La Decouverte

  • Jusqu'à une date récente, l'emprise du pétrole sur le monde s'oubliait. Elle allait tellement de soi. Elle réapparaît aujourd'hui au grand jour sous l'effet d'une double menace, énorme : le réchauffement climatique et l'épuisement des réserves de brut. Pourtant, l'examen de notre addiction au pétrole tarde à devenir une urgence.
    Ce livre retrace la grande histoire de l'or noir, notre source principale et tarissable de puissance. Des premiers puits américains, depuis longtemps à sec, jusqu'à nos jours, Matthieu Auzanneau nous convie à une passionnante relecture de l'histoire moderne à l'aune du lien, sans cesse resserré, qui unit l'homme au pétrole. Il montre comment les voies empruntées par l'exploitation pétrolière ont déterminé bien des dynamiques et des rapports de forces au sein de l'humanité, il raconte comment l'abondance du pétrole a transfiguré l'expérience humaine. Mais cette abondance a ses travers et ses limites. Point de bascule de toute l'histoire économique contemporaine, le choc pétrolier de 1973 a pour origine l'amorce trois ans plus tôt d'un déclin inexorable de la production de brut américaine. La guerre d'Irak, trente ans plus tard, était une guerre pour le pétrole. La puissance appelle la puissance, qui est elle-même une affaire d'énergie.
    Notre avenir est lié à celui que nous donnerons au pétrole, ou à celui qu'il nous imposera. Enjeu de bien des conflits, la fin du pétrole en tant que ressource primordiale de l'essor technique de l'humanité aura lieu bien avant que ce siècle ne s'achève. Et nul ne sait où cette fin nous conduira...

  • Grands ensembles, centres commerciaux, gratte-ciel, gated communities et « grands projets » sont les principaux dispositifs architecturalo-urbanistiques qui accompagnent l'accélération de l'urbanisation partout dans le monde. Emblématiques de la société productiviste et construits au nom du « progrès » et de la « marche de l'histoire », ces désastres urbains n'ont en réalité comme seule fonction que de rentabiliser des territoires désincarnés et interconnectés. Cette enquête montre - visites de lieux et de bâtiments, romans, essais, travaux techniques, films ou rapports officiels à l'appui - comment ils façonnent l'uniformisation des paysages urbains, amplifient les déséquilibres sociaux, économiques et écologiques et contribuent à l'enfermement et à l'assujettissement de leurs habitants. Sans compter qu'ils se combinent aujourd'hui aux catastrophes dites « naturelles » (ouragans, tsunamis, séismes, inondations.) pour créer une instabilité et une dangerosité sans équivalent historique. Ce livre combatif vise à fournir des outils critiques pour les contester et faire advenir dans un avenir proche des alternatives architecturales, des expérimentations urbaines et des modes de vie ouverts et libérés.

  • À quoi sert l'archéologie ? L'archéologie fascine, elle fait partie des métiers que voudraient faire les enfants, voeu que très peu réaliseront. Les enfants en effet s'interrogent sur l'origine, et tous les adultes à leur tour. Car, au fond, la question est bien celle de l'origine : du monde, des humains, de chaque société. Et pour élucider ces mystères, depuis le XIXe siècle, l'archéologie s'est progressivement substituée aux religions et assure une mission essentielle : elle construit le passé, le territoire et la légitimité historique de chaque nation.
    C'est ce que montre cet essai, où l'archéologue engagé Jean-Paul Demoule rend compte de la double fonction de cette discipline, scientifique d'une part, idéologique de l'autre, avec des frontières qui parfois se brouillent. En témoignent les débats français autour de l'enseignement de l'histoire et du « roman national », puis de l'« identité nationale », marqués depuis les années 2000 par l'irruption des « Gaulois », des « Barbares » et des manipulations de l'histoire dans les discours politiques et médiatiques.
    En témoignent également, dans de nombreux pays, les manières dont agit l'archéologie, tant dans ses interprétations historiques que dans sa mise en oeuvre sur le terrain, avec sa contamination croissante par les idéologies ultralibérales de la concurrence généralisée. On verra ainsi, dans le cas spécifique de la France, comment la convergence des intérêts économiques à court terme, de l'idéologie ultralibérale mais aussi des incuries administratives met en danger le sauvetage d'un patrimoine archéologique gravement menacé.

