Sciences humaines & sociales

  • Qui sont véritablement les Celtes ?

    Durant deux millénaires, les Celtes ont été oubliés mais, depuis quelques décennies, ils occupent le devant de la scène historique, effaçant du même coup Gaulois et Germains. Qui étaient-ils en réalité?? Et ont-ils même existé??

    Pour répondre à ces questions, l'auteur se livre à une vaste enquête, l'obligeant à remonter aux sources écrites les plus anciennes. Il apparaît ainsi que, depuis leur rencontre avec les voyageurs grecs, les Celtes n'ont cessé d'être l'objet des mythes les plus divers, des plus poétiques aux plus idéologiques, voire raciaux. Parce qu'ils ont toujours paru indéfinissables, généalogie, histoire, linguistique, archéologie et comparatisme se sont emparé d'eux comme des exemples ou des modèles malléables à merci. Chacun peut s'imaginer ces hommes à sa manière et les utiliser dans des théories qui souvent ont peu à voir avec l'histoire objective.

    Il est temps aujourd'hui de rendre les Celtes à leur réalité et, dans les récits qui ont été donnés de leur histoire, de faire la part de l'invention.

  • Durant plus d'un mois, Nicolas Werth, spécialiste reconnu des politiques de violence en URSS et de l'histoire du Goulag en particulier, et ses compagnons de voyage vont sillonner la Kolyma, région symbole du goulag, la plus éloignée et la plus inaccessible, à la recherche des dernières traces du plus grand ensemble concentrationnaire soviétique. Durant 25 ans, entre 1930 et le milieu des années 1950, 20 millions de soviétiques sont passés par ces camps, 2 millions sont morts au Goulag, plus d'un million ont été exécutés.
    Nicolas Werth a retrouvé les traces des derniers survivants. Il a visité les rares musées, nés généralement d'initiatives privées, où sont exposés des rares vestiges de la "civilisation goulagienne" encore conservés. Il a sillonné les pistes de la Kolyma, construites par les détenus eux-mêmes, pour tenter de retrouver les restes des camps de travail forcé, où les détenus extrayaient, dans des conditions extrêmes (-50 °C l'hiver), l'or, grande richesse de la Kolyma, le cuivre, l'uranium et d'autres minerais.
    Une quête souvent vaine, tant les traces se sont effacées dans ce milieu que l'homme n'a jamais véritablement conquis. La nature a repris ses droits, la taïga et la toundra ont englouti les derniers vestiges des camps.
    Dans ces conditions, comment l'historien peut-il encore appréhender cette civilisation disparue? À travers les seules archives administratives, les récits des derniers survivants?
    Ce voyage à la recherche de la Kolyma perdue est aussi une réflexion sur le métier d'historien.

  • éloge de la lecture

    Michèle Petit

    À l'origine de cet ouvrage, il y a des voix de lecteurs et de lectrices, d'origines culturelles et de milieux sociaux différents et, en contrepoint, des souvenirs de lectures transcrits par des écrivains.
    Tous racontent les biais insolites par lesquels les livres leur ont permis d'apprivoiser leurs peurs, de construire et de réparer leur monde intérieur, de trouver des réponses aux questions qui les hantent, d'apprendre ce que d'autres ont trouvé comme solutions à la difficulté d'être sur Terre.
    Comme Jorge Semprun qui retrouve espoir dans un texte de Gide, après qu'on l'eut congédié en se moquant de son accent de jeune Espagnol, débarqué à Paris : « La boulangère du Boulevard Saint-Michel me chassait de la communauté. André Gide m'y réintégrait subrepticement. Dans la lumière de cette prose qui m'était offerte, je franchissais clandestinement les frontières d'une terre d'asile probable. » . Car, pour Michèle Petit, lire, c'est aussi un moyen de résister aux processus d'exclusion ou d'oppression, pour reconquérir une position de sujet au lieu de n'être qu'objet du discours des autres. En conjuguant sciences sociales et psychanalyse, l'auteur nous livre ici l'analyse de toutes ces expériences singulières où la lecture joue un rôle primordial dans la découverte et la construction de soi, comme dans l'ouverture sur d'autres cercles d'appartenance.

