Gallimard

  • Sur un fond de végétation fantastique, des fauves guettent leur victime, un lion placide flaire une bohémienne endormie, une charmeuse noire joue de la flûte, une femme dort, et rêve, sur un divan. Henri Rousseau, dit « Le Douanier », ne connaît du monde que la France, et de la France que Laval, Angers et Paris.
    Il est employé de l'Octroi, par nécessité, et peintre, par vocation. Son trait « naïf » fait rire ? Peu lui chaut. Pissarro, Signac, Jarry, Apollinaire et Picasso le comprennent.
    Gilles Plazy parcourt les paysages et les voies secrètes de ce « primitif » dont l'inspiration, en ce début du xxe siècle, ouvre le chemin à toutes les libertés.

  • Palmyre appartient autant au mythe qu'à l'histoire. Isolée au milieu du désert de Syrie, gardienne de ruines somptueuses, elle a fait rêver les voyageurs tandis que l'épopée glorieuse et tragique de Zénobie alimentait les fantasmes sur cette prétendue "reine de Palmyre' qui, disait-on, avait défié Rome. Mais la réalité de Palmyre, c'est d'abord une longue histoire. À mi-chemin entre la Méditerranée et l'Euphrate, l'oasis construit peu à peu sa fortune grâce au commerce caravanier. Par elle transitent les marchandises venues de Mésopotamie, d'Inde, de Chine. Ville importante dès l'époque hellénistique (IIIe-Ier siècle av. J.-C.), Palmyre connaît son apogée durant la période romaine. Culture gréco-romaine, apports mésopotamiens, traditions locales araméennes, influences arabes se mêlent alors pour donner à la cité une allure sans pareille dans le monde antique. Ce métissage culturel s'exprime magistralement dans l'art et l'architecture de la ville et des nécropoles qui l'entourent. À la lumière des dernières découvertes archéologiques, Annie Sartre-Fauriat et Maurice Sartre dressent un portrait vivant de Palmyre et de ses habitants et retracent le destin exceptionnel de ce port du désert.

  • A l'occasion du 500e anniversaire de la naissance du Tintoret (1519-1594), le Musée du Luxembourg célèbre l'un des plus fascinants peintres de la Renaissance vénitienne et met à l'honneur ses « oeuvres de jeunesse ».
    La plus ancienne que l'on conserve de sa main, L'Adoration des mages, est réalisée alors qu'il n'a pas vingt ans. Les commandes importantes du début des années 1550 contribuent à le propulser sur le devant de la scène : Le Péché originel pour une confrérie ou La Princesse, saint Georges et saint Louis pour le siège d'une administration vénitienne, près du Rialto.
    C'est une période déterminante pour comprendre comment ce jeune homme ambitieux, pétri de tradition vénitienne mais ouvert aux multiples nouveautés venues du reste de l'Italie, est décidé à renouveler la peinture dans une Venise cosmopolite.
    Peinture religieuse ou profane, décor de plafond ou petit tableau rapidement exécuté, portrait de personnalité en vue ou d'ami proche, dessin ou esquisse... les oeuvres rendent compte de la diversité du travail de Tintoret et de sa volonté de frapper l'oeil et l'esprit par son audace.

  • De la méditerranée aux rives de l'euphrate, entre montagnes et déserts, la syrie antique forme un vaste territoire d'échanges et de passage.
    Durant mille ans, d'alexandre à mahomet, phéniciens, araméens, juifs, arabes, grecs puis romains y mêlent leurs cultures. antioche, apamée, tyr, sidon, bostra ou palmyre forment le cadre urbain privilégié du développement de l'hellénisme, tandis que prospèrent les campagnes. mais grecs et romains n'imposent ni modèle d'organisation sociale, ni langue, ni dieux. sans perdre son identité, chacun peut adhérer ou non à la culture nouvelle, favorisant métissage et syncrétisme.
    Ouverte à tous les cultes, proche des lieux de naissance des grandes religions monothéistes, la syrie devient aussi un des foyers du christianisme naissant. c'est cette vitalité dans la diversité que retrace ici maurice sartre.

  • Septembre 1940, Montignac, en Dordogne. Quatre jeunes garçons repèrent l'entrée d'une cavité inconnue et l'explorent, éblouis. La grotte ornée de Lascaux est ainsi révélée au monde. Une profusion de fresques monumentales aux couleurs somptueuses et à la puissance visuelle inégalée fait revivre un bestiaire où dominent chevaux, aurochs, cerfs et bisons. Au Paléolithique supérieur, il y a dix-huit mille ans, de grands artistes ont magistralement mis en scène près d'un millier de figures animales, créant le plus beau sanctuaire d'art pariétal du monde, désormais patrimoine de l'humanité.

