Belin

  • Staline

    Oleg Khlevniuk

    Dans son dernier ouvrage, Oleg Khlevniuk renouvelle en profondeur, par une connaissance remarquable des archives personnelles de Staline et des archives du Politburo, le genre de la biographie politique du dictateur. A partir d'une analyse critique des sources, Oleg Khlevniuk démonte les innombrables légendes (Staline « commanditaire du meurtre de Kirov », Staline « paranoïaque », Staline, « adepte d'une frappe préventive contre l'Allemagne », etc) pour ne retenir que l'épure : les mécanismes politiques de l'ascension d'un « homme des confins de l'Empire », dépositaire d'une culture de « clan », puis les ressorts du mode de gouvernance stalinien, fondé sur un interventionnisme de tous les instants et un travail quotidien titanesque. Les chapitres sur le « Grand Tournant » du début des années 1930, la « Grande Terreur » de 1937-1938, la conduite de la « Grande guerre patriotique » ou le « second stalinisme » d'après-guerre, déconstruisent, sur des points capitaux, les deux grandes interprétations dominantes (« totalitariste » et « révisionniste ») de l'histoire soviétique de ces décennies. Au-delà de la biographie du dictateur, c'est une interprétation nouvelle du stalinisme, fondée sur une connaissance exceptionnelle des grands fonds d'archives, que nous propose Oleg Khlevniuk dans son dernier ouvrage qui a reçu le prestigieux 2016 Prose Award décerné par un panel des grandes universités américaines.

  • Espagne, 1936 : le général Franco déclenche un coup d'État contre le gouvernement de Front populaire qui plonge le pays dans une guerre civile de près de trois années. Cette guerre a fait plusieurs centaines de milliers de morts, hommes, femmes et enfants, et jeté sur les routes plus d'un demi-million de réfugiés, contraints à l'exil. L'auteur démontre, point par point, en quoi cette guerre civile a mis en oeuvre toutes les logiques et pratiques de l'extermination de masse : exécutions sommaires par milliers, procès factices, torture et viols systématiques, emprisonnements abusifs...

    Professeur à la London School of Economics, Paul Preston est reconnu dans le monde entier comme le plus grand historien de la guerre d'Espagne. Une guerre d'extermination, son oeuvre majeure, éclaire de façon poignante et implacable une dimension sous-estimée et peu connue de l'histoire de l'Europe contemporaine.

  • Le 11 novembre 1918, l'Allemagne dut conclure un armistice sans que l'armée ait mené une bataille décisive. La question se posa alors de savoir qui était responsable d'une défaite dont le résultat fut le traité de Versailles. Celui-ci fut ressenti par les Allemands comme une " honte ", les contraignant à reconnaître que l'Allemagne était seule responsable de la guerre et devait en payer toutes les pertes.
    Un clivage politique majeur domina la vie politique des années 1920. Jamais la République de Weimar (1919-1933) ne sut s'affranchir du traumatisme de cette guerre mondiale perdue. Une amertume généralisée gagna la fin des années 1920, quand on assista à une explosion de la littérature de guerre et que le désir de surmonter le traumatisme se fraya un chemin. Hitler était là pour répondre au désir des Allemands " d'en finir avec Versailles ".

  • Loin d'être tout simplement conflictuelles, les relations entre juifs et musulmans en France sont anciennes, complexes, changeantes. La République qui les abrite et accueille tous ceux qui traversent la Méditerranée au moment des indépendances leur offre sa laïcité. Le monde tel qu'il se reconfigure au lendemain de la guerre impose interrogations, contradictions et violences. Comment, dans l'espace colonial d'abord, puis sur le sol de la métropole, ces deux groupes ont-ils cohabité au XXe siècle?
    Quelles ont été leurs relations, au Maghreb d'abord, en France ensuite?
    Ethan Katz, à l'issue de plus de 20 années de recherches, s'attache à décrire et analyser ces relations entre juifs et musulmans. Il montre que la réduction de ces catégories de Français à des identités religieuses et conflictuelles est récente et que la question coloniale en premier lieu a créé un fossé progressif entre les deux communautés.
    Les Musulmans, les Juifs et la République offre un regard neuf sur une histoire, ici toute en nuances, des relations entre juifs et musulmans depuis la Première Guerre mondiale. Cet ouvrage constitue une contribution inédite à la compréhension de la société française contemporaine.

