Anacharsis

  • De Haraldr à la Dent Bleue au Xe siècle jusqu'à Valdimarr le Victorieux au début du XIIIe siècle, entre foi jurée, complots et trahisons, de puissants chefs se disputent la suprématie sur les mers du Nord, dans un monde où l'adoption du christianisme agit comme un levier de pouvoir ; on découvre dans cette saga, pour la première fois traduite en français, une Scandinavie médiévale rayonnante qui étendait son influence de l'Angleterre à la Russie.

  • Ragnarr, le Viking dans toute sa gloire, sillonne les mers en quête d'exploits. Mais lorsqu'il s'élance à la conquête de l'Angleterre, il affronte un sort funeste : il est précipité dans une fosse aux serpents. Là, il déclame son chant funèbre, le Chant de Kraka, un somptueux poème scaldique. Ses redoutables fils, Ivarr sans Os, Hvitserkr le vigoureux, Björn Flanc de Fer et Sigurôr Serpent dans l'oeil, viendront assouvir une horrible vengeance sur son meurtrier, le roi Ella d'Angleterre.
    La Saga de Ragnarr loobrok, ici accompagnée de la traduction du Dit des Fils de Ragnarr et du Chant de Kraka, est un chef-d'oeuvre de la littérature scandinave ancienne. Elle hante l'Occident depuis des siècles ; aujourd'hui, la série Vikings lui est consacrée.

  • Voyages aux pays des Géants d'Oddr aux Flèches, ce recueil des sagas légendaires islandaises les plus étincelantes rassemble toute la matière des mondes magiques scandinaves. Confrontés le plus souvent à une funeste destinée, les héros de ces récits hauts en couleur affrontent trölls, sorciers, guerriers-fauves et autres monstres des franges du réel, et leur soif d'aventures les pousse vers des quêtes insensées qui forment autant de romans dont William Shakespeare, Richard Wagner et surtout J.
    R. R. Tolkien surent en leur temps s'inspirer pour bâtir leur propre mythologie littéraire et poétique. Ce livre propose des sagas parues chez Anacharsis, d'autres, épuisées, publiées chez d'autres éditeurs, et des sagsa inédites.

  • Toute la mythologie de la chevalerie flamboyante rayonne dans ce chef-d'oeuvre de la littérature occidentale, où Arthur et la Table Ronde côtoient le fantôme d'OEdipe et les légendes de l'antique Bretagne.
    On découvrira, dans le premier tome de cette Iliade des chevaliers, les origines lointaines de Tristan et la naissance de sa passion interdite pour Iseult, tandis qu'affleure l'ombre de la quête du Graal.
    Roman de l'enfance de l'art, généreux, enjoué, il entrelace des intrigues par centaines sans jamais ralentir son grand galop.
    Un plaisir de lecture inouï.

  • Cette histoire au ras des flots restitue aux Océaniens de Tahiti, d'Hawai'i, des Fidji ou du Vanuatu leur place d'acteurs parmi les baleiniers, explorateurs, militaires, missionnaires et autres négociants venus conquérir les populations insulaires.
    À suivre les tribulations des uns et des autres, on découvrira un monde plongé dans la dévastation, riche pourtant de dynamiques qui ont configuré le Pacifique d'aujourd'hui.

  • U'y a-t-il dans le nom d'un dieu ? « Zeus tonnant », « Lune aux trois visages », « Baal de la Force » ou l'énigmatique « YHWH » recèlent dans leur simple énoncé le surgissement d'une forme, l'éveil d'une puissance surhumaine.

    De la Grèce à Palmyre, Tyr ou Babylone, les appellations des dieux manifestent leurs domaines de compétence et leurs capacités d'action aussi bien que les usages qu'on en fait dans les sociétés polythéistes.
    À travers l'étude de ces noms, les douze chapitres de cet ouvrage déploient ainsi une galerie de portraits de divinités qui nous convie à la découverte des aspects changeants du divin sur tout le pourtour de la Méditerranée antique.

