Raymond Depardon

  • Bolivia

    Raymond Depardon

    Réalisées au cours de cinq voyages effectués entre 1997 et 2015, les photographies réunies dans cet ouvrage révèlent une Bolivie atemporelle, dont les populations rurales et indigènes vivent toujours essentiellement du travail de la terre. Le noir et blanc de Raymond Depardon souligne la beauté âpre des paysages, la dureté des visages des paysans, les silhouettes omniprésentes des femmes, la magie des traditions ancestrales.Des plaines désertiques du Salar d'Uyuni à la sérinité du lac Titicaca en passant par le village montagnard de Tarabuco, Raymond Depardon nous fait vivre un voyage plein d'humanité qui s'achève à Vallegrande, sur les traces du Che Guevara, dont l'image semble s'être inscrite à jamais dans la mémoire collective.

  • Devant la porte de la cuisine, il y a toujours l'escalier de pierre qui monte au grenier. Dans le flou de ma mémoire, j'ai l'impression que c'est mon premier repère de la ferme. Enfant, je n'avais le droit qu'aux premières marches. Je venais m'y asseoir. De là, je pouvais voir l'intérieur de la cuisine; surtout l'été, quand la fenêtre était ouverte. Plus tard, toutes les marches de l'escalier ont été autorisées. Elles sont restées très longtemps un lieu de jeu et d'observation privilégié. Je faisais de l'acrobatie sur la rampe. C'est là que j'ai fait mon premier saut et mon premier équilibre ! A la fin de la journée, on pouvait s'asseoir et écouter les bruits de la ferme, des hangars, des écuries, lorsque mon pire et les ouvriers agricoles revenaient des champs. On pouvait aussi entendre ma mère préparer le repas du soir, sentir les plats de la cuisine. Et, après le dîner on allait de nouveau jouer et sauter dans le vide.

    Aujourd'hui encore, j'aime m'asseoir sur cet escalier. Est-ce la forme si parfaite de ses pierres usées par le temps? Leur couleur, qui change selon la lumière, la saison ? Sous le soleil d'hiver, il y fait doux. On y est bien protégé de la bise, ce vent qui souffle sur la vallée delà Saône. En été, c'est le lieu le plus chaud de la cour. Le soir, le soleil rouge vient mourir en haut des marches.

  • D'abord grand reporter, Raymond Depardon s'est affirmé, au cours de ces décennies, par ses livres, ses expositions et ses films, comme un artiste majeur. Depuis 1961 et jusqu'en 2013, il a photographié régulièrement Berlin.
    Dans ce livre, il fait revivre la construction du Mur, les visites de Robert Kennedy et de la reine Elisabeth, le congrès Tunix des intellectuels européens qui marque le début des mouvements alternatifs, la chute du Mur, la ville en friche puis la reconstruction des deux côtés d'une frontière abolie mais jamais complètement effacée, et enfin le Berlin d'aujourd'hui. Moments forts de l'Histoire ou du quotidien des Berlinois, tout est saisi par un regard très personnel qui s'attache d'abord aux hommes et femmes, célèbres ou anonymes.
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    Des textes sobres de Depardon viennent ouvrir les chapitres du livre organisés chronologiquement. Une carte de Berlin avec tracé du mur vient conclure le livre.

    Pour la première fois depuis que nous publions l'oeuvre de Raymond Depardon, un éditeur étranger : l'Allemand Steidl a acheté la maquette et les droits en langue anglaise et allemande et prévoit une publication simultanée.

    Raymond Depardon a photographié Berlin pendant cinquante ans. À l'occasion du 25e anniversaire de la chute du Mur, il nous présente trois cents photographies qui, à travers son regard personnel, retracent l'histoire de cette ville de 1961 à nos jours.

  • Les habitants

    Raymond Depardon

    • Seuil
    • 7 Avril 2016

    Je pars sur les routes de France, de Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg.
    Je vais m'arrêter devant des habitations, des commerces, des places de mairie.
    Je pars à la rencontre des Français pour les écouter parler. De quoi ? Je ne le sais pas encore.
    Je ne leur poserai pas de questions. Je vais les laisser prendre leur temps, recueillir leurs conversations, leurs accents et leurs façons de parler.
    J'ai aménagé une vieille caravane, posé une caméra, installé quelques micros et j'invite des gens, rencontrés dans la rue quelques minutes auparavant, à poursuivre leur conversation devant nous, sans contraintes, en toute liberté.
    Ce sont ces conversations qui sont reproduites dans ce livre, séquence après séquence, telles qu'elles ont été enregistrées. Je n'ai indiqué, par discrétion et aussi parce que je trouvais ça inutile, ni l'âge, ni le sexe, ni la condition sociale des interlocuteurs. Ce sont leurs paroles qui les révèlent.
    R. D.

