Anacharsis

  • Toute la mythologie de la chevalerie flamboyante rayonne dans ce chef-d'oeuvre de la littérature occidentale, où Arthur et la Table Ronde côtoient le fantôme d'OEdipe et les légendes de l'antique Bretagne.
    On découvrira, dans le premier tome de cette Iliade des chevaliers, les origines lointaines de Tristan et la naissance de sa passion interdite pour Iseult, tandis qu'affleure l'ombre de la quête du Graal.
    Roman de l'enfance de l'art, généreux, enjoué, il entrelace des intrigues par centaines sans jamais ralentir son grand galop.
    Un plaisir de lecture inouï.

  • U'y a-t-il dans le nom d'un dieu ? « Zeus tonnant », « Lune aux trois visages », « Baal de la Force » ou l'énigmatique « YHWH » recèlent dans leur simple énoncé le surgissement d'une forme, l'éveil d'une puissance surhumaine.

    De la Grèce à Palmyre, Tyr ou Babylone, les appellations des dieux manifestent leurs domaines de compétence et leurs capacités d'action aussi bien que les usages qu'on en fait dans les sociétés polythéistes.
    À travers l'étude de ces noms, les douze chapitres de cet ouvrage déploient ainsi une galerie de portraits de divinités qui nous convie à la découverte des aspects changeants du divin sur tout le pourtour de la Méditerranée antique.

  • Cette histoire au ras des flots restitue aux Océaniens de Tahiti, d'Hawai'i, des Fidji ou du Vanuatu leur place d'acteurs parmi les baleiniers, explorateurs, militaires, missionnaires et autres négociants venus conquérir les populations insulaires.
    À suivre les tribulations des uns et des autres, on découvrira un monde plongé dans la dévastation, riche pourtant de dynamiques qui ont configuré le Pacifique d'aujourd'hui.

  • Cet ouvrage assemble les textes de deux conférences prononcées lors de la première du festival de L'Histoire à venir à Toulouse en mai 2017. Ils reflètent les intentions des organisateurs (la librairie Ombres Blanches, la théâtre Garonne, l'université Jean-Jaurès et les éditions Anacharsis) de replacer l'histoire au sein de l'espace public, une histoire ouverte à tous fondée sur l'argument, la raison et la recherche et non plus sur des effets d'autorités ou des déclarations péremptoires.
    Il s'agit de renouer le passé, le présent et le futur en envisageant les contours d'une histoire à venir. Patrick Boucheron s'interroge ainsi que les possibles non advenus du passé mais toujours actifs dans la pratique historienne comme dans les mémoires dans un texte intitulé « Écrire l'histoire des futurs du passé » ; tandis que François Hartog, dans «Vers une nouvelle condition historique ? », questionne les nouvelles façons envisageables de faire de l'histoire à une époque où règne en maître le présentisme et l'instantanné.

  • C'est avec un talent d'historien stupéfiant que le britannique Richard Cobb nous fait pénétrer dans le monde du petit peuple de Paris au lendemain de la Révolution. Grâce à la découverte d'un lot d'archive décrivant les corps des personnes recueillies dans la Seine, pour la plupart des suicidés, il mène une enquête au plus près sur la vie de ces désespérés.
    Ainsi se fait jour un immuable quotidien sur les berges du fleuve, dans les immeubles délabrés, parmi une parentèle ou des amitiés de voisinage auxquelles on n'échappe guère, quel que soit par ailleurs le régime politique en place. C'est ici un retour à une histoire des gens du peuple plutôt que la reprise d'une histoire « populaire ».

  • Le 25 octobre 1795, la loi Danou sur l'instruction publique crée l'Institut national des sciences et des arts. C'est l'une des dernières décisions de la Convention, qui lègue au Directoire cette institution intellectuelle, idéologique et scientifique, pour insuffler un renouveau républicain à la France.
    Parallèlement, se profilent les visées liberticides d'un Bonaparte : coup d'État du 18 brumaire 1799 et instauration du Consulat, rétablissement de l'esclavage le 20 mai 1802 et bientôt, en août, quelques jours avant le concourt qui va nous préoccuper, le consulat à vie.
    C'est dans ce contexte que le 6 juillet 1802 est proposé au prix de morale de l'Institut la question : jusqu'à quel point les traitements barbares exercés sur les animaux intéressent-ils la morale publique ? Et conviendrait-il de faire des lois à cet égard ?
    À partir des dissertations des vingt-six personnes qui s'emparent du sujet et des milliers de pages produites, Pierre Serna révèle le débat naissant sur la question animale. Voix discordantes, voix contradictoires, voix chrétiennes, voix athées, voix philomonarchistes ou voix républicaines, toutes ont quelque chose à dire sur l'animal, sa maltraitance et les moyens d'y remédier par changement des moeurs ou des lois. S'inspirant des penseurs qui les ont précédés, Pythagore, Descartes, Rousseau ou Condillac, mais aussi des grands débats d'idées issus de la Révolution et de tous ses courants idéologiques - terme qui naît à cette époque -, nos citoyens philosophes vont jeter les bases d'une réflexion sur l'animal et sur sa place dans les sociétés humaines.
    Les thèmes de L'Animal en République réapparaîtront dans le débat public avec les lois Grammont de 1850 qui fondèrent l'ancêtre de la SPA. Ils sont aujourd'hui encore au coeur des débats contemporains.