  • Paru chez Anacharsis en 2011, Anthropologie de l'ordinaire s'est imposé comme un essai des plus radicaux dans l'entreprise de revitalisation de l'anthropologie et de sa réintroduction dans le débat public.
    Fondé sur une critique des grandes théories classifictoires académiques, l'ouvrage dénonce les stratégies d'écriture qui refoulent les scories de l'enquête dans un hors-champ pour asseoir son autorité scientifique. Un procédé ici identifié comme une entreprise de « désinterlocution » des personnes observées. Au final, les livres ainsi obtenus cloisonnent des espaces étanches entre les « observés », les lecteurs et les anthropologues, ces derniers placés dans une position dominante, du reste non dépourvue de conséquences politiques.
    C'est précisément à partir de ce hors-champs, de ce foisonnement de l'ordinaire, qu'Éric Chauvier propose de reconsidérer l'anthropologie, réajustant de la sorte ses enjeux à sa pratique.
    Il ne s'agit plus ici d'extirper du terrain « l'essence de ce qui fait sens », mais de prendre acte des anomalies qui se font jour au cours de l'enquête, qui sont véritablement à la fois l'objet et la matière de l'enquête.
    Le renversement de perspective est radical, qui revendique sur le terrain comme dans la production littéraire qui en découle un « appariement des consciences » entre anthropologues, lecteurs et observés, soit : la condition d'un apprentissage partagé.
    Conçu comme une véritable « boîte à outils », Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard concerne toutes les sciences humaines.

  • Ce livre littéralement renversant relate l'histoire d'un empire qui, selon l'histoire conventionnelle, n'a jamais existé. Il rapporte comment, au cours des XVIIIe et XIXe siècles dans le Sud-Ouest du continent nord-américain, les Comanches inventèrent une société nouvelle et prédatrice fondée sur la chasse au bison, l'élevage de chevaux, le commerce, l'esclavage et le pillage. Il démontre l'existence, durant plus de cent-cinquante ans, d'un système politique protéiforme indigène qui, au plus fort de l'expansion coloniale européenne, en inversa radicalement le mouvement : l'Empire comanche.
    Non seulement Pekka Hämäläinen déploie un récit foisonnant qui parvient à restituer leur place d'acteurs de l'histoire aux peuples autochtones - autrefois les « peuples sans histoire » -, mais il invite à repenser l'histoire coloniale grâce à une approche novatrice des dynamiques à l'oeuvre dans les mondes frontaliers.
    En ce sens, L'Empire comanche est plus encore qu'un chapitre inédit de l'histoire universelle.

  • Sam Kenoi, Apache Chiricahua interrogé dans les années 1930, se souvient du Géronimo de son enfance. Il n'appréciait guère cet « emmerdeur [...] trouillard comme un coyote ». L'épopée du célèbre chef apache s'en trouve écornée, mais c'est aussi le moyen de faire entendre - au delà et malgré la dévastation - d'autres voix, celles du peuple anonyme qui survécut à une déportation de vingt-cinq ans en Floride puis en Oklahoma avant de pouvoir retrouver ses terres. Un récit vif, dense et poignant, parcouru d'un humour cabotin - signe de vie. Ce livre, apparenté aux documents tels que les Lettres à ma fille de Calamity Jane, forme un contrepoint aux célèbre Mémoires de Géronimo (Maspero/La Découverte), écrites par ce dernier.
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  • Cet ouvrage assemble les textes de deux conférences prononcées lors de la première du festival de L'Histoire à venir à Toulouse en mai 2017. Ils reflètent les intentions des organisateurs (la librairie Ombres Blanches, la théâtre Garonne, l'université Jean-Jaurès et les éditions Anacharsis) de replacer l'histoire au sein de l'espace public, une histoire ouverte à tous fondée sur l'argument, la raison et la recherche et non plus sur des effets d'autorités ou des déclarations péremptoires.
    Il s'agit de renouer le passé, le présent et le futur en envisageant les contours d'une histoire à venir. Patrick Boucheron s'interroge ainsi que les possibles non advenus du passé mais toujours actifs dans la pratique historienne comme dans les mémoires dans un texte intitulé « Écrire l'histoire des futurs du passé » ; tandis que François Hartog, dans «Vers une nouvelle condition historique ? », questionne les nouvelles façons envisageables de faire de l'histoire à une époque où règne en maître le présentisme et l'instantanné.

