Actes Sud

  • Sur le modèle de Calligraphie (C. Médiavilla) le premier grand livre d'art déployant toutes les dimensions de l'art chinois du trait, graphique aussi bien que pictural. Principes des idéogrammes, outils, définitions des styles, arrière-plan spirituel, contexte historique et social, oeuvre des grands maîtres.

  • Il a intégré au raffinement du gothique la perspective de la Renaissance. Né à Florence en 1397 - il y meurt en 1475 -, Paolo di Dono, dit Uccello, combine avec son esprit scientifique tradition et innovation pour inventer des réponses géométriques aux nouveaux défis de la représentation.
    Apprenti auprès de Lorenzo Ghiberti quand celui-ci sculpte les portes du baptistère de Florence, Uccello aide à la réfection des mosaïques sur la façade de la basilique Saint-Marc, à Venise, où il découvre le travail de Gentile da Fabriano. Sa première commande le rappelle à Florence : il exécute une fresque équestre en l'honneur du défunt condottiere Sir John Hawkwood.
    La composition du Déluge peint dans le cloître de Santa Maria Novella, dont la radicalité déséquilibre le spectateur, est à la hauteur de la violence du cataclysme divin. Le triptyque qu'Uccello consacre à la bataille de San Romano saisit le mouvement avec virtuosité. Dans son Saint Georges et le dragon, plus tardif, le jeu des lignes d'horizon et la minutie du trait créent une atmosphère d'onirisme fantastique.
    Sa démarche, expérimentale et précise, annonce les recherches de Léonard de Vinci. Et si son étrangeté a pu désarçonner ses contemporains, elle séduira les cubistes et fascinera les surréalistes.
    Très richement illustrée, cette monographie développe la trajectoire d'Uccello de façon chronologique, en la replaçant dans les bouleversements artistiques de son temps. Elle intègre les découvertes les plus récentes concernant l'attribution jusqu'alors douteuse de certaines de ses oeuvres.

  • Par l'image et le récit, l'histoire de la typographie depuis Gutenberg jusqu'à aujourd'hui, à travers l'étude de 320 caractères emblématiques. L'outil indispensable pour tous les curieux et professionnels de l'art typographique.

  •  Après Titien et les peintres de Venise, Véronèse s'impose.

  • L'oeuvre du peintre, géomètre et mathématicien Piero della Francesca (1416-1492) a été louée par Vasari qui voyait en lui le maître absolu de la peinture perspectiviste. Mais il a fallu attendre le XXe siècle et les études de Berenson, Venturi et Longhi pour que l'artiste soit reconnu comme l'un de ceux qui ont fortement orienté le cours de la peinture italienne.

    Né en Toscane, Piero se forme à Florence et y bénéficie des enseignements des sculpteurs Donatello et Brunelleschi, rigoureux constructeurs de la forme et de l'espace géométrique. Influencé par la plasticité de Masaccio et par l'intensité de la lumière de Fra Angelico, il fréquente très jeune la cour des Este qui diffuse à Ferrare un climat d'innovation et d'humanisme. Il y rencontre Pisanello, Mantegna et aussi Rogier Van der Weyden qui l'initie au réalisme et à la description précise des maîtres du Nord.

    Son oeuvre, à la confluence de sujets philosphiques, théologiques et politiques, est toujours empreinte de solennité, de tension et d'une grande sérénité. Les formes, admirablement équilibrées, sont mises en valeur par des teintes à la fois douces et lumineuses. Cette synthèse forme-couleur-lumière s'incarne à merveille dans les admirables fresques d'Arezzo représentant la Légende de la Vraie Croix.

    Outre deux traités de géométrie et un traité d'abaque, on doit à Piero des oeuvres magistrales, notamment :
    Baptême du Christ, 1448-1450, tempera sur bois, National Gallery, Londres Cycle de la Légende de la Vraie Croix, 1452-1459, fresques, basilique San Francesco, Arezzo Madonna del parto, 1455, fresque, chapelle funéraire de Monterchi, Arezzo Résurrection, 1463-1465, fresque, pinacothèque de Sansepolcro Flagellation du Christ, 1455, tempera sur bois, Galleria nazionale delle Marche, Urbino Polyptyque de Saint-Antoine : Vierge à l'Enfant, Annonciation., 1469, tempera sur bois, Galerie nationale de l'Ombrie, Perugia

  • Masaccio (1401-1428) a accompli en à peine dix ans une oeuvre d'exception. Quand il meurt à 27 ans, il laisse un nombre restreint de travaux, mais dont l'originalité et la puissance font autorité sur les artistes qui le suivront de peu : Fra Angelico, Piero della Francesca et Mantegna.
    Par ses fresques, ses tableaux et ses retables, c'est une véritable révolution qu'il opère, à mi-chemin entre Giotto, dont il hérite la maîtrise de la gestuelle, des drapés et des volumes pleins, et Raphaël, dont il annonce le savant équilibre entre le dessin et la couleur.
    Libéré de l'influence des représentations antiques, il accompagne le sculpteur Donatello dans la recherche des justes proportions et l'architecte Brunelleschi dans celle de la perspective (en ce début de XVe siècle, Florence est animée par le vaste chantier de Brunelleschi : l'édification du dôme de Santa Maria del Fiore).
    Son oeuvre majeure reste les fresques de la chapelle Brancacci (Santa Maria del Carmine, Florence), commencées par Masolino, puis achevés par Filippino Lippi à la fin du Quattrocento. Les scènes de la Vie de saint Pierre ou celles avec Adam et Ève réalisent tout ce à quoi s'étaient essayés les artistes du siècle précédent : représenter un idéal, tout en l'ancrant dans le réel ; faire résonner poétiquement, mais souvent dramatiquement, les récits bibliques avec les vérités du monde terrestre.
    Nourrie des acquis des recherches les plus récentes, cette monographie replace Masaccio dans son contexte historique, politique, social et économique, et propose un nouveau regard sur la chronologie et la lecture stylistique de ses oeuvres.