  • Publié pour la première fois en 1913, Philémon, Vieux de la Vieille est un livre aussi insolite que précieux. Et résolument hybride, conformément à la volonté de son auteur, Lucien Descaves. Se parant d'atours romanesques, Philémon se révèle en effet un authentique livre d'histoire, dans l'acception la plus exigeante du terme. Durant une décennie, Descaves a minutieusement compulsé les documents de toutes natures (archives, manuscrits, correspondances, journaux) mais, surtout, interrogé patiemment les survivants de la Commune, préférant à la froideur du papier la chaleur du témoignage oral.
    Sensible et loyal, Descaves a tenu à rendre hommage à ces hommes et femmes qui ont vu et fait la dernière des révolutions françaises et dans l'intimité desquels il a vécu. Il en résulte une oeuvre vivante sur leurs années d'exil et leur difficile retour, où percent la tendresse et l'affection de l'auteur, où affleure en maints endroits une émotion à la fois sobre et juste. Nul mieux que lui n'a su restituer plus fidèlement ce que fut un communard, figure éminemment attachante et bien différente de la caricature anachronique peuplant notre imaginaire collectif.
    Rares sont les ouvrages qui allient l'exactitude historique à l'agrément que procure la lecture d'un bon roman. Assurément, Philémon est de ceux-là.

  • Je suis française. Pas française à moitié, par alliance ou par alliage. Que ce soit du sol et du sang, ma géométrie est hexagonale. Contrairement aux 40% de Français dont un grand-parent est né à l'étranger, j'appartiens à ces 60% qui puisent leurs racines assez loin dans ce qu'on appelait la Gaule, pour autant que ce pays ait jamais existé ailleurs que dans Astérix ou les vieux livres d'école. Avec de lointains apports italiens, espagnols, anglo-saxons ou germains, je suis imprégnée de celtitude, et corresponds au modèle qui excite tant les défenseurs de notre identité. Leur empressement à voler à mon secours pour sauver ce concentré de civilisation que je porterais dans mes gènes m'inquiète cependant au point que j'ai fini par me résoudre à prendre la plume pour explorer mon identité nationale.

    Élise Thiébaut est partie à la recherche de ses ancêtres prétendument gauloises : tests génétiques, généalogie et géographie familiale forment en creux le portrait d'une France inattendue. Puisant dans son expérience singulière, l'enquête vient éclairer certains pans de l'histoire collective trop souvent laissés de côté, qu'il s'agisse de la part que les femmes ont prise dans cette épopée ou des privilèges qui s'attachent à l'identité dite de souche. De Néandertal aux croisades, de l'esclavage à la séduction à la française en passant par la colonisation, cette autobiographie de la France démonte avec humour les clichés et autres légendes identitaires qui perdurent.

    En réponse aux polémistes qui colonisent les écrans, elle montre comment cette obsession des origines alimente largement des projets aux motivations troubles, breveter le vivant ou manipuler notre ADN par exemple. Si la France se meurt, ce n'est pas en raison d'une invasion venue d'Ailleurs. Quelles que soient nos origines, la peur du grand remplacement cache en effet des périls autrement plus sérieux pour notre avenir.

  • Depuis plusieurs années, l'inquiétude ne cesse de croître quant aux dangers du pesticide le plus utilisé au monde dans les champs et les jardins : le glyphosate. D'autant qu'en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer l'a déclaré « cancérigène probable » pour l'homme, contredisant ainsi les agences de santé américaines ou européennes qui avaient assuré l'innocuité du Roundup de Monsanto, puissant herbicide dont le principe actif est le glyphosate.
    Prolongeant son enquête retentissante de 2008 sur les dangers des produits toxiques de la firme américaine (Le Monde selon Monsanto, livre et film), Marie-Monique Robin montre dans ce livre (et le film associé) que la dangerosité du glyphosate est plus grande encore qu'on le craignait. Dans le monde entier, il rend malades ou tue sols, plantes, animaux et humains, car l'herbicide est partout : eau, air, pluie, sols et aliments. Le produit, cancérigène, est aussi un perturbateur endocrinien, un puissant antibiotique et un chélateur de métaux. D'où autant d'effets délétères documentés ici par des entretiens très forts avec des victimes aux États-Unis, en Argentine, en France et au Sri Lanka, ainsi qu'avec de nombreux scientifiques.
    Ce livre choc révèle l'un des plus grands scandales sanitaires et environnementaux de l'histoire moderne. Il montre que, face à l'impuissance ou l'absence de volonté des agences et des gouvernements pour y mettre fin, la société civile mondiale se mobilise : en octobre 2016, s'est tenu à La Haye le Tribunal international Monsanto, où juges et victimes ont instruit le procès du Roundup, en l'absence de Monsanto, qui a refusé d'y participer. Donnant son fil conducteur au livre, ce procès a conduit à un avis juridique très argumenté, qui pourrait faire reconnaître le crime d'« écocide », ce qui permettrait de poursuivre pénalement les dirigeants des firmes responsables.

