Creaphis

  • Ecrire et photographier ? La question est d'une étonnante modernité. Mais elle n'est pas nouvelle et elle accompagne depuis les origines du livre l'histoire de l'édition. Sylvain Venayre saisit l'occasion de réfléchir au rapport du texte et des images, de l'art de la description des lieux face à l'art de les représenter visuellement, par l'approche des relations entre deux grands artistes du xixe siècle : Gustave Flaubert et Maxime Du Camp. Ces deux-là sont à peine âgés de 25 ans, en ce milieu du siècle, quand ils entreprennent de partir en voyage : destination le Moyen Orient. C'est une destination toute trouvée dans un contexte favorable aux voyages et aux expéditions.
    La France a découvert l'égypte avec l'expédition de Bonaparte (1798-1801), l'égyptologie avec Jean-François Champollion et de nouveaux accès avec l'entrepreneur Ferdinand de Lesseps. L'« égyptomanie » s'inscrit durablement dans le paysage culturel du nouvel empire aussi bien dans les oeuvres de l'esprit que dans les monuments. Il importe donc d'enrichir la documentation scientifique et architecturale, de s'intéresser aux usages et aux moeurs des populations et des nouvelles contrées à coloniser et surtout d'apporter des preuves et des images fiables de ces « ailleurs » pleins de promesses de profit. Celles-ci vont se multiplier jusque dans les années 1930 sur toutes sortes de supports imprimés.
    Ce milieu du siècle de l'industrie est marqué par l'exotisme, la conquête de nouveaux passages et de nouvelles terres. L'Orient est à la mode. À ce moment d'apogée du romantisme, la littérature s'est « orientalisée » avec le goût de l'ailleurs, du voyage, sous l'influence des écrits de Byron, Chateaubriand et Lamartine, qui auront aussi de l'influence sur Flaubert, Du Camp ou Nerval. C'est une époque charnière d'une histoire « contemporaine » avec l'ouverture des temps « modernes » et le développement du goût pour la science et la technique en liaison avec l'industrialisation de l'Occident. C'est notamment le début d'un cycle d'inventions de ce nouvel art de la représentation qu'est la photographie.
    Dix-neuvièmiste éclairé, historien du voyage, lecteur et rassembleur assidu de toutes sortes d'archives et de sources d'histoire culturelle, Sylvain Venayre, connu et reconnu pour ses travaux d'histoire culturelle sur Pierre Loti, suit ici de près les deux protagonistes qu'il nomme familièrement « Gustave » et « Maxime » dans leur voyage en Orient et ses conséquences sur la perception qu'ils ont respectivement de l'écriture et de la photographie. Ce débat engagé entre eux en amont de ce voyage par la publication des travaux de Maxime se poursuivra plus tard comme en atteste, dans la correspondance de Flaubert, ses parti pris et ses refus de l'illustration pour ses romans, notamment Salammbô.
    Le choix s'est porté ici, dans cet petit ouvrage, sur une relecture à la fois textuelle (avec des extraits de la Correspondance de Flaubert) et visuelle (avec une vingtaine de photographies choisies de Du Camp) de ce moment clé d'une expérience de terrain propice à une philosophie des usages de l'image.

  • En quelques courts chapitres, Jean-Christophe Béchet et Pauline Kasprzak cernent la question de l'acte photographique sous la forme d'un dialogue philosophique. Ils interrogent la prise de vue photographique à travers trois thèmes centraux : le cadrage et la composition, le rapport à l'appareil photo et l'editing. Ce petit traité se veut également didactique, notamment grâce aux petites conclusions de Pauline qui résument ce qui a été mis en lumière dans chaque chapitre.

    Elle connaît bien le langage philosophique et découvre avec plaisir la nature concrète de l'acte photographique. Il connaît bien la photographie sous tous ses aspects et juge les approches philosophiques souvent trop éloignées de la réalité concrète du terrain.
    Pauline n'a pas vraiment connu la photo argentique.
    Jean Christophe continue à la pratiquer.
    Tous deux sont aujourd'hui plongés dans l'univers numérique.
    Ils cherchent donc, chacun depuis son point de vue, à comprendre la photographie contemporaine, aussi bien sur le plan technique qu'esthétique. Car les deux approches sont liées. Intimement. Et tous deux pensent que le passage de l'analogique au numérique n'est pas une simple évolution technique et le changement de quelques habitudes. Il s'agit d'un bouleversement radical du statut de la photo, d'autant plus difficile à cerner qu'il se cache derrière un rideau de fumée. Le numérique s'est glissé dans les habits de l'argentique, récupérant les termes valorisants et utilisant à merveille les attentes du grand public.
    Il n'est pas question ici de regretter un âge d'or ou un passé idéalisé. Mais d'interroger le présent de la photographie, dans un rapport pratique et concret. Car trop de gens écrivent sur la photo sans la pratiquer.
    Du coup, des généralités sont énoncées. Ici, le parti pris est contraire. Nous entrons dans la complexité des choses, nous la décortiquons et l'analysons. Non pas pour en tirer une théorie générale, mais pour agiter les idées et les notions. Et nous espérons aider ceux qui prennent des photos à y voir plus clair !