  • Le fantastique n'est-il pas une dimension inhérente à la création artistique, qu'elle soit musicale, littéraire ou plastique? En un sens, tout artiste pourrait dire, avec Baudelaire, qu'il «préfère les monstres de sa fantaisie» à «la laideur de la nature» (Salon de 1859).
    Dimension si essentielle qu'elle unit des oeuvres littéraires aussi distinctes que celles de Borges, Poe, Maupassant ou Hoffmann; et que, en dehors même du genre consacré, elle imprègne les récits plus «réalistes» de Rulfo (Pedro Párramo), Balzac (Le Chef-d'oeuvre inconnu), Henry James (What Maisie knew) et de bien d'autres.Le risque est donc de l'envisager comme une notion si vaste et si confuse qu'elle englobetout ce qui s'oppose au plat naturalisme. toutes les oeuvres d'imagination peuvent, dès lors, s'y rattacher, de près ou de loin.
    Ou, à l'inverse, de chercher à le définir a priori selon des catégories abstraites qui le distinguent du fabuleux, du merveilleux, du féerique, et de s'enfermer dans un pédantisme étroit et borné. L'approche de Werner Hofmann s'écarte de la confusion disparate comme du dogmatisme. Elle est concrète, ouverte, subtilement analytique. Dans chaque oeuvre, il guette, pour l'extraire, l'essence particulière du fantastique qui en émane: et de cette sensuelle phénoménologie, ainsi que des rapprochements ou des écarts intellectuels inscrits dans le contexte historique de l'art occidental, se dégage une vision plurale et féconde du fantastique, perçu non pas négativement, comme ce qui refuse le réel, mais, plus profondément et selon l'étymologie du terme, comme ce qui «apparaît» en lui, émanant imperceptiblement de la réalité par étrange déviation, ou rompant brutalement avec lui : accident (?), «caprice», ou morbide schizophrénie.
    Vision toujours inquiétante, tant elle se fonde sur le mystérieux et sur l'inexplicable. Du haut Moyen Âge aux surréalistes, l'auteur éclaire ainsi la quête, sans cesse renouvelée par les artistes, d'une «autre réalité», au long de l'histoire d'un art toujours plus conscient et réfléchi, qui perçoit son essence et sa justification dans un rapport dialectique et tendu entre le fantastique et la réalité extérieure et intérieure du monde et de l'esprit.
    Cette aventure hors du champ rassurant de la «réalité» appréhende, dans les deux sens du terme!, le réel, mais déformé par les arabesques, les labyrinthes, les montages (Bosch, Picabia), les anamorphoses, les visions cauchemardesques ou fantomatiques.

  • Fondée le 25 mars 421, jour de l'Annonciation, Venise entretient, dès son origine légendaire, un lien fondamental au sacré. Les innombrables églises, près d'une centaine, qui scandent les six sestieri et les îles, et autour desquelles s'organise le tissu urbain, dessinent son profil et forment une féerie changeante d'architectures, tantôt sobre (Sant'Alvise), tantôt d'un classicisme épuré (les palladiennes San Giorgio Maggiore et Redentore), tantôt démesurément baroque (San Moisè ou Santa Maria del Giglio).
    Centre de la vie religieuse et point de rencontre entre Orient et Occident, la basilique byzantine San Marco, qui abrite les reliques du saint parvenues à Venise en 829, est placée sous le patronat du doge, princeps in ecclesia, princeps in re publica. Et, tout autour, essaiment les églises paroissiales, les églises des ordres monastiques (les Frari, les Carmini), celles, encore, érigées par des fidèles (Santa Maria dei Miracoli), pour la plupart dédiées à la Vierge mais aussi à des saints vétéro-testamentaires (San Zaccaria, San Geremia ou San Giobbe). Vivant témoignage des strates infinies de styles et d'époques mêlés, formant un ensemble artistique unique au monde, d'un foisonnement inégalé, toutes sont une leçon de beauté. Cisèlement des architectures, richesse des ornements, pavements en opus sectile et opus tessellatum, revêtements pariétaux de marbre ou de mosaïque, fresques, tableaux, sculptures, monuments funéraires : chaque édifice est un musée, chacun est le lieu d'expression et de création d'artistes venus de Vénétie ou de maints ailleurs. Architectes (Codussi, Sansovino, Palladio, Longhena), sculpteurs (Donatello, Lombardo, Vittoria, Le Court, Morlaiter), peintres célèbres (Vivarini, Carpaccio, Bellini, Lotto, Cima da Conegliano, Titien, Schiavone, Palma, Véronèse, Tintoret, Piazzetta, Tiepolo.), tous ont cherché à sceller la rencontre entre la tradition antique, l'héritage d'un passé plus immédiat et l'exigeante idée de modernité.
    Par-delà les édifices les plus majestueux, telles la basilique ducale et son chatoiement de mosaïques d'or, la Salute, couronne votive élevée à la gloire de Marie, ou encore la basilique Santi Giovanni e Paolo, panthéon majestueux de la ville, ce livre s'attache à révéler d'autres églises, moins connues, parfois oubliées, mais d'égale richesse. La Madonna dell'Orto, pour laquelle Tintoret peignit nombre de chefs-d'oeuvre et où il est enseveli, San Sebastiano et le cycle pictural de Véronèse, San Polo et la première Via Crucis de la ville réalisée par Giandomenico Tiepolo, Santa Maria Assunta à Torcello avec la mosaïque du Jugement dernier et la Vierge Hodeghétria («Celle qui indique la voie») d'héritage byzantin en sont de vibrants exemples.
    Venise, telle une admirable Conversation sacrée, est, parmi toutes, «le divin reposoir sis sur le chemin de la beauté, pour la joie des pèlerins passionnés qui y cheminent» (Morand).

