Patrick Boucheron

  • Chaque fois qu'une tempête s'annonce dans l'Histoire, on convoque Machiavel, car il est celui qui sait philosopher par gros temps. En effet, depuis sa mort en 1527, on ne cesse de le lire, et toujours pour s'arracher à la torpeur. Mais que sait-on de cet homme hormis le substantif inventé par ses contempteurs pour désigner cette angoisse collective, ce mal politique, le machiavélisme ?

    Né dans une république de princes, la Florence oligarchique de la Renaissance et de Savanarole, Machiavel est très tôt sensible à la politique. Premier secrétaire de la Seconde chancellerie, historien, dramaturge, poète, philosophe, politologue avant l'heure, admirateur des peintres, des ingénieurs, des médecins et des cartographes, incorrigible provocateur, Machiavel est surtout un très fin spectateur. En Europe, il voyage, scrute les rapports de force qui meuvent les hommes, renifle les remugles du pouvoir. Il s'étonne de voir, qu'en France, Louis XII tient son peuple d'une main de fer et que ce dernier ne l'en aime que davantage. Peu à peu, l'homme aiguise son style. Chez lui, tout est bon pourvu que l'on puisse exercer l'art du mot juste, « la vérité effective de la chose » : « L'amour est préférable, mais la force, parfois, inévitable ».

    La chance de Machiavel est d'avoir toujours été déçu par les hommes d'État qu'il a croisés sur son chemin. C'est pour cela qu'il a dû inventer son Prince de papier. Si le livre s'attache à dissocier l'action politique de la morale commune, la question demeure aujourd'hui encore de savoir, non pas pourquoi, mais pour qui écrit Machiavel. Pour les princes ou pour ceux qui veulent leur résister ? Et qu'est-ce que l'art de gouverner ? Est-ce celui de prendre le pouvoir ou celui de le conserver ? Qu'est-ce que le peuple ? Peut-il se gouverner lui-même ? Pensez-vous que les bonnes lois naissent de législateurs vertueux ? La fin peut-elle justifier les moyens ? Au-delà de conseils cyniques aux puissants, Machiavel s'interroge en profondeur sur l'idée de la souveraineté populaire car « le peuple connaît celui l'opprime ».

    Avec verve et une savoureuse érudition, Patrick Boucheron nous éclaire sur cet éveilleur inclassable, visionnaire et brûlant comme un soleil d'été sur la terre toscane. Et avec lui, nous écoutons Machiavel, comme tous les autres avant nous, au futur.

    Un été avec Machiavel est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2016 sur France Inter.

  • C'est à l'histoire d'une mémoire disputée que nous convie ce livre, moins pour faire récit des manipulations du souvenir que pour dresser l'inventaire des résistances du passé. Peut-être aussi pour tenter de rendre sensible l'épaisseur des temps par quelques expériences narratives...
    Le souvenir est celui d'Ambroise, élu évêque de Milan en 377, à l'époque où la ville est l'une des capitales de l'Empire romain. Contemporain de cette bascule d'un temps dans l'autre qu'est l'Antiquité tardive, Ambroise instaure une grande séparation entre ceux qui croient au Christ et ceux qui n'y croient pas. Jouant la ville contre le palais, le peuple contre la cour, il fait de la lutte contre l'hérésie la cause d'une Église défendant l'inviolabilité du domaine de Dieu face au pouvoir impérial.
    Héros de la romanité continuée, champion de la liberté de l'Église, saint patron de la ville et protecteur céleste de sa conscience civique, Ambroise n'a cessé de hanter l'histoire de Milan, depuis le temps des évêques carolingiens jusqu'à la Contre-Réforme catholique, et bien au-delà encore. Partant sur les traces de ses vies posthumes, ce livre propose une enquête sur la manière dont se façonnent, en longue durée, et de manière heurtée, contradictoire et toujours conflictuelle, les identités collectives. S'y révèle, chemin faisant, une archéologie du gouvernement des modernes, buttant sur l'origine liturgique de tout pouvoir et la violence constitutive à toute fondation.

  • Une réflexion critique sur les potentialités de l'histoire qui s'appuie sur l'étude de la période du XIIIe au XVIe siècle, avec l'histoire du Collège de France, la conceptualisation de la Renaissance par J. Michelet et l'évolution de la représentation du Moyen Age à l'époque contemporaine.

