Gallimard

  • Oeuvres

    Albert Camus

    «À ceux qui cherchent un sens à la vie, Camus répond qu'on ne sort pas du ciel qui nous contient. À ceux qui se désolent de l'absurde, Camus raconte que le monde est beau et que cela suffit à remplir le coeur d'un homme. À ceux qui souhaitent la tyrannie parce que l'Homme n'est pas à la hauteur du bien qu'on lui veut, Camus dit qu'il faut aimer les hommes avant les idées. Aux partisans de la haine, il décrit la gratitude. Aux indignés et aux sectateurs d'un «autre monde possible» qui s'endorment, sereins, sur l'oreiller des contestations incontestables, Camus enseigne que la véritable exigence est le contraire de la radicalité. [...] Albert Camus soigne le désespoir par le sentiment qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ; c'est le seul homme normal que je connaisse.» Raphaël Enthoven.

  • Le chef-d'oeuvre de Melville (1819-1891) comme on ne l'a jamais lu dans l'édition française: un Moby-Dick conté à deux voix par le texte et l'image. Par Melville, bien sûr, et par l'artiste américain Rockwell Kent (1882-1971) qui a illustré une édition du roman en 1930. Dans le choix que nous donnons de ses somptueuses gravures au trait, célèbres aux États-Unis, peu connues en France, les personnages, les lieux, les scènes prennent vie avec leur charge de poésie et de mystère. On peut parier que John Huston s'en est inspiré en 1956 pour son adaptation au cinéma.

    Philippe Jaworski invite le lecteur à lire ce texte comme une épopée du travail soutenue par trois forces majeures : l'équipage du Pequod, véritable navire-monde ; le capitaine Achab, personnage forgé d'après les modèles bibliques, les héros shakespeariens, Prométhée, Lucifer et Faust, et la voix d'Ismaël. chroniqueur, metteur en scène et commentateur de la chasse quasi mystique d'Achab. Autant de pistes de réflexion qui permettent d'entrer dans l'imagination mythographique de Melville.
    On retrouvera toute la sauvagerie de la chasse décrite par Melville, dans une campagne de pêche de la baleine, amplement illustrée de gravures anciennes et de photographies, dont les images sont mises en miroir d'extraits de Moby-Dick.

    Livre culte par excellence, Moby-Dick n'a cessé de nourrir et d'inspirer la littérature et les arts. Retraçant l'histoire des origines, de la composition et de la postérité du roman, on suivra, dans une quarantaine d'extraits de textes de Job et Jonas à Pierre Senges (en passant par Rabelais, Lawrence, Pavese, Sartre, Blanchot, Gadenne, Auden, Perec, Deleuze... ) le fascinant et redoutable monstre marin dans ses surgissements et ses représentations, les commentaires qu'il a suscités et les harponnages littéraires qu'il a inspirés.

  • Carnets

    Léonard De Vinci

    Les Carnets de Léonard de Vinci ne sont accessibles aujourd'hui que dans l'édition scientifique établie par Edward MacCurdy, publiée en 1939 (Gallimard, 1942), qui fait toujours office d'ouvrage de référence.
    Fondée sur le travail de MacCurdy, qui observe un ordre thématique, l'édition Quarto aspire toutefois à refléter les progrès de la recherche historique. Elle vise à :
    - Restituer chronologiquement chaque extrait des Carnets, afin de permettre au lecteur de saisir au mieux l'évolution de la pensée et l'avancement des connaissances de Léonard ;
    - Faire découvrir, grâce à une riche iconographie, certaines des plus belles pages des carnets et des dessins de Léonard de Vinci ;
    - Fournir un outil essentiel et de premier ordre grâce à l'actualisation des paginations des manuscrits, afin de pouvoir consulter l'ensemble des manuscrits de Léonard en libre accès sur la plateforme Leo EDesk (http://www.leonardodigitale.com/).
    Enfin, le volume sera augmenté d'un dossier inédit : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Édition sous la direction de Pascal Briois.