  • En 1863, moins de dix ans après l'ouverture du Japon à l'Occident, obtenue par le commodore Perry, Felice Beato - déjà rendu célèbre par ses reportages sur la guerre de Crimée (1855), la révolte des Cipayes (1857) et la seconde guerre de l'Opium (1860) - rejoint à Yokohama son compatriote Charles Wirgam, avec lequel il fonde une société de photographes. Les vues du Japon qu'il rassemble dans ses deux albums publiés en 1868, Native types et Views of Japan, créent un choc pour le public occidental et contribuent grandement à la fascination durable qu'exercera sur lui cette civilisation ainsi révélée. Inspiré par la peinture et l'estampe japonaises, Beato colorie à la main, délicatement, ses épreuves, à la fois par souci de vérité du détail et pour rendre plus sensible l'harmonie et la poésie, jusque-là inédites, des lieux, des rites et des gens.
    Beato influence à son tour les artistes locaux - tel Kusakabe Kimbei, son élève - qui, désignés aujourd'hui sous le vocable générique d'«école de Yokohama» ou simples photographes anonymes, restituent de leur pays une image idéalisée, précise et immuable, en imitant les techniques et le style de leur modèle occidental. Étonnante et féconde osmose : l'adoption immédiate de la technique étrangère sert à magnifier et à approfondir le sentiment d'une identité propre, en en fixant l'image et l'idée. Ce goût paradoxal mais si caractéristique des Japonais pour l'immémorial joint à l'innovation tranche avec notre faculté d'oubli. Jadis pourtant, le raffinement de cet esprit trouva de multiples échos chez les poètes symbolistes et des reflets dans la peinture des impressionnistes, des Nabis, des artistes de la Sécession viennoise ou de l'expressionnisme abstrait.
    D'un format in-folio et d'une qualité plastique exceptionnels, le livre fait la part belle aux artistes autochtones qui évoquent la douceur ineffable des paysages, naturels ou composés par l'homme ; celle, surtout, de l'univers féminin - aristocrates, geishas, enfants, adolescentes. Pourtant guerrier, l'univers masculin est la grâce même, somptueux uniformes chamarrés, corps au décor tatoué. La dureté que l'on devine des travaux et des jours se pare à son tour d'une noblesse hiératique qui la sublime sans la nier.
    Haïkus de Bashô, de poétesses contemporaines (la princesse Masako) ou médiévales (Nukata no Okimi, Kasa no Iratsume), préceptes du bouddhisme zen et de l'art des samouraïs sous-tendent, tels des fils de soie, la délicate architecture de ce rêve d'éternité.