  • La fresque dite « du Bon gouvernement », peinte en 1338 par Ambrogio Lorenzetti pour décorer la salle de la Paix du Palais communal de Sienne, est l'une des plus célèbres oeuvres peintes de la fin du Moyen Âge en Italie. Elle fascine aujourd'hui par le foisonnement de ses détails et la force de ses allégories.
    En rendant l'oeuvre au climat d'urgence qui l'a suscitée et qui lui donne sens, Patrick Boucheron lui restitue sa fraîcheur et sa puissance, son sens politique et son actualité. Dans les années 1330, la commune de Sienne est menacée par la seigneurie c'est-à-dire par cette forme de gouvernement personnel qui subvertit les principes républicains de la cité. Comment résister à la tyrannie, éteindre le brasier de la guerre et réapprendre l'art de bien vivre ensemble ? La fresque de Lorenzetti est le récit fiévreux d'un combat politique qui n'est jamais gagné.

    Professeur à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Patrick Boucheron a participé à de nombreuses entreprises éditoriales destinées à diffuser l'histoire du Moyen Âge auprès d'un plus large public. Il est l'auteur, entre autres, de Léonard et Machiavel (Verdier, 2008, rééd. « Poche » 2013) et a dirigé L'Histoire du monde au XVe siècle (Fayard, 2009, rééd. Pluriel 2012).

  • Ce récit historique qui se déroule au XVIe siècle est consacré aux rencontres, en diverses occasions, entre le peintre Léonard de Vinci et Nicolas Machiavel, dans un contexte marqué par les guerres d'Italie.

  • « Pour ma part - et c'est en ce sens que je conçois cette «profession» d'historien - je veux croire à l'émancipation par la pensée critique, aux valeurs de transmission et de filiation, à l'amitié, aux livres. Je veux croire à l'histoire, si l'histoire est ce récit entraînant qui nous soulève et nous désoriente, nous oblige et nous délie. Je veux croire qu'il n'y a pas de libération plus vaine que celle qui prétend nous arracher aux rigueurs du travail intellectuel ou aux fidélités que l'on doit à ses prédécesseurs, qu'il n'y a pas de générations plus tristes que celles qui ne se reconnaissent plus de maîtres, qu'il n'y a pas de plus belle activité pour l'esprit que de lire avec bienveillance, et se laisser surprendre par de nouvelles admirations. » P. B.

  • Le xve  siècle est le temps de l'invention du monde. De Tamerlan à Magellan, depuis l'Asie centrale jusqu'à la capture de l'Amérique en 1492, s'accomplit une première mondialisation. Mais la geste de Christophe Colomb est tout sauf un événement fortuit  : elle est précédée par une dynamique globale et complexe d'interconnexion des espaces, des temps et des savoirs qui ne se réduit pas encore à l'occidentalisation du monde.
    Ni dictionnaire critique ni somme érudite, cette Histoire du monde au xve siècle entend redonner voix à ce monde d'histoires. Voilà pourquoi il se prête à la lecture au long cours comme au hasard du cabotage.
      Ce premier volume se donne l'atlas comme motif principal  : atlas politique des territoires du monde, qui permet de prendre la mesure de la variété des expériences politiques au seuil de la modernité, et atlas culturel des écritures du monde, ouvrant grand les portes de la librairie du xve siècle.

  • Un livre exceptionnel. Voici la réponse apportée par l'élite des jeunes générations de médiévistes français (avec l'aide de quelques illustres anciens) à ce que l'on appelle aujourd'hui la « World History ». En déplaçant le regard à l'échelle mondiale, il devient possible de briser notre manière de voir l'histoire toute centrée sur l'Europe. N'est-il pas absurde de parler de « découverte » de l'Amérique ? Or, dans les années 1400, au coeur du XVe siècle, les hommes ont vécu une première mondialisation, et cette expérience inédite constitue le chantier immense de cet ouvrage.
    Le premier volume retrace examine successivement les structures politiques de l'ensemble des terres occupées sur la planète et les écrits de tout genre qui ont marqué cette époque.
    /> Le deuxième volume esquisse ensuite un récit planétaire de l'histoire des hommes. Enfin et enfin seulement peut être tenté un essai d'« histoire » globale.