  • En 1444, le sultan ottoman Mourad II cédait son trône à son fils Mehmed, âgé de 13 ans. Les princes d'Occident, enhardis par des victoires remportées par les populations balkaniques contre les Turcs, décidèrent de profiter de l'occasion. Le pape proclama la croisade. Les forces terrestres, conduites par le roi de Pologne, furent écrasées à la bataille de Varna, en Bulgarie.
    Mais sur le Bosphore, la flottille des croisés du duc de Bourgogne tenait toujours la mer. On décida d'aller tenter le coup de force en voguant sur le Danube. Là encore, on n'accomplit rien.
    Le récit bourguignon de cette Croisade sur le Danube, haletant et plein de péripéties, est aussi la chronique tragicomique de l'ultime désastre des croisades, qui scinda pour longtemps l'Europe en deux.

  • Roi

    Mika Biermann

    Beau comme l'antique ! Turpidum, la bien nommée, est la dernière cité étrusque indépendante. Larth, son roi à peine sevré, se sent un peu perdu dans son décorum fatigué. Sous le ciel bleu indifférent, la peinture des fresques s'écaille en silence, la populace s'affaire par les ruelles au sol gras, on prépare le sable pour les jeux dans l'arène. Rome exige l'abdication du petit roi maigrichon, amateur de fruits juteux et bien arrondis. Un énigmatique gladiateur masqué fait son apparition par intervalles.
    La reine mère agonise au fond de son palais, pourrissant comme une gloire inutile.
    Matière et lumière, soleil et pénombre. Des couleurs par giclées, écrasées à la spatule. Du laurier, un cyprès, une olive, les mollets luisants des légionnaires. Un péplum

  • Le 29 mai 1453, les troupes du sultan ottoman Mehmed II entraient dans Constantinople, mettant fin ce jour-là à l'empire millénaire de Byzance ; le dernier empereur, Constantin XI, disparut dans la bataille.
    Cet événement fit une énorme sensation à l'époque, mais fut aussi revêtu par la suite de significations historiographiques considérables : il incarnait le début de la puissance turque pour les siècles à venir, fondait la partition entre l'Europe orientale et l'Europe occidentale, accelérait le passage des savoirs grecs en Occident, et pour finir marquait la fin du Moyen Âge et l'entrée dans l'époque moderne (une date en concurrence avec 1492). Bref, il revêtait un sens fort dans l'histoire universelle.
    Ce livre se propose de remettre en perspective ce moment catalyseur en exposant à la lecture pour la première fois en français la somme des sources qui rendent compte de la chute (ou de la prise, selon les points de vue) de Constantinople.
    Des chroniqueurs aux témoins oculaires, des thrènes et lamentations aux prophéties apocalyptiques et aux conséquences immédiates ou au long cours de l'événement, il rassemble plus d'une cinquantaine de documents issus de toutes les langues des partis concernés.
    C'est sans doute là l'une des forces de cet ouvrage, que de proposer des regards croisés sur l'appréciation de ce moment dramatique, en donnant à lire des récits, documents d'archives et textes traduits du grec, mais aussi du turc, du latin, de l'italien, du russe, du polonais, du catalan ou de l'ancien français.
    Une manière de signaler à la fois l'importance de ce qui se passa ce jour-là, mais aussi de questionner la façon dont un événement se fabrique, dont on lui donne sens, dont on lui attribue causes et conséquences.

  • C'est avec un talent d'historien stupéfiant que le britannique Richard Cobb nous fait pénétrer dans le monde du petit peuple de Paris au lendemain de la Révolution. Grâce à la découverte d'un lot d'archive décrivant les corps des personnes recueillies dans la Seine, pour la plupart des suicidés, il mène une enquête au plus près sur la vie de ces désespérés.
    Ainsi se fait jour un immuable quotidien sur les berges du fleuve, dans les immeubles délabrés, parmi une parentèle ou des amitiés de voisinage auxquelles on n'échappe guère, quel que soit par ailleurs le régime politique en place. C'est ici un retour à une histoire des gens du peuple plutôt que la reprise d'une histoire « populaire ».