  • Les mythes grecs

    Ariane Eissen

    On peut voir au musée du Louvre une foule d'Apollons et de Dianes chasseresses.
    Les parcs, les jardins publics sont peuplés d'Hercules et on ne compte plus les tragédies, les opéras, les sonnets, les romans qui racontent les histoires de Phèdre ou d'Andromaque, d'Hippolyte ou d'Iphigénie, d'Électre ou d'Amphitryon. Et s'il nous prend l'envie de contempler un ciel étoilé, c'est pour y épeler les noms de Cassiopée ou d'Andromède, d'Orion ou du Centaure. Du reste, il n'est pas nécessaire d'aller si loin, ni si haut : le fil d'Ariane, les écuries d'Augias, le cheval de Troie, le talon d'Achille ou un président jupiterien, sont présents jusque dans nos locutions les plus courantes.
    La mythologie grecque est omniprésente, mais la connaissance que nous pouvons en avoir est le plus souvent fragmentaire et peu précise. Bref, nous aurions bien besoin d'être guidés dans ce labyrinthe.
    Pour éclairer cet héritage, les mythes grecs sont ici regroupés par grands cycles, expliqués et analysés. Chaque mythe nous est simplement raconté, puis sont présentés les textes qui nous l'ont transmis. Enfin - et c'est là sans doute une des parties les plus originales de son livre - Ariane Eissen explore la postérité du mythe, les diverses lectures qui en ont été faites et leur utilisation dans les époques modernes, depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque contemporaine.

  • Peu connues en Europe, d'étonnantes expériences littéraires se multiplient aujourd'hui dans des pays confrontés à des conflits armés, des crises économiques, des catastrophes naturelles. Enfants, adolescents et adultes qui, jusque-là, avaient vécu au plus loin des livres se rassemblent autour de mythes ou de légendes, de poésies ou de bandes dessinées. Ils s'en saisissent pour résister à l'adversité et préserver un espace de rêve et de liberté. Bien plus qu'un outil pédagogique, la littérature est là une réserve où puiser pour donner sens à sa vie, la penser, imaginer d'autres possibles.
    L'apport vital de la lecture dans des temps de crise n'est pas le privilège des « lettrés » et ceux qui animent ces surprenants cercles de lecteurs travaillent à quelque chose de bien plus vaste que le soin, qui est d'ordre culturel, éducatif et, à certains égards, politique.

  • De 1717 à 2018 la franc-maçonnerie éclaire et interroge de manière incomparable trois siècles d'histoire et d'identité européenne, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg, de Stockholm à Zagreb.
    Europe des Lumières, Printemps des peuples, nationalisme et pacifisme, Société des Nations, guerre froide et construction européenne, après-communisme :
    Les francs-maçons unis ou divisés, écoutés ou exécrés, sont de tous les combats, présents sur tous les chantiers qui rythment l'histoire du continent.
    Ce livre fait le choix de rompre avec une juxtaposition d'histoires nationales pour proposer une perspective résolument européenne. Il mobilise les recherches les plus récentes et s'appuie sur l'exploitation des principaux fonds d'archives maçonniques européens ainsi que sur l'ouverture, en janvier 2002, des « Archives russes » du Grand Orient de France de retour de Moscou.

  • La géographie étudie le Monde comme territoire de l'humanité : dans son ensemble et toutes ses facettes, ses lieux, quartiers, contrées, pays, paysages et réseaux.
    Depuis qu'elle existe, l'humanité s'évertue à aménager le Monde, le réaménager, le diviser, le parcourir, le mettre en production et donc en valeur. Elle modifie sans cesse son habitat, produit tous les jours de l'espace, de la différence et de l'organisation - avec art et réussite souvent, mais non sans dégâts et perturbations dus à l'ignorance, aux erreurs, aux conflits, à l'avidité.
    À partir de questions simples et fondamentales, «qu'y a-t-il là, pourquoi est-ce là comme ça, et où cela va-t-il ? », le géographe scrute et déchiffre les traces et les signes que livrent les paysages, la distribution des activités et des habitats, des cultures et des comportements, même les noms des lieux et les antimondes.
    Or le nombre d'habitants vient de quadrupler en un siècle, et les capacités d'agir, de créer et de nuire ont changé d'ampleur et de nature. Ménager le Monde, mieux l'organiser et le protéger dans la perspective du long terme, et non de la spéculation et du profit immédiats, sont des devoirs civiques. Analyser, comprendre et représenter ces actions et ces différences qui changent le Monde est plus que jamais nécessaire. Ce livre, entièrement revu par rapport à l'édition originale, en donne les clés.