  • Le Moyen Age est une période qui prend de grands airs, mais qui produit un son de casserole... C'est comme cela que Patrick Boucheron commence ce texte, d'emblée surprenant, qui nous fait percevoir avec finesse combien les codes sociaux du Moyen Age sont différents de ceux d'aujourd'hui. Si l'on dissocie le mot révolte de l'idéal politique où on le situe, alors la révolte peut être la Saint-Barthélemy, le terrorisme, toute forme d'action violente contre l'ordre.
    Face à cet état de fait, l'auteur propose son "kit de survie" : se rappeler que quelle que soit la situation, il n'existe pas d'exemple historique où le pire dure éternellement.

  • La fresque dite "du Bon gouvernement", peinte en 1338 par Ambrogio Lorenzetti pour décorer la salle de la Paix du Palais communal de Sienne, est l'une des plus célèbres oeuvres peintes de la fin du Moyen Âge en Italie. Elle fascine aujourd'hui par le foisonnement de ses détails et la force de ses allégories. Sur le mur nord siègent les figures allégoriques du "Bon gouvernement" qui a donné son nom à l'oeuvre. A l'ouest, une longue paroi de quatorze mètres déploie sa réplique funeste, la cour des vices, et une cité en proie aux flammes de la haine sociale. A l'est, au contraire, s'étale une peinture majestueuse de la ville en paix et de ses campagnes. Richement illustré, le livre offre pour la première fois au public français une vision globale de cette oeuvre peinte, qu'il explore également dans ses détails. De ce fait, il propose une réflexion sur la force politique des images. En rendant l'oeuvre au climat d'urgence qui l'a suscitée et qui lui donne sens, Patrick Boucheron lui restitue sa fraîcheur et sa puissance, son sens politique et son actualité. Dans les années 1330, la commune de Sienne est menacée par la seigneurie c'est-à-dire par cette forme de gouvernement personnel qui subvertit les principes républicains de la cité. Comment résister à la tyrannie, éteindre le brasier de la guerre et réapprendre l'art de bien vivre ensemble ? Pour survivre dans son intégrité politique, la commune doit persuader de sa légitimité et de ses bienfaits. La fresque de Lorenzetti est le récit fiévreux d'un combat politique qui n'est jamais gagné.

  • Quel est le problème ? On le dira ici simplement, tant est criante son actualité.
    Il s'agit de trouver les lieux où peut se dire le politique. Non pas la parole instituée et instituante de la grande émotion révolutionnaire, mais celle, vibrante, efficace pour chacun, qui cheminera librement dans nos vies. Car elle s'énonce partout, sauf là où elle s'annonce comme politique.
    Face aux textes, devant l'image, il faut pour la saisir s'adonner à quelques exercices de lenteur.
    Faire comme eux, les trois philosophes. Trois hommes d'âge différent, qui méditent, qui commentent et qui espèrent. Ils prennent la mesure de la diversité du monde, tandis que le jour faiblit. Mais qui sont-ils ? Giorgione a peint la succession des âges comme une énigme.
    Alors tentons de les faire converser, depuis le pli du temps qu'ils occupent, arrêtés là, désoeuvrant le cours glorieux des siècles, dans l'entretemps.

  • Dans Il Convivio (Le Banquet), Dante invitait tous ceux qui, «pour des raisons familiales ou sociales sont restés sur leur faim» à venir s'attabler au banquet des savoirs. Car «le monde qui vit mal» a besoin d'intelligence collective. En relisant Dante aujourd'hui, en le ramenant au présent d'une audace qui demeure sans cesse à reconquérir, Patrick Boucheron tente de ressaisir l'urgente nécessité d'une politique de la transmission des savoirs qui soit, dans le sens plein que lui donne l'histoire, universitaire.
    Qu'est-ce que transmettre ? Et qu'est-ce que l'histoire peut transmettre à nos vies ?


  • l'histoire de l'italie médiévale est, pour une large part, celle de ses villes.
    elles s'imposent, puissantes et prospères, depuis le milieu du xiie siècle, quand elles conquièrent leur autonomie politique, jusqu'au milieu du xive siècle, quand elles sont frappées par la crise démographique. par leur capacité à contrôler les trafics commerciaux, par l'élargissement de leurs territoires en même temps que l'assise sociale de leur gouvernement, par le façonnement d'une forme nouvelle de culture politique, les villes italiennes sont très vite apparues comme des laboratoires de notre modernité.
    adoptant une démarche résolument historiographique, ce livre se veut à la fois manuel pratique et essai d'interprétation. en trois parties, historiographie, bibliographie, enjeux, il rend compte de la complexité de cette expérience politique, économique, culturelle et sociale inédite. il tente de ressaisir cet objet historique dans la longue durée de sa mémoire, une mémoire que les villes ont, elles-mêmes, contribué à forger, mais aussi dans les débats contemporains d'une historiographie neuve et âprement discutée.
    loin des évidences rassurantes d'une italie touristique réduite à la triade venise-florence-rome, cette histoire renouvelée bouscule nos savoirs et nos certitudes.