  • La saga de Hrolfr Kraki

    Régis Boyer

    Soit, à l'aube des temps, la lignée royale des skjöldungar du danemark, dont l'un des brillants rejetons, après avoir vengé l'assassinat de son père par son oncle, épouse sans le savoir sa propre fille du fait de la vengeance d'une reine-guerrière outragée.
    De cette union naîtra hrálfr kraki, appelé à faire régner la paix dans son royaume. mais c'est sans compter sur la versatilité d'odinn, dieu pourvoyeur de victoire, cauteleux et traître à l'occasion.
    Ainsi se déploie cette célèbre saga, à la fois épique, merveilleuse et tragique, apparentée au fameux beowulf anglo-saxon. bödvarr, l'homme-ours, ou hjalti, qui boit le sang du dragon, sont parmi les grandes figures de cette geste pleine de passions fatales et de magiciennes maléfiques ; les bêtes fauves tutélaires y surplombent de leurs ombres les affrontements des rois du nord, qu'il s'agisse de l'ours danois ou du verrat sacrificiel des suédois.
    Car la saga de hrálfr kraki, rédigée au xive siècle, raconte aussi bien les royaumes scandinaves originels, en des temps oú hommes et bêtes, vivants et dieux, le visible et l'invisible avaient encore le même univers en partage.

  • Capturé tout jeune lors d'une bataille, Georges de Hongrie passa près de vingt ans en captivité dans l'Empire ottoman du XVe siècle. Converti, il intégra probablement une confrérie de derviches et prêcha l'islam. À son retour en terre chrétienne, devenu moine dominicain, il s'inspire de son expérience pour rédiger son Traité sur les moeurs, les coutumes et la perfidie des Turcs.


    Tout à la fois réquisitoire contre l'islam turc, prophétie apocalyptique, récit de captivité et précis ethnographique, l'ouvrage connut en Occident un succès retentissant.
    Les Turcs y devenaient le repoussoir de l'Occident, le miroir de ses doutes et la figure de toutes ses angoisses. Un rôle appelé à une très longue postérité

  • «Moi, me déplacer, c'est toujours d'île en île, puisqu'un trajet c'est naviguer ; c'est comme lorsque, dans l'obscur, on monte un escalier : il y a toujours cette marche que nos pas ont ajoutée et qui n'existe pas, qui nous fait chavirer. C'est là que l'on trouve le Prêtre Jehan, les villes souterraines, les rives floues où croulent des ruines - ou bien ce sont des madrépores qui construisent des cités désertes... C'est là que les lieux flottent, en suspension fragile sur les mots.
    » C'est là que l'ombre des nuages dessine des lions qui rampent vers les montagnes qu'ils dévoreront. » Dans les blancs des cartes de jadis, il était parfois écrit : hic sunt leones, « Ici sont les lions ». Jean-Roch Siebauer se livre à une plongée vertigineuse dans ces parages incertains. En une série de chapitres brefs et parfois aphoristiques, il s'abandonne à la dérive dans des espèces d'espaces où le temps et les lieux s'incurvent ou se déplient selon une logique irraisonable pour acoucher d'un enchantement du monde.
    Le Manuel de navigation aléatoire désigne par conséquent une méthode poétique pour aller voyager dans les mondes nés de la portance du sens des mots. On découvrira ainsi comment les montagnes se sublimant sont en réalité des nuages, ou encore les vertus épicuriennes qu'éprouve celui qui sait, dans la mer, faire la planche en se prenant pour un bateau.

