Langue française

  • U'y a-t-il dans le nom d'un dieu ? « Zeus tonnant », « Lune aux trois visages », « Baal de la Force » ou l'énigmatique « YHWH » recèlent dans leur simple énoncé le surgissement d'une forme, l'éveil d'une puissance surhumaine.

    De la Grèce à Palmyre, Tyr ou Babylone, les appellations des dieux manifestent leurs domaines de compétence et leurs capacités d'action aussi bien que les usages qu'on en fait dans les sociétés polythéistes.
    À travers l'étude de ces noms, les douze chapitres de cet ouvrage déploient ainsi une galerie de portraits de divinités qui nous convie à la découverte des aspects changeants du divin sur tout le pourtour de la Méditerranée antique.

  • Paru chez Anacharsis en 2011, Anthropologie de l'ordinaire s'est imposé comme un essai des plus radicaux dans l'entreprise de revitalisation de l'anthropologie et de sa réintroduction dans le débat public.
    Fondé sur une critique des grandes théories classifictoires académiques, l'ouvrage dénonce les stratégies d'écriture qui refoulent les scories de l'enquête dans un hors-champ pour asseoir son autorité scientifique. Un procédé ici identifié comme une entreprise de « désinterlocution » des personnes observées. Au final, les livres ainsi obtenus cloisonnent des espaces étanches entre les « observés », les lecteurs et les anthropologues, ces derniers placés dans une position dominante, du reste non dépourvue de conséquences politiques.
    C'est précisément à partir de ce hors-champs, de ce foisonnement de l'ordinaire, qu'Éric Chauvier propose de reconsidérer l'anthropologie, réajustant de la sorte ses enjeux à sa pratique.
    Il ne s'agit plus ici d'extirper du terrain « l'essence de ce qui fait sens », mais de prendre acte des anomalies qui se font jour au cours de l'enquête, qui sont véritablement à la fois l'objet et la matière de l'enquête.
    Le renversement de perspective est radical, qui revendique sur le terrain comme dans la production littéraire qui en découle un « appariement des consciences » entre anthropologues, lecteurs et observés, soit : la condition d'un apprentissage partagé.
    Conçu comme une véritable « boîte à outils », Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard concerne toutes les sciences humaines.

  • Cet ouvrage assemble les textes de deux conférences prononcées lors de la première du festival de L'Histoire à venir à Toulouse en mai 2017. Ils reflètent les intentions des organisateurs (la librairie Ombres Blanches, la théâtre Garonne, l'université Jean-Jaurès et les éditions Anacharsis) de replacer l'histoire au sein de l'espace public, une histoire ouverte à tous fondée sur l'argument, la raison et la recherche et non plus sur des effets d'autorités ou des déclarations péremptoires.
    Il s'agit de renouer le passé, le présent et le futur en envisageant les contours d'une histoire à venir. Patrick Boucheron s'interroge ainsi que les possibles non advenus du passé mais toujours actifs dans la pratique historienne comme dans les mémoires dans un texte intitulé « Écrire l'histoire des futurs du passé » ; tandis que François Hartog, dans «Vers une nouvelle condition historique ? », questionne les nouvelles façons envisageables de faire de l'histoire à une époque où règne en maître le présentisme et l'instantanné.

  • Roi

    Mika Biermann

    Beau comme l'antique ! Turpidum, la bien nommée, est la dernière cité étrusque indépendante. Larth, son roi à peine sevré, se sent un peu perdu dans son décorum fatigué. Sous le ciel bleu indifférent, la peinture des fresques s'écaille en silence, la populace s'affaire par les ruelles au sol gras, on prépare le sable pour les jeux dans l'arène. Rome exige l'abdication du petit roi maigrichon, amateur de fruits juteux et bien arrondis. Un énigmatique gladiateur masqué fait son apparition par intervalles.
    La reine mère agonise au fond de son palais, pourrissant comme une gloire inutile.
    Matière et lumière, soleil et pénombre. Des couleurs par giclées, écrasées à la spatule. Du laurier, un cyprès, une olive, les mollets luisants des légionnaires. Un péplum

  • Le 29 mai 1453, les troupes du sultan ottoman Mehmed II entraient dans Constantinople, mettant fin ce jour-là à l'empire millénaire de Byzance ; le dernier empereur, Constantin XI, disparut dans la bataille.
    Cet événement fit une énorme sensation à l'époque, mais fut aussi revêtu par la suite de significations historiographiques considérables : il incarnait le début de la puissance turque pour les siècles à venir, fondait la partition entre l'Europe orientale et l'Europe occidentale, accelérait le passage des savoirs grecs en Occident, et pour finir marquait la fin du Moyen Âge et l'entrée dans l'époque moderne (une date en concurrence avec 1492). Bref, il revêtait un sens fort dans l'histoire universelle.
    Ce livre se propose de remettre en perspective ce moment catalyseur en exposant à la lecture pour la première fois en français la somme des sources qui rendent compte de la chute (ou de la prise, selon les points de vue) de Constantinople.
    Des chroniqueurs aux témoins oculaires, des thrènes et lamentations aux prophéties apocalyptiques et aux conséquences immédiates ou au long cours de l'événement, il rassemble plus d'une cinquantaine de documents issus de toutes les langues des partis concernés.
    C'est sans doute là l'une des forces de cet ouvrage, que de proposer des regards croisés sur l'appréciation de ce moment dramatique, en donnant à lire des récits, documents d'archives et textes traduits du grec, mais aussi du turc, du latin, de l'italien, du russe, du polonais, du catalan ou de l'ancien français.
    Une manière de signaler à la fois l'importance de ce qui se passa ce jour-là, mais aussi de questionner la façon dont un événement se fabrique, dont on lui donne sens, dont on lui attribue causes et conséquences.

