Le Temps Des Cerises

  • Ce roman violemment « érotique » d'Apollinaire est paru en 1907, signé simplement de ses initiales, G. A. La paternité de ce texte ne fait aujourd'hui aucun doute. Les Onze mille verges relatent les tribulations du prince roumain Mony Vibescu, à travers l'Europe, de Bucarest à Paris, et jusqu'en Chine, à Port-Arthur, où il meurt flagellé par un corps d'armée, pour avoir failli à son serment : « Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même les onze mille verges me châtient si je mens ! » Sous-titré Les amours d'un hospodar, ce roman fait preuve d'une fantaisie débridée et délirante dans le passage en revue de toutes les formes possibles et imaginables de pratiques sexuelles, sadisme, masochisme, zoophilie, scatologie etc.
    Bravant ainsi tous les interdits de la censure. En poète à l'humour ici volontiers noir, Apollinaire s'y livre avec virtuosité à une orgie verbale qui manifeste son goût hors du commun pour la langue française.
    L'originalité de cette édition tient à la préface retrouvée qu'écrivit Aragon pour une édition des Onze mille verges parue à Monte-Carlo en 1930, à l'initiative de René Bonnel qui avait publié en 1928 Le Con d'Irène, d'Aragon, sous le pseudonyme d'Albert de Routisie. Dans cette préface, Aragon exprime son attitude envers Apollinaire, mêlée d'agacement pour ses élans patriotiques et d'admiration pour sa poésie, l'inlassable esprit de curiosité qu'il manifeste ici aussi. « Il reste à faire de la liberté, écrit Aragon, des abus divers, et précieux. »

  • Les contes et poèmes présentés dans ce livre viennent d'Afrique, initialement écrits en peul, en swahili, en français, en wolof ou en anglais, proviennent principalement des pays suivants : Algérie, Burkina-Faso, Cameroun, Congo, Côte d'Ivoire, Égypte, Guinée, Kenya, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Mauritanie, Mayotte, Réunion, Sénégal, Tchad, Tunisie, Zaïre.

    « Fleuve, Brousse, Pluie, Village, Maison, Palais, Forêt : à notre appel, des mots sont apparus. Du nord, de l'ouest, de l'est, du sud, des côtes et des îles qui jouxtent le continent, ils ont répondu présents. Joyeux, graves magiques, ils étaient pressés. Farceurs, ils ont plongé dans le canari. Le pot en terre rempli d'eau a continué, comme si de rien n'était, à transpirer et rafraîchir, goutte par goutte, l'eau de la maisonnée où il était installé, quelque part dans un village, entre mer et océan, sur le sol des premiers hommes qui ont peuplé la terre. »

  • Depuis quatre-vingts ans il n'existe pas d'article, de lettre, de brochure écrite par Rosa Luxemburg qui ait été l'objet de controverses aussi passionnées que les notes qu'elle rédigea en prison et qui furent publiées après sa mort sous le titre La Révolution russe.
    Cette révolution, dès ses débuts (révolution de février 1917), Rosa Luxemburg en souligne l'importance et houspille ses correspondants qui ne partagent pas son enthousiasme. « Les magnifiques événements de Russie agissent sur moi comme un élixir de vie. Je crains que tous autant que vous êtes, ne sachiez pas en apprécier l'importance » (à Martha Rosenbaum, avril 1917). « Ne comprends-tu pas que c'est notre propre cause qui triomphe là-bas ? » (à Luise Kautsky, 15 avril).
    /> Quand elle reçoit des nouvelles de la Révolution d'Octobre, elle écrit : « Mon coeur tremble beaucoup pour les Russes. Hélas je n'espère pas de victoire des léninistes mais je préfère une telle fin au slogan «Restons en vie pour la patrie» » (à Mathilde Wurm, 15 novembre). Deux semaines plus tard, à Clara Zetkin : « Les événements en Russie sont d'une grandeur et d'un tragique magnifiques. Le seul fait d'avoir tenté le coup est un fait marquant dans l'histoire du monde. » Dès leur prise du pouvoir, les révolutionnaires russes avaient publié un Décret sur la paix et engagé aussitôt des pourparlers avec l'Allemagne. Au terme de longues négociations les Allemands imposèrent aux bolcheviks le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918) qui amputait la Russie d'un territoire d'environ un million de kilomètres carrés.
    Dans un article intitulé « La tragédie russe », Rosa Luxemburg reprochait vivement aux bolcheviks d'avoir signé la paix (les accusant même de préparer un accord avec l'impérialisme allemand !) pour conclure brusquement qu'il n'existait pas de solution satisfaisante : « En dernière analyse, c'est le prolétariat international et surtout l'infamie persistante et sans exemple de la social-démocratie allemande qui portent la responsabilité des fautes des bolcheviks. » Ces notes sur la Révolution d'Octobre furent donc rédigées à l'automne 1918 sur un cahier d'écolier, un tiers au crayon, deux tiers à l'encre. Elles furent mises en sécurité en janvier 1919 au lendemain de l'assassinat de Rosa afin de les soustraire aux perquisitions de la police. Paul Levi - qui dirigeait alors le Parti communiste allemand - eut entre les mains une copie incomplète de ces notes qu'il décida de publier à la fin de 1921, après avoir été exclu du KPD.