  • «Moi, me déplacer, c'est toujours d'île en île, puisqu'un trajet c'est naviguer ; c'est comme lorsque, dans l'obscur, on monte un escalier : il y a toujours cette marche que nos pas ont ajoutée et qui n'existe pas, qui nous fait chavirer. C'est là que l'on trouve le Prêtre Jehan, les villes souterraines, les rives floues où croulent des ruines - ou bien ce sont des madrépores qui construisent des cités désertes... C'est là que les lieux flottent, en suspension fragile sur les mots.
    » C'est là que l'ombre des nuages dessine des lions qui rampent vers les montagnes qu'ils dévoreront. » Dans les blancs des cartes de jadis, il était parfois écrit : hic sunt leones, « Ici sont les lions ». Jean-Roch Siebauer se livre à une plongée vertigineuse dans ces parages incertains. En une série de chapitres brefs et parfois aphoristiques, il s'abandonne à la dérive dans des espèces d'espaces où le temps et les lieux s'incurvent ou se déplient selon une logique irraisonable pour acoucher d'un enchantement du monde.
    Le Manuel de navigation aléatoire désigne par conséquent une méthode poétique pour aller voyager dans les mondes nés de la portance du sens des mots. On découvrira ainsi comment les montagnes se sublimant sont en réalité des nuages, ou encore les vertus épicuriennes qu'éprouve celui qui sait, dans la mer, faire la planche en se prenant pour un bateau.

  • Entre 1675 et 1676, les colonies britanniques de la côte est de l'Amérique furent la proie de l'une des guerres les plus impitoyables qui opposèrent Indiens et colons sur le continent nord-américain. Cette « Guerre du Roi Philip », baptisée d'après le nom que l'on prêtait au chef principal des Indiens Algonquins (en réalité Metacom), fut d'une invraisemblable violence. Massacres, tortures, destructions massives, réduction en esclavage des prisonniers se firent monnaie courante ; elle ne prit fin qu'avec l'assassinat du « Roi Philip », sur la victoire des « Puritains ».
    Mobilisant une masse proprement ahurissante de documents d'archives, Jill Lepore conduit dans cet ouvrage une enquête qui excède de loin la seule reconstitution des faits - au demeurant remarquablement vivante.
    Grâce à un dispositif virtuose de la narration qui articule en jeux d'échelles la micro-histoire avec des cadrages en plan large, elle procède à une immersion du lecteur dans ce monde des origines des États-Unis, un monde en réalité interlope, où les sociétés des Indiens et des colons étaient, avant la guerre, en voie de se confondre - ou du moins jugées comme telles.
    C'est précisément à cause de cette situation incertaine que la guerre surgit, dont la violence extrême s'explique parce qu'elle avait pour enjeux des questions de survie identitaire.
    L'ensauvagement présumé des Anglais faisait ainsi pendant à la christianisation des Indiens, à leur apprentissage des us et coutumes des colons, et notamment de leur écriture.
    Et ce n'est pas un moindre mérite de ce livre que de s'interroger sur la place de l'écrit dans la fabrication de l'histoire : la capacité à la production de textes pour saisir les événements et leur donner sens a finalement conduit les Puritains à s'approprier les mots de la guerre, redoublant leur victoire sur le terrain de celle sur l'histoire.
    Si bien que la question de fonds qui court au long de cet essai incroyablement stimulant est celle de l'élaboration de la mémoire : menant son enquête des années 1670 jusqu'au XXe siècle, Jill Lepore se livre à un travail d'histoire totale, conjuguant les thèmes de l'histoire des mots et des signes, de la guerre et de la violence, de l'écriture et de l'oralité, de la construction de la mémoire identitaire et de ses conséquences politiques. Car les Puritains, désireux de se soustraire à l'influence des « Sauvages », se sont aussi distingués des Britanniques par la mise en récits de cette guerre - pour se faire les « premiers Américains ».

  • Victor Bérard (1864-1931) a dédié sa vie à l'Odyssée.
    De l'ombre paisible des bibliothèques aux crêtes des vagues de l'Égée, il a traqué Ulysse dans le monde entier, tâchant de décrypter le poème d'Homère conçu comme un routier de navigation phénicien. Il s'est ainsi fabriqué d'un tome l'autre une oeuvre monumentale, son Odyssée propre.
    Et de même que Victor Bérard a inventé l'Odyssée, Sophie Rabau invente ici Victor Bérard en Victor B.
    Inventant la sienne. Un Victor B. facétieux, ombrageux, mais surtout un inventif inventé, figure polymorphe de l'imagination en marche en train de procéder à l'enchantement du monde.
    Dans cet essai d'une drôlerie étourdissante, empreint d'une joie - d'une gaieté - dangereusement contagieuse et d'une érudition sans faille et sans complexe, Sophie Rabau nous pousse d'une main assurée sur le bord des abîmes de l'interprétation littéraire et offre de nouvelles couleurs à l'un des plus grands poèmes qui soit.
    L'essai rafraichissant de Sophie Rabau est aussi d'une grande audace : afin de développer une théorie de la lecture comme de l'analyse littéraire à partir de la notion de l'interpollation, elle entreprend une relecture facétieuse de l'oeuvre de Victor Bérard et des douzaine de volumes qu'il a dédiés à l'Odyssée.
    Par là, elle démultiplie les possibilités de relire le poème d'Homère. Et invite à interpoller B. comme Homère dans une spirale sans fin

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