    Ce volume contient :
    Préface.
    Vie & OEuvre.
    Préface de l'édition de 1942 par Paul Valéry.
    50 chapitres thématiques : Philosophie ; Aphorismes ; Anatomie ; Anatomie comparée ;
    Physiologie ; Histoire naturelle ; Proportions de l'homme ; Médecine ; Optique ; Acoustique ;
    Astronomie ; Botanique ; Géologie ; Géographie physique ; Notes topographiques ;
    Atmosphère ; Du vol ; Machine volante ; Mouvement et pesanteur ; Mathématiques ; De la nature de l'eau ; Hydraulique ; Canalisation ; Expériences ; Inventions ; Balistique ; Armement naval ; Comparaison des arts ; Préceptes du peintre ; Couleur ; Paysage ; Ombre et lumière ;
    Perspective ; Matériel de l'Artiste ; Commandes ; Sculpture ; Fonte ; Architecture ; Musique ;
    Récits ; Facéties ; Fables ; Bestiaire ; Allégories ; Prophéties ; Notes personnelles ; Lettres ;
    Notes datées ; Livres ; Divers.
    Dossier : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Index des noms propres - Index thématique - Bibliographie indicative.

  • Romans

    Patrick Modiano

    Ces 10 titres publiés entre 1975 et 2010 sont le coeur de l'autobiographie de Patrick Modiano, de un à vingt-et-un ans. Une autobiographie si improbable à ses propres yeux que chaque événement, chaque personnage est vérifié, attesté, croisé.
    Le lecteur qui lit les romans en ordre dispersé a vaguement conscience qu'il a déjà croisé certains noms et certains personnages, mais dans un certain flou. La réunion du cycle montre, dans ce « concentré », l'intention romanesque de Modiano. Il s'agit d'un monde authentique, d'un puzzle dont bien des pièces sont absentes, laissant libre cours à l'imagination du lecteur, vues avec les yeux d'un enfant ou d'un adolescent et mûries, transformées par un écrivain adulte maître de son art. Le puzzle se compose à l'intérieur de chaque livre et se recompose à l'échelle de tout le cycle, et probablement de toute l'oeuvre. Il y a peu de hasard dans cette apparente légèreté, ce n'est pas avec des riens qu'il nous transporte dans le brouillard.
    Et pour la première fois, les personnages ont des visages. Ceux du père et de la mère, nous les connaissions. Mais les autres, tous ces comparses, ces gens qui ont l'air si « normaux », à Megève ou sur la Côte d'Azur ? Ainsi, en 1952, Patrick et Rudy sont confiés à des femmes, charmantes et affectueuses avec eux, mais qui seront toutes arrêtées avec leurs compagnons pour des cambriolages à grande échelle. Sans oublier cet ami de la mère : Jean Normand alias Jean Duval. Il sort de la centrale de Poissy, mais Patrick, qui l'ignore, le trouve très sympathique.
    Pourtant, ce Jean Normand sera désigné, quelque temps plus tard, comme « Le Grand à la Jaguar » dans l'affaire Ben Barka.
    On comprend l'obsession de Modiano pour la période de l'Occupation qui recoupe celle de ses propres origines et le destin de ses parents, et pour ces années d'après-guerre qui vont déboucher sur la période tout aussi trouble des « événements d'Algérie » :
    « À mesure que je dresse cette nomenclature et que je fais l'appel dans une caserne vide, j'ai la tête qui tourne et le souffle de plus en plus court. Drôles de gens. Drôle d'époque entre chien et loup. Et mes parents se rencontrent à cette époque-là, parmi ces gens qui leur ressemblent.
    Deux papillons égarés et inconscients au milieu d'une ville sans regard. Mais je n'y peux rien, c'est le terreau - ou le fumier - d'où je suis issu. »