  • Ce grand poème de Neruda était resté jusqu'à aujourd'hui inédit en français. C'est notamment lors d'une traversée d'Amérique en Europe à bord du paquebot Louis Lumière, au printemps 1960, que Pablo Neruda l'a composé. La chanson de geste porte bien son titre, car il s'agit là d'une épopée : celle du combat pour la liberté en Amérique latine, et, plus particulièrement, dans les Caraïbes. Ce poème est un salut à la Révolution cubaine qui vient d'avoir lieu (en 1959), mais aussi aux luttes démocratiques au Venezuela, au Nicaragua...
    Et une protestation contre la situation de Puerto Rico qu'il nomme " port misère ". On retrouve dans ce livre, le ton, la forme, le souffle du Chant général dont il semble être le prolongement.

  • Trinidad, 1970. Le mouvement du Black Power a pris fin et ses dirigeants sont sous les verrous. Sonnyboy, un délinquant à la petite semaine, se rêve en prisonnier politique et fait tout pour que la police l'arrête. De son côté, à sa sortie de prison, King Kala, un chanteur de calypso vedette de la révolution qui se rêvait en poète se voit mettre sur la touche, sa musique ringardisée par un monde qui ne veut plus rêver ; les Trinidadiens sont invités à revendre les rêves inutiles qui les encombrent. Dorlene, une jeune femme enterrée par erreur, sort de la tombe et devient une gloire nationale. Rien qu'un film, dont Arundhati Roy a dit qu'il n'« est pas qu'un film, mais aussi un poème », est un hymne touchant et plein de drôlerie à la vie, aux petites choses du quotidien et aux Trinidadiens, dans leurs pérégrinations musicales, religieuses, politiques et amoureuses. Sur fond de calypso et de steeldrum, de cricket et de carnaval.

  • Farces allégoriques que les instances de propagande militariste se garderont bien d'offrir pour les étrennes des rescapés de la Grande Guerre, Liluli (« théâtre d'ombres » paru en 1919) et La Révolte des Machines (« cinéma de papier » publié en 1921) célèbrent à leur manière les noces d'un écrivain engagé et d'un graveur enragé, unis contre toutes ces « bonnes raisons » qui envoient de tous temps les hommes au casse-pipe.