  • Jean Prouvé s'est toujours dit "mort" en 1952, année où il fut chassé de l'usine qu'il avait créée à Maxéville-les-Nancy. L'auteur a retracé les circonstances de cette rupture et défini les structures au sein desquelles il a travaillé dans les années qui ont suivi jusqu'en 1968, année de son installation comme ingénieur-conseil, rue des Blancs-Manteaux à Paris. Cette période est d'autant plus cruciale que Prouvé, bien qu'amputé de son usine, réalise quelques-uns de ses plus beaux chefs d'oeuvre, le pavillon du Centenaire de l'aluminium, la maison de l'abbé Pierre, la buvette d'Évian, les écoles de Villejuif, les façades du Cnit, Alpexpo à Grenoble...

  • L'Histoire mondiale de la France est devenue un livre événement: plus de 100 000 exemplaires vendus, un immense succès public, des débats nombreux et une reconnaissance internationale. Le projet reste d'une actualité brûlante : face aux crispations identitaires qui dominent le débat public, comment défendre une conception ouverte et pluraliste de l'histoire ? Et faut-il pour cela abandonner l'objet « Histoire de France » aux récits simplificateurs ?
    À ces questions, les historiennes et historiens engagés dans cette aventure éditoriale ont tenté d'apporter des réponses simples et concrètes. Elles tiennent dans la forme même du livre : une histoire de France, de toute la France, en très longue durée, qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s'embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l'identité, mais prend au large le destin d'un pays qui n'existe pas séparément du monde qu'il prétend même parfois incarner tout entier.
    Ce livre qui a fait date est proposé dans une édition augmentée de quinze notices inédites.

  • L'histoire de l'Humanité racontée en 515 cartes.
    Depuis sa création, la revue L'Histoire publie des articles d'historiens faisant état des dernières avancées de leurs recherches. Ces textes sont souvent enrichis d'une ou plusieurs cartes. En partant de ce fonds cartographique exceptionnel, Christian Grataloup a sélectionné, recréé et commenté 515 cartes racontant la marche du monde, des origines de l'Humanité à aujourd'hui.
    Cet atlas est à la fois à la pointe de la recherche historique et accessible au plus grand nombre. Une création originale destinée à devenir un ouvrage de référence.

  • C'était à Paris, en janvier 2015. Comment oublier l'état où nous fûmes, l'escorte des stupéfactions qui, d'un coup, plia nos âmes ?
    On se regardait incrédules, effrayés, immensément tristes.
    Ce sont des deuils ou des peines privés qui d'ordinaire font cela, ce pli, mais lorsqu'on est des millions à le ressentir ainsi, il n'y a pas à discuter, on sait d'instinct que c'est cela l'histoire.
    Ça a eu lieu. Et ce lieu est ici, juste là, si près de nous. Quel est ce nous et jusqu'où va-t-il nous engager ? Cela on ne pouvait le savoir, et c'est pourquoi il valait mieux se taire ou en dire le moins possible - sinon aux amis, qui sont là pour faire parler nos silences. Ensuite vient le moment réellement dangereux : lorsque tout cela devient supportable. On ne choisit pas non plus ce moment. Un matin, il faut bien se rendre à l'évidence : on est passé à autre chose, de l'autre côté du pli. C'est généralement là que commence la catastrophe, qui est continuation du pire.
    Il ne vaudrait mieux pas. Il vaudrait mieux prendre date. Ou disons plutôt : prendre dates. Car il y en eut plusieurs, et mieux vaut commencer par patiemment les circonscrire. On n'écrit pas pour autre chose : nommer et dater, cerner le temps, ralentir l'oubli.
    Tenter d'être juste, n'est-ce pas ce que requiert l'aujourd'hui ? Sans hâte, oui, mais il ne faut pas trop tarder non plus. Avec délicatesse, certainement, mais on exigera de nous un peu de véhémence. Il faudra bien trancher, décider qui il y a derrière ce nous et ceux qu'il laisse à distance. Faisons cela ensemble, si tu le veux bien - toi et moi, l'un après l'autre, lentement, pour réapprendre à poser une voix sur les choses. Commençons, on verra bien où cela nous mène. D'autres prendront alors le relais. Mais commençons, pour s'ôter du crâne cet engourdissement du désastre.
    Il y eut un moment, le 7 janvier, où l'on disait : douze morts, et on ne connaissait pas encore les noms ; on aurait pu deviner en y pensant un peu mais on préférait ne pas. Nous sommes encore dans cette suspension du temps, ne sachant pas très bien ce qui est mort en nous et ce qui a survécu dans le pli. Maintenant, un peu de courage, prendre dates c'est aussi entrer dans l'obscurité de cette pièce sanglante et y mettre de l'ordre. Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n'écrit pas autre chose.
    Des tombeaux.