  • Le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 est emblématique de la catastrophe qui a frappé toute l'Afrique des Grands Lacs depuis une vingtaine d'années. Il n'a été le fruit ni d'une fureur conjoncturelle, ni d'une fatalité ethnographique ou biologique, mais il est le produit très moderne d'une option extrémiste, jouant du racisme comme arme de contrôle du pouvoir. En effet, cette mise en condition de tout un pays aurait été impossible sans l'inscription durable dans la culture de cette région d'Afrique d'une idéologie racialiste, discriminant, sous les étiquettes hutu et tutsi, des autochtones et des envahisseurs, le « vrai peuple » rwandais majoritaire et une « race de féodaux ». Ce livre décrypte la construction de cette idéologie, trop méconnue, qui oppose les « vrais Africains » à des « faux nègres », ceux qu'on a appelés les Hamites depuis les années 1860 dans la littérature africaniste. Cette maturation se situe à la fois en Europe, dans l'histoire de l'anthropologie, et en Afrique, dans la logique des politiques coloniales, et elle se joue sur deux siècles, donc bien en amont de la crise des années 1990, et jusqu'à aujourd'hui. Le schéma racial dit « hamitique » est né de la même matrice intellectuelle que celui opposant Aryens et Sémites, qui a embrasé l'Europe dans les années 1930-1940.

  • Neuf historiens ont mis leur science au service de l'histoire de Paris, pour en éclairer un aspect à la lueur de leurs propres travaux et des derniers acquis de la recherche. C'est ainsi que sont tour à tour abordées la question de la place des saints fondateurs dans la ville, celle de l'évêque, des enceintes, de la justice, de la bourgeoisie, de l'assistance, des femmes, de l'université, de l'aristotélisme, du roi en son palais et de la guerre civile.
    Ce sont autant de portraits d'une ville aux visages multiples qu'il est difficile de saisir dans son ensemble, mais leur mise en série permet ici de s'en faire une idée. Il en ressort néanmoins que Paris cumule déjà à cette époque les fonctions économiques, religieuses, intellectuelles, curiales et politiques, ce qui est unique en Occident où les villes peuvent rarement s'enorgueillir de plus de deux ou trois fonctions : Gand est avant tout une cité industrielle, Bologne une ville universitaire, Venise un pôle commercial...
    Cet épais feuilletage de fonctions variées est probablement l'explication de l'exceptionnel développement de Paris au Moyen Age.

  • Le poil a une histoire... Cet ouvrage, très documenté, la retrace en nous révélant l'infinie diversité des adaptations et des déclinaisons du poil à travers les époques, les civilisations et les continents. Car partout le poil a été - et n'a cessé d'être - un marqueur de comportement, un signe politique, un indice social, éthique et religieux, qu'il s'agisse du monde hébraïque, chrétien, islamique ou extrême oriental.
    Se déploie ainsi au fil des pages le kaléidoscope des traces multiples d'une histoire aussi singulière que méconnue : de Sumer à Babylone ; dans la France de Louis XIV, quand le sexe mâle s'enticha de la perruque ; dans la Chine mandchoue, où tous les sujets chinois devaient porter la natte ; lors de la Première Guerre mondiale avec la glorification des Poilus ; sans oublier la Turquie contemporaine, où les positions politiques ont de fortes incidences sur la forme des moustaches...
    Les marges de l'histoire ne sont pas omises, avec les eunuques byzantins ou les malheureux atteints d'hypertrichose - cette maladie qui se manifeste par une pilosité envahissante sur une partie du corps ou sa totalité - et présentés comme des monstres.
    Ainsi, du poil biblique au poil freudien en passant par celui des Poilus, chacun trouvera « son poil » dans cette étude riche en surprises et inattendus et, l'esprit aiguisé par la curiosité, il pourra, au fil de sa lecture, s'en tisser d'autres.