  • L'année Dix-sept débute par la révolution de Février (qui chasse le Tsar Nicolas II et porte au pouvoir Kerenski), et elle s'achève par la révolution d'Octobre. (La prise du pouvoir par les Bolcheviks eut lieu, en fait, le 7 novembre 1917, selon notre calendrier.) Au cours de cette année qui a changé le visage du monde et déterminé ce que sera le XXe siècle, Lénine ne cesse d'intervenir, par des articles, des discours, des lettres, des télégrammes...
    Ses écrits par lesquels il réagit au jour le jour aux événements et y imprime sa marque, montrent la vivacité de sa réflexion politique, sa force de conviction, alors même qu'il est parfois au départ presque seul sur ses positions, ainsi que sa formidable détermination.
    Le choix de textes présenté ici permet de suivre la marche de la révolution. On y voit Lénine se prononcer contre la Constituante, dominée par les élus bourgeois et défendre le mot d'ordre « tout le pouvoir au soviets » lesquels s'affirment rapidement capables de mobiliser les ouvriers et les soldats et d'instaurer un système de double pouvoir où ils se révèlent vite plus efficaces que les parlementaires.
    Dans ces pages, on voit Lénine prôner l'insurrection, et s'efforcer d'en convaincre ses camarades, dès qu'il constate que le rapport des forces s'est renversé et que les bolcheviks sont devenus majoritaires dans les soviets de Petersbourg et Moscou.
    Mais il insiste aussi sur le fait qu'il faut agir vite, avant que les Allemands ne l'emportent sur l'armée russe et imposent leurs conditions.
    (Au passage, ces textes font justice de l'idée que la révolution d'Octobre ne serait qu'un coup de force, un coup d'État.) C'est dans l'un de ces textes (« Est-ce que les bolcheviks peuvent conserver le pouvoir ? ») qu'il affirme que « la cuisinière peut diriger les affaires de l'État », affirmant ainsi un objectif de démocratie radicale qui paraît encore aujourd'hui utopique aux yeux du plus grand nombre.
    Parmi les sujets abordés, outre l'organisation de l'insurrection et la conquête du pouvoir : les premières mesures sociales, la lutte pour la paix, la question du ravitaillement, l'alliance avec les paysans, les mesures draconiennes contres les spéculateurs, la question de la liberté de la presse et celle du contrôle ouvrier, qui va prendre de plus en plus d'importance dans l'esprit de Lénine.

  • Premier ouvrage publié par Le Temps des Cerises, en 1993, nous l'avons réédité en 2013, augmenté d'un entretien entre Jean-Michel Leterrier et Francis Combes, poète et directeur de la Biennale des poètes en Val-de-Marne. Il devient désormais notre mot d'ordre, parce qu'il incarne à la fois les ambitions des fondateurs du Temps des Cerises mais aussi le programme de l'équipe actuelle : ne pas perdre de vue que le livre est une arme au service de ses lecteurs et qu'il est un instrument de compréhension et de transformation du monde. L'actualité nous rappelle que nous devons rester actifs et défendre la lecture et les livres avec force et enthousiasme.
    Aux livres, citoyens ! est un manifeste pour le livre et la lecture, plaisir trop souvent interdit et outil possible d'émancipation individuelle et collective. Jean-Michel Leterrier, qui travailla à Renault-Billancourt, fut pendant plusieurs années le responsable de la culture à la CGT. Son libelle en faveur du livre se place donc d'un point de vue particulier : celui du monde du travail. Et son propos touche aux conditions mêmes de la citoyenneté dans notre pays.

    Alors, aux livres, citoyens !

  • Institutrice libre, Louise Michel fut une des figures de la Commune de Paris en 1871. Après l'écrasement des communards dans le sang, elle connut la déportation en Nouvelle-Calédonie de 1873 à 1880. Pendant ces années de bagne, elle ne renonça jamais à la lutte révolutionnaire et prit la défense des Kanaks. Jusqu'à sa mort, elle multiplia par la suite conférences et meetings.

