Jean-Pierre Vernant

  • « Dans ce livre j'ai tenté de livrer directement de bouche à oreille un peu de cet univers grec auquel je suis attaché et dont la survie en chacun de nous me semble, dans le monde d'aujourd'hui, plus que jamais nécessaire. Il me plaisait aussi que cet héritage parvienne au lecteur sur le monde de ce que Platon nomme des fables de nourrice, à la façon de ce qui passe d'une génération à la suivante en dehors de tout enseignement officiel.
    J'ai essayé de raconter comme si la tradition de ces mythes pouvait se perpétuer encore. La voix qui autrefois, pendant des siècles, s'adressait directement aux auditeurs grecs, et qui s'est tue, je voulais qu'elle se fasse entendre de nouveau aux lecteurs d'aujourd'hui, et que, dans certaines pages de ce livre, si j'y suis parvenu, ce soit elle, en écho, qui continue à résonner. »

  • Est-on en droit de parler de "religion" pour les Grecs, au sens où nous entendons ce terme ?
    Non, répond l'auteur, dans la mesure où le polythéisme des Grecs ne doit pas être confondu avec les religions monothéistes révélées. Alors que ces dernières visent à assurer le salut personnel de l'individu, au sein d'une Église, avec une ouverture sur l'au-delà, la religion polythéiste des Grecs s'exerce dans le cadre politique de la cité antique.
    Engagé dans les institutions de la cité, le religieux apparaît dès lors orienté vers la vie terrestre : il vise à ménager aux citoyens une existence pleinement humaine ici-bas, non à assurer leur salut dans l'autre monde.
    Ce que la religion laisse en dehors de son champ et que des courants sectaires et marginaux prennent en charge, la philosophie se l'appropriera.

  • Pour un Grec de l'Antiquité, qu'est-ce qu'être soi-même ? La Grèce des cités a largement ouvert la voie au développement de l'individu dans la vie sociale ; pourtant l'être humain n'y apparaît pas encore comme une personne, au sens moderne, une conscience de soi dont le secret reste inaccessible à tout autre que le sujet lui-même. La religion civique n'a pas non plus doté chaque individu d'une âme immortelle qui prolongerait son identité dans l'au-delà.
    C'est que dans une société de face à face, une culture de la honte et de l'honneur, l'existence de chacun est sans cesse placée sous le regard d'autrui. Pour se connaître il faut contempler son image reflétée dans l'oeil de son vis-à-vis.
    Parmi les formes diverses que l'autre a revêtues aux yeux des Grecs, il en est trois qu'en raison de leur position extrême dans le champ de l'altérité J.-P. Vernant a retenues pour focaliser sur elles son enquête : la figure des dieux, le masque de la mort, le visage de l'être aimé. Ces trois types d'affrontement à l'autre servent comme de révélateurs pour dégager les traits de l'identité telle que les Grecs l'ont conçue et assumée.

  • Etude de l'angoisse suscitée par des puissances divines de la mythologie grecque comme Gorgô, Artémis ou Dionysos qui représentent l'inconnu, l'autre et ses métamorphoses. Contient un entretien de l'auteur avec P. Kahn.

  • L'homme grec

    Jean-Pierre Vernant

    • Points
    • 14 Janvier 2000

    Philippe borgeaud. professeur d'histoire des religions à l'université de genève.

    Giuseppe cambiano. professeur d'histoire de la philosophie à l'université de turin.

    Luciano canfora. professeur de philosophie classique à l'université de bari et directeur de la revue quaderni di storia.

    Yvon garlan. professeur émérite à l'université de haute bretagne (rennes).

    Claude mossé. professeur émérite à l'université de paris vii (vincennes).

    Oswyn murray. balliol college, oxford.

    James redfield. enseigne au department of classical languages and literatures de l'université de chicago.

    Charles segal. professeur de littérature classique et comparée à l'université de harvard.

    Mario vegetti. enseigne l'histoire de la philosophie ancienne à l'université de pavie.

    Jean-pierre vernant. professeur honoraire au collège de france.

  • Entre mythe et politique

    Jean-Pierre Vernant

    • Points
    • 20 Septembre 2000

    Entre mythe et politique jeune antifasciste dans le quartier latin des années 1930, grand résistant, militant luttant au coude à coude avec ses camarades, jean-pierre vernant est également le professeur honoraire au collège de france qui a renouvelé notre compréhension des mythes et des croyances de la grèce ancienne.
    Dans ce volume, l'auteur nous invite à un " parcours ". entre mythe et politique où il retrace la formation et l'itinéraire du savant et de l'homme engagé dans le siècle. mais plutôt qu'une biographie intellectuelle à deux faces, jean-pierre vernant montre combien " dans la démarche du savant comme dans les choix du militant, les deux pôles opposés du mythe et du politique n'ont jamais cessé de se nouer ".