  • Le rêve, la part éthérée de l'humanité, occupait dans les consciences médiévales une place - littéralement - essentielle. Songes, visions, images, fantômes et fantasmes, sommeil et illusions, les manifestations des mondes oniriques ouvraient des fenêtres problématiques sur le proche au-delà. Si elles n'étaient pas le jeu du diable, elles donnaient un accès direct à la visibilité de Dieu - coupant court à l'intercession de l'Église. Une présence ambivalante de l'invisible, donc, qui demandait non seulement à être auscultée, mais aussi, au préalable, à être dite.
    Le présent ouvrage expose dans un ordre chronologique des expressions du rêve et des rêves, des sources à partir desquelles il a été rendu possible de pénétrer l'onirisme médiéval : des textes théoriques en quête du sens à donner au rêve en regard des canons ecclésiastiques, ou des clés des songes, alternent avec des textes narratifs anecdotiques, politiques ou spirituels.
    Les récits de la sorte mis par écrit manifestent aussi bien le trouble provoqué par le rêve que l'usage que l'on peut en faire, l'impression laissée par un sommeil agité que la conviction qu'une vision prophétique a été délivrée. Ressérés cependant autour de récits spécifiquement autobiographiques, les textes proposés ici, pour la plupart jamais traduits, induisent pourtant une approche singulière du rêve. Car en se faisant narration, la relation du songe personnel, en inscrivant le "je" au coeur de l'action, participe à l'individuation du sujet. Et, par là, autorise l'avènement de la littérature et de ses possibles.
    Textes choisis et présentés par Jean-Claude Schmitt.

  • Soleil

    Yokomitsu Riichi

    Àl'aube des temps, dans un Japon archaïque où règnent des chefferies rivales, la princesse Himiko devient la proie des rois. Outragée dans ce monde aux mains des brutes, elle médite sa vengeance sur les mâles dominants.
    Sur ce canevas inspiré d'antiques récits chinois, Yokomitsu Riichi bâti un roman fulgurant, violent et coloré, habité par cette beauté fauve dont sont empreints tous les grands mythes.
    Soleil (Nichirin), publié au Japon en 1923, est un étourdissant bijou littéraire dont la richesse et la profondeur dramatique évoquent Hésiode ou Shakespeare.
    Possédant une langue tendue vers une épure aux puissants effets visuels, il anime un univers fabuleux et pré-moral, un affleurement de conscience parmi une humanité emportée par ses seules pulsions.
    La nature, bêtes et plantes, envahit littéralement la scène pour composer des tableaux somptueux où des grues circulent dans des palais aux parois végétales tandis que l'on dépèce des cerfs dans l'herbe fraîche.
    Cette mise en rapport de la beauté formelle à la brutalité des moeurs puisée dans la mythologie du Japon archaïque entretient un lien avec certains mangas actuels, dont, surtout ici, le désormais classique Princesse Mononoké de Miyazaki.

  • Le 25 octobre 1795, la loi Danou sur l'instruction publique crée l'Institut national des sciences et des arts. C'est l'une des dernières décisions de la Convention, qui lègue au Directoire cette institution intellectuelle, idéologique et scientifique, pour insuffler un renouveau républicain à la France.
    Parallèlement, se profilent les visées liberticides d'un Bonaparte : coup d'État du 18 brumaire 1799 et instauration du Consulat, rétablissement de l'esclavage le 20 mai 1802 et bientôt, en août, quelques jours avant le concourt qui va nous préoccuper, le consulat à vie.
    C'est dans ce contexte que le 6 juillet 1802 est proposé au prix de morale de l'Institut la question : jusqu'à quel point les traitements barbares exercés sur les animaux intéressent-ils la morale publique ? Et conviendrait-il de faire des lois à cet égard ?
    À partir des dissertations des vingt-six personnes qui s'emparent du sujet et des milliers de pages produites, Pierre Serna révèle le débat naissant sur la question animale. Voix discordantes, voix contradictoires, voix chrétiennes, voix athées, voix philomonarchistes ou voix républicaines, toutes ont quelque chose à dire sur l'animal, sa maltraitance et les moyens d'y remédier par changement des moeurs ou des lois. S'inspirant des penseurs qui les ont précédés, Pythagore, Descartes, Rousseau ou Condillac, mais aussi des grands débats d'idées issus de la Révolution et de tous ses courants idéologiques - terme qui naît à cette époque -, nos citoyens philosophes vont jeter les bases d'une réflexion sur l'animal et sur sa place dans les sociétés humaines.
    Les thèmes de L'Animal en République réapparaîtront dans le débat public avec les lois Grammont de 1850 qui fondèrent l'ancêtre de la SPA. Ils sont aujourd'hui encore au coeur des débats contemporains.