  • Fugue aux variations infinies, le livre déploie, d'Ispahan à Grenade et à Fès, du Caire à Damas et Alep, de Telouet à Topkapi, les multiples splendeurs de l'architecture et de la décoration orientales, où règnent le rythme de la géométrie, l'entrelacs des arabesques et la calligraphie sacrée. Mais il inscrit cette beauté dans la réalité complexe et unitaire d'un monde issu du nomadisme et de la parole de Dieu. Les influences peuvent être les plus excentrées hellénistiques, persanes, ottomanes, italiennes, voire wisigothiques ; les styles régionaux différer profondément, les matériaux s'étager de la terre crue aux pierres multicolores et au marbre, en passant par le bois et la brique recouverte de céramique ou de stuc : les principes de l'urbanisme, de l'architecture domestique et du décor restent communs. L'auteur décrit « un certain ordre urbain sans urbanisme » qui fait ressembler telle vue aérienne de Damas au dédale d'un décor. Le repli des ruelles dessine l'autonomie de chaque quartier en contrepoint des voies ouvertes sur les édifices publics, la mosquée, le souk, le khan (caravansérail et entrepôt).
    L'opposition fondamentale entre l'intérieur et l'extérieur, le privé et le public, préside à l'ordonnance de la demeure, et d'abord, au contraste saisissant entre la façade austère, nue, agrémentée seulement du décor de la porte, et, dès le seuil franchi, l'enchantement des façades internes, du bassin, des dallages, des îwâns surélevés, du jardin et des arbres de la cour (Damas, Bayt Khaled al-'Azm). À l'intérieur, la transparence des espaces met en valeur l'exubérance décorative (Le Caire, Bayt Suhaymi) ou la pure luminosité (palais Mousafirhané) : espace central de dégagement, la qâ'a ouvre sur plusieurs îwâns, elle est comme une cour, le « centre de légèreté » de l'ensemble, la pièce noble par excellence (Alep, maison Ghazalé). Le départ entre le lieu de l'intimité privée, l'enclos sacré du harâm, (équivalent du téménos grec et du templum romain), dont l'accès est interdit aux étrangers, et les zones d'accueil ('ataba, durqâ'a), s'il remonte à l'antique distinction de l'oikos et de l'andron, sans doute d'origine perse, est sanctifié par la référence à la demeure du prophète à Médine, à la fois lieu de prière, habitation privée, cadre des entretiens publics et du traitement des affaires.
    Aussi, la description de ces riches palais et d'autres demeures plus modestes n'aurait-elle guère de sens si elle ne s'accompagnait de celle des modes de vie et de leur évolution, passée et actuelle. Nul cloisonnement, nulle spécialisation fonctionnelle, marquée par un mobilier spécifique, dans la maison orientale : tout y est fluide, labile, adaptable au fil des besoins. Ce nomadisme intérieur, plus sans doute que l'origine incertaine de la tente du nomade, caractérise un style de vie qui fit, et fait encore, rêver luxe, calme et volupté peintres, poètes et voyageurs européens.

  • La Bibliothèque apostolique vaticane conserve de très nombreuses versions manuscrites de la Bible, toutes aussi rares que somptueuses : un voyage érudit parmi les plus anciens témoins datant de la fin du IIe siècle jusqu'à l'invention de l'imprimerie. Ouvrage richement illustré d'oeuvres inédites, des enluminures qui ont nourri et même structuré un millénaire d'histoire religieuse et artistique. Cet ouvrage est le premier d'une série dédiée à l'Art du livre dans la plus grande tradition de l'Imprimerie nationale.

  • Cinquante destins d'ouvrages et de bibliothèques mis à l'index, spoliés, menacés, puis soustraits aux périls et à l'oubli par le courage et la passion des hommes. Des livres souvent devenus talismans et compagnons d'exil. Un livre d'hommage et de foi. Hommage à tous les auteurs, aux lecteurs, aux libraires, aux bibliothécaires... et foi dans les textes à la fois sauvés et rédempteurs. «Avec des textes inédits de Kamel Daoud et Raphaël Jerusalmy, et des récits de Joseph Belletante et Bernadette Moglia.»

  • Édifiée par le sixième calife omeyyade, le conquérant al-Walid (705-715), pour la plus grande gloire de l'islam, de la dynastie et de sa personne, sur l'emplacement d'un ancien temple païen d'Hadad-Jupiter devenu église depuis Théodose, la grande mosquée de Damas fut d'emblée considérée comme l'une des merveilles du monde, surpassant en beauté et en majesté toutes les créations du calife et de son père, 'Abd al-Malik, à Jérusalem (Dôme du Rocher, mosquée al-Aqsa) ou à Médine.
    Géographes, historiens, voyageurs : al-Idrisi, Benjamin de Tudèle, Ibn Battuta, Ibn Khaldun, rivalisèrent de superlatifs pour en louer le caractère unique; jusqu'à cet ambassadeur de Byzance qui, selon la chronique, tomba évanoui en découvrant l'intérieur de la salle de prière! Cette universelle admiration tient d'abord à l'ampleur de ses dimensions et à l'audace de sa conception architecturale, tranchant avec celle des mosquées précédentes pour mieux rivaliser avec les plus fameuses églises de la Syrie.
    L'immense salle de prière, désormais séparée de la cour par une façade monumentale, adopte le plan basilical d'inspiration antique et se développe de part et d'autre d'un «transept» médian, déployant ses colonnes de marbre à chapiteaux corinthiens, reliées par des arcs outrepassés selon la tradition byzantine. La coupole à tambour octogonal, les trois minarets, la cour pavée de marbre blanc, entourée de piliers et de colonnes alternées, les portes ouvragées, la Maison de l'argent (Bayt al-Mal), de structure octogonale, elle aussi, et construite selon la technique byzantine: tout porte la marque d'un grandiose dessein.
    Mais la merveille des merveilles, ce sont les mosaïques. En grande partie détruites par l'incendie de 1893, elles ornaient originairement les murs de la salle de prière et des vestibules, les murs de fond des portiques ainsi que tous les piliers. Un grand panneau, redécouvert en 1927 sur le mur du portique ouest et restauré depuis, est à lui seul un chef-d'oeuvre artistique absolu. La richesse chromatique, incluant une gamme de quarante tons :douze verts, neuf bleus, cinq violets, plusieurs tons d'or et d'argent, est accentuée par les incrustations de nacre illustrant la lumière, symbolique, des lampes omniprésentes dans le décor.
    L'univers entier est représenté en ce lieu qui s'affirme le centre du monde : la luxuriance d'une nature souvent qualifiée de «paradisiaque» ; la théâtralité des architectures de villes et de palais qui rappellent les plus glorieuses créations de Rome et de Byzance, à Pompéi, à Boscoreale, à Sainte-Marie-Majeure, à Saint-Georges de Salonique, au Grand Palais des empereurs de Constantinople.
    Livre de splendeurs, d'érudition aussi.
    L'auteur relate en détail, citant chacune des sources, la lente redécouverte par l'Occident d'un lieu dont il était exclu et dont il refusa longtemps, jusqu'au milieu du siècle dernier, d'attribuer la création à l'islam, prétendant que la mosquée n'était rien d'autre que l'ancienne basilique chrétienne. Ainsi, le livre participe-t-il de l'incessant mouvement de reconstruction et de restauration qui, au fil des siècles et de leurs catastrophes, séismes et incendies, rétablit dans sa gloire l'unique, la sans pareille mosquée des Omeyyades.