  • Choses vues

    Victor Hugo

    Choses vues, entendues, notées sur le vif en forme de brèves, de caricatures ou de longs portraits, de récits bouleversants, d'enquêtes, de grands moments qui appartiennent désormais à l'histoire nationale, mais aussi de mots d'esprit, d'expressions glanées dans la rue - voici le siècle de Hugo. Cet extraordinaire recueil, constitué après la mort de Victor Hugo et sur sa recommandation, est fait de pièces et de morceaux recousus à partir de ses Carnets, de son Journal, de ses livres de comptes, de ce qu'il appelait lui-même «Pierres précieuses tombées de la tribune» - autant de lapsus qui plongent l'Assemblée dans le fou rire -, de Feuilles volantes, de Souvenirs personnels, de «Faits contemporains» que les éditeurs successifs se sont employés à classer, ici dans l'ordre chronologique.
    Dans ce livre, le XIXe siècle court de 1830 à 1885, sous l'oeil acéré et sans complaisance du chroniqueur. Une traversée du siècle politique et littéraire, cocasse ou bouleversante, mais qui laisse souvent la place à l'homme intime, père passionné, déchiré en amour, plus tard vieux monsieur d'une sensualité débridée, lutteur infatigable contre la peine de mort, exilé irréductible aux séductions de l'Empire - Victor Hugo y apparaît comme un grand homme politique à la popularité inégalée...
    Des pages où le pétillement de l'esprit se mêle sans cesse aux plus terribles tragédies.

    Édition d'Hubert Juin.
    Édition révisée.

  • Oeuvres

    Kenzaburô Oé

    Ouvrage sous la direction d'Antonin Bechler, spécialiste de l'oeuvre de Ôé, directeur du département d'études japonaises à la faculté des langues et des cultures étrangères de l'Université de Strasbourg.
    Kenzaburô Ôé a tout vu du Japon d'après-guerre. Des bombardements atomiques à la catastrophe de Fukushima, on peut lire à travers son oeuvre imposante et son parcours personnel singulier tous les combats, les défis et les contradictions qui ont émaillé l'histoire du Japon depuis 1945.
    Cette oeuvre est également marquée par sa confrontation avec le handicap et la souffrance de son enfant, né avec une tumeur intracrânienne. De là cette oscillation permanente entre la violence exercée par nombre de ses personnages et les appels à la compassion pour les victimes.
    Au fil du temps, cette oeuvre tentaculaire, loin d'être intégralement traduite en français, approfondit la réflexion de l'auteur sur chacun des grands thèmes qui la sous-tendent : mythes, histoire, enfance, handicap, écriture, nostalgie, vieillesse et mort. Avec, ces dernières années, un autre questionnement fondamental de plus en plus prégnant : la quête du salut.
    Première période :
    « Un curieux travail », 1957 (nouvelle inédite) - « Le faste des morts », 1957 - « Gibier d'élevage », 1958 - « Tribu bêlante », 1958 - Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, 1958 - « Quelque part ailleurs », 1959 - « Seventeen », 1961 - « Mort d'un jeune militant :
    Seventeen, suite et fin », 1961 (nouvelle inédite) - Une affaire personnelle, 1964 - Notes de Hiroshima, 1965 Deuxième période :
    Le Jeu du siècle, 1967 - « Dites-nous comment survivre à notre folie », 1969 - « Le jour où il daignera lui-même essuyer mes larmes », 1971 - « Un «arbre à pluie» intelligent », 1980 Troisième période :
    Une existence tranquille, 1990 - « Moi, d'un Japon ambigu », 1994 (discours prononcé à l'occasion de la remise du Nobel) - « Chant du souvenir », 2013 (poème en prose inédit) Vie et oeuvre illustré : 80 documents environ

  • " un autre moyen age, c'est un moyen age total qui s'élabore aussi bien à partir des sources littéraires, archéologiques, artistiques, juridiques qu'avec les seuls documents naguère concédés aux médiévistes "purs".
    C'est la période qui nous permet le mieux de nous saisir dans nos racines et nos ruptures, dans notre modernité effarée, dans notre besoin de comprendre le changement, la transformation qui est le fonds de l'histoire en tant que science et en tant qu'expérience vécue. c'est ce passé primordial où notre identité collective, quête angoissée des sociétés actuelles, a acquis certaines caractéristiques essentielles.
    " jacques le goff

