Emmanuel Todd

  • Pour comprendre le mal dont souffre la France, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd l'ont passée au scanner de la cartographie la plus moderne.
    Entre 1980 et 2010, une mémoire des lieux a bizarrement guidé une transformation sociale accélérée. Structures familiales, attitudes politiques, inégalités sociales : les changements observés révèlent un déséquilibre nouveau entre les espaces anthropologiques et religieux qui composent l'Hexagone. Son coeur libéral et égalitaire, qui fit la Révolution française, est affaibli. Sa périphérie, autrefois fidèle à l'idéal de hiérarchie, et souvent de tradition catholique, est désormais dominante. Nos dirigeants, parce qu'ils ignorent tout du mode de fonctionnement profond de leur propre pays, aggravent sa condition par des politiques inadaptées.

  • Une première édition de cet ouvrage parut en 1981. Les auteurs écrivaient alors : « La France n'est pas une nation comme les autres : elle n'est pas un peuple mais cent, qui ont décidé de vivre ensemble. Or du nord au sud, de l'est à l'ouest de l'Hexagone les moeurs varient aujourd'hui comme en 1750. Chacun des pays de France a sa façon de naître, de vivre et de mourir. L'Invention de la France est un Atlas qui cartographie cette diversité en révélant le sens caché de l'histoire nationale : hétérogène, la France avait besoin pour exister de l'idée d'homme universel, qui nie les enracinements et les cloisonnements ethniques. Produit d'une cohabitation réussie, la Déclaration des droits de l'homme jaillit d'une conscience aiguë mais refoulée de la différence » L'idéologie aujourd'hui dominante, analysée dans la nouvelle partie inédite de cet ouvrage augmenté, pourrait être décrite comme un programme de défense d'une homogénéité menacée, ou, chez les plus radicaux, le rêve d'un retour à une homogénéité perdue. Mais ce que montrait justement L'Invention de la France, dès 1981, c'est que cette homogénéité n'a jamais existé. Les défenseurs autoproclamés de l'identité nationale ne comprennent pas l'histoire de leur propre pays. Osons le dire : ils sont aveugles à la subtilité et à la vérité du génie national. Alors, pourquoi ne pas ajouter quelques différences, parfois importantes, quelques nouvelles provinces mentales, maghrébine africaine ou chinoise, pour les atténuer, les apprivoiser avec le temps, comme on l'a toujours fait en France ? Il n'y est pas question de fixer des différences pour l'éternité, d'essentialiser des pays et des peuples. La culture est mouvement, progrès, diffusion, homogénéisation bien sûr, mais sans oublier que de nouvelles différences apparaissent sans cesse. L'Invention de la France s'achève par une partie politique. L'effondrement du catholicisme, puis du communisme ont engendré un vide religieux et idéologique qui a fini par couvrir tout l'hexagone. On peut donc parler d'une nouvelle homogénéité par le vide, qui explique l'apparition, parmi bien d'autres choses, dans un pays où les Français classés comme musulmans ne pratiquent pas plus leur religion que ceux d'origine catholique, protestante ou juive,, d'une islamophobie laïco-chrétienne, qui prétend que la seule bonne façon de ne pas croire en Dieu est d'origine catholique. Le vide métaphysique du moment Sarkozy est ici saisi à sa source.

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