Magellan & Cie

  • En 1900, les membres de la société secrète chinoise du Yihetuan, « Poings de justice et de concorde », surnommés « Boxers », se soulèvent contre la présence étrangère. Les puissances coloniales, présentes en Chine depuis la guerre de l'Opium de 1840, réagissent aussitôt, obligeant l'impératrice douairière Cixi à s'enfuir de Pékin. Voyageur sans pareil autour du monde, Pierre Loti (1850-1923), marin en mission, est témoin de cette répression. Il traverse les campagnes pour se rendre à Pékin où il fait deux séjours en 1900 et en 1901. Au sein de cette « Babel inouïe », il en profite pour découvrir une partie de la Chine jusque-là inconnue de l'Occident. Pour la première fois, ces lieux sacrés, temples, palais, jardins somptueux et énigmatiques, dévoilent leurs secrets. Entre l'horreur de la guerre et la splendeur de l'architecture chinoise, Pierre Loti contemple et admire des trésors longtemps ignorés : le temple du Ciel, la Cité interdite, le temple des Lamas, les fabuleux tombeaux des empereurs de Chine... et constate qu'une civilisation disparaît sous ses yeux.

  • Albert Londres est un phénomène ! Il est né à Vichy en 1884, et sa carrière de journaliste commence à Paris, au Matin, en 1906. Et ce que peu de gens savent, c'est qu'en 1914, réformé, il se rend à Reims, pendant le bombardement de la ville, comme correspondant de guerre. Ses papiers sur les débuts tonitruants de la guerre ont un énorme retentissement.
    Les assauts et les destructions subis par la cathédrale de Reims, décrits avec son style inimitable, émeuvent l'opinion publique, majoritairement catholique, et fièrement attachée à ce symbole. Il poursuit son périple en Belgique, sur la ligne de front, et donne ses papiers à un ryhtme très soutenu, toujours au Matin, puis au Petit Journal. La guerre vue par ses yeux prend une dimension humaine qui étonne, et son indépendance d'esprit s'exprime déjà en toute franchise. Il est près du peuple combattant, rencontre et interroge les haut-gradés, les généraux, et quelques têtes couronnées aussi déboussolées que leurs populations par la tournure des événements.
    Albert Londres se rend ensuite sur le front de l'Est et rend compte de ce qu'il intitule les « Questions d'Orient ». Comme Curzio Malaparte après lui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, Albert Londres est partout et ne s'en laisse pas compter. Tout mérite sa curiosité, au mépris du danger. À la lecture de ses papiers, la surprise est grande de vivre la guerre ainsi, survolant les lieux de combat, à la recherche de la vérité :
    La Serbie, la Grèce, les Dardanelles... On y est. Et quand il s'agira de faire le « procès » moral des immenses carnages causés par le conflit, et de l'aveuglement et de l'acharnement de leurs responsables, le journaliste dénoncera sans hésiter le « bourrage de crâne » : une leçon !

  • La baie de Rio de Janeiro.
    « Une entrée triomphale dans cette mer intérieure cerclée de hautes montagnes, hérissée de rochers en bataille, égayée de plages riantes, fleurie d'îles mystérieuses, mêlant à l'ombre claire des hautes frondaisons tous les éblouissements du ciel et de la mer dans les voluptés du soleil. À quatre heures, je suis sur le pont. Brouillard, petite pluie fine, nous ne verrons rien du tout. Des pointes de rochers émergent tout à coup des vapeurs qui, brusquement, les dérobent à nos yeux. Nous naviguons dans un nuage. Deux forts, Sao Joao et Santa Cruz, gardent l'entrée pour la bonne théorie. Dans une des dernières révolutions, ils échangèrent des coups de canon pendant tout un mois avec le fort voisin de Villegagnon, sous les yeux des habitants de Rio qui venaient se ranger aux quais pour juger les coups. Ils sont en crise de paix à cette heure.
    Plus loin, on nous signale la blanche silhouette du Minas Geraës, le formidable dreadnought qui depuis. mais n'anticipons pas. Puis ce sont les affreux clochetons de pâtisserie gothique dont l'empereur dom Pedro II crut devoir surmonter le plus ridicule palais dont jamais petite île fût déshonorée. »