  • Auguste Rodin (1840-1917) est considéré comme l'un des pères de la sculpture moderne. À chaque génération, le public et les artistes se sont positionnés par rapport à lui, , souvent pour s'en inspirer - telles les relectures du Penseur - ou renchérir sur une invention, un aspect, une forme.
    Car Rodin a revisité toutes les facettes de l'art de la sculpture, et bien au-delà : ainsi l'invention de l'assemblage, de la figure partielle ou du collage précède la pratique de Matisse et Picasso, son usage du dessin devance les grands expressionnistes germaniques, son rapport à la photographie annonce celles de Brancusi ou de Man Ray. À chaque phase déterminante de sa carrière, puis, à chaque géné-ration après sa mort, un Rodin différent est mis en exergue, découvert, mis en lumière. Ces mutations du regard contemporain, loin d'épuiser l'oeuvre de l'artiste, ont permis à chaque époque un enrichissement de sa compréhension.

  • L'Art de bâtir des créateurs du Moyen Âge répond à l'exigence des maîtres d'ouvrage - prélats, seigneurs, communautés urbaines - qui veulent donner une dimension nouvelle à la cathédrale, à la forteresse, à la ville. Cette révolution architecturale trouve son apogée dans les cathédrales gothiques, véritables dentelles de pierre, à l'origine éclatantes de couleurs. Architectes, appareilleurs, maçons et charpentiers, manoeuvres et porteurs d'eau se pressent sur le grand chantier.
    Alain Erlande-Brandenburg s'est attaché, autour du rôle essentiel du maître d'oeuvre, à en retrouver la dimension humaine.

  • Entre Tigre et Euphrate, un pays de silence. Un pays d'argile et de roseaux. Rien, sinon d'étranges briques gravées de signes abstraits en forme de coins et de clous. Nous sommes en 1802, à l'aube d'une formidable aventure intellectuelle. Signes obscurs, indéchiffrés, les caractères cunéiformes vont révéler, en moins d'un demi-siècle, dans la transparence d'une écriture enfin percée à jour, la plus haute civilisation du Proche-Orient antique : la Mésopotamie. En 1843, tout se précipite : un diplomate français découvre à Khorsabad un palais assyrien. Ninive, puis Babylone, Assur, Warka, Nippur émergent des sables. L'archéologie confirme la philologie.
    Jean Bottéro et Marie-Joseph Stève se font les chroniqueurs de la patiente découverte d'une civilisation qui précéda les hommes de la Bible et marqua la naissance de l'Histoire.

  • Né au xiiè siècle sur les champs de bataille, l'art des armoiries a eu pour fonction première de permettre l'identification des chevaliers rendus méconnaissables par leur casque et leur armure.
    L'idée répandue selon laquelle les armoiries sont le monopole de la noblesse naît de ce jour. or, dès le xiiiè siècle, tout le monde peut porter des armoiries, qu'il soit noble ou roturier, pourvu que soit respecté le code du blason. un code fonctionnel, issu lui aussi de la nécessité d'identifier de loin le porteur des armoiries : des couleurs vives, des symboles parlants, une forte signalisation.
    Michel pastoureau, historien des emblèmes et des couleurs, s'attache à nous monter comment leur usage s'est universellement répandu au fil du temps, jusqu'à imprégner la signalisation routière, les drapeaux, les logos et tous les grands codes de la société contemporaine.

  • À 15 ans, Maurice Denis écrit dans son journal : " Oui, il faut que je sois peintre chrétien [...], je sens qu'il le faut. [...] D'abord j'écrirai mes notes [...]. Et puis je ferai de l'Art, de l'Art en masse, en tout et partout. Je me gorgerai, je m'enivrerai de cette pure et sainte jouissance, de cette douce vie, si désirée, d'artiste. " Une vocation incoercible, ou la foi, l'art et l'amour - sa femme Marthe est au coeur de son oeuvre - composent une sainte trinité qu'analyse avec brio Jean-Paul Bouillon. Après avoir créé le groupe des nabis dont il se fait le théoricien, Denis pose dès 1890 les fondations du néo-traditionnisme. Des Muses à l'Hommage à Cézanne, de ses lieux familiers, Saint-Germain-en-Laye sa ville natale, la Bretagne sa terre d'élection, aux nombreuses scènes de plages, Maurice Denis ne cesse de peindre, entre joie de vivre et méditation chrétienne. Avec le XXe siècle, s'ouvre pour lui une période de production intense : il illustre de nombreux ouvrages, renoue avec la tradition de la grande peinture monumentale, et devient l'un des plus importants décorateurs de son temps.