  • Cet ouvrage assemble les textes de deux conférences prononcées lors de la première du festival de L'Histoire à venir à Toulouse en mai 2017. Ils reflètent les intentions des organisateurs (la librairie Ombres Blanches, la théâtre Garonne, l'université Jean-Jaurès et les éditions Anacharsis) de replacer l'histoire au sein de l'espace public, une histoire ouverte à tous fondée sur l'argument, la raison et la recherche et non plus sur des effets d'autorités ou des déclarations péremptoires.
    Il s'agit de renouer le passé, le présent et le futur en envisageant les contours d'une histoire à venir. Patrick Boucheron s'interroge ainsi que les possibles non advenus du passé mais toujours actifs dans la pratique historienne comme dans les mémoires dans un texte intitulé « Écrire l'histoire des futurs du passé » ; tandis que François Hartog, dans «Vers une nouvelle condition historique ? », questionne les nouvelles façons envisageables de faire de l'histoire à une époque où règne en maître le présentisme et l'instantanné.

  • " Avec l'implosion du monde romain, la ville de l'Antiquit se rtracte ou disparat lentement tandis qu'apparaissent de nouvelles ralits urbaines qui ne se laissent plus circonscrire par le cadre politique et spatial de la cit. Faut-il alors parler de " ville mdivale " ? Une chose, en tout cas, est certaine : c'est au cours du millnaire mdival que se redessine les contours e d'une nouvelle Europe urbaine.Entre les VIIe et Xe sicles, des modles originaux d'urbanisation surgissent, le plus souvent hors du bassin mditerranen qui fut le berceau de la civitas. Durant les sicles du " grand progrs " (XIe-dbut XIVe sicle) se dveloppe une vigoureuse et brillante floraison de villes. Les nouvelles communauts urbaines sont des socits politiques dans lesquelles s'inventent non seulement des manires particulires de travailler, d'habiter et de cohabiter mais aussi des pratiques de gouvernement que les hommes au pouvoir prtendent exercer au nom du bien public.Pourtant, quand le Nouveau Monde est dcouvert, l'Europe qui s'est construite au Moyen ge n'est pas une Europe des villes mais un systme d'tats monarchiques qui intgrent les villes dans leur construction politique.

    " Denis MenjotEst professeur d'histoire mdivale l'universit Lumire Lyon 2, prsident de la Socit franaise d'histoire urbaine et ex-prsident de l'European Association for Urban History. Ses recherches portent sur les socits et les pouvoirs en Castille au Moyen ge et la fiscalit des villes de l'Occident mdival. Il a publi entre autres, Les Espagnes mdivales (Hachette, " Carr Histoire ", 1996) et codirig avec Manuel Snchez Martnez, La Fiscalit des villes au Moyen ge (Occident mditerranen), 4 tomes parus Toulouse, Privat, 1996, 1999, 2000 et 2004.Patrick BoucheronEst actuellement matre de confrences en histoire du Moyen ge l'universit Paris-I Panthon-Sorbonne. Spcialiste de l'histoire politique et culturelle de l'Italie urbaine, il a notamment publi Les Villes d'Italie (vers 1150-vers 1340) (Belin, 2004), Lonard et Machiavel (Verdier, 2008) et rcemment dirig L'Histoire du monde au XVe sicle (Fayard, 2009).Jean Luc Pinol (dir.)Professeur d'histoire contemporaine l'ENS de Lyon, ancien prsident de la Socit franaise d'histoire urbaine. A publi Le Monde des villes au XIXe sicle (Hachette, 1991) et dirig L'Atlas historique des villes de France (Salvat/Hachette, 1996). Il vient de publier avec Maurice Garden L'Atlas des Parisiens (Parigramme, 2009).