  • «Moi, me déplacer, c'est toujours d'île en île, puisqu'un trajet c'est naviguer ; c'est comme lorsque, dans l'obscur, on monte un escalier : il y a toujours cette marche que nos pas ont ajoutée et qui n'existe pas, qui nous fait chavirer. C'est là que l'on trouve le Prêtre Jehan, les villes souterraines, les rives floues où croulent des ruines - ou bien ce sont des madrépores qui construisent des cités désertes... C'est là que les lieux flottent, en suspension fragile sur les mots.
    » C'est là que l'ombre des nuages dessine des lions qui rampent vers les montagnes qu'ils dévoreront. » Dans les blancs des cartes de jadis, il était parfois écrit : hic sunt leones, « Ici sont les lions ». Jean-Roch Siebauer se livre à une plongée vertigineuse dans ces parages incertains. En une série de chapitres brefs et parfois aphoristiques, il s'abandonne à la dérive dans des espèces d'espaces où le temps et les lieux s'incurvent ou se déplient selon une logique irraisonable pour acoucher d'un enchantement du monde.
    Le Manuel de navigation aléatoire désigne par conséquent une méthode poétique pour aller voyager dans les mondes nés de la portance du sens des mots. On découvrira ainsi comment les montagnes se sublimant sont en réalité des nuages, ou encore les vertus épicuriennes qu'éprouve celui qui sait, dans la mer, faire la planche en se prenant pour un bateau.

  • Le 25 octobre 1795, la loi Danou sur l'instruction publique crée l'Institut national des sciences et des arts. C'est l'une des dernières décisions de la Convention, qui lègue au Directoire cette institution intellectuelle, idéologique et scientifique, pour insuffler un renouveau républicain à la France.
    Parallèlement, se profilent les visées liberticides d'un Bonaparte : coup d'État du 18 brumaire 1799 et instauration du Consulat, rétablissement de l'esclavage le 20 mai 1802 et bientôt, en août, quelques jours avant le concourt qui va nous préoccuper, le consulat à vie.
    C'est dans ce contexte que le 6 juillet 1802 est proposé au prix de morale de l'Institut la question : jusqu'à quel point les traitements barbares exercés sur les animaux intéressent-ils la morale publique ? Et conviendrait-il de faire des lois à cet égard ?
    À partir des dissertations des vingt-six personnes qui s'emparent du sujet et des milliers de pages produites, Pierre Serna révèle le débat naissant sur la question animale. Voix discordantes, voix contradictoires, voix chrétiennes, voix athées, voix philomonarchistes ou voix républicaines, toutes ont quelque chose à dire sur l'animal, sa maltraitance et les moyens d'y remédier par changement des moeurs ou des lois. S'inspirant des penseurs qui les ont précédés, Pythagore, Descartes, Rousseau ou Condillac, mais aussi des grands débats d'idées issus de la Révolution et de tous ses courants idéologiques - terme qui naît à cette époque -, nos citoyens philosophes vont jeter les bases d'une réflexion sur l'animal et sur sa place dans les sociétés humaines.
    Les thèmes de L'Animal en République réapparaîtront dans le débat public avec les lois Grammont de 1850 qui fondèrent l'ancêtre de la SPA. Ils sont aujourd'hui encore au coeur des débats contemporains.

  • Victor Bérard (1864-1931) a dédié sa vie à l'Odyssée.
    De l'ombre paisible des bibliothèques aux crêtes des vagues de l'Égée, il a traqué Ulysse dans le monde entier, tâchant de décrypter le poème d'Homère conçu comme un routier de navigation phénicien. Il s'est ainsi fabriqué d'un tome l'autre une oeuvre monumentale, son Odyssée propre.
    Et de même que Victor Bérard a inventé l'Odyssée, Sophie Rabau invente ici Victor Bérard en Victor B.
    Inventant la sienne. Un Victor B. facétieux, ombrageux, mais surtout un inventif inventé, figure polymorphe de l'imagination en marche en train de procéder à l'enchantement du monde.
    Dans cet essai d'une drôlerie étourdissante, empreint d'une joie - d'une gaieté - dangereusement contagieuse et d'une érudition sans faille et sans complexe, Sophie Rabau nous pousse d'une main assurée sur le bord des abîmes de l'interprétation littéraire et offre de nouvelles couleurs à l'un des plus grands poèmes qui soit.
    L'essai rafraichissant de Sophie Rabau est aussi d'une grande audace : afin de développer une théorie de la lecture comme de l'analyse littéraire à partir de la notion de l'interpollation, elle entreprend une relecture facétieuse de l'oeuvre de Victor Bérard et des douzaine de volumes qu'il a dédiés à l'Odyssée.
    Par là, elle démultiplie les possibilités de relire le poème d'Homère. Et invite à interpoller B. comme Homère dans une spirale sans fin

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