  • Par l'époustouflante beauté de ses monuments - palais d'Ali Qapu, mosquée du chah, palais des quarante colonnes... - Ispahan porte encore témoignage d'une civilisation brillante et raffinée, celle des Safavides. Cette dynastie naît au début du XVIe siècle lorsqu'un jeune homme de 17 ans, Ismaïl, issu d'une puissante confrérie soufie, s'empare du trône d'Iran et fait de l'islam chiite la religion d'État. En 1587, un prince ambitieux accède au pouvoir : fin politique, hardi réformateur et habile stratège, Chah Abbas repousse les Ottomans et les Ouzbeks, initie une politique économique novatrice et ouvre son pays à l'Occident, le transformant peu à peu en un royaume moderne et prospère. Urbaniste inspiré, il déplace sa capitale à Ispahan. En trois décennies, la bourgade se métamorphose en une somptueuse cité, perle de l'Orient, qui suscite l'admiration des commerçants qui s'y croisent.
    Francis Richard met en lumière le règne de Chah Abbas le Grand et restitue ce pan essentiel de l'histoire de l'Iran : le siècle d'Ispahan.

  • Il y a cinq mille ans, dans une plaine limoneuse et fertile, deux peuples, akkadiens et sumériens, ont mis en commun leur génie et leur culture pour jeter les bases d'un empire qui domina tout le proche orient antique : la mésopotamie.
    Babylone, cité de hammurabi puis de nabuchodonosor, en incarne à jamais la puissance et la gloire. effacée de notre souvenir, puis miraculeusement et lentement sortie, depuis moins de deux siècles, de son épais linceul de terre et d'oubli, cette civilisation, qui inventa l'écriture, la science et la littérature, nous livre les premiers traits essentiels de notre culture. jean bottero raconte ce riche héritage.

  • Il est des métiers qui ne peuvent s'exercer sans passion. Mais l'archéologie est-elle un métier ? Née dans l'enthousiasme de la redécouverte de la Rome antique par les humanistes de la Renaissance, elle est devenue au cours du XIXe l'une des formes de la prise de possession du monde par les nations occidentales, dont elle fonda en même temps la grandeur et la légitimité. Durant le dernier siècle, l'archéologie n'a cessé de perfectionner ses techniques et ses méthodes de fouille, d'observation et d'analyse pour devenir une science à part entière. Pourtant, de l'armée d'argile du premier empereur de Chine au visage gelé de Ötzi, l'homme des glaces, l'émotion immédiate de la découverte est restée intacte. Seule parmi les sciences humaines à offrir une telle profondeur de temps, l'archéologie est aussi une interrogation permanente sur les trajectoires des sociétés humaines.
    Jean-Paul Demoule retrace l'histoire, les méthodes et les enjeux d'une discipline où se conjuguent science et passion.

  • L'histoire de la langue française ? Dix siècles d'invasions, d'influences, de métissages, de révolutions permanentes. Une langue celtique, le gaulois, éliminée par le latin de l'Empire romain conquérant. Puis, parmi les dialectes d'oïl, celui d'Île-de-France prend le pas sur tous les autres, s'enrichit, s'affine et devient le français. Cette langue de poésie et de pouvoir s'est répandue au nord de la Loire, au détriment des dialectes ; elle va investir durablement les terres occitanes, la Bretagne, la Savoie, la Corse... Franchissant les mers, le français se parle au Canada, dans les Îles, en Afrique, en Océanie, en Asie.
    En racontant l'histoire du français, Alain Rey donne aussi des raisons d'espérer ou de craindre pour l'avenir de cette langue de contact et de partage, celle de tous les francophones, quelle que soit leur nationalité.

  • Afghanistan 2009.
    Les talibans, défaits en 2001, sont de retour dans le pays. L'OTAN déploie ses troupes contre l'insurrection. Pour les combattants de la coalition internationale, vaincre les rebelles est une gageure, partir est impossible, rester relève du défi. Dans ce nouveau Grand Jeu afghan, les chasseurs alpins du 27e BCA ont combattu les talibans pendant les six premiers mois de 2009, au coeur de la région de Kapisa.
    Sylvain Tesson, Thomas Goisque et Bertrand de Miollis les ont côtoyés à plusieurs reprises, dans les camps comme en opération. Ils témoignent ici de la présence française dans " le royaume de l'insolence ". Un regard original sur un conflit asymétrique dont dépend pour beaucoup l'équilibre du monde. Le récit au jour le jour de six mois de " haute tension " dans la splendeur de l'indomptable pays afghan.