  • Les textes rassemblés dans ce volume passent de sujets légers à des sujets plus graves ou poignants ; leurs dates de composition sont variées. Ils ont été écrits de 1928, date à laquelle «Les Trois Solitaires» ont été publiés dans le journal Le Soir, et «Jack l'Eventreur» dans Paris-Matinal, à 1943, date d'écriture de «La Fea et la Bonita». L'idée de recueillir ces récits, appelés tantôt «contes», tantôt «nouvelles», s'est affirmée en 1943. Desnos envisage différents plans possibles de l'ouvrage, selon les nouvelles qu'il veut y faire figurer. Il s'arrête à vingt textes, et, après avoir essayé quelques titres : La Raison sociale - titre ancien de la première partie d'un roman inachevé, Les Horreurs de l'amour -, puis L'Amour, la fièvre et la colère, qui insiste sur le côté passionnel des récits, il opte finalement pour le titre apparemment moins ambitieux mais à double entente des Jours de noces : jours où, loin «d'être à la noce», on trinque de toutes les façons. Des vingt nouvelles prévues pour Les Jours de noces, huit ont été actuellement retrouvées : elles figurent dans ce volume. Nous leur avons adjoint, sous le titre «La Rue de la Gaîté», d'autres récits dont le ton est proche de celui des textes choisis par Desnos pour son recueil. Enfin, nous republions en une troisième partie les articles consacrés aux crimes sadiques de Jack l'Eventreur.

  • Trois époques articulent les évocations des Filaos de Cau Thi Vai : de la naissance de l'auteure et son enfance à Cau Thi Vai jusqu'à son premier séjour en France à l'âge de cinq ans ; de son retour en Indochine en 1938, où la famille s'installe à Saïgon, jusqu'à son départ définitif pour l'Europe à seize ans, en 1948, en pleine guerre entre la France et la République démocratique du Viêt Nam proclamée par Hô Chi Minh trois ans auparavant ; le livre se clôt sur le 2 septembre 1995 à Hanoi, jour de la Fête nationale et 50ème anniversaire de la proclamation de la République - Janine Toroni a alors soixante-trois ans. Elle est morte le 25 novembre 2013. Toute sa longue vie, elle fut passionnément attachée à son pays natal. Seuls ceux dont l'enfance s'est déroulée dans une ancienne colonie connaissent cet amour pour un pays qui n'existe plus, un pays devenu imaginaire auquel les attache une incurable nostalgie.

  • À l'occasion du centenaire de la révolution d'Octobre, cet ouvrage donne une vue d'ensemble des conditions exceptionnelles de cette révolution, de ses points forts et de ses faiblesses à travers l'analyse des péripéties auxquelles elle se heurta : de la guerre civile nourrie par l'intervention étrangère, de la montée du stalinisme et la réalité des répressions, de la grande guerre nationale contre l'agression hitlérienne et de la victoire de 1945, du problème non résolu de la démocratie soviétique, des dégâts d'une fausse perestroïka à l'implosion de l'URSS et de la restauration capitaliste avec le désastre économique, social et moral qui en fut la conséquence.
    Il s'agit d'une réflexion globale, critique et équilibrée d'une des plus grandes révolutions de l'Histoire dont les traces ne sont pas prêtes de s'effacer. Une réflexion qui va à l'encontre de la « pensée unique » en ce domaine aussi.
    Un dossier annexe traite, à partir de documents officiels français peu connus, des conditions et des conséquences de l'intervention militaire franco-anglaise de 1917 à 1921 dans la guerre civile en Russie.

  • L'esclavage est un attentat contre la dignité humaine. Il est une violation flagrante du dogme républicain « Liberté-Égalité-Fraternité ». Le 23 avril 1848, l'abolition de l'esclavage est décrété par le gouvernement français dans les colonies : Guadeloupe, Martinique, Marie-Galante, Les Saintes, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Guyane et les Îles-Bourbon (La Réunion). Les esclaves de ces îles gagnent enfin leur liberté grâce à leur action et à celle de ceux qui, en France, font tout pour que l'esclavage disparaisse. Il aura fallu pour cela une révolution.
    Ainsi, pendant plus de trois siècles, la France aura ravagé l'Afrique, notamment de l'Ouest, en arrachant, de force, des hommes, des femmes et des enfants à leur terre. Transportés de façon désastreuse sur des bateaux négriers, loin de leur patrie qu'ils ne reverront jamais, ils sont vendus à des colons français pour cultiver la canne à sucre, le café, le cacao ou le coton. Considérés comme des animaux, ils n'ont aucun droit. Sauf celui de subir les punitions et les vexations. Cette longue période a nourri le racisme.
    Aujourd'hui, l'esclavage n'a toujours pas complètement disparu. À travers le monde, de nouvelles formes d'esclavage sont apparues. Dans de nombreux pays, des enfants sont obligés de travailler. D'autres sont encore vendus. Des hommes et des femmes endettés se retrouvent les esclaves à vie d'un patron. Combattre l'esclavage et le racisme, agir pour la liberté des femmes, des hommes et des enfants est toujours d'actualité.
    Cet ouvrage, abondamment illustré, raconte l'histoire de l'esclavage et des luttes pour son abolition. Il s'adresse en priorité à un public de jeunes (enfants et adolescents)... mais peut aussi intéresser de nombreux adultes.

