Christian Bourgois

  • Depuis sa publication en 1954-1955, Le Seigneur des Anneaux a enchanté des dizaines de millions de lecteurs dans le monde entier, et donné vie à la fantasy moderne, en racontant les aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l'Anneau forgé par Sauron, le Seigneur des Anneaux. Mais depuis quelques années, de nombreux lecteurs français et francophones souhaitaient qu'une nouvelle traduction, quarante ans après la première (1972), prenne en compte la meilleure version du texte anglais (débarrassé de ses coquilles depuis 2004) ainsi que toutes les découvertes permises par les publications posthumes de J.R.R Tolkien, proposées par son fils Christopher.
    C'est chose faite aujourd'hui, grâce à la nouvelle traduction du Seigneur des Anneaux, réalisée par Daniel Lauzon, qui a pu suivre, pour la première fois, toutes les indications laissées par l'auteur à l'intention des traducteurs du Seigneur des Anneaux. Dans le droit fil de sa retraduction du Hobbit en 2012, reconnue par les lecteurs de Tolkien comme la nouvelle traduction de référence, Daniel Lauzon a prêté une attention particulière au dynamisme du texte, à son énergie, aux différentes « voix » des personnages (on entend Gollum et Gandalf comme pour la première fois !), et veillé à rendre toute la poésie des chansons que comporte Le Seigneur des Anneaux.

  • À l'occasion d'une conférence sur l'ironie, qu'il doit donner à Barcelone, un écrivain revient sur ses années de bohème et d'apprentissage littéraire à Paris. Sous la figure tutélaire d'Ernest Hemingway, il dit son amour pour cette ville à travers les souvenirs de ses premiers pas dans l'écriture, tandis qu'il habitait dans une chambre louée par Marguerite Duras. Maniant en maître l'ironie et la digression, Vila-Matas offre une promenade décalée, à la fois tendre et grinçante, dans la mythique capitale.

  • Annabel

    Kathleen Winter

    En 1968 au Canada, dans un village reculé de la région du Labrador, un enfant voit le jour. Ni tout à fait homme ni tout à fait femme, il est les deux à la fois. Seules trois personnes partagent ce secret : les parents de l'enfant et Thomasina, une voisine de confiance. Ensemble, ces adultes prennent la difficile décision de faire opérer l'enfant et de l'élever comme un garçon, prénommé Wayne. Mais tandis que ce dernier grandit, son moi-secret ? une fille qu'il appelle Annabel ? ne disparaît jamais complètement...

    « Bien plus que des questions de chromosomes, Annabel traite du potentiel des humains pour la cruauté, le mépris et l'ignorance, tout autant que pour la tolérance, la générosité, la force. La réussite de Winter ici est tout aussi miraculeuse que la naissance de Wayne. » Christine Fischer, The Globe and Mail « Remarquable. Un texte profondément émouvant en même temps qu'un puissant cri de ralliement. » The Times

  • En 2007 Jean-Christophe Bailly a publié aux éditions Bayard Le versant animal, un essai dans lequel il expliquait pourquoi la question animale était devenue absolument centrale - pour lui-même, bien sûr, mais aussi pour tous ceux que la diversité fascine et que les menaces qui pèsent sur elle inquiètent. L'influence exercée par cet essai l'a conduit à revenir sur la question à maintes reprises, en France, mais aussi aux États-Unis. C'est l'ensemble de ces interventions, ainsi que deux textes un peu plus anciens, que le livre réunit.
    Pourtant, même s'il s'agit en effet d'un recueil où la question animale est déclinée sous des angles d'approche différents, Le parti pris des animaux, dont le titre, clairement « cite » Le parti pris des choses de Francis Ponge, suit un seul et unique fil conducteur, celui de la singularité animale et de la façon dont elle s'adresse à nous : par des signes et des comportements qui écrivent sous nos yeux la respiration multiple et infinie des existences. Qu'il s'agisse de réfléchir sur la forme animale ou sur le vivant tout entier, le livre, philosophique sans doute, reste toujours au contact d'une dimension concrète et sensible. Une attention spéciale est portée au fait que les animaux n'ont pas de langage.
    Régulièrement décrite comme une infériorité marquant, à l'inverse, l'incontestable suprématie de l'homme, cette absence est ici envisagée comme une forme d'expérience et comme une relation au sens dont l'homme, justement, le beau parleur, aurait beaucoup à apprendre. « Les animaux sont des maîtres silencieux » dit l'un des chapitres du livre. Chaque animal est envisagé comme une piste, une ligne que la pensée peut suivre. Mais dans un monde en proie à une course effrénée à la croissance malmenant les espèces avec cynisme et violence, il est naturel qu'un plaidoyer pour les animaux, et pour l'attention qu'on devrait leur porter, prenne une signification politique. Loin d'être comme une ombre portée, cette dimension traverse tout le livre.