  • Religions, rationalités, politique contient l'univers, les dieux, les hommes ; les origines de la pensée grecque ; mythe et pensée chez les grecs ; mythe et société en grèce ancienne ; mythe et religion en grèce ancienne ; l'individu, la mort, l'amour ; la mort dans les yeux ; religions, histoires, raisons ; entre mythe et politique et la traversée des frontières mais aussi les écrits issus d'ouvrages collectifs, notamment mythe et tragédie en grèce ancienne et les ruses de l'intelligence, la mètis des grecs.
    Plusieurs index - index des notions et des figures mythiques, index des noms anciens, index des noms d'auteurs modernes - viennent compléter cet ouvrage de référence.

  • Réunir ces trois conférences en un volume permet de donner un aperçu de l'art oratoire de Jean-Pierre Vernant ainsi que de la diversité des publics devant lesquels il tenait à l'exercer : jeunes enfants accompagnés de leurs parents au théâtre de Montreuil, assemblée cultivée à la bibliothèque national de France, public populaire à Aubervilliers. Ces trois conférences scandent en outre les cinq dernières années de cette vie consacrée à la transmission de l'histoire et de la culture grecque, à travers l'évocation des oeuvres des poètes Homère et Hésiode et de trois figures fondatrices : Pandora, la première femme ; le rusé et fidèle Ulysse ; le brave et brillant Persée.

  • En quoi consiste le miracle grec ? Quelles sont les innovations ayant marqué ce que nous appelons la pensée grecque ? Cette synthèse personnelle sur un sujet controversé où s'affrontent de nombreux hellénistes, parue en 1962, a été réactualisée par l'auteur dans une longue préface à l'occasion de l'édition en poche en 1987. Un sujet passionnant sur les origines d'une pensée qui a façonné notre monde occidental.

  • Comment lire un mythe ? Quel rapport la philosophie entretint-elle avec la tradition ? Comment s'est formée la pensée positive en Grèce ?
    La tâche de l'historien n'est pas d'opposer mythe et raison, mais d'explorer, puis de confronter le discours théologique des poètes et les écrits postérieurs des philosophes et des historiens, de repérer les divergences dans les modes de composition, le vocabulaire, l'outillage conceptuel, les logiques de la narration.
    En relisant ainsi les grands textes mythiques et philosophiques, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet ont éclairé de façon décisive l'univers mental des anciens Grecs.

  • La mètis des Grecs - ou intelligence de la ruse - s'exerçait sur des plans très divers mais toujours à des fins pratiques : savoir-faire de l'artisan, habileté du sophiste, prudence du politique ou art du pilote dirigeant son navire. La mètis impliquait ainsi une série d'attitudes mentales combinant le flair, la sagacité, la débrouillardise... Multiple et polymorphe, elle s'appliquait à des réalités mouvantes qui ne se prêtent ni à la mesure précise ni au raisonnement rigoureux.
    Engagée dans le devenir et l'action, cette forme d'intelligence a été, à partir du Ve siècle, refoulée dans l'ombre par les philosophes. Au nom d'une métaphysique de l'être et de l'immuable, le savoir conjectural et la connaissance oblique des habiles et des prudents furent déconsidérés. Reconnaître le champ de la mètis, c'est, pour les auteurs de ce livre, réhabiliter une «catégorie» que les hellénistes modernes ont largement méconnue.

  • L'invention de l'écriture et de la raison De Sumer et d'Akkad vient l'écriture qui, au IVe millénaire avant notre ère, sur le sol de l'Irak actuel, donne naissance à la raison déductive, ouvre de nouveaux horizons économiques et rend possible une religion universelle. Elamites, Achéménides, Juifs et Grecs tissent des liens inédits entre l'ici-bas et le monde invisible à travers l'alphabet et le langage. Les Grecs, inspirés en partie par Babylone, inventent l'univers du politique et de la religion civique. Ainsi, les cultures araméenne, juive, persane et grecque n'ont cessé de se croiser au fil des siècles, y compris en Islam. L'enquête que mènent dans ce livre les trois auteurs fait apparaître l'héritage commun des multiples courants issus des civilisations du Tigre et de l'Euphrate.

  • Partout et toujours présent dans le paysage grec, le sacrifice sanglant définit les conditions dans lesquelles il est licite et pieux de manger de la viande. Sans alimentation carnée, il n'y a ni société civile ni communauté politique. La broche à rôtir est politique, et le couteau partageant le corps à manger découpe l'espace civique, en même temps qu'il invente la plénitude communautaire.
    Dans le manger carné, il y a comme un foyer commun où se croisent les figures des marches et de l'altérité. Histoires de loups en lisière de cité, quand le couteau, mauvais partageur, dévie vers la violence meurtrière de la guerre et de la tyrannie. Voyages en Scythie où le boeuf se faisant cuire lui-même raconte l'étrangeté des nomades au chariot. Récits des extrémités du monde, autour de la Table du Soleil, entre les viandes succulentes qui naissent de la Terre pour les Éthiopiens Longue-Vie et les cris de souffrance que lancent les chairs découpées des vaches du Soleil.
    Analyse anthropologique qui conduit à mettre en cause la pertinence d'un modèle judéo-chrétien, hâtivement laïcisé par des sociologues convaincus que le social s'enracine dans l'esprit du sacrifice : tel est ce livre, né des travaux du Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes.

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