  • Nicolás Guillén est non seulement considéré comme le " poète national " de Cuba mais comme l'une des principales voix de l'Amérique latine. Populaire avant la révolution cubaine, il est revenu dans la grande île après la chute du dictateur Batista et a épousé la révolution dont il est devenu une figure poétique majeure. Dans les années trente, sous l'influence notamment de Langston Hughes et à peu près au même moment que le mouvement de la négritude dans la poésie française (Césaire, Senghor, Damas) il a introduit dans la poésie de langue espagnole les thèmes et les rythmes de l'Afrique et de ce qu'on a appelé le " negrismo ".
    Mais, au-delà de ce mouvement qu'on peut aussi apparenter à l'irruption du jazz ou à l'influence de l'art nègre sur la peinture moderne, Nicolás Guillén a su développer une poésie métisse, profondément populaire, à la fois combative et d'une grande fraîcheur, d'une grande délicatesse, enracinée dans les réalités et les rythmes de Cuba, notamment à travers ses " motivos de son ". Son oeuvre à cet égard est comparable à ce qu'a fait Federico García Lorca pour la poésie espagnole avec le Romancero gitano.
    Il est traduit ici par le poète Claude Couffon qui fut son ami et son introducteur en France.

  • Auteur du célèbre " Temps des Cerises ", tendre pastorale écrite en 1866 et devenue symboliquement la chanson de la Commune, Jean-Baptiste Clément, poète et révolutionnaire, chroniqueur, pamphlétaire infatigable, se donna à ses deux grandes passions : écrire pour le peuple, lutter pour l'égalité sociale. En effet, ce poète populaire se distingue car il conjugue engagement social et poésie, dans une oeuvre pleine de tendresse.
    Roger Bordier nous livre ici un choix de ses poèmes et chansons, que l'on pourrait qualifier d'élégiaques.

  • En Iran, la poésie libertaire a existé depuis toujours si l'on considère que Ferdowsi, auteur d'un Livre des rois (Chahnameh), au Xe siècle après Jésus Christ, a oeuvré durant une trentaine d'année pour libérer la langue persane du joug de l'envahisseur arabe. Une résistance autant culturelle que formelle qui vaut à l'Iran d'aujourd'hui de parler encore la langue perse héritée des ancêtres achéménides ou sassanides.
    Viennent ensuite d'autres générations de poètes réfractaires, marquant leurs préférences et leurs oppositions face à toute sorte de totalitarisme : idéologique, religieux, social... La liste est longue des tyrannies qui se succèdent sur le plateau iranien engendrant autant d'anticorps poétiques dont le plus fameux, le plus illustre, le plus populaire, celui traduit en un multitude de langues, Khayyam de Nichapour.
    Ses quatrains traduisent l'obsession d'une immanence radicale face aux promesses d'un arrière monde aléatoire. Vient ensuite Hafez de Chiraz dont le Divan, recueil de poèmes lyriques, constitue l'oeuvre maîtresse chère au coeur de tous les Iraniens, et que des " modernes " tels que Chamlou ont étudié, édité, avec une approche nouvelle suscitant parfois la polémique. Ils sont toujours là, aujourd'hui encore, ces monuments, habitant les coeurs et les pensées de voix contemporaines, phares en quête permanente de vitalité nouvelle.
    Extrait du Prélude

