Christine Germain

  • La construction à Marseille, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, d'un château par les frères Louis-Joseph-Denis et Honoré Borely, n'est pas une foucade improvisée de riches négociants fraîchement anoblis qu'ils étaient. Ce geste architectural est au contraire à considérer dans la perspective d'un long terme, aboutissement d'une démarche où plusieurs générations contribuèrent progressivement à l'assise économique et sociale de la famille.
    Cette demeure reconnue exceptionnelle dès l'époque - au point, pour la désigner, de substituer la dénomination de « château » à celle, traditionnelle, de « bastide » - et les biens qu'elle renferme viennent, à quinze ans de la Révolution à peine, parachever symboliquement, selon les codes de l'Ancien Régime, une ascension collective de près de deux siècles.
    /> Traiter de l'histoire du château Borely de Marseille, c'est donc en amont de son édification approcher la vie de ce groupe familial, s'attacher à la constitution du domaine sur lequel il fut érigé, détailler son chantier même. C'est ensuite étudier jusqu'à nos jours le devenir culturel des lieux entre les mains des héritiers, puis de la Ville de Marseille.
    De l'achat d'une ferme suburbaine par un négociant à la fin du XVIIe siècle à l'ouverture d'un musée consacré aux Arts décoratifs et à la Mode en 2013, est ici proposée l'histoire d'un lieu et des ambitions qui s'y exprimèrent jusqu'à nos jours.

  • Le jade est une pierre emblématique de l'Asie sinisée, en témoigne l'intérêt du public pour le trésor le plus célèbre du musée national de Taipei : "Le Chou de jade". L'ouvrage se propose donc de faire comprendre au public occidental combien sa présence y est forte et son prestige unique, comment l'Histoire a perçu le jade en Chine mais aussi en Occident. La provenance, la nature, la couleur de cette pierre - qui n'est pas uniquement verte mais varie du blanc au noir - sont analysées ainsi que la façon de la graver et de la sculpter.
    L'importance et la diversité de ses formes sont richement documentées : pièces funéraires du néolithique ou de la Haute Antiquité, pièces religieuses, pièces de parures, objets de curiosité et de lettrés... Autant de trésors créés sous les règnes de différentes dynasties, Han, Tang, Ming, Qing, jusqu'à l'époque moderne. La collection Hsu Zheng-Fu, exposée au château Borély avec les jades du musée, est présentée thématiquement : les animaux mythiques rappellent que l'Empereur est fils de dragon ; le poisson demeure le symbole de biens matériels ; la diversité des animaux (mouton, écureuil, serpent, tigre, boeuf, éléphant) montre les talents d'observation des graveurs de jade.
    Fleurs et oiseaux révèlent la finesse de pièces exquises. Cercles et tubes représentent le Ciel et la Terre ou les formes antiques liées au pouvoir. Les objets de parure focalisent depuis plusieurs décennies l'intérêt des collectionneurs, des esthètes et des classes favorisées, qui n'hésitent pas à acquérir des vases, plaques, pendentifs, tous censés traduire la beauté des motifs mais aussi et surtout leur influence faste sur la vie de celui qui les possède.
    Enfin, l'analyse de pièces en or révèle l'importance cachée de ce métal qui, depuis plus de trois mille ans, est travaillé et a également produit des chefs-d'oeuvre, même si l'imaginaire chinois reste encore très sensible au jade.

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