Leopard D'or

  • Le bestiaire du Roman de Renart, celui des cinq sens et des sept péchés capitaux, la composition des ménageries princières, la vision des couleurs au XIIIe siècle, les mutations du vert au XIVe, la naissance du noir et blanc au XVe, les usages médiévaux du gant et du sceau, l'histoire symbolique des arbres et du bois, l'histoire culturelle de la pomme...
    L'ouvrage de Michel Pastoureau conduit le lecteur sur des terrains variés. Tout au long de ce parcours, l'auteur souligne avec force combien l'histoire symbolique des animaux et des végétaux, des couleurs et des images, des signes et des songes, loin de s'opposer à l'histoire sociale, économique, politique ou religieuse, en constitue une des composantes essentielles. Pour l'historien, le symbole et l'imaginaire font partie de la réalité et doivent être étudiés comme des objets d'histoire à part entière.

  • Né dans l'Inde du Nord vers la fin du VIe siècle, le jeu d'échecs arrive en Europe occidentale aux environs de l'an mille. C'est alors un jeu oriental que la culture chrétienne doit entièrement repenser : nature et marche des pièces, couleurs de l'échiquier, règles et déroulement de la partie. Ces changements se font en plusieurs étapes, du XIe au XVe siècle. Mais il faut attendre le début de l'époque moderne pour que le jeu prenne définitivement le caractère que nous lui connaissons.
    L'ouvrage de Michel Pastoureau porte surtout sur la période féodale et envisage le jeu sous tous ses aspects : matériels, techniques, sociaux, idéologiques, symboliques. Il étudie la forme et la matière des pièces, leurs couleurs, leur nature, leur force sur l'échiquier. Il s'intéresse également aux joueurs et à la partie. Il montre comment l'important n'est pas tant de gagner que de jouer, exactement comme dans la guerre féodale où le but n'est pas de vaincre l'adversaire mais de le combattre. Le livre s'achève par une analyse détaillée de deux ensembles de pièces célèbres : le jeu italien dit « de Charlemagne », conservé à la Bibliothèque nationale de France ; et les pièces scandinaves de l'île de Lewis, conservées à Londres, au British Museum, et à Edimbourg, au National Museum of Scotland.

  • Un chirographe est un document sur lequel le texte d'une charte est écrit deux fois et dont chacune des parties contractantes reçoit une moitié. Une figure appelée « devise » est volontairement tracée sur la ligne de séparation : coupée en deux, elle retrouvera son unité lorsque les deux moitiés seront rapprochées et confirmera alors l'authenticité du document.
    Le chirographe qui nous est présenté ici date de 1177. Il est passé entre Mathieu III comte de Beaumont-sur-Oise et sa femme Eléonore de Vermandois, d'une part, l'abbaye Saint-Martin de Pontoise et son abbé Geoffroi, de l'autre. Le contenu de l'acte est banal, mais la devise chirographique est exceptionnelle : le Christ sur la croix, coupé en deux pour séparer l'acte en deux parties.
    L'ouvrage de Pierre Bureau nous propose une étude totale de ce document hors du commun. Une attention portée aux détails permet de faire le lien entre l'aspect matériel de l'acte et les enjeux qui se cachent derrière la figure du Christ. Un sermon contemporain de Hugues de Saint-Victor aide en outre à comprendre pourquoi le corps du Christ a été scindé en deux et à lui donner une dimension eucharistique. Dans ce document extrêmement pensé et soigneusement réalisé, rien n'est laissé au hasard, confirmant une fois de plus combien la société féodale -et d'une manière plus large la culture médiévale- ignore l'arbitraire du signe. Tout est signifiant.

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