  • Cet ouvrage scientifique est une contribution importante à l'histoire de l'alimentation, centré sur le cas de Paris et de sa région durant les trois derniers siècles de l'Ancien Régime. Le système d'approvisionnement de la capitale dépendait largement des campagnes les plus proches et tout particulièrement, pour le blé et le pain, du pays de France au nord de Paris.
    Jean-Pierre Blazy concentre son analyse sur les relations entre le bourg de Gonesse, centre majeur de la boulangerie foraine durant toute la période, et les marchés parisiens. Le sujet de l'alimentation requiert une approche complexe où s'entremêlent de nombreux aspects et champs disciplinaires : l'histoire sociale et économique, l'analyse des croyances et des sensibilités ou la géohistoire des paysages se conjuguent à l'histoire des techniques et bien entendu à l'histoire politique.
    De l'agronome Olivier de Serres au début du xviie siècle au chroniqueur Louis Sébastien Mercier à la veille de la Révolution, la renommée du pain de Gonesse persiste au-delà de l'âge d'or de la boulangerie foraine, au point de demeurer un nom mythique qui associe le bourg à un pain de première qualité. Celui-ci était devenu indispensable pour approvisionner Paris : ce statut faisait de son acheminement un enjeu stratégique.
    Suivre la route du pain depuis la tourmente des guerres de Religion jusqu'aux crises de la Fronde met en évidence le rôle crucial de cet aliment dans le ravitaillement de la capitale. En raison de la spécialisation boulangère de Gonesse, cette route du pain préoccupe les autorités royales tout au long de la période : soit pour garantir son approvisionnement, soit au contraire pour le bloquer afin de faire céder les Parisiens.
    Cette monographie d'un produit alimentaire disparu, grâce à l'analyse de l'écosystème de la boulangerie foraine dont il dépendait, met en évidence l'importance décisive des circuits alimentaires et des réseaux d'approvisionnement. Avec cet ouvrage, Jean-Pierre Blazy contribue directement aux discussions en cours sur l'usage des ressources naturelles et l'organisation de l'alimentation.
    Son originalité tient à la description minutieuse des relations sociales et des conditions matérielles qui ont permis à la profession méconnue de boulanger forain de se constituer en une véritable classe moyenne avant la lettre. En décrivant les activités, les lieux et les parcours des boulangers de Gonesse à partir des sources disponibles dans les archives et les recherches les plus récentes, il reconstitue la toile de fond de la vie matérielle des Franciliens de l'Ancien Régime : leurs travaux, leurs habitudes sanitaires, leurs moeurs, mais aussi la violence et la maladie qui les atteignaient. L'auteur se montre également très attentif à l'importance des représentations (notamment religieuses) dans les pratiques sociales. En somme, la dimension anthropologique est l'un des apports décisifs de cette étude de cas à l'échelle du « Grand Paris » d'avant la Révolution. Il participe ainsi aux discussions des historiens modernistes travaillant sur ce sujet depuis de nombreuses années, comme Robert Muchembled ou Jean-Marc Moriceau.
    Le texte est enrichi par une iconographie fournie qui vient appuyer les démonstrations de l'auteur : plans et élévations de quartiers ou de bâtiments ; reproductions de documents d'époque (registres des marchés, actes, contrats ou testaments) ; localisation des marchés parisiens sur le plan de Turgot (1734-1739) ; plan de la région parisienne indiquant les différents centres de la boulangerie foraine.

  • Les années 1970 sont celles des transformations urbaines de Paris. Les programmes d'infrastructure et les grands travaux d'aménagement de la région parisienne sont partout engagés, au centre et autour, tant par la construction du boulevard périphérique que de l'extension du réseau ferré (métro et RER). Toute la ville est en chantier.
    Belleville est un territoire parisien bien identifié, l'un de ces quartiers au capital historique fort, marqué par les luttes sociales et ouvrières. Village annexé à Paris en 1860, composé en grande partie d'anciens faubourgs industrieux et quasi ruraux, Belleville offre une configuration urbaine particulière faite de maisons individuelles, d'habitat ouvrier et d'immeubles de rapport dans un parcellaire parsemé d'anciennes villégiatures. Le classement en îlots insalubres d'une grande partie de son territoire justifie des opérations de démolition et de rénovation intervenues dans les années 1970, souvent de manière assez radicale et violente.
    Les photographies de François-Xavier Bouchart, réalisées dans ce quartier entre 1968 et 1975 témoignent de cette métamorphose. Elles illustrent la vie du quartier à travers les commerces, les cafés, les rues et passages et les terrains vagues, royaume des enfants. Ces photos, très connues des amoureux de Belleville, font souvent l'objet d'expositions in situ.
    Françoise Morier, qui a beaucoup enquêté sur la mémoire de Belleville, a travaillé avec François-Xavier Bouchart au Parc de la Villette. Son texte accompagne cette série d'images en la replaçant dans son époque et son espace, en faisant la part du mythe et des réalités.

  • Aujourd'hui le Marais est un secteur sauvegardé et jouit d'une forte attractivité touristique et commerciale alors qu'il était au coeur d'un Paris industrieux et populaire jusque dans les années 1980. Sa partie sud, au bord de la Seine, est l'un des dix-sept îlots insalubres parisiens délimités en 1920. Sous la dénomination « îlot 16 », il focalise l'attention des pouvoirs publics tout au long du XXe siècle. Son destin témoigne des liens complexes entre la réputation d'insalubrité, la stigmatisation d'un ghetto et la réflexion sur les conditions de préservation d'un quartier de Paris.

