plaisir, nous découvrons les portraits de dieux bougons, colériques, jaloux, amoureux et savourons son art de la parodie.

  • Ce court traité a été composé en 1516 pour l'instruction du jeune Charles de Gand, qui allait devenir trois ans plus tard Charles-Quint, Empereur romain germanique.
    Comme le souligne son préfacier Carlo Ossola, cet ouvrage s'oppose radicalement à son célèbre contemporain, le Prince, rédigé trois ans plus tôt. Pour Machiavel, il importe de tenir ce qu'on a reçu ou conquis, quel que soit le prix que doivent en payer les sujets. Pour Érasme, seuls sont dignes du titre de prince ceux qui consacrent leur personne au bien de l'État et non l'État à leur profit. Il oppose les arts de la paix à ceux de la guerre, l'exercice de la liberté des citoyens à l'obéissance des sujets.

  • Traité d'architecture

    Vitruve

    « Le Traité d'architecture de Vitruve, présenté à l'empereur Auguste et donc « publié » dans les années 30-20 av. J.-C., est le seul des textes grecs et romains consacrés à l'art de bâtir, dont nous savons qu'ils furent nombreux, à avoir échappé au naufrage de la grande tradition technique de l'Antiquité classique. Considéré depuis l'époque carolingienne jusqu'au XVIIIe siècle comme une véritable bible dans sa spécialité, il souffre aujourd'hui d'un relatif discrédit, et rares sont les praticiens contemporains qui jugent utile de le relire, ou même seulement de le feuilleter. Le but de la présente édition n'est pas de « réhabiliter » le vieux théoricien, et encore moins d'en promouvoir de nouveau l'usage à des fins théoriques ou pratiques : ce serait, à l'âge de la conception assistée par ordinateur, où l'accent est mis sur la rationalité des programmes, l'industrialisation des techniques et la pureté des formes sérielles, pour le moins incongru. Mais rendre plus facile l'accès à son oeuvre nous a paru néanmoins nécessaire, pour tous ceux qui, en amateurs, en étudiants ou en spécialistes, s'intéressent à l'architecture, à l'évolution des formes, des structures et des techniques, et plus généralement à l'histoire de l'art européen. Pour cela, nous avons évidemment conservé l'intégralité du texte original et de sa traduction, mais singulièrement réduit les commentaires qui dans la grande édition des Belles Lettres en accompagnaient presque chaque mot, ou du moins chaque notion, et supprimé ce qu'on appelle l'apparat critique, c'est-àdire la liste des variantes repérées dans les manuscrits médiévaux du De architectura. Sous une forme maniable, et sans rien perdre d'essentiel, cette nouvelle version, qui intègre les découvertes archéologiques les plus récentes, autorise la consultation continue ou anthologique d'un ouvrage qui demeure, en l'état de notre documentation, unique en son genre, et qui, paradoxalement, a encore beaucoup à nous apprendre, et pas seulement dans le domaine de la construction. L'illustration qui l'accompagne, enrichie d'un cahier en couleurs, est de nature à en fournir une transposition concrète et suggestive. En annexe, différents index facilitent la navigation interne du lecteur curieux ou pressé, et une bibliographie, réduite à l'essentiel et centrée sur les études en langue française, incite à l'approfondissement de la réflexion.
    En cette année de la célébration du bimillénaire de la mort d'Auguste, il ne nous a pas paru inopportun de réactualiser l'un des ouvrages qui ont sur le long terme le plus durablement contribué à définir la culture spécifique des premières décennies de l'Empire romain.
    Rappelons les noms des éditeurs des dix livres de ce Traité. Il est clair que le présent volume leur doit tout, et d'abord sa substance même, c'està- dire le corps de son texte, qu'ils ont établi, traduit et expliqué : Livre I, Philippe Fleury, 1990 ; Livre II, Louis Callebat, Pierre Gros, Catherine Jacquemard, 1999 ; Livre III, Pierre Gros, 1990 ; Livre IV, Pierre Gros, 1992 ; Livre V, Catherine Saliou, 2009 ; Livre VI, Louis Callebat, 2004 ;
    Livre VII, Bernard Liou, Marie-Thérèse Cam, Michel Zuinghedau, 1885 ; Livre VIII, Louis Callebat, 1973 ; Livre IX, Jean Soubiran, 1969 ; Livre X, Louis Callebat, Philippe Fleury, 1986. » Pierre Gros, Membre de l'Institut.

  • Au seuil de l'histoire et de la littérature de l'Occident (aux alentours du VIIIe siècle avant J.-C.), un immense poème, l'Iliade, conte les exploits en même temps que les peines des héros de la guerre de Troie, et, au centre de ce poème, un immense héros, Achille, exhibe sa force tout autant que ses larmes. Pourrions-nous aujourd'hui concevoir l'idée d'une sensibilité qui serait héroïque ? Il est bon de toujours retourner à Homère...

  • Le De uiris illustribus Vrbis Romae (DVI) est un recueil de courtes biographies couvrant l'histoire de Rome depuis sa fondation jusqu'à la fin de la République. Dès le 1er siècle a.C. fut élaborée une liste canonique des grandes figures du passé « national », qui a inspiré, outre le forum d'Auguste, toute une littérature de biographies de uiris illustribus, d'Hygin à Suétone, puis à l'empire tardif, où s'est accentuée leur floraison, quand paganisme et christianisme se disputaient autour de la question des valeurs, nouvelles ou traditionnelles. Les traditions sur les premiers siècles de Rome, qui avaient été le « catéchisme civique » des Romains, la base de leur culture traditionnelle, devinrent alors, chez les païens, un thème à la mode, par la volonté de sauver l'essentiel de l'histoire des origines et de la République, face aux chrétiens qui, parce que ces traditions intégraient étroitement valeurs et croyances païennes, pensaient qu'ils devaient être éradiqués. Le DVI appartient à cette production, qui fleurit à partir du IIIè siècle p.C. Nous avons des raisons de penser qu'il a été écrit très probablement à l'extrême fin du IVè siècle. Si son auteur reste anonyme, on a pu en revanche cerner certains traits de sa personnalité : c'est un païen lettré, qui connaît suffisamment le christianisme pour être au courant des traditions les plus moquées par les chrétiens ; pour celles-ci, on le voit alors prendre des précautions oratoires.



    L'édition proposée, avec un nouvel établissement du texte, une traduction respectueuse de celui-ci et un commentaire aussi exhaustif que possible (paléographique, linguistique, stylistique, et surtout historique), est destinée à mettre en évidence l'intérêt du DVI, injustement méconnu, pour la recherche moderne.

  • L'Histoire du roi Alfred (connue aussi sous le titre Vie d'Alfred) représente une source majeure de l'histoire de l'Angleterre au IXe siècle. oeuvre d'Asser, clerc d'origine galloise ayant appartenu à l'entourage du roi ouest-saxon Alfred (871-899) et futur évêque de Sherborne, le texte se présente comme écrit du vivant du roi, en 893. Alfred, né en 849, était le cinquième et dernier fils du roi Æthelwulf de Wessex et de sa première épouse Osburh. En 871, il succéda à son frère Æthelred comme roi des Ouest-Saxons, puis il s'intitula « roi des Anglo-Saxons » à la fin des années 870, sans jamais contrôler la totalité de ce qui deviendrait au siècle suivant le royaume des Anglais. Un mythe s'est peu à peu construit autour du personnage du roi Alfred « le Grand », dont l'Histoire est la pierre de touche. Alfred est célèbre pour avoir organisé la défense du royaume contre les Danois (les vikings), mais aussi pour avoir encouragé la composition d'ouvrages en langue anglaise.

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