  • La poésie de Rouben Melik contient son histoire, son adolescence en Arménie à la veille de la guerre et son entrée dans la Résistance. Ce recueil contient : " Ce peu d'espace entre les mots ", " Contrefeu ", " Monsieur Colomb ", " L'ordinaire du jour ", " Un peu de sel sous les paupières ", " Variations de triptyques ", et un certain nombre de poèmes d'" Accords du monde ". Sa poésie s'apparente à celle de la génération des poètes de la Résistance par son humanisme mais s'en distingue par sa forme, souvent très complexe, tissée à la manière des arabesques orientales.
    Mais c'est d'une façon très moderne qu'il revisite les formes anciennes de la poésie, toujours attentif à la musicalité de la langue. Beaucoup de ses textes ont d'ailleurs été mis en chansons.

  • Cet ouvrage a pour ambition d'associer les éléments d'un état de la recherche en sciences humaines et sociales à propos des rapports sociaux de sexes et de l'espace urbain, mais aussi, et surtout, d'ouvrir des pistes opérationnelles utiles aux différents groupes acteurs de la ville, à toutes celles et tous ceux qui fabriquent quotidiennement la ville, en héritent et la transforment.

    Il regroupe autour d'une expérience de recherche-action développée à Gennevilliers par un groupe de chercheurs et chercheuses constitué en association Les Urbain.e.s depuis 2013, des échanges, des apports de différents terrains de recherches et d'action (à Lyon, en Grande-Bretagne, en Égypte, à Grenoble, en Espagne, aux Pays-Bas). L'approche est volontairement pluridisciplinaire émanant de géographes, psychologue, politiste, sociologues, urbanistes, architectes.

    Il s'agit de dépasser le constat d'espaces urbains trop souvent androcentrés pour offrir des orientations aux acteurs locaux aspirant à la construction d'une ville pour toutes et tous.

    Le constat est partagé : les normes de genre attribuant aux individus des rôles et des statuts spécifiques en fonction de leur sexe assigné, genre, sexualité, etc. supposent une pratique de l'espace public conditionnée. Les sentiments s'expriment différemment, mais ils révèlent pour la majorité des femmes une sensation d'exclusion, de n'être pas à sa place, de devoir surveiller son comportement, d'être moins acceptée voire vulnérable en cer­tains lieux, à certains horaires...

  • A l'occasion du centenaire de l'Humanité, voici un florilège des dessins que Georges Wolinski a fait paraître dans le journal. C'est dans ses pages que, jeune dessinateur, il a fait, à partir de 1977, ses "humanités" comme dessinateur politique. De l'eau a passé sous les ponts, mais miraculeusement ces dessins n'ont pas pris une ride. Ils sont toujours aussi vifs, gentils, féroces et rafraîchissants.
    C'est que les maux qu'ils épinglent n'ont pas disparu. Et que le talent est là et bien là.

  • Depuis plus de 10 ans, les ouvrages analysant la ville se succèdent. Les fractures françaises de Christophe Guilluy et Le Mystère français d'Emmanuel Todd parus respectivement en 2010 et 2013 sont peu à peu devenus des références dans l'ensemble du monde politique et plus largement pour tous ceux et toutes celles qui cherchent des éléments de réflexion et de réponse dans un contexte de crise. Les analyses de l'un et de l'autre s'appuient sur une fragilisation des classes moyennes, et sur une ethnicisation systématique des questions sociales, rencontrant un écho d'autant plus larges que les débats politiques tendent à ne tourner qu'au débat identitaire et à la communautarisation des territoires. Les rapports de classes, les incidences du système capitaliste sur l'aménagement et le vécu des territoires en sont complètement absents.
    Ceci est le point de départ de ce texte qui n'a d'autre ambition que d'être un partage de réflexions sur la ville contemporaine autant que de porter une réaction à ces propos médiatiques, par trop catégoriques, discutables sur le fond comme sur la méthode. Il s'agit alors de lire l'aménagement des territoires, l'urbanisme comme la traduction de rapports de dominations sociales et d'idéologies politiques et économiques fortes.

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