  • Si Pompéi offre au visiteur la vision de vastes édifices publics et de multiples commerces, témoins d'une riche activité économique, sociale et politique, Herculanum fascine peut-être encore davantage par l'état de conservation exceptionnel de l'habitat privé : luxueuses villas de villégiature, immeubles à étage destinés à la location, échoppes d'artisans - boulanger, restaurateur, tisserand, foulon -, dont les ustensiles et le mobilier quasi intacts restituent une miraculeuse impression de vie et d'intimité. Les étagères en bois de la maison de Neptune, portant leurs amphores ; dans la maison éponyme, la grande cloison de bois aux clous de bronze, sa table de marbre et sa presse à étoffes, également en bois ; les meules de la boulangerie ; les escaliers qui mènent aux étages, les corridors conduisant aux cuisines ou aux latrines, les toits et les balcons. frappent l'imagination à l'égal des somptueuses décorations préservées sur le site : sols de marbre de la maison du Bicentenaire, mosaïques du nymphée à la villa de Neptune, fresques du sanctuaire des Augustales ou de la basilique.
    La typologie des maisons d'Herculanum présente, par sa variété s'écartant de l'archétype de la domus romaine à atrium, un intérêt tout aussi grand : qu'il s'agisse de la maison samnite en bloc de tuf rectangulaire à décor en stuc peint imitant le marbre ; de l'escalier en maçonnerie de la maison de la Belle Cour, menant à une galerie ; et surtout des magnifiques demeures ouvertes sur les jardins et les belvédères donnant sur la mer. Dans la maison d'Argus, le péristyle est roi, l'atrium a disparu. Dans la maison de l'Atrium en mosaïque, comme dans la maison des Cerfs, l'agencement de la demeure n'est plus replié autour de lui et du tablinium qui le prolonge : il s'ordonne autour du jardin et des belvédères tournés vers la mer. Aux appartements d'hiver répond le séjour d'été, avec son propre triclinium et, autour du jardin, son vaste cryptoportique, couvert et à fenêtres, remplaçant, pour plus de confort, le classique péristyle exposé aux vents.
    Découverte en 1750 lors du creusement d'un puits et aussitôt devenue l'objet de fouilles, la villa des Papyrus est sans conteste la plus somptueuse du monde gréco-romain : y furent extraits mille huit cents rouleaux de papyrus, constituant la bibliothèque de l'érudit beau-père de Jules César, Lucius Calpurnius Pison, la seule à nous être parvenue dans son intégralité. Longtemps interrompues, les fouilles de cette splendide villa, dont la piscine, les belvédères, les péristyles ont inspiré la villa Getty à Los Angeles, ont repris à la fin du siècle dernier, révélant une profusion d'oeuvres d'art, sculptures de marbre (L'Amazone) et de bronze (Le Coureur, Le Faune endormi).