  • Il est difficile de se représenter aujourd'hui l'ampleur du succès des Mystères de Paris. Du 18 juin 1842 au 15 octobre 1843, la publication en feuilleton dans Le Journal des Débats bouleverse l'opinion, toutes classes sociales confondues.
    Au point de départ de cet extraordinaire succès, on trouve le libraire Gosselin : il apporte à Sue une publication anglaise qui dépeint les mystères et misères de Londres. Gosselin suggère qu'un tel ouvrage sur Paris aurait de grandes chances de succès.
    Sue se met alors au travail, il achète une casquette, une blouse, de gros souliers. Il s'initie aux tapis-francs (débits de boisson), découvre la « mansarde » et fait les comptes au sou près d'une jeune couturière, il va aux barrières, dans les asiles, les prisons. Il comprend la différence entre vivre et survivre. Il examine les garnis, traîne dans les cabarets, assiste aux réunions d'ouvriers. « Pour comprendre, j'ai besoin de voir, de toucher », écrit-il à Marie d'Agoult. Il voit et c'est la « conversion », il comprend et ce sont Les Mystères de Paris.
    Il choisit pour scène principale et pour « héros » du feuilleton la Cité (bientôt rasée par Haussmann, qui comprendra le caractère dangereux et criminel de ce dédale de ruelles) et son petit peuple, humilié ou criminel et parfois les deux. Le feuilleton, conçu comme un opéra noir, est impossible à lâcher : le miracle de ces personnages, dont on voit pourtant quels stéréotypes les animent, c'est qu'ils deviennent nôtres et que nous voulons aujourd'hui, avec autant d'impatience qu'en 1842-43, connaître la suite de leur destin.
    Avec Les mystères de Paris, Eugène Sue a accompli le grand polar social du XIXe siècle, avec ses personnages inoubliables : le Chourineur, La Chouette, Fleur-de-Marie, le Maître d'école, Rodolphe, Murph, Sarah, la comtesse d'Harville, M. et Mme Pipelet, l'abbé Polidiri ; sa traversée des classes sociales qui se rencontrent pour la première fois en littérature ; ce petit peuple élevé en objet littéraire ; tout cela explique l'envoûtement que sa lecture continue à exercer au XXIe siècle.

    Avec : Annotation originale - Plans des quartiers de Paris à l'époque des Mystères - Enquêtes médicales et sociales - Réception et postérité de l'oeuvre

  • Ernst H. Kantorowicz (1895-1968), l'un des plus grands historiens du XXe siècle, publie en 1927 la biographie de Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250). Il y renouvelle le genre dans une tentative aboutie d'histoire "totale" qui associe aussi bien les apports de l'économie, de la culture, que de l'interprétation sociale et psychologique. Frédéric, héros hors du commun, se prête à l'exercice : aussi habile en politique qu'à la chasse, précurseur des princes de la renaissance, il crée une cour où se rencontrent les plus grands lettrés de la culture chrétienne, juive et musulmane.
    Passionné par l'astrologie et la divination, architecte à ses heures, il écrit lui-même un traité de fauconnerie. Avec l'empereur Frédéric II, Kantorowicz ouvre des perspectives complètement nouvelles. Il s'intéresse autant aux "réalités" événementielles qu'à la construction de la symbolique et de l'imaginaire politiques et met en lumière les conditions de formation, dès l'époque médiévale, de l'état moderne, séculier, en lutte contre la papauté.
    Trente ans plus tard (1957), Kantorowicz donne un second chef-d'oeuvre : les deux corps du roi. il y poursuit son enquête sur la généalogie de l'etat moderne en tirant, avec une éblouissante érudition, le fil des mutations de la doctrine médiévale de la royauté bicorporelle, et la prolonge par une analyse sur les origines des "religions politiques modernes". Victime des lois de Nuremberg en Allemagne, puis opposant au maccarthysme aux Etats-Unis, Kantorowicz s'emploie à éclairer la genèse des pathologies politiques du XXe siècle.

  • Féodalité

    Georges Duby

    La société " féodale " se révèle à nos yeux par la rénovation de son vocabulaire.
    Les formules désuètes enfin délaissées, le rideau tendu sur la réalité sociale depuis l'époque carolingienne se déchire, usé jusqu'à la trame, dévoilant les vraies césures, le jeu de forces depuis longtemps actives, mais qui se développaient jusqu'alors dans le privé, hors du champ légal et dont, pour cela, nous ne savions rien. révélation pour l'historien qui date de ce moment la révolution féodale.
    Mais révélation pour les contemporains aussi, qui durent admettre que tout décidément n'était plus comme avant.