  • Une vie au goulag, récit autobiographique de Dimitri Vitkovski, est un document exceptionnel, cité pourtant par Alexandre Soljenytsine en ouverture de L'Archipel du Goulag.
    Écrit dans les années soixante, ce récit est une plongée dans l'univers concentrationnaire de la Russie soviétique. Il décrit, sur près de trente ans, une vie de captivité entrecoupée de très courts répits de liberté. Dimitri Vitkovski est pour la première fois arrêté en 1926, deux ans après la mort de Lénine. Il a vingt-cinq ans. Ce n'est qu'en 1954 qu'il sera autorisé à rejoindre enfin les siens à Moscou.
    Déportation dans les profondeurs des forêts sibériennes, travail de bagnard dans les îles Solovki, tortures, interrogatoires, peur et survie : Dimitri Vitkovski, ingénieur devenu zek, accusé sans preuve mais lourdement condamné, décrit le monde des persécuteurs et des prisonniers, les vagues de terreur, le monde du camp perdu au bout du monde, face à la nature belle et hostile. Un document pionnier, un texte poignant.

  • Étudier la sexualité des anciens Grecs et Grecques reviendrait à projeter sur le monde antique des catégories contemporaines. Il faut plutôt suivre la force mystérieuse et bien connue que les Anciens avait divinisée sous le nom d'Eros, un enfant espiègle qui assistait Aphrodite, déesse de l'amour.
    Désir, séduction, pratiques érotiques sont ici étudiés comme autant de manifestations d'Eros. L'auteur interroge les poèmes et les images qui représentent l'Eros, les institutions et les relations sociales auxquelles préside sa puissance, ainsi que sa récupération par les philosophes et les sectes orphiques.

  • En 1974, l'écrivain dissident Alexandre Soljénitsyne fait imprimer en France son monumental Archipel du Goulag, dont il a réussi à faire sortir clandestinement le manuscrit d'Union soviétique. Ce récit terrible de son expérience de prisonnier dans les camps soviétiques lui vaudra d'être déchu de sa nationalité et contraint à l'exil, avant sa réhabilitation et son retour sous l'ère Gorbatchev.
    C'est à cette oeuvre que Lefort consacre, en 1976, Un homme en trop. «Du début à la fin de mon essai, écrit-il, je m'efforce d'éclairer le travail de l'écrivain Soljénitsyne, notamment l'extraordinaire relation dont il témoigne entre l'expérience de la servitude, la conquête de la parole et la volonté de savoir. Simultanément, je tente de repérer la logique du système totalitaire, les ambiguïtés qu'il véhicule, les obstacles auxquels il se heurte ». « L'homme en trop » du totalitarisme, c'est celui qui, comme Soljénitsyne, est considéré comme l'ennemi du peuple unique fantasmé par la machine totalitaire dont il bouleverse les calculs En outre, Claude Lefort, dans le premier chapitre, rappelle les jugements sévères et aveugles de plusieurs intellectuels de gauche sur le livre de Soljénitsyne lors de sa parution.

  • Les templiers

    Barbara Frale

    Le livre se découpe en 6 chapitres suivant l'ordre chronologique et se clôt par une solide bibliographie. Il raconte l'histoire de l'ordre des Templiers, depuis sa formation au début du 12e siècle après la première croisade, jusqu'à sa dissolution en 1312 par le concile de Vienne : un ordre, voué à l'origine à la défense du Saint-Sépulcre, qui devint l'ordre religieux et militaire le plus puissant et le plus riche de toute la chrétienté. Cette histoire glorieuse s'acheva par un procès en hérésie suscité par le roi Philippe le Bel qui, pressé par la crise économique, souhaitait s'emparer des biens des Templiers.
    L'auteur inscrit son récit dans le paysage politique de l'époque : les rivalités entre royaumes et papauté, la société féodale, les croisades, etc. Malgré son érudition, elle adopte un ton narratif très vivant, qui donne au livre le style d'un récit haletant. Vie quotidienne, anecdotes et pratiques de cet ordre mystérieux ont toute leur place à côté de l'intelligence de l'histoire. Elle lève le voile sur les mystères et les scandales qui ont été associés à l'histoire de l'ordre dès son existence. Ses recherches au coeur des archives vaticanes l'ont même amenée à de surprenantes découvertes sur le procès.