  • " Les immobiles mosquées, que les siècles ne changent pas [...], elles sont l'immuable passé ces mosquées ; elles recèlent dans leurs pierres et leurs marbres le vieil esprit musulman [...1, elles font planer le frisson des vieux souvenirs, le grand rêve mystique de l'Islam...
    " écrivait Pierre Loti en 1890, lors de son retour à Constantinople. Il en est ainsi de maints voyageurs étrangers, saisis par ce charme de l'Orient, " le pays de l'imagination, la terre du merveilleux " (Lamartine). Giovanni Curatola retrace la lente progression et la complexe constitution d'un peuple qu'illustrent ses réalisations architecturales et artistiques, sur près d'un millénaire : du XIe siècle (victoire de Manzikert, en 1071) jusqu'à la fin du XIXe siècle qui parachève l'urbanisme d'Istanbul.
    Au long de ces siècles, l'activité édificatrice et artistique des souverains seldjoukides puis ottomans fut d'une richesse inégalée. Les caravansérails seldjoukides - à Konya, Kayseri, Sivas, Erzurum ou Nigde - comme les madrasas ou les tûrbe funéraires, témoignage d'un passé nomade, frappent par leur hiératique élégance et la richesse ornementale de leurs portails qui culminera dans ceux de Divrigi, chef-d'oeuvre " baroque ".
    L'arrivée au pouvoir des Ottomans, au début du siècle, fait suite au lent déclin de la dynastie seldjoukide. Leur expansion marque un tournant dans les arts : les églises byzantines sont converties en mosquées puis de nouveaux édifices religieux émaillent peu à peu l'empire selon le plan en T renversé, typique de Bursa, qui sera vite prédominant, comme dans la Yesil Camii (v. 1420). L'architecture ottomane connaît son apogée au XVIe siècle avec la figure de Sinan dont les mosquées, une fois dépassé le modèle de Sainte-Sophie, rivalisent de beauté, sculptant la silhouette de Constantinople ou d'Edirne, telle la Selimiye, sa plus haute réalisation.
    Après l'époque de Sinan, trois constructions palatiales majeures sont à retenir : Topkapi Sarayi, le palais d'Ipk Paya à Dagubayazit, aux extrêmes confins de l'empire, et Dolmabahçe, dans la capitale... sans oublier la fontaine d'Ahmed III, " joyau de marbre " (De Amicis), palais, mosquées, tours d'horloge et le pont de Galata. Le prestige des sultans ne se manifeste pas seulement dans les monuments : grâce aux ateliers impériaux, leur mécénat favorise les arts décoratifs - calligraphie, reliure, métaux, céramiques, tissus, tapis, bijoux, miniatures -, indissociables de l'architecture.
    L'extrême beauté des revêtements pariétaux qui ornent l'intérieur des édifices religieux ou civils, mais aussi le mobilier des mosquées, les mihrabs et les minbars ouvragés, sont ainsi mis en perspective dans cet ouvrage à l'iconographie foisonnante. La proximité entre Orient et Occident, où les différents arts n'ont cessé de s'interpénétrer, et l'égal raffinement des deux cultures sont ici manifestes, témoignant d'un langage artistique méditerranéen et universel.
    "Cette cité - écrivait Nerval à propos de Constantinople - est le sceau mystérieux et sublime qui unit l'Europe à l'Asie".

  • A toutes les époques de l'Empire chinois, le lettré. homme de culture et de pouvoir, s'est entouré d'ustensiles, riches ou savamment humbles, qui forment le support de son rêve ou les amis intimes de son raisonnement. avant de devenir objets de convoitise et de collection. Encre. pierre, pinceau, papier sont. très tût, désignés par l'expression wenfang si bao, les " quatre trésors du lettré ". Les entoure un petit monde d'accessoires - presse-papier, verseuse à eau, pot à pinceaux, pose-bâton d'encre. pose-poignet etc. - qui sont autant de chefs-d'eeuvre artisanaux dont la délicatesse s'est enrichie et diversifiée en Chine, puis au Japon, au long des millénaires. Non contente d'avoir inventé le papier et l'encre indélébile. ainsi que cet instrument au génie polyvalent qu'est le pinceau, la Chine en assure la pérennité en les confectionnant imperturbablement selon des recettes ancestrales et raffinées. Mais, depuis les années 1990. semble être entamé le déclin de l'artisanat savant. déjà remarqué au Japon. Aussi cet ouvrage s'empresse-t-il de visiter les ateliers encore actifs afin de noter en détail les gestes, de décrire les savoir-faire, en même temps qu'il déambule à travers les grandes collections aristocratiques et impériales auxquelles cette production a donné lieu, quasiment jamais exposées dans les musées qui les détiennent aujourd'hui... sans oublier de jeter un oeil aux prix de vente faramineux atteints par les plus beaux de ces objets sur les places de Hong-Kong. de New York ou de Londres. Le Trésor des Lettrés est bien la sonne qu'attendaient les connaisseurs. les amateurs de curiosités et tous ceux que fascine la culture de l'Extrême-Orient. Mais pas seulement. Après avoir accumulé pendant plus de trente ans les informations sur les techniques. l'histoire et les styles qui font la richesse de la papeterie chinoise et japonaise, l'auteur livre ici tous ses secrets. dont le plus précieux : parce que la composition des objets de la calligraphie et de la peinture repose strictement sur des matières naturelles, le connaisseur qui les manipule y voit un sésame pour la relation homme-univers, cette notion d'harmonie générale qui est le fondement de la pensée extrême-orientale. L'encre, la pierre, le pinceau et le papier, ainsi que tous les accessoires qui les entourent, sont. depuis fort longtemps, appelés des " trésors ". Ce livre nous dit que c'était doublement vrai.

  • «Si l'on mesure à l'aune de l'architecture la production des édifices religieux en Espagne, dans les Asturies et dans le califat omeyyade, on saisit la disparité qui existe entre le David mozarabe et le Goliath arabe. Au regard des minuscules chapelles et des espaces cloisonnés des églises du Nord de la Péninsule, l'immensité de la salle de prière de Cordoue ne laisse pas augurer du succès de la reconquista ni de la victoire des rois catholiques, un demi-millénaire plus tard. Un jour pourtant, à Grenade, l'énormité du palais de Charles Quint tentera d'éclipser les fines dentelles de stuc de l'Alhambra. La donne aura changé. De même, la relative faiblesse des effectifs des envahisseurs arabes en Espagne est à mettre en parallèle avec la masse des populations autochtones hispano-romaines. Néanmoins, ce sont celles-ci qui ont subi la dynamique d'un peuple lancé dans la conquête du monde ancien et dont l'unique bagage résidait dans le message coranique que ses croyants aspiraient à délivrer à l'humanité. Là aussi, l'échelle relativise le constat, tout en le rendant plus mystérieux encore.
    Tel est l'intérêt d'une enquête remettant en perspective les acteurs d'un affrontement militaire autant que culturel, religieux aussi bien qu'artistique. Sa valeur n'est-elle pas de mesurer l'aventure humaine dans ce champ clos que fut alors la Péninsule ibérique ? La civilisation s'y jouait à pile ou face. L'histoire n'y fut pas linéaire, elle a connu retournements et soubresauts. Et les résultats s'y mesurent aujourd'hui à l'échelle de la planète, dont une vaste partie parle le castillan, après la conquête planétaire qui résultait de la «reconquête»».
    Henri Stierlin

