Lucrèce

  • Victor Hugo justifie en ces termes l'intérêt extrême que l'oeuvre de Lucrèce suscite chez les lecteurs modernes. Or, de récentes découvertes scientifiques ont encore élargi sa sphère d'influence. Au ler siècle avant J.-C., le poète latin ne se contenta pas d'offrir à ses compatriotes la doctrine d'Epicure, leur permettant d'accéder pleinement à la philosophie, mais il traduisit en visionnaire le mouvement incessant des atomes et le perpétuel devenir des choses au sein du vide infini. Son oeuvre explore l'univers physique et le savoir grec, mais aussi notre vie quotidienne. Gardien essentiel de la doctrine épicurienne. vivant à une époque de violence et d'oppression, Lucrèce révéla non sans ferveur les moyens d'un bonheur accessible à tous. La version française que l'on présente ici se veut l'écho de la tension jamais abolie entre la poésie et la raison dans le De rerum natura. Inventant un langage de la nature, Lucrèce lui a donné des cadences que cette traduction essaie de transposer.

  • De la nature

    Lucrèce

    Dans cet unique exposé systématique de la doctrine épicurienne, Lucrèce nous enjoint à guérir le mal de vivre par la promesse du néant et à soigner notre angoisse par la contemplation des lois d'un monde fruit du hasard, où rien ne se perd ni ne se crée. Composer un traité de physique en vers enluminés de poésie et de beauté, de désespoir et de gaité, tel est le pari réussi du poète philosophe. Lucrèce a réussi à conjoindre deux incompatibles, l'explication et la célébration et s'est autorisé ce prodige immanent, une matière se faisant verbe parce que le verbe se fait matière. Ainsi ne craint-il pas d'établir une analogie entre la nature et son poème.

  • De la nature

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    Vingt siècles après la parution du De rerum natura, dont le manuscrit parvint, par hasard, entre les mains de Cicéron, Lucrèce apparaît dans l'histoire littéraire comme le premier poète visionnaire, capable de réaliser l'alliance toujours souhaitée de la science et de la poésie.
    On lui doit l'exposé le plus complet d'une des grandes philosophies de l'Antiquité, celle d'Epicure, qui, sans le poète latin, se réduirait pour nous aux linéaments de trois Lettres, à Hérodote, à Ménécée et à Pythoclès. A un exposé didactique sur la physique et la morale, Lucrèce, en fervent disciple d'Epicure désireux de convertir à cette philosophie son ami Memmius, a su donner la forme de la grande poésie.
    Au moment où Cicéron portait à son équilibre classique la langue latine, Lucrèce donnait aux lettres de Rome son plus grand poème avec l'Enéide de Virgile. Deux mille ans plus tard, ce poème philosophique sur la création (tel pourrait être, en effet, le titre du poème) demeure actuel, par la vision sombre et pénétrante d'un univers périssable et composé d'atomes, parmi l'infini des mondes, par la mise en garde contre les excès de la religion, par la sobre conception d'un bonheur personnel fondé sur une stricte hiérarchie des plaisirs et sur l'absence de trouble intérieur, l'ataraxie, source du souverain bien, condition du bonheur..

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