    Ce sont ces conversations qui sont reproduites ici, séquence après séquence, telles qu'elles ont été enregistrées. Par discrétion, Raymond Depardon n'a indiqué ni l'âge, ni le sexe, ni la condition sociale des interlocuteurs. Ce sont juste leurs paroles qui les révèlent.

  • J'ai aimé me perdre dans ces villes étrangères, je me suis efforcé de me dissimuler dans le flot des passants des rues animées de ces grandes cités. Pour quelques heures, pour quelques jours, j'étais un habitant, un peu particulier. Je restais étranger, mais j'étais adopté et protégé par la foule. J'ai toujours pris plaisir à ne pas me faire remarquer, à disparaître aussitôt repéré, à me fondre d'une rue à l'autre, sans chercher à me cacher, en restant un touriste un peu décalé, plutôt curieux mais toujours amateur. Mon secret, aller vite comme les piétons de ces villes, pour respecter l'itinéraire de leur vie quotidienne. Comme j'étais acteur et marcheur, il me fallait sans cesse ne pas regarder, photographier, sourire et disparaître. Le hasard a toujours bien fait les choses. C'est vrai que chaque ville a son propre mouvement, travailleurs, chômeurs, étudiants, passagers; tout est travelling et plan séquence dans une ville. D'un côté, j'arrêtais un moment banal et original avec ma caméra et mon film de cinq minutes, et de l'autre, je fixais un moment flou avec mon appareil photo, un instant éphémère qui allait disparaître à tout jamais. Marcher dans une ville, c'est croiser des visages. Il m'est arrivé de croiser furtivement un beau visage de femme, puis un autre, et je me mettais à rêver de vivre dans cette ville, que ce soit ma ville et que cette femme soit mon bonheur. Mais en attendant, je vivais un autre bonheur, celui de rester un inconnu; j'étais trop intimidé pour parler, même si j'étais protégé par mon statut de visiteur. Ma chance était de n'être jamais satisfait, il me fallait toujours aller plus loin et comme les villes sont grandes, il était facile de se perdre. Il m'arrivait de m'arrêter dans un café ou de rentrer à l'hôtel pour me dégriser des bruits de la rue qui m'envahissaient depuis le petit matin.
    Trois jours dans chaque ville, à essayer de garder ce premier regard, avant de quitter la ville comme un voleur d'images. Mais souvent le dernier jour, je pouvais rester des heures sans photographier, ni filmer. Ce n'était pas seulement la fatigue de la marche, j'étais gagné par la ville, je prenais des habitudes et les souvenirs me revenaient, de vieux souvenirs... J'étais un gosse, soi-disant reporter, qui voulait changer le monde sous prétexte de témoigner. Toujours en transit, pour aller photographier des rebelles dans les montagnes, des paysans, comme mes parents, qui s'étaient transformés en combattants. La ville avait changé et moi aussi. Mes compagnons étaient une petite caméra A-Minima et un Bronica 645 et des films couleur. Labyrinthes modernes, les villes se photographiaient en couleur, c'était nouveau et hors du commun pour moi. Fini le blanc et le gris stylistiques, nous sommes dans un présent existentiel - peut-être plus dur au fond - où trottoirs et piétons, rivières et ponts, bords de mer et ports, pluie et soleil se ressemblent de plus en plus à travers les continents.
    Aujourd'hui devant ces photographies, vous pouvez deviner mon itinérance, mes échecs, mes ratages, mes attirances, mes craintes, mes surprises, mes chances et mes bonheurs. Deuil et jouissance, tout se mélange maintenant avec le temps. L'initiative de ce projet revient à Hervé Chandès, le directeur de la Fondation Cartier pour l'art contemporain à Paris. Nous avons choisi les 12 villes ensemble, en commençant par Tokyo, la plus grande ville du monde avec ses 32 millions d'habitants, jusqu'à la plus petite, Addis-Abeba, capitale symbolique de l'Afrique. J'ai commencé par aller à Rio de Janeiro en 2004, la seule ville que je ne connaissais pas.
    et j'ai terminé par Paris, la ville où je vis. En octobre 2004, 7 villes avaient fait l'objet d'une installation à Paris à la Fondation Cartier. Puis 8 villes ont été montrées au MOT - Musée d'art contemporain de Tokyo -, au printemps 2006. C'est à Berlin, au Muséum Fur Fotografie, en février 2007, que les 12 villes seront vues pour la première fois.
    Raymond Depardon, janvier 2007