  • Très jeune, Christophe Colomb (1451 ou 1452-1506) désirait, " connaître les secrets du monde ".
    Devenu cartographe et marin il voue son existence à la recherche d'une voie maritime qui permettrait de gagner les Indes par l'ouest. Il obtient les faveurs de la couronne espagnole et entreprend, le 3 août 1492, une première expédition. Il accoste sur l'île de Guanahani, dans l'archipel des Bahamas, puis découvre Cuba et Saint-Domingue. Premier des conquistadors, Colomb meurt en 1506 sans connaître l'importance fondamentale de ses découvertes.
    Lorsque Jules Verne entreprend de raconter les voyages de Colomb, la critique historique de la découverte du Nouveau-Monde vient juste de commencer, grâce à la publication, en 1875, de l'Historia de Las Casas, restée inédite depuis le XVIe siècle.

  • Naviguant pour le compte du roi d'Espagne, le Portugais Fernão de Magalhães (Magellan, 1480 env.-1521) longe la Patagonie en 1520 lorsqu'il découvre le fameux détroit traversant le sud de l'Amérique qui, désormais, portera son nom.
    Son expédition revint en Espagne en 1522, après avoir accompli, pour la première fois, le tour du monde ! Sans lui. Il fut tué dans un combat contre les indigènes aux Philippines le 27 avril 1521. Un seul des cinq navires de la flotte de ce grand capitaine a pu rejoindre l'Espagne avec seulement dix-huit hommes à bord. Mais ce premier périple, qui apportait la preuve pratique de la sphéricité de la terre, eut un retentissement considérable, en partie grâce à Antonio Pigafetta, l'historiographe de l'expédition, auquel Jules Verne se réfère.

  • Sidi Mohamed ben Youssef, dit Mohamed V une fois le titre de roi instauré en remplacement de celui de sultan, né le 10 août 1909 à Fès et mort le 26 février 1961 à Rabat, a été sultan (1927-1957), puis roi (1957-1961) du Maroc après l'indépendance en 1956.
    Il a soutenu à partir de 1944 le principal mouvement indépendantiste marocain, et s'est opposé à la poursuite de la domination française. En conséquence, les autorités françaises, dans le cadre du protectorat français au Maroc en vigueur depuis 1912, l'ont destitué le 20 août 1953, et contraint à l'exil (successivement en Corse puis à Madagascar) jusqu'au 16 novembre 1955.
    Mohamed V demeure pour beaucoup le « père de la nation marocaine moderne ». Il signe en mai 1956 un traité d'amitié avec la France qui maintient des forces armées au Maroc jusqu'en 1963.
    Sur le plan de la politique intérieure, il autorise la création de syndicats mais les troubles et les grèves le conduisent à prendre les pleins pouvoirs dans la dernière année de son règne.
    Sur le plan diplomatique, il soutient la décolonisation et l'émergence du Tiers-Monde en aidant le FLN algérien pendant la guerre d'Algérie puis en soutenant Patrice Lumumba et le Mouvement national congolais lors de l'indépendance du Congo belge en 1960.
    Il meurt le 26 février 1961 des suites d'une banale intervention chirurgicale. Son fils lui succéde huit jours plus tard sous le nom d'Hassan II.

  • En 1885, la France est en pleine expansion coloniale et toutes les grandes puissances internationales tentent d'élargir leurs territoires colonisés sur tous les continents. À cette même époque, Georges Clemenceau (1841-1929) est député de Paris à la Chambre des députés, mandat durant lequel la question de la colonisation et de son expansion prend une place importante dans les débats politiques. À ce sujet, deux discours ont marqués les esprits : celui de Jules Ferry le 28 juillet 1885 et la réponse de Georges Clemenceau le 31 juillet. Ce dernier s'oppose fermement au discours colonialiste de Jules Ferry en reprenant ses argument et en les démontant un à un. Ces débats sur les questions coloniales feront de Clémenceau le tombeur du ministère de Ferry en 1885.