  • L'ouvrage suit, selon un ordre chronologique, le face-à-face qui a opposé les deux grands totalitarismes de l'Histoire, du pacte germano-soviétique à la défaite de l'Allemagne. Philippe Richardot retrace en détail les étapes de ce conflit qui a fait basculé l'Histoire ; très fin connaisseur de la guerre, il fait revivre sous les yeux du lecteur les personnages de premier plan qui ont participé au front de l'Est, et restitue en des termes saisissants la violence des combats, la puissance des armements, et l'écheveau inextricable des stratégies et des hasards qui ont présidé à la marche de l'Histoire. L'ouvrage, qui intègre les travaux les plus récents sur la question, a pour ambition de proposer un récit vivant et documenté de ces événements à tous les amoureux de l'Histoire, autant que de proposer une synthèse de référence aux historiens et aux étudiants.

  • La Grèce antique a longtemps été réputée « blanche », car l'usure du temps avait fait disparaître les couleurs ornant les sculptures et reliefs pour ne laisser que le marbre blanc.
    Dès la Renaissance, on célèbre la blancheur des statues exhumées et on en fait des copies, blanches elles aussi. Cet impérialisme esthétique du blanc trouve une expression radicale dans le développement des discours racistes exaltant la figure de l'homme occidental blanc, dont la filiation remonte à l'Antiquité classique. Les couleurs sont dès lors la marque dégradante de l'autre, du « métèque ».
    Mais les dernières technologies donnent les preuves matérielles de la présence sur les oeuvres grecques de polychromie et d'or. Pourtant, il y a encore des réactions incrédules, voire dégoûtées (trop « kitsch »). Et certains archéologues continuent de passer au kärcher les derniers témoignages du goût des anciens pour les couleurs.
    Le livre raconte ce refus délibéré de nature esthétique, mais aussi politique et idéologique, des couleurs et vise à en comprendre les raisons.

  • Pilier de l'islam, le pèlerinage à La Mecque est à l'origine du plus grand rassemblement humain au monde. Née aux premiers temps de l'islam, cette pratique n'a cessé de croître, s'inscrivant dans une histoire qui mêle les dimensions religieuses, politiques, sociales, économiques ou encore sanitaires. Au cours du xixe siècle, le voyage à La Mecque prend un essor inédit et cesse d'être une affaire exclusivement musulmane : les puissances coloniales s'attachent à gouverner administrativement ce vaste mouvement touchant chaque année plusieurs dizaines de milliers de leurs ressortissants. La communauté internationale se mobilise pour assurer un strict contrôle sanitaire de ces rencontres qui catalysent les risques d'épidémies. Avec la fin des empires coloniaux, le pèlerinage entre dans l'histoire de reconfigurations géopolitiques, qui demeurent jusqu'à aujourd'hui au coeur des enjeux de la région.
    En retraçant l'histoire du voyage à La Mecque, Sylvia Chiffoleau nous plonge dans le quotidien des pèlerins et nous montre que ces croyants, au fil du temps, expérimentent les territoires de la modernité.

  • « Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner », s'exclamait Maximilien Robespierre à la barre de la Convention la veille de sa chute, le 8 thermidor an II : la formule est caractéristique de sa passion et de son emphase. Elle fait partie de l'abondant florilège qui alimente aussi bien les critiques contre le tribun intolérant que les louanges envers l'homme politique intègre. Tellement intègre d'ailleurs, qu'il finit par agacer le Danton imaginé par Georg Büchner, qui lui lance : « Robespierre, tu es d'une probité révoltante ». Instigateur des horreurs perpétrées sous la « Terreur », homme d'État rigide, implacable et déshumanisé pour les uns ; héros et héraut des droits de l'homme, dirigeant incorruptible, bouc émissaire pour les autres (moins nombreux cependant) : admirateurs ou contempteurs, rares sont les indifférents lorsque l'on évoque la figure de Robespierre.
    La Révolution française a transformé des anonymes en figures de premier plan. Robespierre est l'un de ces anonymes brusquement devenus célèbres. Comment un banal avocat d'Arras, promis à une traditionnelle carrière locale, s'est-il trouvé propulsé en quelques mois à l'avant-scène de l'actualité ? Comment a-t-il pu concentrer sur sa personne une bonne partie du ressentiment contre ce que l'on a appelé la Terreur ?
    Pour répondre à ces questions, Cécile Obligi a choisi de donner la parole au principal intéressé : Robespierre lui-même. Elle nous fait ainsi découvrir ou redécouvrir un orateur de grande classe et un penseur politique important, que la légende noire a fait oublier trop longtemps.