  • Méditerranée

    Raymond Depardon

    Aboutissement de plus de 50 ans de voyages et de reportages photographiques, l'ouvrage Méditerranée, de l'incontournable photographe français Raymond Depardon, regroupe des clichés anciens et inédits sur le pourtour méditerrannéen depuis les années 1960 à nos jours. Depuis Alexandrie jusqu'à Beyrouth, en passant par le sud de la France qu'il affectionne particulièrement, la Grèce, la Palestine, la Turquie, l'Italie, l'Espagne ou encore la Corse, Raymond Depardon pose, une fois de plus, un regard aigu et subjectif sur cette région du monde aux mille facettes.
    Toujours aux prises avec le réel, les images sans artifice du photographe instituent un rapport de transparence avec la réalité. Les villes de la Méditerrannée changent sous nos yeux et Raymond Depardon en est le témoin privilégié, notamment dans sa série sur Beyrouth, photographiée insouciante en 1965, puis aux abois 13 ans plus tard pendant la guerre civile et finalement immortalisée en 1991 juste avant la reconstruction.

  • Raymond Depardon occupe une place singulière dans le champ de l'image contemporaine. Cinéaste autant que photographe il met l'image fixe et l'image animée au service d'une écriture unique, d'une interrogation permanente sur l'éthique, l'essence et le rôle du reportage, qu'il s'agisse de raconter quotidiennement New York, de témoigner de l'institution psychiatrique ou du sort de l'enfance abandonnée.

  • Traverser

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    Écrivain, photographe et réalisateur, l'homme semble sans limites. Il a arpenté tous les chemins de la photographie du réel, des premiers pas balbutiants dans La ferme du Garet , aux planques de célébrités, du reportage pour la presse au documentaire d'auteur.
    Chez Depardon, l'écriture et la photographie offrent deux temporalités très différentes qu'il a souvent cherché à faire cohabiter. Il s'agît pour lui de « faire des images un peu banales, calmes, sans éloquence particulière, mais chargées de sentiment », ce qui le conduira alternativement dans l'errance volontaire et/ou dans la production déterminée d'une archive à partager pour les temps futurs.

  • Porté depuis ses débuts dans la photographie par l'Afrique, Raymond Depardon n'en a pas, pour autant, délaissé le continent nord-américain. C'est en 1968, alors qu'il appartient encore à l'agence Gamma, qu'il effectue son premier grand reportage outre-Atlantique. À Chicago, il couvre à la fois la convention nationale démocrate, qui s'apprête à choisir Hubert Humphrey comme candidat à l'élection présidentielle, et une grande manifestation contre la guerre au Vietnam. Quelques semaines plus tard, il est le seul photographe français à suivre Richard Nixon, candidat conservateur, qui mène campagne avant d'être élu, en novembre de la même année, 37e président des États-Unis. Ce n'est qu'à l'été 1981, pour les besoins du journal Libération que Raymond Depardon retrouve l'Amérique et s'installe temporairement à New York. Il doit, tous les jours et durant un peu plus d'un mois, envoyer une photo et une légende au quotidien français, alors dirigé par Serge July. Ce sera la fameuse Correspondance new-yorkaise qui marque un tournant dans son oeuvre. En 1982, dans la foulée de cette commande qui fera l'objet d'une parution aux éditions des Cahiers du Cinéma, Raymond Depardon sillonne cette fois l'Ouest des États-Unis, du Nouveau-Mexique à la Californie en passant par le Colorado et le Nevada. Il attendra ensuite dix-sept ans avant de se confronter, cette fois dans un nouveau format hauteur et en délaissant momentanément son Leica, aux paysages grandioses du Montana et du Dakota.

  • Avec ces 480 clichés en couleur, dont 200 sont inédits, Raymond Depardon a photographié la vraie France, la France qu'on ne regarde plus.
    Quelle est la relation de l'homme à son espace de vie ? C'est ce que Raymond Depardon désire comprendre et fixer sur la pellicule. Voyageant à bord d'un fourgon aménagé, il guette les traces de l'homme sur le territoire, à l'aide d'une chambre photographique posée sur un pied. La France de Depardon, c'est cette France ordinaire, entre rural et urbain. C'est la France réelle.
    Sommes-nous réels ?

  • Créée et présentée par la Fondation Cartier pour l'art contemporain, l'exposition Terre Natale, Ailleurs commence ici propose un dialogue entre le cinéaste Raymond Depardon et le philosophe Paul Virilio sur le rapport au natal, à l'enracinement et au déracinement, à une époque où les flux migratoires humains ont atteint une échelle sans précédent. Publiés pour la première fois dans le catalogue Terre Natale, les textes présentés ici permettent d'explorer les problématiques soulevées dans l'exposition. Accompagnés de vues d'installations, ils constituent un véritable outil de réflexion sur les notions de nomadisme et de sédentarité, ainsi que sur les questions identitaires qui leur sont attachées.

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