Jean-Marc Hofman

  • Forteresse croisée dressée depuis huit siècles au coeur de la Syrie, le Crac des Chevaliers n'est pas seulement "le plus beau des châteaux du monde" (T. E. Lawrence). Ce chef-d'oeuvre d'architecture militaire est aussi un symbole permanent des échanges entre Orient et Occident, et de la fascination de deux mondes qui ne cessent de s'observer, de part et d'autre de la Méditerranée. Entièrement rebâti au XIIe siècle par les moines-soldats de l'ordre des Hospitaliers, le Crac est pris en 1271 par les mamelouks du sultan Baybars.
    Mais le départ des croisés lui fait perdre peu à peu son rôle stratégique ; cet oubli relatif sauve le monument, qui parvient presque intact jusqu'à nos jours. Redécouvert par les voyageurs et les archéologues à partir du XIXe siècle, le Crac s'impose dans l'imaginaire occidental comme le modèle des châteaux forts : des archéologues français, à partir de 1926, le fouillent, l'étudient et le restaurent.
    En 2006, le Crac est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco ; il fait encore aujourd'hui l'objet de recherches archéologiques et historiques. A l'appui de l'exposition de la Cité de l'architecture & du patrimoine (14 septembre 2018 - 14 janvier 2019), le présent ouvrage offre une synthèse claire et illustrée de cette longue histoire, où l'expression du château idéal se mêle sans cesse au rêve oriental.

  • De 1914 à 1918, le patrimoine français détruit ou dévasté par les ravages de la guerre est sacralisé et devient un réel instrument de propagande.
    Moins d'un an après les destructions emblématiques de Louvain et de Reims (août-septembre 1914), Paris est le théâtre de spectaculaires expositions à visée de propagande antigermanique fondées sur l'exaltation du patrimoine architectural et artistique meurtri.
    L'une des premières manifestations a lieu au printemps 1915 au Trocadéro, au sein du musée de Sculpture comparée. Elle montre des photographies de monuments dévastés, exposés à proximité des moulages en plâtre de monuments historiques estampés avant guerre, ultimes témoignages des originaux partiellement ou entièrement détruits. Ces moulages sont valorisés au moyen d'une signalétique au message accusateur : « Sculptures détruites par les Allemands. » L'année suivante, le musée du Petit Palais organise une autre manifestation explicitement intitulée « Exposition d'oeuvres d'art mutilées ou provenant des régions dévastées par l'ennemi ». Dans une scénographie dantesque, des statues décapitées, estropiées et des fragments d'architectures déchiquetés par les bombes lancées sur Verdun, Arras ou Dunkerque s'offrent aux visiteurs comme autant de stigmates de la « fureur du vandalisme allemand ». L'objectif avoué de ces manifestations était d'inspirer « plus de colère encore contre l'envahisseur et présenter des témoignages directs du vandalisme ».
    Ces expositions furent l'incarnation d'une propagande destinée tant à toucher chaque foyer français qu'à convaincre les pays neutres de s'engager. Elles constituèrent en ce sens de véritables armes idéologiques.
    À travers des caricatures, des photographies et des illustrations, l'exposition et le livre retracent cette mise en scène des destructions de monuments et la diabolisation de la Kultur. Elles permettent d'appréhender la diversité avec laquelle les antagonismes culturels furent représentés en France et dans les pays alliés.

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