Ecole Hautes Etudes En Sciences Sociales

  • Présenter avec brièveté 100 livres qui, année après année, depuis la Seconde Guerre mondiale, ont marqué de leur empreinte la construction des sciences sociales, en France et à travers le monde : tel est le pari que relève avec succès ce livre.

    Les éditeurs de l'ouvrage ont sollicité certains des meilleurs chercheurs actuels, en France et à l'étranger, pour présenter, à l'attention d'un public de non-spécialistes, l'intérêt et l'argument profond de chacun de ces 100 livres et pour dire son héritage et son actualité pour la recherche d'aujourd'hui. Il en résulte un panorama par défi- nition incomplet et néanmoins suggestif. Il offre une vue renouvelée sur des oeuvres majeures du patrimoine des sciences sociales, comme sur d'autres moins connues du grand public. Mais il permet aussi d'apercevoir d'où viennent ces sciences et de quelle manière elles sont en train d'évoluer, en révélant au passage leur profonde unité, au-delà des divisions disciplinaires auxquelles trop souvent le regard s'arrête.

  • Les deux conférences inédites, dont les transcriptions sont réunies dans ce livre, se font écho à plus d'un demi-siècle de distance et témoignent de la parole publique du plus célèbre des anthropologues français. Lévi-Strauss prononce la première en janvier 1937 et la seconde en avril 1992, année où se célèbraient les quatre cents ans de la mort de Montaigne. Ces deux textes nous permettent de mesurer le cheminement de la pensée de Montaigne dans le parcours intellectuel de Lévi-Strauss.

  • Consacré à l'économie, la société et les mentalités dans l'Empire ottoman du xvi e au xviii e siècle, cet ouvrage montre un empire qui a profondément marqué les territoires qu'il a dominés pendant plusieurs siècles, de l'Algérie à la Crimée, du Danube à la mer Rouge. Les travaux de Gilles Veinstein constituent une remarquable introduction à ce monde encore méconnu dont la construction politique et sociale eut avec l'Europe une longue histoire commune.

    Publiés entre 1978 et 2009, les treize textes rassemblés dans ce recueil sont le pro- duit de la réflexion d'un historien qui a étudié l'Empire ottoman de l'âge classique aux questionnements contemporains. À partir d'interrogations précises et de cas concrets, cet ouvrage nous permet de mieux comprendre sur quoi se fonde l'histoire des Ottomans, comment leur État, leur économie et leur société ont évolué, quels étaient les rapports de pouvoir et les relations entre communautés ; en somme, comment définir le fait ottoman et ses spécificités. Aux mythes qui obscurcissent souvent notre vision, Gilles Veinstein oppose des connaissances bien établies et des conclusions fondées sur une fréquentation intime de la réalité ottomane.

  • La Seine aujourd'hui revient dans l'actualité : l'opération EU Sequana 2016 rappelle que les crues du fleuve sont toujours menaçantes, et la piétonisation des voies sur berge rive droite est prévue pour septembre 2016.
    La mairie de Paris souhaite réinventer une Seine qu'Isabelle Backouche a décrite pour le xviiie siècle; une Seine attractive, familière, véritable lieu d'échanges et de loisirs, avec surtout l'idée de mélanger les usages sur chacun des points du fleuve en évitant la spécialisation fonctionnelle.

    Mettant en lumière l'étonnante diversité des rôles du fleuve dans la ville du xviiie siècle, Isabelle Backouche montre à quel point la Seine a longtemps été stratégique, tant pour les hommes que pour les pouvoirs. Tout à la fois espace partagé, espace contesté et espace remodelé, le fleuve a ainsi pesé d'un poids déterminant dans le façonnement de la vie urbaine.
    Cependant, au tournant des xviiie et xixe siècles, la Seine s'écarte de cette vocation pour devenir une voie de navigation nationale de plus en plus étrangère à la capitale.
    Sensible à la diversité des acteurs et des intérêts qui les animent, cette histoire de la rupture entre la Seine et Paris nous fait voir combien importe la solidarité entre les usages, les représentations et les aménagements d'un territoire. La Seine offre ainsi un fécond terrain d'expérimentation pour comprendre le devenir urbain et les relations mouvantes de l'homme et de la ville.