    Emblématique du Paris historique, il a suscité de nombreux programmes, projets, débats et combats avant et après la décision de sa sauvegarde au titre de la loi Malraux de 1962. Que sait-on de cette transformation urbaine ? Comment et à quel rythme a-t-elle abouti au renouvellement de la population ?

    L'aménagement de l'îlot 16 a été bloqué, dans l'entre-deux-guerres, par l'épineuse question du relogement et le coût des indemnités. Il est brusquement réactivé en 1941 dans un Paris occupé : Vichy et la préfecture de la Seine, profitant de la persécution antisémite exercée à partir de 1940, lancent une opération édilitaire de grande ampleur, inédite depuis les travaux d'Haussmann.

    L'historienne Isabelle Backouche observe à la loupe cette transformation urbaine à l'échelle de la capitale en réunissant tous les acteurs impliqués (pouvoirs politiques, administration, architectes, propriétaires, locataires, commerçants, associations, hommes de lettres et savants). Au cours de ce voyage dans les archives, elle a mené une enquête sans précédent. Sa proposition d'histoire aborde l'aménagement de la capitale en mettant en valeur la diversité de ses temporalités, les expériences de tous les Parisiens, du plus modeste au plus influent, et les résistances qui ont accompagné la genèse du Paris du XXIe siècle.

  • Le nom de " Bièvre ", qui désigne une rue parmi les plus célèbres de la capitale, est familier aux Parisiens et aux touristes arpentant les abords de la Seine vers Notre-Dame. La Bièvre est une rivière suburbaine exceptionnelle ; c'est le dernier cours d'eau à s'écouler jusqu'aux portes de Paris à l'air libre sur la plus grande partie de son parcours (soit 36 km). La Bièvre prend sa source à Guyancourt, près de Versailles dans les Yvelines, et se jette dans la Seine à Paris, au niveau de la gare d'Austerlitz.
    On peut suivre le cours de la Bièvre dans ses différents états et dans les lieux emblématiques d'Ile-de-France qu'elle traverse : Guyancourt, Jouy-en-Josas, Bièvres, Massy, Verrières-le-Buisson, Antony, Fresnes, L'Haÿ-les-Roses, Cachan, Arcueil, Gentilly... La Bièvre a eu historiquement une importance considérable dans le sud de Paris avec notamment le site des Gobelins mais aussi dans l'ensemble du réseau hydraulique de la vallée (autant pour les villégiatures et les " machines " que pour les industries locales).
    A l'échelle régionale, elle donne son nom à la communauté d'agglomération de Val-de-Bièvre et à l'écomusée, bien nommé pour être logiquement maître d'ouvrage de cette publication. A partir du XVIIIe siècle la rivière est progressivement couverte, d'abord à Paris puis vers l'amont. Elle constitue aujourd'hui un enjeu environnemental et paysager. L'ouvrage fait découvrir les dessus et les dessous d'une portion de territoire en " prise " avec la métropole.
    Depuis les années 2000 des tronçons anciennement couverts ont été rouverts dans la toute proche banlieue et recomposent un paysage caractéristique d'une nature urbanisée. Elle est " naturelle " en amont, couverte dans sa partie médiane et perdue dans Paris où elle se répand dans le réseau des égouts mais dont la trace est matérialisée au sol. En prenant appui sur une iconographie riche et diversifiée, le livre propose un portrait de cette rivière unique : la Bièvre est abordée du point de vue des sciences de la vie (géologie, morphologie, hydrographie, écologie...), de ses usages (industries, métiers, artisanat et loisirs / conséquences de pollution), des transformations effectuées pour la maîtriser (régulation des crues et inondations) et la soumettre aux besoins et aux obligations des riverains, ainsi que de ses enjeux économiques, techniques, symboliques et culturels.
    L'ouvrage interroge, de manière universelle, la question des rivières urbaines en relation avec la renaturation des sites, la dépollution et la qualité de l'eau, mais aussi leurs représentations dans le champ artistique en tant qu'élément marqueur de paysage, voire de pittoresque. Entre histoire locale et enjeu national la Bièvre est une rivière exemplaire pour la définition d'un nouveau rapport homme - nature.
    L'eau occupe une place clef dans ce livre qui soulève le problème " des nouvelles relations biotiques " du précieux liquide avec les villes, non seulement dans son aspect fonctionnel notamment lié aux risques écologiques dans une métropole dense, mais aussi du point de vue philosophique et citoyen face aux effets du changement climatique. La ville poreuse donnera de l'espace à l'eau pour minimiser ces risques : il faut inventer de nouvelles façons de vivre avec l'eau.
    La conservation de la biodiversité devra être un objectif prioritaire dans la ville de demain.

