Religion & Esotérisme

  • Deux mille ans de monothéisme nous ont habitués à croire que Dieu ne pouvait être qu'unique, exclusif, vrai. En revanche, les polythéismes antiques envisageaient la possibilité de faire correspondre entre eux dieux et déesses provenant de différentes cultures (l'Artémis grecque et la Diane romaine, l'Égyptienne Isis et la Grecque Déméter), ou même d'accueillir des divinités étrangères dans leur propre panthéon. Cette disposition à l'ouverture a fait que le monde antique, même s'il a connu les conflits, voire les carnages, est resté étranger à la violence de nature religieuse qui a, au contraire, ensanglanté les cultures monothéistes et continue de le faire. Serait-il possible aujourd'hui de puiser aux ressources du polythéisme pour rendre plus faciles et sereines les relations entre les différentes religions? Si l'on part du principe que les dieux sont nombreux, il n'est plus nécessaire d'affirmer que ceux des autres sont de faux dieux ou des démons... On peut dès lors se demander si l'adoption de certains cadres mentaux propres au polythéisme ne contribuerait pas à réduire, au sein de nos sociétés, le taux de conflictualité entre les diverses religions monothéistes et entre leurs subdivisions internes.

  • Le christianisme a-t-il été une menace pour la culture gréco-romaine ? Au-delà de ce questionnement, ce livre engage une réflexion sur le rapport du christianisme naissant avec l'idée même de culture, telle qu'elle existait avant le christianisme et telle qu'elle s'est modifiée par la suite. En passant en revue chacune des disciplines du septénaire constituant les arts libéraux, c'est-à-dire le socle culturel de tout lettré que les Grecs nomment egkuklios paidéia (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), ce livre montre que, si la culture grecque suscite des oppositions - elle apparaît souvent comme l'expression du polythéisme ou des prétentions des Grecs à atteindre le savoir sans Dieu -, elle peut aussi être défendue par les chrétiens en tant qu'elle forme l'esprit et le rend capable de comprendre les données de la foi. Les auteurs patristiques reprennent ainsi à leur compte une conception ancillaire de la culture qui avait déjà cours dans certains courants philosophiques grecs, mais qui suppose un tri : la culture peut servir d'introduction à la foi, à condition qu'on n'en prenne que ce qui est bon.
    Mais au-delà de cette réflexion qui vise à déterminer ce qui, de la culture, doit être sauvé ou rejeté, les auteurs chrétiens tendent à présenter la doctrine chrétienne comme une culture à part entière, et dissocient pour la première fois dans l'histoire la notion de culture de celle d'hellénisme. Paradoxalement peut-être, ils donnent ainsi corps à une idée de culture globale dont christianisme et hellénisme n'apparaissent en définitive que comme deux composantes possibles. La réflexion des auteurs chrétiens aboutit donc à la fois à une relativisation du concept de culture - passage de la culture, forcément grecque, aux cultures, la grecque et les barbares - et à son extension - passage de telle ou telle culture à la culture en général : devient « culture » tout ce qui contribue à nourrir l'esprit, qu'il soit grec ou non. Le christianisme, à l'issue de cette étude, n'apparaît plus tant comme un obstacle à la transmission de l'idéal grec et romain de culture que comme un vecteur essentiel dans la façon dont la notion de culture s'est frayée un chemin jusque dans la Modernité.

  • La polémique religieuse représente une page importante dans l'histoire des relations entre juifs et chrétiens. L'Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptesrendus de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L'Évangile s'est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi.

    Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l'Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d'un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d'une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu'une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l'Antiquité.

    Cet ouvrage offre la première traduction française du dialogue dans sa forme longue, munie d'une introduction et d'un index biblique.

  • Depuis la Renaissance, ce texte a influencé profondément la tradition spirituelle néoplatonicienne et l'ésotérisme occidental, ainsi que la symbolique maçonnique. Beaucoup y ont trouvé la révélation de ce qui est habituellement caché aux hommes. Fondée sur le texte grec le plus sûr, collationné sur les manuscrits anciens, notre traduction a été soigneusement revue pour être à la fois d'une totale exactitude et accessible au lecteur contemporain.

  • Peu après l'Empire romain, l'Éthiopie adopte à son tour le christianisme. Réduite d'abord à l'entourage royal et au milieu dirigeant, la christianisation touche bientôt en profondeur tout le Nord éthiopien, grâce à l'oeuvre missionnaire conduite à partir du milieu du ve siècle par des moines venus de l'Empire.

    Frumentius est l'artisan de la conversion royale ; les faits n'ont pas laissé de récit indigène et c'est Rufin d'Aquilée qui en fournit en latin la relation originale. La tradition écrite éthiopienne la recopia et l'enrichit, conférant à Frumentius sa qualité de premier saint et métropolite du pays des négus. Garim est un des principaux missionnaires du ve siècle et partage avec eux beaucoup de traits : fils d'un roi étranger, il obéit à l'appel de Dieu, renonce aux grandeurs terrestres, se retire et fonde un monastère.