  • Le long règne de Philippe Auguste (1180-1223) a été d'une extra­ordinaire fécondité. Alors qu'à son avènement, le jeune roi de quinze ans ne contrôlait qu'une faible partie du royaume, à sa mort, sa souveraineté est largement reconnue. Philippe a réussi à enlever au roi d'Angleterre la Normandie, le Maine, l'Anjou et l'Auvergne ; il a imposé son autorité au comte de Flandre et au comte de Champagne, et parfois même au pape ; il a réussi à vaincre une coalition dirigée par l'empereur germanique et a failli conquérir l'Angleterre... Dans le royaume, il a mis en place des baillis pour le représenter, il a augmenté ses revenus et il a structuré son gouvernement grâce à un petit nombre de fidèles conseillers. Il a développé Paris, qu'il a dotée d'une enceinte et dont il a renforcé l'Université.
    Ces réussites, Philippe Auguste les doit à son obstination, qui lui a permis de surmonter bien des revers, ainsi qu'au contrôle progressif de son tempérament impulsif, coléreux et inquiet. Cette biographie, fondée sur la richesse des chroniques et des documents d'archives, retrace ce long cheminement d'un homme devenu roi de France à quinze ans, jeté au milieu de vassaux redoutables et éprouvé par la maladie contractée lors de la Croisade, mais qui finit par remporter d'éclatants succès politiques et militaires.

  • L'animal et la machine nous parlent-ils ? Y a-t-il des pensées dangereuses ? Pour avoir du goût, faut-il être cultivé ? Un monde humain sans affrontement est-il pensable? La diversité des cultures contredit-elle l'existence de valeurs universelles ? Le cinéma est-il un art ? Pour limiter le pouvoir de l'État, peut-on s'en remettre à l'État? À quoi sert la philosophie ? Autant de questions que cet ouvrage se propose de démêler, réunissant questions classiques et problèmes contemporains en dix-sept chapitres.
    Laurence Hansen-Love nous propose ainsi non pas une histoire de la philosophie, mais un cours particulier vivant et actuel de philosophie. Outre la présentation des points de vue ou des opinions des philosophes sur une question donnée, elle nous livre ici une parole singulière pour s'orienter dans le temps présent.
    A la fin de l'ouvrage qui se lit sans difficulté, le lecteur pourra se référer à un petit dictionnaire des termes et notions de philosophie.

  • Avant 1870, le service militaire ne concernait qu'une minorité d'une classe d'âge, les hommes qui partaient étaient tirés au sort et les malchanceux pouvaient se payer un remplaçant. À la suite de la défaite contre la Prusse, la France met en place un nouveau système :
    Désormais, un jeune Français sur deux passe une ou plusieurs années de sa vie sous l'uniforme et se trouve confronté à cette épreuve qui prend des allures initiatiques.
    Ce livre montre comment les casernes et la vie militaire ont été organisées pour recevoir cette nouvelle masse de conscrits. Il analyse aussi toutes les souffrances, physiques et morales des hommes encasernés qui sont confrontés au « dressage » que leur impose l'armée car : « les bons mâles font les bons soldats et les filles aiment les bons soldats [...]. Le soldat sort plus fort, plus vigoureux, plus mâle de l'armée que lorsqu'il y est entré [...]. C'est donc une bonne chose que la vie militaire ; elle endurcit le corps ; elle affermit le coeur ; elle forme à l'obéissance ; elle accoutume au dévouement ; en faisant des soldats, elle fait aussi des hommes. » (E. Coralys, L'éducation morale du soldat, 1890).
    Ce livre, augmenté d'un nouvel avant-propos de l'auteur, passionnera les historiens et les militaires mais aussi ceux qui s'intéressent aux débats autour des engagements possibles aujourd'hui (garde nationale, hypothèse d'un service militaire obligatoire).