  • Ce livre rassemble 175 photographies d'intérieurs berlinois réalisées entre 1903 et 1920, pour le compte d'une enquête " hygiéniste " sur l'habitat menée par une caisse locale d'assurance maladie des métiers du commerce. L'objectif de cette campagne photographique d'ampleur était d'inciter à l'amélioration de l'habitat berlinois et à l'éradication de l'insalubrité. Cette collection est exceptionnelle dans l'histoire de la photographie, à plus d'un titre : par son thème : approche photographique des espaces domestiques en présence de leurs occupants ; par son époque : juste avant et pendant la Grande Guerre ; par sa durée : sur deux décennies ; par son unité de lieu, au coeur de Berlin ; par sa prouesse technique : photographier des intérieurs sombres constitue une difficulté majeure.
    Le document dans son ensemble renseigne également tout un pan de l'économie liée au travail à domicile. L'articulation logement/atelier est très explicite : on perçoit l'espace du travail et les dispositifs techniques qui s'y rattachent. Par leur qualité, leur vérité, leur rigueur documentaire (notamment par la précision des légendes), elles sont saisissantes et peuvent susciter un certain effroi au vu des conditions d'habiter une métropole ouvrière au tournant du XXe siècle.
    Elles nous font pénétrer au sein des foyers et de l'espace privé des classes populaires, dans l'univers des mal logés et même des sans-abri qu'on y accueille.

  • « Brueghel le cosmique, le cyclique, prend ponctuellement sur lui de descendre au nom des valeurs chrétiennes dans l'arène de son temps pour protester et ouvrir l'homme à une perception plus exigeante de la vérité. Il met en garde contre la fatalité d'une militarisation de la religion. Donc contre la dénaturation de l'esprit religieux par la réalité militaire. Son avertissement vaut pour toutes les époques, la nôtre comprise. » (citation tirée de l'ouvrage) Le titre et le sous-titre de cet ouvrage pourraient laisser entendre qu'il s'agit d'un texte savant d'un historien de l'art, se livrant à une énième étude sur la peinture de Brueghel. C'est bien plutôt à une lecture poétique de l'univers du grand peintre que nous invite Jacques Darras, dans ce qui relève de l'essai et de l'exercice d'admiration. Il nous remet en tête les tableaux du peintre en suivant ses descriptions fines et ses remarques pertinentes sur la nouveauté et la modernité de Brueghel l'Ancien, qui a rompu avec les modèles existants et a inventé un langage pictural direct et simple d'accès. Ce qui fit le succès de son oeuvre.
    Portrait universel d'un peintre en son temps dans une époque en pleine mutation, portrait d'une "ville-monde" (Anvers) en construction au coeur de l'Europe, ce livre est aussi une réflexion de Jacques Darras (d'origine belge) et, sous des allures d'objectivité historique, une esquisse d'autoportrait.
    Il s'agit d'un texte inédit, longuement médité par un auteur dans sa maturité, sur un sujet qui est au croisement de la littérature et de l'art, un regard novateur sur un peintre très célèbre.
    Passionnant plaidoyer pour l'artiste flamand, ce livre s'intéresse aussi à la réception de l'oeuvre. Les « lecteurs » de Brueghel sont ainsi réunis dans l'ouvrage, d'Edwin Panofsky à Larry Silver, de Baudelaire à Verhaeren, d'Aldous Huxley à W. Carlos Williams (dont le dernier livre, Tableaux d'après Brueghel, 1962, est en partie reproduit dans le livre avec une traduction de Jacques Darras lui-même).

  • Commandée en 1955 par Emmaüs, imaginée par les architectes Georges Candilis, Alexis Josic et Shadrash Woods, la cité de l'Étoile est un ensemble urbain, en Seine-Saint-Denis témoin architectural du mouvement de solidarité nationale initié par l'abbé Pierre en 1954 en faveur des plus démunis.
    A la suite de nombreux ouvrages concernant le logement social et l'architecture, l'histoire de la banlieue parisienne, les grands ensembles et les politiques de la ville, une telle monographie d'un quartier très bien identifié trouve logiquement sa place dans notre catalogue.
    Les différentes facettes de cet « objet d'histoire », que Richard Klein et ses collaborateurs mettent en évidence dans une étude fort documentée suite à une expertise architecturale, montrent ainsi de manière attractive et très claire la particularité d'un moment important de l'histoire urbaine en France, pendant les Trente Glorieuses.

  • Au début du XXe siècle, à côté d'une ethnologie philosophique et sociologique et d'une anthropologie naturaliste et physique, se développe une ethnologie qui revendique l'observation d'un « concret » linguistique et technique, du matériel, de la technique, de leurs rapports avec le « social » et les « mentalités » des sociétés.
    Charles Parain (1883-1984), André-Georges Haudricourt (1911-1996) et André Leroi-Gourhan (1911-1986) ont été les représentants de cette manière d'analyser, d'observer et d'historiciser des sociétés qu'elles soient actuelles, lointaines, rurales, ou préhistoriques.
    Tous les trois ont cherché à penser la matérialité du phénomène technique comme caractéristique première et décisive de l'humanité et moteur de son histoire ; mais aussi comme point de nouage et dénouage du monde social, de la quotidienneté reconstruite jusqu'à la généralité des systèmes technologiques.

  • Le livre rassemble plus de 120 dessins réalisés par Arthur Goldschmidt au camp de Theresienstadt entre 1942 et 1945. Cet ensemble, avec ses qualités esthétiques et documentaires, est composé de portraits, scènes de la vie quotidienne, bâtiments, paysages. Il apporte un éclairage inédit sur le camp de Theresienstadt, mal connu en France.