  • Ecrite sous la direction de Patrick Boucheron, cette oeuvre aborde la question migratoire en Europe avec un oeil inédit. Il replace la crise des migrants dans le long terme, et montre à travers une approche multidisciplinaire comment les migrations ont façonné la mondialisation. Enfin, il nous pose la question du droit des migrants et soulève le problème d'une Europe incapable d'être terre d'accueil.

  • Conquérir le pouvoir ? Rien de plus simple, pour ceux que favorise la Fortune et qui acceptent d'être des créateurs d'Etats. Mais le conserver, voilà qui exige de la virtus. Car il faut conduire les hommes selon la nécessité d'un temps politique toujours incertain. Dans Le Prince, Nicolas Machiavel (1469-1527) expose cet art de gouverner en brisant les miroirs au prince des temps médiévaux. Il l'écrit en 1513, alors que le retour des Médicis l'éloigne de l'engagement républicain qui fut la passion d'une vie entièrement tournée vers l'action politique.
    Il l'écrit pour parer les coups et comprendre sa défaite. Non pour rêver de cités idéales, mais pour nommer avec exactitude la réalité du pouvoir, cet exercice habile de la domination. Provocateur, drôle parfois, mais toujours surprenant, Le Prince fut écrit en état d'urgence, la traduction de Jacqueline Risset restitue à sa langue son irrésistible vélocité. Car Le Prince file droit jusqu'à nous. Quelle que soit l'idée préconçue que l'on se fasse du "machiavélisme", on le lit toujours au présent.
    Aussi les commentaires que propose ici Patrick Boucheron visent en même temps à resituer le texte dans son temps historique d'incertitude politique et à le donner à lire dans sa capacité d'actualisation. Ce qui s'y joue ? Rien moins que l'idée de Renaissance. Cette édition illustrée tente de reconstituer la culture visuelle du temps de Machiavel. Peinture, sculpture, architecture, mais aussi objets plus ordinaires du cadre de vie princier, choisis et légendés par Antonella Fenech Kroke.
    Tout ici concourt à donner à voir l'éclat d'un moment où le prince se vivait comme le créateur d'un Etat considéré comme une oeuvre d'art.

  • Signs and States, programme financé par l'ERC (European Research Council), a pour but d'explorer la sémiologie de l'État du XIIIe siècle au milieu du XVIIe siècle. Textes, performances, images, liturgies, sons et musiques, architectures, structures spatiales, tout ce qui contribue à la communication des sociétés politiques, tout ce qu'exprime l'idéel des individus et leur imaginaire, est ici passé au crible dans trois séries de rencontres dont les actes ont été rassemblés dans une collection, Le pouvoir symbolique en Occident (1300-1640).
    Ces volumes, adoptant une perspective pluridisciplinaire et comparative dans une visée de long terme, combinent études de cas, analyses conceptuelles et réflexions plus théoriques. Et les réponses à ce questionnaire, issu d'une réflexion sur une histoire culturelle poursuivie sur plus de cinq siècles, remettent en cause une histoire de l'Occident latin où l'on opposerait Église et État : la mutation culturelle engendrée par la réforme grégorienne qui, tout en assurant d'abord le triomphe de la papauté, a donné à l'État moderne les moyens d'assurer sa propre légitimité en créant les conditions d'une révolution du système de communication. Elle engendre un partage du pouvoir symbolique et des processus de légitimation avec l'État : la capacité de ce dernier à se légitimer par le consentement de la société politique en dehors de la contingence religieuse est une spécificité de l'Occident latin, clé de l'essor des États modernes européens.

  • Il est des mots qui tuent symboliquement, lorsqu'il s agit de ruiner la réputation d un adversaire, ou physiquement, quand le mot d'ordre se fait slogan. Dès lors, s'interroger sur la notion de violences intellectuelles revient à poser la question de la responsabilité de ces professionnels de la parole que sont les intellectuels. Ce livre collectif entend le faire dans la longue durée de l'analyse historienne : de l'attaque ad hominem dans la rhétorique romaine à l'imaginaire guerrier des intellectuels contemporains, en passant par les formes de la dispute médiévale ou de la controverse savante à l'époque moderne. Dans tous les cas, il s'agit bien de mettre au jour les règles et les usages de la polémique, mais aussi d'identifier les moments où les règles sont transgressées, remettant en cause l'ensemble du système.

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