  • Une vision impressionniste des grands temples d'Angkor, dont les jeux de lumière rendent aux couleurs des pierres et de la végétation un éclat inédit, reflètant d'autant mieux l'éternelle fascination qu'a exercée Angkor sur tous les visiteurs.

  • Mieux qu'une nouvelle étude sur l'architecture d'Angkor, voici un livre à la mesure de la grandeur de la civilisation khmère : de sa durée - près d'un millénaire -, de son rayonnement bien au-delà des frontières de l'actuel Cambodge ; de sa luxuriance et de son infinie diversité, englobant plus de mille sites, qui allient la puissance imposante des structures architecturales à la grâce incomparable des sculptures et des bas-reliefs. Elle rend compte, enfin, de la fascination qu'exercent sur tout visiteur, depuis Zhou Daguan au xiiie siècle, l'oeuvre colossale des hommes - le complexe d'Angkor fut le plus important ensemble urbain du millénaire, ont révélé de récentes découvertes archéologiques - et l'impressionnante nature qui l'enserre.
    Depuis les premiers prasats - tours-sanctuaires de Phnom Da et Sambor Prei Kuk au viie siècle - et les premiers «temples-montagnes» - Ak Yum au viiie siècle, Bakong au siècle suivant -, jusqu'aux légendaires ensembles du xiie siècle : Angkor Vat, création du «roi-soleil» Suruyavarman II, montagne cosmique symbolisant le mythique mont Méru, axe du monde et mandala ; Angkor Thom et le temple royal du Bayon, couronnement de l'âge d'or de Jayavarnam VII, l'un des plus grandioses et des plus mystérieux monuments jamais créés par l'homme. c'est toute l'histoire de la montée en puissance de l'Empire khmer que passe en revue Helen Jessup, visitant avec nous ses plus fameux vestiges.
    À la dimension religieuse des temples, parfois empreinte d'un admirable oecuménisme unissant les divinités hindouistes au bouddhisme du Mahayana, se joint la volonté d'affirmer le pouvoir des souverains conquérants et organisateurs de l'empire : l'illustre aussi la construction de routes, de canaux, de bassins d'irrigation à fonction également cérémonielle, les barays, symboles de l'océan cosmique, au sein desquels s'élève souvent un temple édifié sur un mebong, une île artificielle.
    L'auteur sait donner vie à son vaste savoir : la sensibilité au charme profond des forêts, des monts et des eaux, en phase avec les mythes hindous ; un émerveillement spontané face à l'ampleur des édifices et des perspectives (ainsi de l'impressionnante ascension du Preah Vihear, à la frontière de la Thaïlande) ; la faculté d'imaginer les fastes et l'éclat de la cour, de faire revivre l'émotion des pèlerins bouddhistes : tout nous invite et nous enchante. Des photographies de Barry Brukoff se dégagent, de même, une douce et majestueuse poésie qui confère aux sites une présence hors du temps.

  • ««C'est après la pluie qu'il faut voir Venise», répétait Whistler : c'est après la vie que je reviens m'y contempler. Venise jalonne mes jours comme les espars à tête goudronnée balisent sa lagune ; ce n'est, parmi d'autres, qu'un point de perspective», écrivait Paul Morand dans Venises.
    En écho à la figure de proue des gondoles - dont six barres évoquent les six sestieri («quartiers») de la ville, l'autre, en sens opposé, l'île de la Giudecca, et dont la ligne sinueuse dessine la courbe du Grand Canal -, les pages nous mènent en un lent cheminement d'une rive à l'autre, de la pointe de la Dogana jusqu'à l'église des Scalzi et à la gare ferroviaire, lieu de tant d'ailleurs.
    Venise à fleur d'eau, où l'eau semble, parfois, sourdre doucement des pierres. Venise essentielle, quasi dépeuplée, dont les courbes semblent le reflet des ferronneries patriciennes, où les couleurs ont le chatoiement élégant des tissus fortuniens. Proust appelait Venise le «haut lieu de la religion de la Beauté» : voici la beauté méconnue d'une ville aux ciels voilés et opalescents de novembre, quand tout s'y tait, que seuls les frémissements de l'air et de l'eau s'effacent devant les calli, les campi, les palais et les églises, les demeures plus modestes, le marché aux poissons de Rialto, vide. Contrepoint des images et, avec elles, la poésie toujours renouvelée d'une ville profonde et intérieure, où l'hier et l'aujourd'hui se confrontent et s'entremêlent tour à tour.
    «Quand je cherche un synonyme pour musique, je ne trouve jamais que ce mot, Venise», avouait Nietzsche : Venise est une musique mystérieuse où il est vital de se perdre.