    Theresienstadt est le nom allemand de la ville tchèque de Terezìn située au nord de Prague. Ancienne forteresse militaire construite par les Habsbourg au xviiie siècle, elle devient un camp de concentration où sont enfermés de novembre 1941 à mai 1945 environ 140 000 juifs. C'est un lieu de regroupement et de transit vers Auschwitz et d'autres camps d'extermination. Les nazis font de Theresienstadt un camp-ghetto « modèle » présenté à l'opinion publique internationale comme une colonie juive normale. Les conditions de vie dans ce ghetto sont en fait effroyables : sur les 140 000 internés, plus du quart décèdent sur place et 88 000 sont déportés vers Auschwitz ou d'autres camps d'extermination. Environ 17 000 personnes survécurent.

    Son fils, l'écrivain et traducteur Georges-Arthur Goldschmidt, décide en 2011 de confier ces dessins au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon où ils sont désormais conservés.

    L'ouvrage propose plusieurs entrées : art, histoire et littérature.
    En introduction, l'historienne Annette Wieviorka, spécialiste de l'histoire de la Shoah, apporte des éléments d'explication sur le fonctionnement du camp de Theresienstadt.
    Les écrivains Marcel Cohen, Guy Pimienta et Roger-Yves Roche proposent une approche littéraire très précise des dessins d'Arthur Goldschmidt, que Georges-Arthur Goldschmidt, Guy Pimienta et Roland Baroin présentent en ouverture du livre.
    Cet ouvrage, par sa forme épurée, ses tons doux, ses qualités d'impression et de façonnage traduit avec sobriété le sentiment d'inquiétante tranquillité que suggèrent ces dessins, comme l'ombre d'un doute : « J'en craignais la beauté d'exécution et le caractère parfois presque "idyllique" des paysages pouvait créer, me semblait-il, un véritable malentendu [.] », écrit son fils, l'écrivain Georges-Arthur Goldschmidt.

  • Les maisons paysannes, sur l'ensemble du territoire français, sont encore nombreuses et habitées.
    Elles font l'objet d'une étude globale dans ce livre. Trois points de vue caractérisent l'approche de Jean-René Trochet. Une perspective spatiale. Dans un grand nombre de régions, l'ouvrage fait découvrir ces maisons paysannes dans leur environnement. L'analyse de leur insertion au sein des systèmes agraires qui coexistaient dans l'espace français entre la fin du Moyen Age et les débuts de la période contemporaine (XIXe, XXe siècles) inscrit cette géographie dans une histoire de longue durée.
    Une perspective historique. Par l'étude de cas circonstanciés de maisons paysannes, de leur mode de groupement et de leur environnement très liés aux modes d'exploitation des sols, l'auteur montre comment certains types remontent à une période antérieure au XIXe siècle, parfois jusqu'au XVe siècle. Une perspective ethnologique. L'ouvrage s'intéresse autant aux différentes composantes structurantes qui identifient la maison paysanne, qu'à leur fonction : habitation, stabulation, stockage.
    Si, depuis plus d'un siècle, les maisons paysannes en France ont fait l'objet de nombreuses études de géographie, d'ethnologie, d'archéologie et d'histoire rurale, ce livre propose une synthèse, très attendue dans les milieux de spécialistes, mais intéressant aussi un large public de passionnés.

  • Ce livre rassemble 58 photographies inédites provenant d'un fonds découvert en 1980 dans une benne à gravats. Il s'agit de vues extérieures datées de 1943 du Marais, quartier emblématique de Paris. Paris en son cour géographique et dans un moment particulier de son histoire. La photographie est ici « inventée » au sens archéologique du terme, c'est-à-dire mise au jour par une découverte d'un fonds en grande partie inédit et inconnu.

    Patrice Roy, architecte, plasticien et collectionneur, enquête sur ces tirages : ils proviennent d'une commande officielle passée dès 1941 par la Ville de Paris et la préfecture de la Seine, sous contrôle de l'occupant allemand, à des photographes professionnels, Cayeux et Nobécourt. Frontalité, grand angle, perspectives redressées par bascule et décentrement du plan film, tirage sur papier mince glacé et soigneusement annoté au verso, leurs éléments constitutifs révèlent un style documentaire opératoire et fonctionnel.

    La France est à ce moment-là sous le régime de Vichy et le projet urbain est envisagé de manière radicale et autoritaire comme une opération résolument moderne, sanitaire et comme remède à l'insalubrité. Cette campagne photographique fixe l'image de ces rues parisiennes, inscrites dans des îlots déclarés insalubres et promises à la démolition, en vue d'accréditer la thèse de l'insalubrité. Il s'agit de construire l'image du quartier systématiquement pour justifier une opération de « curetage » et assainir le quartier comme pour mieux l'assassiner. La plupart des ces lieux ont disparu sous la pioche des aménageurs. En préface du livre, Isabelle Backouche, historienne spécialiste de l'histoire de Paris, donne un éclairage précis sur cet épisode de la transformation urbaine de la capitale.