  • À la croisée de l'histoire maritime, économique et sociale, le transport de nombreuses marchandises par voie d'eau contribue depuis plus de 2 000 ans à la mondialisation des échanges commerciaux. La France, dotée d'une large façade maritime, de ports d'envergure et de nombreuses routes fluviales, a su s'imposer comme un acteur essentiel de ce négoce.
    De l'Antiquité à aujourd'hui, vin, poivre, cacao, café, porcelaine... ont circulé sur des routes mythiques, des Indes aux Amériques. Si les clippers, immenses voiliers rivalisant de vitesse dans la course au thé du XIXe siècle, ont peu à peu été détrônés par le cargo à vapeur, l'art de composer une cargaison en fonction des produits, des destinations et des escales nouvelles continue de faire de chaque expédition une aventure différente.

  • Née officiellement en 1839, avec l'invention du daguerréotype, la photographie a prodigieusement renouvelé les représentations du monde au point, aujourd'hui, d'en modifier la perception et d'interroger notre rapport au réel.
    De ses origines aux plus récents développements du numérique, cet ouvrage retrace la passionnante histoire de la photographie : le temps de l'invention, de 1839 à la fin des années 1870, marqué par la multitude des expérimentations techniques, l'industrialisation des procédés et l'émergence d'un discours théorique, souvent inquiet, sur le médium. Celui, ensuite, d'une certaine maturité technique, des années 1880 à la fin des années 1950, sous le règne de l'image instantanée et des procédés argentiques : des premiers appareils portables à la mythification de " l'instant décisif " de Cartier-Bresson, de l'émergence de la figure du photographe amateur au triomphe du photoreporter, la photographie s'affirme comme un élément clé de la culture moderne et urbaine.
    Enfin, de 1960 à l'entrée dans l'ère du numérique, le temps du paradoxe : d'une part, la pleine reconnaissance artistique, culturelle et économique de la photographie, d'autre part, le déclin de ses usages historiques et documentaires face à la concurrence accrue de l'image animée et aux dérives de certains traitements des images. En analysant ses enjeux esthétiques et sociaux, ce livre démontre aussi la capacité d'adaptation de la photographie, qui sans cesse se réinvente pour afficher une éternelle modernité.

  • Comment la Gaule, qui depuis cinq siècles vivait bon an mal an sous la domination romaine, est-elle devenue la France ? Comment a-t-elle tiré son nom de celui d'un peuple " barbare " d'origine germanique ? Comment la première dynastie des rois francs, inaugurée par Clovis, fut appelée mérovingienne, en référence à son ancêtre présumé, Mérovée ? Tantôt unifiant, tantôt divisant les territoires, le royaume franc donna une identité commune à des peuples d'origines diverses -Gaulois, Romains, Burgondes, Wisigoths.
    -, liés par une mythique ascendance, sous la houlette d'un roi converti au christianisme. Françoise Vallet retrace ces trois siècles de grand brassage de races, de langues, d'arts et de cultures.

  • Les relations entre l'homme et le cochon - tenu pour l'animal le plus vil de la création et entouré de tabous mais en même temps digne d'être sacrifié aux dieux en Egypte et en Grèce - ont toujours été ambivalentes et passionnelles.
    Domestiqué vers le Vile millénaire, le porc est pour l'homme une véritable source de richesse : sa chair est synonyme de ripailles, son sang et ses hoyaux finissent en boudins et saucisses, sa graisse en chandelles, son cuir et ses tendons deviennent les cordes d'instruments de musique, ses soies, des brosses et des pinceaux. " Dans le cochon tout est bon " : rarement un adage n'aura été aussi justifié.
    C'est cette histoire sociale et culturelle du cochon que retrace Michel Pastoureau, des forêts gauloises à l'élevage industriel, en passant par ces temps forts de la vie des campagnes que sont la Tue-cochon et la fête de la Saint-Cochon. Et il nous rappelle que le cochon est l'animal biologiquement le plus proche de l'homme. Notre cousin, tour à tour symbole de goinfrerie et de saleté, de courage et de prospérité.

  • Plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films, Niki de Saint Phalle (1930-2002) est audacieuse et révoltée. Autodidacte, elle imagine dès 1961 une nouvelle manière de peindre : des poches de couleurs éclaboussent des assemblages de plâtre sous les «tirs» de sa carabine et font ainsi «saigner la peinture à vif». S'inscrivant alors dans la mouvance des Nouveaux Réalistes (Deschamps, César, Klein), son travail (Autels, Mariées.) accumule des objets empruntés à la vie quotidienne dans des compositions qui, tout en grâce et en violence, explorent les représentations de la femme. Les couleurs criardes de ses plantureuses et monumentales «Nanas», faites de grillage, papier mâché et polyester, choquent et fascinent. De la Fontaine Stravinsky au Jardin des Tarots en Toscane, que Niki réalisera aux côtés de son compagnon Jean Tinguely, son oeuvre s'impose par son engagement et sa radicalité.

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