    Takla Hymnot est un des acteurs, au xive siècle, d'une deuxième christianisation, qui touche le Sud du pays. Au cours de ses voyages, le saint engendre de nombreux fils spirituels et crée le plus important ordre monastique éthiopien. Le monastère qu'il fonda, Dabra-Libnos, fournissait le chef suprême de tous les moines.

    Wosttwos donna son nom à l'ordre éthiopien des Eustathéens, surtout présent dans le nord de l'Éthiopie et l'actuelle Érythrée. Il a défendu l'observance du « sabbat » du samedi à l'égal du dimanche.

    Les Actes de ces fondateurs ont, pour la plupart, été publiés en geez il y a un siècle ou plus. Certains n'avaient jamais été traduits, d'autres l'avaient été partiellement notamment en latin lors de leur publication.

  • La diffusion, dans l'ensemble du Bassin méditerranéen et même au-delà (en Arabie, en Inde et dans la lointaine Bretagne), du culte de plusieurs divinités originaires d'Égypte (Isis et son parèdre Sarapis, leur fils le petit Harpocrate, Anubis le dieu chacal, Apis le boeuf de Memphis, Osiris même) est l'un des phénomènes les plus remarquables des époques hellénistique et romaine.
    Longtemps assise sur quelques textes littéraires, de belles inscriptions grecques et latines, d'imposantes statues de Rome, d'Athènes ou d'ailleurs, notre compréhension de l'accueil réservé par les non-Égyptiens à cette divine famille s'est considérablement approfondie et affinée par l'étude et l'analyse de milliers de documents sortis de terre depuis la Renaissance (bijoux, statuettes, papyrus, céramiques, monnaies).
    On trouvera dans le présent recueil, richement illustré, plusieurs centaines de ces documents traduits le cas échéant en français et commentés, révélant l'extraordinaire impact qu'eurent les cultes isiaques sur les populations du monde gréco-romain près de huit siècles durant.Laurent Bricault, docteur en égyptologie, est professeur d'histoire romaine à l'Université de Toulouse II Le Mirail. il est l'auteur, notamment, d'un Atlas de la diffusion des cultes isiaques (2001) et d'Isis, Dame des flots (2006).

  • Le traité en six livres sur la magie naturelle écrit dans les années 1490 par le philosophe et théologien français Jacques Lefèvre d'Étaples ( 1537) est ici publié et traduit pour la première fois. Élaboré à une époque où la magie et l'astrologie étaient interdites en France, cet ouvrage n'était pas destiné à être publié. L'auteur n'en mentionna jamais l'existence, et il ne fut découvert qu'au début du XXe siècle.

    Fortement inspirée par les idées de Marsile Ficin et de Jean Pic de la Mirandole, la magie dont il est ici question tourne le dos aux invocations des esprits et ne recourt qu'aux « productions occultes de la Nature ». Elle s'appuie sur l'influence des astres, elle-même déterminée par le pouvoir des nombres émanant de la divinité. Le livre I décrit en détail comment « la force du ciel entraîne à sa suite les choses inférieures ». Il traite principalement de la médecine astrale, en indiquant les animaux, les plantes et les minéraux bénéfiques ou néfastes correspondant à l'influence de chaque planète, ainsi que leurs sympathies et antipathies. Aux vertus bienfaisantes de Jupiter et de Vénus s'opposent les ravages provoqués par Saturne, Mars ou la Lune.

    Lefèvre n'hésite pas à proclamer que « le nom de la magie est saint et vénérable entre tous, car elle exhorte à fuir tout ce qui est mauvais, à attirer et à aimer tout ce qui est bon » ; à telle enseigne que Moïse, tout comme Pythagore et Platon, alla s'instruire chez les Chaldéens, et que les premiers adorateurs du Christ, comme le dit l'Évangile, furent les mages venus de l'Orient.

    La publication de ce traité jette une lumière inattendue sur un auteur que l'on connaît davantage pour ses commentaires d'Aristote et ses traductions de la Bible en français que pour ses incursions dans le périlleux domaine de la philosophie occulte.

  • Cet ouvrage explique pourquoi et comment, au cours de leur élaboration doctrinale puis de leur affirmation religieuse et politique (Ier millénaire après J.-C.), les trois religions monothéistes - hébraïsme, christianisme, islam - ont élaboré puis imposé des systèmes familiaux et de parenté distincts et consciemment opposés, créant entre elles des barrières culturelles et sociales infranchissables. Ces structures profondes ont persisté parfois jusqu'à nos jours. Elles ont eu, sur le plan économique et politique, des conséquences considérables : affirmation progressive d'un marché « libre » - en partie, aussi de l'État -, en Occident ; persistance du rôle dominant de l'État dans le monde musulman ; « économie de la diaspora » dans le monde juif. L'Économie de Dieu analyse tous les principaux aspects de ces évolutions divergentes, renouvelant, dans ce domaine, les thèses de K. Marx, de M. Weber et de K. Polanyi. L'auteur pose sous un jour nouveau des problèmes d'une brûlante actualité.

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