    Le « Vieux Paris » est ici visité comme un inventaire avant décès, avant disparition. Ces immeubles retrouvés, ces coins de rue et ces morceaux de quartier sont comme les vestiges d'un autre monde en apparence figé mais dont les traces et les stigmates multiples offrent à qui veut les lire un renseignement très précieux sur les manières d'y habiter et d'y travailler. Les détails de leurs intérieurs, les visages et les postures de leurs occupants sont autant d'indices d'un Paris industrieux et actif dans des demeures en partie non entretenues, dans un monde de briques et de pierres, de plâtre et d'ardoise, de bois et de fer. Cet ensemble d'images constitue un document d'ensemble d'une très grande cohérence.

    Il en résulte une forme tout à fait étonnante empreinte d'une esthétique involontaire qui fait de cette série des portraits d'immeubles (selon l'expression de Patrice Roy) dont la lecture se fait à plusieurs niveaux d'approche. Il invite le lecteur à regarder attentivement les images à travers ses gloses : décrire, observer, imaginer, dénicher à la loupe des fantômes. Il propose également une histoire de chaque lieu photographié par un index précis.

    Ces photographies constituent une approche architecturale, historique et anthropologique du quartier parisien du Marais.

  • Ce livre de photographie invite le lecteur à pénétrer dans l'intimité du quartier gitan de l'Esperanza, située à Berriac, dans l'agglomération de Carcassonne (Aude). Cet ouvrage s'inscrit dans un processus initié il y a plus de vingt ans, en lien avec l'association Graph-CMI, et à la demande des femmes de la communauté gitane de réaliser des photographies sur leur lieu et leur cadre de vie. Depuis fin 2013, Hortense Soichet, artiste photographe en résidence, accompagne les femmes gitanes, âgées de 17 à 58 ans, dans leur démarche et produisent ensemble des photographies, présentées dans le livre de manière indissociée.
    Ce travail de création est accompagné d'entretiens avec les habitants, d'un texte de présentation du quartier et de sa communauté, d'un texte sur le rapport photographie/sciences humaines et d'un texte à caractère ethnologique sur la culture gitane et sa place dans une région du sud de la France. Publier ces photographies relève d'enjeux multiples. C'est à la fois la volonté de conserver une trace d'un quartier particulier voué à la démolition, de faire le lien entre plusieurs générations, de témoigner de la normalité des modes de vie gitans et de l'évolution du statut des femmes en particulier, de dénoncer les clichés par le biais d'une pratique artistique, de proposer un regard de femmes et d'affirmer leur émancipation.
    Les femmes ont, par une mise en miroir de leur propre communauté, créé un discours visuel, qui relève à la fois de l'anthropologie de la vie quotidienne et de l'esthétique. La cité de l'Espérance a été construite en 1969 suite à l'incendie du bidonville de La Cavayère à Carcassonne où vivait une communauté de gitans. Située à proximité d'une centrale électrique, d'une route départementale et d'une voie ferrée, la cité de transit avait vocation à accueillir les familles avant leur relogement dans différents quartiers de Carcassonne.
    C'est la première cité créée pour les gitans en France. Aujourd'hui, le quartier est toujours en place et compte environ 350 habitants, exclusivement des gitans sédentarisés, répartis entre logements sociaux construits à la fin des années 1960 (21 logements) et constructions plus récentes ainsi que les caravanes et mobil home occupés par les enfants et petits-enfants. Les nouvelles générations le quittent peu à peu mais ce quartier reste un symbole de l'histoire de ces gitans.
    Malgré la vétusté des lieux et les nuisances de la centrale jouxtant les habitations, la communauté gitane de Berriac a recréé dans ce quartier un environnement familier où l'on passe facilement d'une maison à l'autre, où l'on rentre chez son voisin sans frapper et où les enfants grandissent tous ensemble.

  • « L'îlot 16 a été choisi comme devant être exproprié en premier lieu en raison de son état sanitaire particulièrement grave et des sa situation au centre de la capitale. La mortalité tuberculeuse y était notamment très importante. Cet îlot, limité par les rues François Miron, Saint-Paul, les quais de l'Hôtel de ville et des Célestins et la rue de Brosse, couvre une superficie de 14ha 60, dont 3ha 50 seulement sont occupés par des voies. Les 403 immeubles de l'îlot étaient habités par 10 515 personnes réparties en 4898 foyers, 419 d'entre elles étaient des commerçants. Ce quartier était donc surpeuplé ; il est formé au surplus, de rues très étroites, dépourvues d'air et de lumière, bordées d'immeubles vétustes qui présentent, la plupart, des causes spéciales d'insalubrité ; insuffisance de prospect sur rue et sur cour, exiguïté des logements, absence de tout-à-l'égout, nombre trop limité de W-C. L'îlot 16 se trouvant être ainsi l'un des quartiers le plus malsains de Paris, il aurait été vain de tenter de remédier à son insalubrité par des mesures autres qu'un réaménagement général » (Archives de la préfecture, mars 1942) L'îlot 16 est situé dans le quatrième arrondissement dans les secteurs Saint-Gervais et Saint-Paul : entre l'Hôtel de Ville et la rue des Archives à l'ouest, la rue des Francs-Bourgeois au nord, les rues Saint-Paul et de Turenne à l'est, la Seine au sud. Voué à la démolition dans l'entre-deux-guerres, l'îlot 16 a été le lieu d'une expérimentation à grande échelle des procédures de curetage et de réhabilitation de bâtiments anciens protégés au titre des monuments historiques. Cette rénovation a été imaginée puis mise en ouvre dès 1940 jusque dans les années 1980. Après les propositions radicales, en partie utopiques, des architectes et aménageurs des années 1930-1940 firent suite les notions de « tissu constitué » et d'« aménagement limité » et les méthodes de « rénovation douce » avec l'utilisation fréquente des curetages, la reprise d'une volumétrie classique et la prise en compte du bâti environnant. La question de la résorption des îlots insalubres est ici traitée à partir d'un exemple parmi les plus emblématiques de l'histoire de Paris. Parmi les architectes circulent des grands noms comme Michel Roux-Spitz, Albert Laprade, Paul Tournon...