  • Entre 1675 et 1676, les colonies britanniques de la côte est de l'Amérique furent la proie de l'une des guerres les plus impitoyables qui opposèrent Indiens et colons sur le continent nord-américain. Cette « Guerre du Roi Philip », baptisée d'après le nom que l'on prêtait au chef principal des Indiens Algonquins (en réalité Metacom), fut d'une invraisemblable violence. Massacres, tortures, destructions massives, réduction en esclavage des prisonniers se firent monnaie courante ; elle ne prit fin qu'avec l'assassinat du « Roi Philip », sur la victoire des « Puritains ».
    Mobilisant une masse proprement ahurissante de documents d'archives, Jill Lepore conduit dans cet ouvrage une enquête qui excède de loin la seule reconstitution des faits - au demeurant remarquablement vivante.
    Grâce à un dispositif virtuose de la narration qui articule en jeux d'échelles la micro-histoire avec des cadrages en plan large, elle procède à une immersion du lecteur dans ce monde des origines des États-Unis, un monde en réalité interlope, où les sociétés des Indiens et des colons étaient, avant la guerre, en voie de se confondre - ou du moins jugées comme telles.
    C'est précisément à cause de cette situation incertaine que la guerre surgit, dont la violence extrême s'explique parce qu'elle avait pour enjeux des questions de survie identitaire.
    L'ensauvagement présumé des Anglais faisait ainsi pendant à la christianisation des Indiens, à leur apprentissage des us et coutumes des colons, et notamment de leur écriture.
    Et ce n'est pas un moindre mérite de ce livre que de s'interroger sur la place de l'écrit dans la fabrication de l'histoire : la capacité à la production de textes pour saisir les événements et leur donner sens a finalement conduit les Puritains à s'approprier les mots de la guerre, redoublant leur victoire sur le terrain de celle sur l'histoire.
    Si bien que la question de fonds qui court au long de cet essai incroyablement stimulant est celle de l'élaboration de la mémoire : menant son enquête des années 1670 jusqu'au XXe siècle, Jill Lepore se livre à un travail d'histoire totale, conjuguant les thèmes de l'histoire des mots et des signes, de la guerre et de la violence, de l'écriture et de l'oralité, de la construction de la mémoire identitaire et de ses conséquences politiques. Car les Puritains, désireux de se soustraire à l'influence des « Sauvages », se sont aussi distingués des Britanniques par la mise en récits de cette guerre - pour se faire les « premiers Américains ».

  • Pour échapper à un sort funeste, Oddr, descendant d'une lignée de tueurs de monstres, s'en va en quête de renom dans le Bjarmaland, une Atlantide nordique peuplée de sauvages magiciens. Puis viendra le temps des errances vikings, de l'Irlande à Byzance, et de la Russie à l'Aquitaine. Des pérégrinations qui le mèneront jusqu'au Pays des Géants à travers tempêtes, batailles, joutes magiques et duels, à la poursuite de l'insaisissable Ugmundr, un troll démoniaque assoiffé de meurtre. Les sagas de Grimr à la Joue velue et de Ketill le Saumon, elles aussi traduites ici pour la première fois, rapportent les exploits, respectivement, du père et du grand-père d'Oddr. Ces sagas " des temps archaïques ", composées aux XIIIe-XIVe siècles avant tout pour le divertissement du lecteur, agrémentées de " chants de mort s" célèbres, de contes populaires ou d'" anecdotes errantes" venues de tout le Nord, regorgent de mythes et légendes de la Scandinavie ancienne. Et elles opèrent, par ces motifs entrelacés, un extraordinaire enchantement du monde.

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