  • Le sommeil est l'une des dimensions les plus importantes de notre vie et, paradoxalement, c'est aussi l'une des moins connues. Jusqu'à très récemment, la science était incapable de répondre à ces questions : pourquoi dormons-nous ? Quelles sont les conséquences du manque de sommeil sur notre santé ? Et quelle est l'utilité du sommeil ?
    En agissant sur notre cerveau, le sommeil favorise nos capacités à apprendre, à mémoriser et à prendre des décisions logiques et rationnelles. Il réajuste nos émotions, réapprovisionne notre système immunitaire et règle avec précision notre métabolisme. Quant aux rêves, ils apaisent nos souvenirs douloureux et créent un espace de réalité virtuelle favorable à la créativité.
    Traduit dans une trentaine de langues, Pourquoi nous dormons dévoile pour la première fois les dernières grandes découvertes sur le sommeil et les rêves, dont il nous explique l'importance vitale. Un livre capital.

  • Si la postérité a boudé Étienne de Silhouette, la langue française a retenu son patronyme, passé dans l'usage commun, qui désigna d'abord un portrait dessiné de profil. Derrière cette « silhouette » monochrome, se cache pourtant un homme haut en couleur.
    Grand voyageur, écrivain, espion, homme d'État, Étienne de Silhouette fut l'un des hommes les plus connus de son temps. Alors que rien ne le prédestinait à atteindre les sommets du pouvoir, ce brillant philosophe des Lumières, lecteur de Confucius, traducteur de Pope, protégé de madame de Pompadour, deviendra ministre des Finances de Louis XV.
    Nous sommes en 1759, trente ans avant la Révolution française. Tandis que le peuple, accablé sous les impôts, est en proie à la famine, la politique lancée par Étienne de Silhouette va ébranler Versailles. Aussitôt aux affaires, le nouvel homme fort de l'État n'hésite pas, en effet, à taxer très lourdement les privilégiés afin de soulager les indigents. On ne lui pardonnera jamais pareil affront. Ridiculisé, évincé, calomnié : rien ne sera épargné à celui qui réunit contre lui la noblesse, la finance et le parti dévot qui tentent de le bannir de l'histoire de France. Cette biographie enlevée, qui s'appuie sur de nombreux documents d'époque, redonne vie à ce personnage d'exception, et rend justice à son audacieuse politique égalitaire.

  • À quelles thérapies recourir pour soulager les souffrances psychiques qui se multiplient dans les sociétés contemporaines ? Telle est la question à laquelle le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag tente de répondre dans cet essai nourri de sa longue expérience clinique. Il propose d'abord une analyse critique fouillée aussi bien des différentes variantes de la psychanalyse, en nette perte de vitesse, que des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou des traitements médicamenteux, en plein développement. Il montre que si les unes et les autres peuvent parfois servir utilement de béquilles, elles restent largement impuissantes face à la difficulté de nos contemporains à assumer un monde vécu comme menaçant et complexe : malgré leurs différences, les deux courants partagent leur incapacité à affronter les véritables changements de nos sociétés.
    C'est toute l'originalité de l'approche proposée par Miguel Benasayag : pour lui, les thérapies psychiques individuelles ne peuvent être mises en oeuvre indépendamment d'une réflexion critique approfondie sur les mutations sociétales et idéologiques de notre époque. Ce qui l'amène à développer ici la piste ouverte dans son livre Les Passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale (La Découverte, 2006), où il rendait compte de son expérience en pédopsychiatrie : celle d'une « thérapie situationnelle » qui aiderait à répondre au défi principal de l'époque, être capable d'agir dans la complexité. Comme Spinoza l'écrit dans son Éthique, les hommes se croient libres du fait qu'ils ignorent leurs chaînes. La tâche d'une thérapie situationnelle ne consiste pas dans l'illusion de briser ces chaînes, mais dans la possibilité de les transformer en liens avec les autres, comme condition de la vraie liberté.

  • Député européen, un sport de combat ? Dans ce livre, à travers des cas concrets vécus au quotidien, José Bové livre la réalité des couloirs de Bruxelles : batailler pour l'indépendance des agences de contrôle infiltrées par les multinationales, révéler un complot de l'industrie du tabac contre la directive sanitaire en préparation, défendre les paysans face à la politique agricole commune instrumentalisée par les firmes agroalimentaires et agrochimiques, fédérer la lutte contre l'exploitation des gaz de schiste en Europe, dénoncer les accords de libre-échange... Le livre braque aussi le projecteur sur les connivences dont bénéficient, au plus haut niveau de l'organigramme administratif, les lobbyistes de l'industrie : nichés aux postes clés des directions générales de la Commission, nombre de fonctionnaires européens sont là pour influencer les députés et les convaincre de satisfaire les exigences des multinationales.
    En s'appuyant sur des exemples précis et documentés, José Bové décrypte les mécanismes de prise de décision, les bras de fer avec la Commission européenne, les logiques des États. Le constat lucide qu'il dresse s'accompagne de propositions pour changer les règles du jeu, pour édifier une Europe fédérale et plus démocratique capable de résoudre les crises qui ravivent les replis nationalistes et les tentations autoritaires. En dévoilant le jeu européen, le député José Bové nous place aussi face à nos responsabilités de citoyens.