    L'étude d'Isabelle Backouche est inédite. Elle ouvre des perspectives nouvelles dans un secteur encore peu exploré de l'histoire urbaine. Par la relation qu'elle établit entre acteurs de la fabrication de la ville (décideurs, architectes, propriétaires, habitants) et évolution d'un territoire - du constat de son insalubrité au choix de sa réhabilitation et de sa sauvegarde - elle aborde ce fait urbain d'une manière globale faisant se croiser une histoire sociale, une histoire politique et une histoire urbaine (incluant urbanisme et architecture) autour d'un même objet : l'îlot 16 dans le Marais au centre historique de Paris. Le livre entreprend de démonter les mécanismes à la fois juridiques (avec les armes de l'expropriation et de l'expulsion), techniques (programmes, projets) et politiques (autorité des opérateurs, résistances diverses) et permet de mieux comprendre comment la notion même d'insalubrité a été instrumentalisée, souvent infondée et étendue bien au-delà des immeubles réellement concernés.

    Cette histoire s'inscrit dans une moyenne durée, au xxe siècle, dans laquelle des ruptures événementielles importantes (guerres, Occupation, changements politiques) et une évolution sociétale liée aux changements plus profonds, ont lieu. Ainsi le rôle de l'Administration à toutes les échelles, état, région, Ville de Paris et département de la Seine était l'objet de fines analyses.

    Ce qui est ici novateur c'est aussi l'affirmation d'une histoire sociale des architectes avant, pendant et après Vichy qui inscrit leur travail dans les conditions sociales de leur temps. Ainsi l'évocation de ghetto montre une grand diversité de situations et des géométries variables en termes de résistance.

    Autant de pièces d'un puzzle que l'historienne cherche à reconstituer plutôt que de se contenter de confirmer par les discours des acteurs ce qui semble être du « bon sens » à l'aune de nos manières de penser au xxie siècle.

  • Cet ouvrage constitue la première synthèse historique sur la création des villes nouvelles franaises des années 1965-1975.Loïc Vadelorge apporte ici une contribution décisive à cette aventure urbaine caractéristique de la deuxième moitié du XXe siècle et de l'histoire de l'aménagement du territoire. Le " terrain " se situe principalement en région parisienne, mais c'est l'ensemble du " concept " des villes nouvelles qui est analysé ici dans ses origines et son héritage.Au lieu d'opposer l'échec des grands ensembles et la réussite des villes nouvelles, l'enquête historique démontre les filiations réelles et profondes entre différents types de " nouveaux ensembles urbains " qui ont tous en commun de s'être décrits à un moment de leur histoire comme des " villes nouvelles ". L'analyse historique en amont de la période 1965 permet de restituer tout ce que les futures villes nouvelles doivent à la charnière des années 1950-1960.Au-delà de l'exemple des villes nouvelles, il s'agit bien de suggérer une autre lecture de l'histoire urbaine du dernier tiers du XXe siècle. L'ouvrage participe clairement d'un renouvellement en cours de cette histoire, engagé il y a une dizaine d'années et qui produit aujourd'hui ses premiers résultats.

  • Il s'agit d'un ouvrage de réflexion et de recherche, illustré de documents commentés à partir de problématiques sur les rapports ville/industries, notamment aux XIXe et XXe siècles. Ce livre rend compte de la coexistence bien souvent difficile entre les Parisiens et des activités industrielles signifiant souvent d'abord risques et nuisances. Les accidents industriels ont conduit les pouvoirs publics et les acteurs privés à imaginer différents systèmes de sécurité, et à repenser les rapports entre le tissu urbain et l'industrie qui, de dangereuse, devient aujourd'hui un patrimoine à sauvegarder.
    Une exposition accompagne ce livre collectif " Les Paris de l'industrie " qui aura lieu à l'automne 2013 dans le très beau réfectoire des Cordeliers à Paris (6e arr.). Elle est réalisée avec le Comité d'histoire de la Ville de Paris sous la direction de Thomas Leroux, commissaire de l'exposition.

    Cet ouvrage s'inscrit parfaitement dans le catalogue de Créaphis, à côté d'autres livres sur Paris, comme Paris/banlieues, Belleville, Belleville, visages d'une planète (réédité deux fois) ; d'autres ouvrages comme La maison des Métallos et le bas-Belleville, La Bellevilloise ou encore Mémoires du travail à Paris, La Grange aux Belles mettent en scène des moments d'histoire industrielle et la mémoire ouvrière et syndicale.

    Parmi les auteurs de cette équipe, on peut citer les historiens Denis Woronoff, Florence Bourillon, Claire Barrillé, Jean-François Belhoste, Paul Smith.

