Littérature générale

  • Roi

    Mika Biermann

    Beau comme l'antique ! Turpidum, la bien nommée, est la dernière cité étrusque indépendante. Larth, son roi à peine sevré, se sent un peu perdu dans son décorum fatigué. Sous le ciel bleu indifférent, la peinture des fresques s'écaille en silence, la populace s'affaire par les ruelles au sol gras, on prépare le sable pour les jeux dans l'arène. Rome exige l'abdication du petit roi maigrichon, amateur de fruits juteux et bien arrondis. Un énigmatique gladiateur masqué fait son apparition par intervalles.
    La reine mère agonise au fond de son palais, pourrissant comme une gloire inutile.
    Matière et lumière, soleil et pénombre. Des couleurs par giclées, écrasées à la spatule. Du laurier, un cyprès, une olive, les mollets luisants des légionnaires. Un péplum

  • «Moi, me déplacer, c'est toujours d'île en île, puisqu'un trajet c'est naviguer ; c'est comme lorsque, dans l'obscur, on monte un escalier : il y a toujours cette marche que nos pas ont ajoutée et qui n'existe pas, qui nous fait chavirer. C'est là que l'on trouve le Prêtre Jehan, les villes souterraines, les rives floues où croulent des ruines - ou bien ce sont des madrépores qui construisent des cités désertes... C'est là que les lieux flottent, en suspension fragile sur les mots.
    » C'est là que l'ombre des nuages dessine des lions qui rampent vers les montagnes qu'ils dévoreront. » Dans les blancs des cartes de jadis, il était parfois écrit : hic sunt leones, « Ici sont les lions ». Jean-Roch Siebauer se livre à une plongée vertigineuse dans ces parages incertains. En une série de chapitres brefs et parfois aphoristiques, il s'abandonne à la dérive dans des espèces d'espaces où le temps et les lieux s'incurvent ou se déplient selon une logique irraisonable pour acoucher d'un enchantement du monde.
    Le Manuel de navigation aléatoire désigne par conséquent une méthode poétique pour aller voyager dans les mondes nés de la portance du sens des mots. On découvrira ainsi comment les montagnes se sublimant sont en réalité des nuages, ou encore les vertus épicuriennes qu'éprouve celui qui sait, dans la mer, faire la planche en se prenant pour un bateau.

  • Victor Bérard (1864-1931) a dédié sa vie à l'Odyssée.
    De l'ombre paisible des bibliothèques aux crêtes des vagues de l'Égée, il a traqué Ulysse dans le monde entier, tâchant de décrypter le poème d'Homère conçu comme un routier de navigation phénicien. Il s'est ainsi fabriqué d'un tome l'autre une oeuvre monumentale, son Odyssée propre.
    Et de même que Victor Bérard a inventé l'Odyssée, Sophie Rabau invente ici Victor Bérard en Victor B.
    Inventant la sienne. Un Victor B. facétieux, ombrageux, mais surtout un inventif inventé, figure polymorphe de l'imagination en marche en train de procéder à l'enchantement du monde.
    Dans cet essai d'une drôlerie étourdissante, empreint d'une joie - d'une gaieté - dangereusement contagieuse et d'une érudition sans faille et sans complexe, Sophie Rabau nous pousse d'une main assurée sur le bord des abîmes de l'interprétation littéraire et offre de nouvelles couleurs à l'un des plus grands poèmes qui soit.
    L'essai rafraichissant de Sophie Rabau est aussi d'une grande audace : afin de développer une théorie de la lecture comme de l'analyse littéraire à partir de la notion de l'interpollation, elle entreprend une relecture facétieuse de l'oeuvre de Victor Bérard et des douzaine de volumes qu'il a dédiés à l'Odyssée.
    Par là, elle démultiplie les possibilités de relire le poème d'Homère. Et invite à interpoller B. comme Homère dans une spirale sans fin

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