  • L'époque que nous vivons depuis la fin du XXe siècle est celle d'une profonde crise des fondements de la pensée. En sciences comme en politique, quelque chose s'est dérobé sous nos pieds. La fin de la représentation du « progrès », garant du bonheur à venir, a accouché en Occident de la domination sans partage de l'individualisme, qui mine désormais profon-dément le lien social. Et pourtant, les formidables avancées des sciences et des techniques entretiennent aussi paradoxalement la vieille croyance fondant l'idéologie du progrès : « Tout est possible ! » Comment faire face à cette sensation de chaos qui contribue à paralyser notre capacité à agir, individuellement et collectivement, pour faire surgir une autre époque, plus joyeuse et constructive ? En s'intéressant sérieusement aux défis philosophiques et scientifiques que soulèvent les récentes explorations des sciences du vivant : c'est ce que proposent dans cet ouvrage Miguel Benasayag et Pierre-Henri Gouyon, sous la forme d'un dialogue aussi vif qu'accessible. La philosophie et la biologie y croisent leurs problématiques, se complétant et s'enrichissant. Loin de se limiter au champ scientifique, expliquent les auteurs, le modèle organique permet de porter un autre regard, riche de surprises, sur les phénomènes sociaux.

    Soucieux de rendre compte de la complexité inhérente à la vie, sans invoquer une quelconque légitimation morale ou religieuse, ils croisent les questions qui leur tiennent à coeur, abordant des thématiques aussi variées que la création de la vie en laboratoire, la recherche fondamentale en génétique ou la perte du mythe du progrès. Un livre qui bouscule les idées afin qu'émergent de nouvelles clés pour penser le monde.

  • La crise actuelle n'est pas seulement une crise financière, une crise de la dette, de la folie des traders et de l'économie casino.
    Plus profonde encore que la crise des années 1930, c'est celle d'une façon de produire, de consommer, de se nourrir, de se chauffer et transporter... Un monde qui devenait invivable est devenu impossible. Nous pouvons nous en sortir, démontre ici Alain Lipietz, à condition de faire retour, non seulement sur trente ans de libéralisme débridé, mais sur un siècle de productivisme irresponsable. En 1932, Roosevelt avait proposé un New Deal entre les classes sociales.
    Ce n'est plus suffisant. Face à la crise alimentaire et sanitaire, et à la crise énergie-climat, il faut aussi un deal avec la nature, un Green Deal : un retournement dans notre rapport au travail, aux ressources naturelles, un retournement dans le rapport du public et du privé, de l'État aux individus, aux associations. Des nations à l'Europe, de l'Europe à la planète. Partant d'une analyse du modèle en crise, le "libéral-productivisme", ce livre démonte les mécanismes multiples de cette crise, puis il présente les premiers pas d'un Green Deal, de la réponse cohérente aux crises financières, sociales, écologiques.
    Mais les obstacles politiques et même psychologiques sont légion. Revenant alors sur la crise des années 1930, le livre recense sans concession les blocages, qui ne sont pas seulement les résistances des profiteurs d'un monde finissant. Il conclut par une pédagogie politique du changement.

  • Qui a pris le pouvoir dans les milieux culturels ? Qui sont ceux qui, aujourd'hui, tirent vraiment les ficelles, et quels sont leurs réseaux ? Ces questions se posent avec d'autant plus d'acuité que le monde de la culture est confronté, en ce début de xxie siècle, à une transformation sans précédent. Une centaine de personnalités - producteurs, grands patrons, cinéastes, politiques ou artistes - ont accepté de raconter, de l'intérieur, et sans détour, les coulisses de ce monde.

  • Retraçant le parcours de la bicyclette, depuis la draisienne du XIXe siècle jusqu'aux prototypes du XXIe, en s'attachant à son environnement économique, culturel et social autant qu'à ses aspects techniques, Frédéric Héran raconte avec talent, et non sans humour, une autre histoire des déplacements urbains.Mise au garage pendant des décennies, la bicyclette, pourrait en effet se révéler l'outil idéal pour faire de la ville un espace harmonieux, égalitaire et partagé.

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