  • La disparition rapide de notre mémoire nationale appelle aujourd'hui un inventaire des lieux où elle s'est électivement incarnée et qui, par la volonté des hommes ou le travail des siècles, en sont restés comme ses plus éclatants symboles : fêtes, emblèmes, monuments et commémorations, mais aussi éloges, archives, dictionnaires et musées.
    Du haut lieu à sacralité institutionnelle, Reims ou le Panthéon, à l'humble manuel de nos enfances républicaines. Depuis les chroniques de Saint-Denis, au XIIIe siècle, jusqu'au Trésor de la langue française ; en passant par le Louvre, La Marseillaise et l'encyclopédie Larousse.
    Plus qu'une exhaustivité impossible à atteindre, comptent ici les types de sujets retenus, l'élaboration des objets, la richesse et la variété des approches et, en définitive, l'équilibre général d'un vaste ensemble auquel ont accepté de collaborer plus de cent historiens parmi les plus qualifiés. La matière de France est inépuisable.
    Au total, une histoire de France. Non pas au sens habituel du terme ; mais, entre mémoire et histoire, l'exploration sélective et savante de notre héritage collectif.

    Ce volume contient : La République : Symboles - Monuments - Pédagogie - Commémorations - Contre-mémoire. La Nation : Héritage - Historiographie - Paysages - Le Territoire - L'État - Le Patrimoine.
    Édition publiée sous la direction de Pierre Nora. Avec la collaboration de Charles-Robert Ageron, Maurice Agulhon, Christian Amalvi, Bronislaw Baczko, Colette Beaune, Avner Ben-Amos, Françoise Bercé, Françoise Cachin, Jean Carbonnier, André Chastel, Georges Duby, André Fermigier, Bruno Foucart, Marcel Gauchet, Raoul Girardet, Jean-Marie Goulemot, Bernard Guenée, Jean-Yves Guiomar, Hélène Himelfarb, Hervé Le Bras, Jacques Le Goff, Emmanuel Le Roy Ladurie, Anne-Marie Lecoq, Pascale Marie et Jean-Clément Martin.

  • « Je suis persuadé que l'art est l'expression d'une organisation sociale, de la société dans son ensemble, de ses croyances, de l'image qu'elle se fait d'elle-même et du monde », écrit Georges Duby.
    L'art et la société en fait la magistrale démonstration, en réunissant les textes majeurs de l'historien du Moyen Âge et ceux de l'amateur d'art du XXe siècle qu'il fut. Partout il déchiffre en profondeur le système esthétique dans lequel naît l'oeuvre d'art.

  • « Que celui qui pourrait écrire un tel livre serait heureux, pensais-je, quel labeur devant lui ! Pour en donner une idée, c'est aux arts les plus élevés et les plus différents qu'il faudrait emprunter des comparaisons ; car cet écrivain, qui d'ailleurs pour chaque caractère en ferait apparaître les faces opposées, pour montrer son volume, devrait préparer son livre minutieusement, avec de perpétuels regroupements de forces, comme une offensive, le supporter comme une fatigue, l'accepter comme une règle, le construire comme une église, le suivre comme un régime, le vaincre comme un obstacle, le conquérir comme une amitié, le suralimenter comme un enfant, le créer comme un monde sans laisser de côté ces mystères qui n'ont probablement leur explication que dans d'autres mondes et dont le pressentiment est ce qui nous émeut le plus dans la vie et dans l'art. Et dans ces grands livres-là, il y a des parties qui n'ont eu le temps que d'être esquissées et qui ne seront sans doute jamais finies, à cause de l'ampleur même du plan de l'architecte. Combien de grandes cathédrales restent inachevées ! » Marcel Proust, Le Temps retrouvé.