  • Guido di Pietro (vers 1400-1455), ou Fra Giovanni dans l'ordre mendiant des dominicains, est connu en France sous le nom de Fra Angelico, et en Italie, sous celui de Beato Angelico. Peintre au «talent rare et parfait», selon Vasari, il participa pleinement à la révolution artistique et culturelle que connut Florence au début du XVe siècle, et répondit à des commandes à Orvieto, Cortone, Padoue et Rome.
    Cosme de Médicis lui confia la décoration des salles et des cellules de dominicains du couvent San Marco. Dans un style plus simple que dans ses autres oeuvres, il y développa une narration affranchie des détails matériels et respectueuse du message évangélique, dans laquelle les visages traduisent une sérénité presque joyeuse.
    Au style de ses prédécesseurs toscans, Lorenzetti et Martini, qui s'attachaient, eux, à représenter la vie quotidienne, il préféra une peinture plus didactique dans laquelle la lumière et l'éclat des ors n'ont de valeur que spirituelle. Il resta fidèle aux canons du gothique international, mais sut y associer les nouveautés stylistiques et l'esprit des maîtres de la Renaissance florentine, comme son contemporain Uccello, et initia le courant des peintres dits « de la lumière » en recourant aux bleus, aux verts et aux rouges éclatants se détachant sur fond d'or. Son savant traitement des ombres et de la lumière influença les autres « maîtres de la lumière » que furent Filippo Lippi, Piero della Francesca ou Benozzo Gozzoli, son élève.
    On doit à Fra Angelico des oeuvres magistrales, notamment des miniatures, des retables, des fresques (couvent San Marco de Florence, chapelle Nicoline au Vatican), le Calvaire et le Couronnement de la Vierge du Musée du Louvre, plusieurs exceptionnelles Annonciations (dont celles du Prado, du musée diocésain de Cortone, du couvent San Marco).
    Ce panorama complet de tout l'oeuvre de Fra Angelico est présenté par Timothy Verdon sous un double point de vue : celui de l'éminent historien de l'art et celui du théologien. Son étude comparative n'élude donc rien des textes sacrés, de leur interprétation artistique, du contexte religieux de l'époque, et leur confrontation avec la vie et la démarche créatrice du maître se révèle des plus convaincantes.

  • La Libye antique réunit deux régions qu'éloignent les rives désolées de la Grande Syrte et qu'opposent le climat, la géographie et l'histoire : la Cyrénaïque, à l'est, au relief tourmenté, îlot fertile parmi les espaces désertiques ; la Tripolitaine, à l'ouest, plate et sablonneuse, souvent aride.
    La première, colonie de Théra (Santorin), reste en contact étroit avec la Crète et la Grèce, tandis que la seconde se développe à partir des comptoirs commerciaux de Carthage. L'unification politique, due à Rome, l'unité spirituelle, réalisée par le christianisme puis par l'islam, ne supprimeront jamais cette dualité, encore perceptible aujourd'hui. Un égal rayonnement, toutefois, les unit, au long des treize siècles séparant la colonisation grecque (640 av.
    J.-C.) de la conquête arabe (642-698 apr. J.-C). En dépit des séismes, des invasions et des conquêtes, des guerres intestines et des insurrections sanglantes, telle celle des juifs, réprimée par Trajan au 11e siècle, les foyers restent immuables, sur une étroite et lumineuse bande côtière, livrant aux regards et au rêve des vues incomparables : terrasse de Cyrène, vouée à Apollon ; Sabratha la punique, romaine et byzantine ; théâtre maritime d'Apollonia, ou celui, emphatique, de Leptis, aux marbres polychromes tranchant sur le bleu de la mer ; douceur mélancolique des églises d'El Latrum (Érythron) et d'Apollonia...
    L'opulence est la marque de cette Afrique qui donnera à Rome l'un de ses plus grands souverains, Septime Sévère. La fécondité des terres en Cyrénaïque, fertrlés en fruits comme en céréales, propices à l'élevage des chevaux (les attelages d'Archésilas, victorieux à Delphes, furent chantés par Pindare) ; la culture du silphion, plante médicinale. négociée à prix d'or ; mais aussi le commerce en Méditerranée et le contrôle des routes caravanières par Cyrène et Leptis en rendent suffisamment compte.
    Cette munificence autorise, dès l'époque grecque classique, l'essor d'un urbanisme impressionnant qui ne cessera de s'amplifier lors des vastes pro-grammes d'expansion et de restauration menés à bien sous Ptolémée, Auguste, Hadrien ou Septime. La floraison des mosaïques, romaines à la villa Silin, chrétiennes et imprégnées de thèmes païens dans l'église de Gasr et Libia, exprime pareille richesse. Mais la sublime beauté de la statuaire grecque, hellénistique et romaine, dont les photographies de Gilles Mermet font jaillir lumière et relief, sont le point culminant du livre, animant d'un mouvement cyclique, sur fond noir, " la beauté qui déplace les lignes ".
    Sans visage pourtant, ou d'un geste le dévoilant à peine, les bustes funéraires de la nécropole de Cyrène, uniques dans la statuaire antique, inclassables et sans date, rappellent que l'exubérance vitale se fond aux ombres de la mort.

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