  • Voici enfin publié pour la première fois, plus de soixante-quinze ans après sa rédaction, un reportage signé James Agee que l'on croyait à tout jamais perdu, une enquête sur le métayage du coton dans l'Alabama qui devait donner lieu, plusieurs années plus tard, au célèbre ouvrage Louons maintenant les grands hommes (1941).
    En 1936, le magazine Fortune, pour lequel Agee travaille, décide de l'envoyer dans l'Alabama afin de décrire les conditions de vie de trois familles de métayers du coton. Agee insiste pour que le photographe Walker Evans l'accompagne et c'est ainsi que les deux hommes vivront plusieurs semaines durant avec les Burroughs, les Tingle et les Fields. Tandis qu'Evans réalise certains de ses clichés les plus célèbres, Agee décrit minutieusement les existences de ces hommes, femmes et enfants, afin que nous en comprenions parfaitement chacun des aspects, qu'il s'agisse du travail, de la nourriture, des maisons, des vêtements, de la santé, de l'éducation ou des loisirs.
    Profondément bouleversé et indigné par les conditions de vie ces trois familles de métayers, Agee a produit un compte rendu journalistique qui émeut par sa beauté et sa virulence, une charge contre le capitalisme qui explique, à n'en pas douter, pourquoi Fortune rejeta l'article et qui demeure, de nombreuses décennies plus tard, d'une féroce actualité.

  • Le narrateur du roman d'Enrique Vila-Matas, Mac et son contretemps, sorte de double lointain et parfois pulvérisé de l'auteur, est un homme de plus de soixante ans qui veut « se lancer » dans l'écriture littéraire. Il se présente donc comme un écrivain débutant, ancien chef d'entreprise d'une société de construction qui a fait faillite alors qu'on apprend en cours de lecture qu'il a en fait été congédié d'un cabinet d'avocats car il ne correspondait pas aux critères désormais en vigueur.
    Il fait ses gammes en tenant un journal secret, il aspire à une carrière littéraire à ses yeux plus conséquente et se pose diverses questions qui ont à voir avec les genres littéraires et l'histoire de la littérature. Parmi ses projets, il envisage de réécrire un roman de son voisin Sánchez qui doit beaucoup à l'une des premières oeuvres d'Enrique Vila-Matas, Une maison pour tous.
    Le roman prend un tour nouveau quand l'écrivain débutant découvre que ce Sánchez a peut-être été et, est encore, l'amant de sa femme irascible, Carmen. Dès lors, deux univers se juxtaposent, celui des grands thèmes littéraires et celui, plus trivial, des amours supposées de son épouse. Les deux univers n'avancent plus parallèlement, mais se parlent, donnent au roman un tour comique irrésistible. Comment peut-on penser à de telles hauteurs et réagir comme un mari de comédie italienne dans un roman ? Telle est la principale surprise du roman, qui ne se contente pas de brasser les thèmes connus de l'oeuvre d'Enrique Vila-Matas mais les confronte à leur envers comique pour aboutir à une oeuvre légère, gracieuse, enivrante comme du champagne.

  • Les quatre textes réunis ici, dont la parution a été longtemps attendue, nous offrent un tableau remarquable d'un poème et d'un héros qui furent une source d'inspiration majeure pour J.R.R. Tolkien.

    Par sa traduction en prose de Beowulf, chef-d'oeuvre de la poésie médiévale anglaise, l'auteur rend accessible la légende d'un vainqueur d'ogres et de dragons - qui recèle en sa poigne « la force de trente hommes » - tout en exprimant la dimension psychologique du héros au sein d'une atmosphère sombre et néanmoins fascinante, dans laquelle se déploient les vertus de loyauté et de courage.

    Cette traduction s'accompagne de commentaires essentiels, souvent divertissants, sur la nature et la langue du poème, l'Histoire et la légende, ce qui permet au lecteur de mieux apprécier les multiples aspects du texte vieil anglais.


    L'ouvrage inclut Sellic Spell, « récit merveilleux » par lequel J.R.R. Tolkien a voulu reconstituer la légende d'origine, et deux versions bilingues du Lai de Beowulf.