  • Sur quelles définitions de la culture les primates sont-ils devenus des êtres « culturels » ? Pour les sciences sociales, le singe est une curiosité située aux frontières des sujets et terrains d'enquête. La primatologie, quant à elle, enracine biologiquement des attributs longtemps considérés comme proprement humains : de la société à la culture en passant par la conscience ou le langage.
    Aux antipodes du réductionnisme génétique de la primatologie, Vincent Leblan s'oriente vers une anthropologie de l'animal s'attachant à cerner le rôle des sciences sociales dans les dynamiques « culturelles » des singes.

    Le lecteur est convié à suivre, du xixe siècle à nos jours, les chimpanzés habitant les milieux agro-pastoraux du Kakandé en Guinée. Un des points insolites de cette étude est l'utilisation de palmiers à huile pour construire leurs nids. L'auteur montre alors comment l'absence de détermination environnementale - d'autres espèces d'arbres pourraient servir à la confection des nids - peut être l'expression d'un comportement culturel chez ces chimpanzés. En évitant les pièges d'une comparaison entre sciences de la vie et sciences sociales, et tout en tentant de ne pas symétriser compétences humaines et animales, ce livre montrera aussi comment l'histoire humaine de l'environnement intervient dans les comportements et l'activité cognitive des chimpanzés.

  • Et si, par-delà la dichotomie classique sujet-objet, les artefacts étaient appréhendés comme des agents voire des événements, et considérés dans leur rapport au temps et à l'espace ? Ce dossier propose l'étude des phé- nomènes, dispositifs et contextes par lesquels les objets adviennent en Grèce ancienne.

  • La mise en image du monde dionysiaque a donné naissance dès l'époque archaïque à une figure majeure de la mythologie : le satyre. A partir d'une riche imagerie de satyres (vases), l'auteur analyse leur anatomie pour mieux comprendre le rôle de leur hybridité et mesurer l'écart entre la norme civique et la transgression satyresque. Cet écart permet de repenser les normes culturelles.

  • En s'intéressant au fait archéologique, Philippe Boissinot livre tous les éléments pour comprendre le déroulement des pratiques de terrain et de laboratoire qui rendent cette approche singulière à l'intersection des sciences sociales et de celles de la nature.

    Notice :
    Pas une chose, pas un concept qui n'ait maintenant son archéologie. L'archéologie serait une discipline dans le vent, apte à s'imprégner des propositions les plus en pointe de la philosophie ou des sciences sociales, et même des performances plastiques, bien loin de l'image traditionnelle qu'en a le grand public.
    Mais sait-on mieux désormais ce qui fait qu'un objet est archéologique, et qu'un autre ne l'est pas ? Pour mieux comprendre la spécificité de l'entreprise archéologique, Philippe Boissinot interroge la manière dont les entités de base de notre monde sont sollicitées dans le contexte de la fouille archéologique.
    Cela peut être des outils, des aménagements, du sédiment, des cailloux, des strates, des restes osseux ou des charbons laissés sur place, dans ce que nous appelons un agrégat, autrement dit, un site archéologique. L'archéologue est chargé d'en faire le démontage et l'inventaire minutieux, afin d'embrayer sur une nouvelle question, la seule qui compte finalement : que s'est-il passé ici ?

  • Comment les objets rassemblés en « trésors d'églises » ont-ils été conçus et appréhendés avant de devenir des objets d'histoire et de musée ? En quoi les conceptions contemporaines de l'histoire et du musée ont-elles été déterminées par l'héritage ecclésiastique médiéval ?

    Les objets d'église n'ont pas toujours été des « objets d'art » et des objets d'« art sacré » et, s'ils sont l'occasion d'expositions en tant qu'ars sacra, c'est une notion qui ne remonte en réalité qu'aux XIXe et XXe siècles et au développement des musées. Matérialisations d'une vision chrétienne du monde au Moyen Âge, ils sont devenus à l'époque contemporaine des objets d'histoire et de musée.
    Quelles furent les conditions et les formes de ce transfert ? En quoi les « objets » ecclésiastiques médiévaux ont-ils eux-mêmes contribué à déterminer les pratiques ultérieures, d'une part scientifiques, d'autre part muséales ?
    En proposant une histoire de la notion de « trésor » dans le christianisme occidental et en présentant la dimension mémorielle des objets ecclésiastiques au Moyen Âge et leur capacité à susciter l'émerveillement, Philippe Cordez invite le lecteur à une véritable archéologie des pratiques muséographiques actuelles.

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