  • Nous vivons dans une époque où les spectres des terreurs, brune, rouge noire ne cessent de nous entourer et de solliciter nos mémoires. Peut-on parler de terreur sans penser à « La Terreur » de 1794 ? Le lien a été - et demeure - encore discuté notamment depuis Hannah Arendt.
    L'objet de ce livre est d'examiner comment se sont développés au fil du temps ces échos de la terreur qui influencent nos imaginaires et de mettre en évidence les prolongements jusqu'à aujourd'hui de cet épisode décisif de l'histoire de France. Il s'agit de rendre compte des liens entre terreur politique et démocratie, de la terreur comprise comme mode de gouvernement, de la terreur comme structure politique indissociable de la Révolution française. Il s'agira aus si de mettre en lumière les lacunes de la démonstration, qui a renversé le sens même du mot terreur, qui a utilisé sans précaution le mot terroriste, qui a aussi oublié, voire masqué, d'autres véritables terreurs.

  • Entre 1939 et 1945, le meurtre systématique de près de 90 % de plus de trois millions de Juifs polonais laisse exsangue l'une des communautés juives les plus florissantes du monde d'avant-guerre. Les dizaines de milliers de survivants font alors face à l'incompréhensible : la persistance d'un antisémitisme après Auschwitz. Craignant leurs voisins polonais mais fuyant aussi le nouveau régime socialiste, plus de la moitié des juifs rescapés choisirent les chemins de l'exil. Que devinrent ceux qui restèrent dans une Pologne devenue communiste ? Ce livre retrace l'histoire oubliée de ces survivants et de leur descendance, à travers la manière dont ils ont été perçus par la société et les autorités polonaises. Entre assimilation systématique, efforts pour préserver la mémoire juive et rejet récurrent lors de soubresauts à caractère antisémite, les débats demeurent toujours vifs sur les relations polono-juives.

  • Juillet 1940. Vichy, ville d'eaux et de villégiature, devient capitale de l'État français. Les somptueux palais se muent en bureaux du nouveau gouvernement et le Maréchal s'installe dans le luxueux Hôtel du Parc.
    Durant quatre années de guerre, les Vichyssois observent et attendent.
    Habitués à être au service de leurs hôtes, ils ne prennent que rarement position.
    Après l a guerre, les récits se superposent, se complètent, et se contredisent parfois. Les commémorations se multiplient. La ville semble stigmatisée mais l'ostracisme est limité : le tourisme thermal connaît un regain fulgurant et la guerre n'est plus qu'un mauvais souvenir qu'il faut oublier ou, tout du moins, taire.
    Vichy reste à ce jour un non-lieu de mémoire et une anomalie dans le paysage mémoriel frança is de la Seconde Guerre mondiale. Audrey Mallet retrace toute l'histoire de cette capitale sans mémoire.

  • Ce livre se découpe en 14 chapitres articulés de nombreux sous-titres.
    Après avoir défini ce qu'est l'archéologie, l'auteur adopte une perspective historique, qui montre l'évolution de cette discipline au fil du temps : aires et périodes explorées, méthodes de prospection jusqu'à la constitution de l'archéologie moderne.
    Il recense ensuite les différentes sciences associées à l'archéologie moderne (paléobotanique, archéozoologie, exploration subaquatique) et analyse toutes les technologies de pointe qui sont mises à profit pour la prospection ou l'analyse des données.
    Enfin, il met en lumière toutes les contraintes juridiques et environnementales qui encadrent aujourd'hui l'archéologie (archéologie préventive, conservation.), ainsi que les enjeux liés à la géopolitique.

  • Les convulsions de la révolution bolchevique jettent hors de Russie plus d'un million de réfugiés, qui croient leur fuite temporaire. Elle va s'avérer irréversible, la perte de la patrie se conjuguant bientôt avec celle des droits nationaux. Parmi ces «?sans-droits?», quelques centaines de grandes familles arméniennes, issues des marges caucasiennes de l'Empire des Romanov. Banquiers et industriels, artistes, professeurs d'université, hommes politiques?: tous, vers 1920, s'enfuient avec femmes et enfants, par crainte des violences que le nouveau régime de Moscou inflige à ses «?ennemis de classe?». Hors de Russie, et tout particulièrement en France où convergent des dizaines de milliers d'exilés, leurs trajectoires croisent celles des Arméniens de Turquie, persécutés quant à eux pour des motifs ethno-confessionnels.
    L'histoire des exils arméniens s'écrit ici à hauteur d'hommes et de femmes en fuite, de familles soudées face au danger, parfois séparées, plongées dans l'opacité après le renversement de l'ordre ancien. Que faire?? Où aller?? Quel projet poursuivre en ces temps de chaos et d'incertitude?? Comment préserver ses ressources et recréer un ordre pour soi?? Les parcours de ces anciens sujets d'empires donnent à penser ce que reconstruit l'exil, lieu de mise à l'épreuve individuelle et de réélaboration des destinées collectives.