  • « Il y eut à Metz un concert avec, en soliste invité, Isaac Stern. J'étais fou de joie, j'éprouvais une admiration sans bornes pour lui. À la fin du concert, alors que des dizaines de gens venaient le féliciter, je le tirai littéralement par la queue-de-pie, il ne prêta pas beaucoup attention à moi. « Que veux-tu, garçon ? » dit-il quand même dans son sublime français teinté de russe, d'anglais et de yiddish, le chef local lui fit savoir : « Oui, il est jeune, mais il joue déjà bien du violon, vous savez. » « Maître, pourrais-je un jour vous jouer quelque chose ? Je voudrais tant vous jouer quelque chose ».
    Après une hésitation :
    « Donne-moi ton numéro de téléphone - on verra».
    Je pensais que c'était fini, et qu'il n'avait aucune intention de m'appeler. Quelques jours plus tard, nous étions à table à Metz pour le déjeuner familial. Le téléphone sonne. « Allô, c'est Isaac Stern. » Si on m'avait dit que Dieu venait de téléphoner, je n'aurais pas trouvé cela plus incroyable. »

  • Le Nouveau Monde qu'était le continent américain a moins été découvert qu'il n'a été détruit. Partout où la population était dense (au Mexique, sur les hauts plateaux andins), les maladies importées d'outre Atlantique ont immédiatement exercé leurs ravages, provoquant l'une des plus grandes catastrophes démographiques de l'Histoire. Là où des organisations politiques et sociales complexes avaient fleuri, le pouvoir a été jeté bas au profit des conquérants, le territoire partagé et mis en coupe réglée sous le signe d'une recherche effrénée de l'or. La population a été asservie, sa culture bafouée, tandis qu'une guerre était déclarée à ses représentations religieuses au nom de la « Vraie Foi ».
    Partout ce scénario s'est reproduit le même, mais nulle part sans doute de façon aussi démonstrative et catastrophique dans la précipitation des événements qu'avec la conquête de l'empire inca.
    Vie et mort de l'Inca Atahuallpa ne déroule pas toutefois l'histoire maintes fois racontée de l'équipée des conquistadors et de la destruction de cette partie des « Indes occidentales ». Le récit se tourne au contraire vers la figure de celui qui fut le dernier souverain de l'empire des Andes et, conformément à ce que fut son destin, sur le moment où tout bascule et où le plus grand État de l'Amérique précolombienne s'effondre.
    Il y a là une forme de gageure : Atahuallpa ne nous est connu, par les chroniques, qu'à la faveur de quelques épisodes. Pour le reste, seules nous sont parvenues quelques informations éparses, difficiles à recouper, recueillies auprès d'auteurs plus tardifs, parfois intéressés à noircir le personnage.
    Le récit compose avec ces manques, revendique les droits de la rêverie, mais indemne d'intentions romanesques, il ne s'autorise aucune invention de l'ordre de la fiction. Là où les sources écrites font défaut, suivant en cela la recommandation de Lucien Febvre dans ses Combats pour l'histoire, il s'efforce de faire parler « les choses muettes », à commencer par les aspects de la culture matérielle. Habitants de hautes terres volcaniques et sismiques, grands constructeurs de villes et de routes, aussi habiles agriculteurs que frustes comme artistes, adorateurs du Soleil mais modestes astronomes, les Incas avaient, en moins d'un siècle, bâti un empire militarothéocratique immense et mis en place une bureaucratie tatillonne qui ignorait pourtant l'écriture. Ainsi, avec l'évocation d'Atahuallpa, c'est un regard sur une civilisation disparue et incomprise par ses vainqueurs qui est proposé.

  • Nous sommes en 1839 : Alexandre de Humboldt est chez Arago à Paris. Celui-ci lui montre les premiers résultats de Daguerre. Il écrit à Carl-Gustav Carus, le disciple de Friedrich, pour lui dire son enthousiasme devant cette découverte prodigieuse : « Le ton général, doux, fin, mais comme bruni, gris, quelque peu triste... » Lettre emblématique qui vient relier photographie et romantisme, science et peinture. Lettre qui fonctionne ici comme le frontispice d'un essai où viennent se superposer, comme une surimpression presque cadencée, tous les signes avant-coureurs de la photographie. Théorie du jardin-paysage, problématique du cadre et du champ, récurrence du thème de la fenêtre, art de la silhouette, déploiement muséal des images, transparents et enfin diaporamas.

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