  • Histoire

    Polybe

    Qui est Polybe ? Il est, après Hérodote et Thucydide, le troisième des grands historiens grecs. Le premier avait présenté les guerres médiques ayant opposé les Grecs et les Barbares ; le second avait choisi de raconter la guerre entre les Péloponnésiens et les Athéniens ; au troisième s'impose le récit de la conquête romaine : non pas une grande guerre unique, mais toute une série de conflits livrés sur de multiples théâtres d'opérations. " Comment et grâce à quel gouvernement l'Etat romain a pu, chose sans précédent, étendre sa domination à presque toute la terre habitée et cela en moins de cinquante-trois ans ? " : telle est la question à laquelle Polybe se propose de répondre. La défaite de Pydna, en 168 avant notre ère, qui marque la victoire de Rome et la fin de la monarchie macédonienne, bouleverse sa vie. Envoyé à Rome, comme otage, il y reste dix-sept ans et devient un familier de la grande famille des Scipions. Passé de l'action à la réflexion, c'est à Rome qu'il devient historien, pour expliquer aux Grecs d'abord, mais aussi aux Romains ce qui s'est passé. Cette Histoire d'un vaincu est aussi, c'est là son intérêt majeur, la première histoire universelle. Comme il l'écrit : "L'originalité de mon sujet et ce qu'il y a de surprenant dans l'époque que nous venons de vivre résident justement en ceci : la Fortune a dirigé pour ainsi dire tous les événements dans une direction unique et elle a contraint toutes les affaires humaines à s'orienter vers un seul et même but. Aussi l'historien se doit-il, de son côté, de faire en sorte que ses lecteurs puissent embrasser d'un seul regard les ressorts qu'elle a partout fait jouer pour produire tous ces effets ensemble "

  • Les convulsions que subit le comté de Yoknapatawpha, Mississippi, se propagent à partir d'une horde d'intrus rusés et opportunistes, les Snopes, ces canailles de petits blancs sans foi ni loi, dont l'ascension et la multiplication mettent en péril l'identité du Sud. Une fois l'onde de choc appréciée à sa juste mesure, le vieux Sud sort de sa léthargie et relève le gant.
    Une guerre inavouée, pernicieuse et sauvage, sorte de pendant de la guerre de Sécession.
    « - Vous voyez, dit l'oncle. C'est à désespérer. Même quand vous vous débarrassez d'un Snopes, il y en a déjà un autre dans votre dos avant même que vous puissiez vous retourner.
    - C'est vrai, dit Ratliff avec sérénité. Et dès que vous y regardez, vous voyez au premier coup d'oeil que c'est jamais rien qu'un Snopes de plus. »
    Le Domaine.

  • Avec les mohicans de paris, dumas écrit, de 1854 à 1859, dans les trois mousquetaires puis dans le comte de monte-cristo, son plus long feuilleton.
    Il y met en scène sa comédie humaine, dans les paris de ses vingt ans, celui de la génération romantique et de la restauration.
    Les " mohicans ", ce sont tous les déshérités de la fortune qui tentent de conquérir liberté, gloire, bonheurs dans les marges d'une ville tout entière vouée à l'ambition du pouvoir et de l'argent. leurs vies s'entrelacent autour de la figure de salvator qui, face au redoutable m.
    Jackal, le chef de la police, prépare, à la tête de la charbonnerie, la révolution de 1830.

    /> " m. jackal connaissait tous les voleurs, tous les filous, tous les bohémiens de paris ; forçats libérés, forçats en rupture de ban, voleurs exercés, voleurs apprentis, voleurs émérites, voleurs retirés, tout cela grouillait sous son vaste regard, dans le pandémonium boueux de la vieille lutèce, sans pouvoir, quelle que fût l'obscurité de la nuit, la profondeur des carrières, la multiplicité des tapis-francs, se dérober à sa vue ; il était ferré sur ses garnis, ses tripots, ses lupanars, ses souricières, comme philidor sur les cases de son échiquier ; à la seule vue d'un contrevent éventré, d'un carreau cassé, d'un coup de couteau donné, il disait : " oh ! oh ! je connais cela ! c'est la manière de travailler d'untel.
    " et rarement il se trompait. " dumas, les mohicans de paris, chapitre xxxiv.

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