  • Que sont devenus les nobles russes après la révolution d'Octobre 1917 ? Une fois leurs privilèges abolis, leurs biens mobiliers et immobiliers confisqués, une vague de violence contre « les classes exploiteuses d'autrefois » poussa une partie de la noblesse à l'exil.
    Ceux qui restèrent durent s'adapter, se cacher, se reconstruire au sein de la société soviétique...
    Si l'Etat n'a pas réussi à écarter complètement les anciennes élites des postes à responsabilité, de nombreuses mesures vexatoires et répressives rendirent leurs vies compliquées. Elles durent dissimuler leurs titres et se doter progressivement d'une « biographie soviétique ». Malgré un voisinage hostile dans les appartements communautaires, les familles nobles mirent en place des stratégies éducatives qui assurèrent la transmission d'un héritage culturel et d'un sentiment d'appartenance à l'élite.
    Ce livre retrace les parcours poignants de personnes dont les vies ont été bouleversées par l'une des plus grandes ruptures de l'histoire du XXe siècle.

  • De 1939 jusqu'au début des années 1950, près d'un million d'Européens sont déportés en URSS dans les camps de travail ou dans des villages isolés du Grand Nord soviétique, de la Sibérie et des steppes kazakhes. Parmi eux, nombre d'enfants et d'adolescents. C'est autour des récits de vie oraux de certains d'entre eux, recueillis entre 2008 et 2011, que ce livre restitue ce pan longtemps occulté et méconnu de l'histoire du goulag : celle des enfants déplacés de force en URSS à partir des pays d'Europe centrale et orientale.
    Qu'y-a-t-il de singulier dans le regard d'un enfant sur la déportation ? Serait-ce un mélange paradoxal entre l'impact des violences vues et subies et des moments d'amitiés, de curiosité et de partage ? Comment le danger, la peur et l'insolite deviennent-ils la routine du quotidien ? Comment construire une vie, après le retour dans un pays natal devenu étranger, marqué par la suspicion et un silence omniprésent autour de la répression ? Que faire de ces souvenirs lancinants pendant et après le régime communiste ? Autant de questions qui parcourent en filigrane ce livre.

  • Michel Deguy amplifie ici la leçon donnée au Collège de France en 2012 : il nous livre " son " Baudelaire, où se condensent une lecture et un usage constants de l'oeuvre de Charles Baudelaire, qui furent ponctués par Choses de la poésie et affaire culturelle (Hachette, 1987) et L'impair (Farrago, 2001).
    De " l'admirable faculté de poésie " qui, disait le poète à sa mère en 1855, le douait de sa " netteté d'idées " et de sa " puissance d'espérance ", que nous revient-il de transporter et de transposer dans une poétique pour notre temps, après deux siècles de modernités successives qui ont transformé les matières, les moyens, les ambitions et la réception des oeuvres poétiques, jusqu'à peut-être en assourdir les fins ?
    La lecture de Michel Deguy, ni historienne, ni critique, choisit de répondre à la question que se pose le centième sonnet des Fleurs du Mal : " Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse ? " La poétique, nullement apitoyée ni pitoyable, recueille les reliques dont peut-être le terme baudelairien de mystique fait entendre à la fois la provenance et la déposition moderne.

  • Entre avril et juillet 1994, ce sont environ 800 000 tutsis qui ont été tués par leurs voisins hutu. En novembre 1994, alors que la justice rwandaise est exsangue, l'ONU crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
    Le 2 septembre 1998, Jean-Paul Akayesu, bourgmestre de Taba, est condamné à la prison à vie pour le massacre de 2000 tutsis et l'incitation aux viols collectifs : c'est la première fois au monde que le viol est reconnu comme arme génocidaire. Il aura fallu quatre années pour qu'un tribunal international rende un verdict sur l'un des massacres les plus terrifiants de notre histoire contemporaine.
    En partant du récit de l'enquête et du procès du bourgmestre de Taba, Ornella Rovetta nous livre une analyse approfo ndie de ce que peut être la justice internationale et nous dit, en somme, la place qu'occupent les génocides dans notre monde contemporain.

  • Longtemps la parole des blessés a échappé à l'historien. Sophie Delaporte retrace l'itinéraire de souffrance des blessés au visage du milieu du XIXe siècle jusqu'à nos jours, dans une perspective mondiale en puisant dans les archives et en menant de nombreux entretiens en France, en Grande- Bretagne, aux Etats-Unis, en Argentine, au Vietnam ou encore en Israël.
    Elles raconte leurs blessures, leur difficile reconstruction et leur donne la parole et s'efforce de reconstruire la trajectoire de ces existences souvent brisées par l'atteinte au visage.

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