  • Depuis plus quelques décennies, il n'est question que de crise de la représentation : corruption, «affaires», jeux partisans stériles, fermeture d'une classe politique issue d'origines sociales et de modes de formation semblables et n'ayant bien souvent eu comme seul « métier » que la profession politique. Il n'est aussi question que de «moderniser» la vie politique (limitation de la durée et des cumuls des mandats, parité hommes/femmes, appel à la « diversité », ouverture à la « société civile »).
    Cet ouvrage se fait indirectement l'écho de ces débats : en rouvrant le dossier historique et en partant du fait désormais établi que les fonctions politiques sont depuis une centaine d'années une profession d'un type particulier, encadrée par des règles imprécises, déniée comme profession par ses protagonistes et porteuse d'une spécialisation et d'une professionnalité plurielle et controversée.
    En s'appuyant sur les acquis de la socio-histoire du politique, de la sociologie des professions et de la sociologie des élites politiques, les contributions originales réunies ici rouvrent la discussion sur le processus long de professionnalisation politique, sur les représentations qu'ont citoyens, publicistes, sociologues et hommes politiques du personnel politique, sur la composition des élites politiques et sur les enjeux et les effets de cette composition sur les formes de la représentation politique.
    Ce livre, paru initialement dans la collection « Socio-histoires » co-dirigée par l'auteur et Gérard Noiriel, augmenté d'une nouvelle postface de Michel Offerlé, passionnera tous ceux qui s'intéressent aux débats concernant la profession de politique aujourd'hui.

  • L'école a-t-elle continué, ou non, à « faire d'excellents Français » d'une guerre à l'autre ?
    Pour y répondre, Olivier Loubes sonde l'institution scolaire à la fois de l'intérieur, depuis les circulaires ministérielles, les programmes, les manuels, jusqu'aux cahiers d¹élèves, et de l'extérieur, en partant des débats nourris dans l'opinion. L'école ne se limite pas ici à son seul rôle d'enseignement : elle est envisagée à la fois comme « institutrice de la nation » et comme produit de la nation.
    Le corps sacré de la patrie est gravement affecté par la mort de masse de la Grande Guerre : c'est un véritable désenchantement national qui touche l'école de plein fouet jusqu'en 1940.
    Néanmoins, l'auteur montre que les instituteurs et les institutrices de l'entre-deux-guerres, accusés d'être devenus pacifistes (intégraux) après avoir été (trop) patriotes en 1914, ont en fait continué à forger la francisation et l'éducation républicaine des jeunes Français, sans oublier de leur inculquer les devoirs patriotiques.
    Replaçant ainsi les rapports troublés qu'entretiennent l'école et la nation dans la culture et l'imaginaire politiques entre 1914 et 1940, Olivier Loubes souligne en quoi ils n'ont cessé de forger une identité française en mouvement, se réinventant dans un entredeux- guerres qui prend dès lors les allures d'un entre-deux-France.

  • Quand la guerre commence, en août 1914, personne n'imagine laisser les combattants rentrer chez eux avant la victoire. Avec le prolongement du conflit, moral et certitudes vacillent : la question de l'endurance des populations se pose avec force dans une guerre qui devient totale.
    À partir de 1915, quelques jours de permission à l'arrière permettent aux combattants d'échapper aux tranchées et aux horreurs de la guerre. Moment d'émotion familiale et de retrouvailles amoureuses, la permission est aussi un temps de distractions dans un Paris où le contraste avec le front est saisissant.
    Commis voyageur du front à l'arrière, le permissionnaire vient rappeler aux civils le sacrifice combattant et devient une figure-clé des représentations du temps de guerre.
    Dans une approche globale et neuve des sociétés durant la Grande Guerre, Emmanuelle Cronier embrasse d'un même regard les aspects militaires et logistiques, la culture politique républicaine, l'intimité des familles et des couples, le quotidien des permissionnaires et les multiples transgressions indissociables de la figure du « poilu » à l'arrière.

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