  • Le lotissement « Les Jardins de la Pirotterie » est une des opérations de logement les plus innovantes de ces vingt dernières années : il s'agit d'un programme de maisons locatives HLM, dans la ville de Rezé, au sud de Nantes, déjà connue pour la deuxième Unité d'habitation de Le Corbusier (1950-55) et pour des maisons en bande du tout jeune Dominique Perrault (Les Cap-Horniers, 1982-86). Les Jardins de la Pirotterie s'inscrit dans le mouvement, qui, au début des années 2000, a voulu introduire la maison populaire dans le marché des architectes et dans le champ culturel de l'architecture, comme en témoigne aussi les opérations de la cité Manifeste (Mulhouse), du Domaine de Sérillan (Bordeaux) ou de la cité du Petit-Betheny (Reims), qui elles aussi ont fait date et ont été très publiées. La singularité des Jardins de la Pirotterie est que le collectif d'architectes Périphériques a voulu le concevoir comme un lotissement, c'est-à-dire en divisant un terrain en lots attribués à des architectes différents.
    Très médiatisé et généralement très critiqué pour son architecture pas ordinaire, le lotissement de la Pirotterie n'avait, jusqu'à aujourd'hui, pas été l'objet d'un discours distancié, réfléchi, construit, donnant la parole aux habitants et replaçant cette expérimentation dans le contexte des enjeux de la production du logement au début du XXIe siècle.
    Écrit à partir d'une enquête de terrain de longue durée, l'ouvrage Un lotissement pas comme les autres. Les Jardins de la Pirotterie à Rezé propose, pour la première fois en sciences humaines appliquées à l'architecture, une véritable évaluation globale des enjeux politiques, architecturaux, sociaux et patrimoniaux de la maison individuelle. Il pose un regard neuf sur la place de l'architecture au croisement de la maîtrise d'ouvrage et d'une maîtrise d'usage des habitants. Il est en prise avec l'actualité du logement social en France dans son rapport avec la création architecturale et la qualité environnementale. L'analyse sociologique du discours et l'observation des habitants sont parfaitement appuyées par le regard du photographe américain Mark Lyon, dont les images révèlent combien cette architecture pas comme les autres s'avère stimulante et procure à beaucoup un fort plaisir d'habiter.

  • Le projet artistique de Raymond Escomel s'établit sur une rêverie et sur une transformation du réel. Son voyage en Orient passe par les lieux mythiques de la route de la Soie, de Venise à Istanbul. Son intention n'est pas documentaire, il offre plutôt une réflexion sur le temps du voyage. La longueur du temps de pose coïncide avec une sorte de lenteur orientale. Les photos témoignent de cette fusion.
    Elles s'insèrent dans une suite au sens musical mais chacune d'elles peut composer un tableau, une oeuvre en soi. La magie du bougé, du filé, la rhétorique du flou proposent une vision cinétique d'une grande fluidité. Sylvain Venayre, historien du voyage, est invité dans ce livre en contrepoint. Il s'intéresse ici à la pratique de la photographie en voyage et au voyage en photographies. Son texte soulève cette question à partir de l'expérience d'un voyage ensemble en Orient de Maxime Du Camp et de Gustave Flaubert en 1849.
    Dans les premiers temps de la photographie, la question du statut du nouveau medium comme art était posée : simple servante des arts ou art en tant que tel ? quelle application peut-on en faire dans le cadre du voyage et de l'observation ? quels sont ses rapports avec la littérature de voyage ? L'enjeu de la " recherche d'images " (Chateaubriand) pour rapporter le monde est débattu entre écrivains, peintres et artistes à cette époque : rapportées par le " regard écrit " (Lamartine) ou reproduites grâce à la photographique dans des livres illustrés ? La leçon d'Orient de Raymond Escomel et de Sylvain Venayre nous invite à voir autrement quand nous sommes nous-mêmes en situation de voyage.
    Après son premier livre aux éditions Créaphis, Saurais-je me souvenir de tout ?, le photographe affirme un style original et ses photographies s'inscrivent dans un même rapport à la mémoire.

  • Pourquoi un livre de plus sur la Grande Pyramide et le Complexe funéraire de Kheops ? Tout n'a-t-il pas déjà été dit ?
    La conception architecturale et la construction de la Grande Pyramide et/ou les messages occultes dont elle serait porteuse ont fait l'objet d'une foule de publications.
    Cette étude est celle d'un architecte qui propose une thèse sur la méthode conceptuelle de l'architecture de la Pyramide et de l'ensemble du Complexe funéraire y compris le groupe du Sphinx. Selon Antoine Laget, cette méthode a été mise en oeuvre dans le cadre d'un projet global conçu par le prince Khoufou (Khéops) lui-même, terminé lors de son accession au trône et réalisé avant son décès.
    La conception n'implique que les savoirs et outils de l'époque attestés par l'égyptologie ainsi que l'utilisation du tracé régulateur et d'une numération spécifique. L'auteur démontre que Khoufou utilise les principes d'un procédé qui sera fixé beaucoup plus tard par les architectes grecs et ceux de la Renaissance pour la conception de nombreuses oeuvres.

  • GENAINVILLE

    • Creaphis
    • 30 Janvier 1900
empty