    Le discours de Clemenceau s'appuie sur les propos de Jules Ferry et sur sa vision des colonies. Il répond à son collègue afin de mieux réfuter ses arguments. Quels que soient les thèmes abordés, Clemenceau est en désaccord profond et tente d'expliquer clairement sa vision de la colonisation. Il aborde la question économique en premier lieu. Présentant ses chiffres et les comparant à ceux de Ferry, il accuse la colonisation d'être responsable de nombreuses pertes pour la France. Cette dernière n'aurait aucun bénéfice à s'associer à de nouveaux pays. Mais la vision économique de la colonisation n'est pas la seule à poser un problème selon lui. Les questions d'ordre humanitaire le sont tout autant. Il réfute vigoureusement l'idée de « race supérieure » ou « inférieure » évoquée par Jules Ferry. Il prend alors l'exemple de l'Allemagne qui avait utilisé cet argument contre la France : « Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit !

    Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. » Enfin, pour lui, la France n'est pas encore capable de se lancer dans de nouvelles conquêtes. Elle doit se reconstruire et se consolider avant de se lancer dans une nouvelle guerre ? «Mais nous disons, nous, que lorsqu'une nation a éprouvé de graves, de très graves revers en Europe, lorsque sa frontière a été entamée, il convient peut-être avant de la lancer dans les conquêtes lointaines - fussent-elles utiles et, j'ai démontré le contraire -, de bien s'assurer que l'on a le pied solide chez soi et que le sol national ne tremble pas. Voilà le devoir qui s'impose ».

    Ce discours tient une place importante dans la vie politique de Georges Clemenceau et demeure toujours d'actualité aujourd'hui alors que la mondialisation est au coeur des débats actuels. Et la vision de celui que l'on présente généralement comme un humaniste (Jules Ferry) est, sur ce point et analysée au présent, très contestable, contrairement à la vision de celui qui est réputé le plus conservateur : Georges Clemenceau.

  • Louis-Antoine de Bougainville est né à Paris, le 13 novembre 1729. Fils d'un notaire, il fut d'abord destiné au barreau et se fit recevoir avocat.
    Mais, sans goût pour la profession paternelle, il s'adonnait particulièrement aux sciences et publiait un Traité de calcul intégral, tandis qu'il se faisait recevoir aux Mousquetaires noirs. Des trois carrières qu'il avait commencé à parcourir, il abandonna sans retour les deux premières, fit quelques infidélités à la troisième pour une quatrième, la diplomatie, jusqu'à ce qu'il la quittât définitivement pour une cinquième, la marine. Il devait mourir sénateur, après un sixième avatar.
    Des nombreuses carrières de Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811), Jules Verne relate celle qu'il fit dans la marine. De 1766 à 1769, il accomplit à bord de la Boudeuse un voyage de circumnavigation qui lui fit découvrir les îles Samoa et atteindre les Moluques. « Ce qui a rendu populaire le nom de Bougainville, c'est d'avoir été le premier Français qui ait accompli le tour du monde. »

  • En cherchant sans relâche un passage vers l'Asie par la route du nord-ouest, des navigateurs européens, au service d'Henri VII d'Angleterre et de François Ier, découvrent et explorent le Canada : Jean Cabot et ses trois fils atteignent le Labrador en 1497 ; à partir de 1514 les Français vont chasser la baleine et pêcher la morue à Terre-Neuve ; Verrazano, le premier à accoster là où plus tard se dressera New York, longe les côtes du Nouveau-Monde et Jacques Cartier remonte le Saint-Laurent.
    Ce passage introuvable, devenu un mythe, fait tomber les terres ingrates de la Nouvelle-France dans l'oubli jusqu'à l'arrivée de Champlain cinquante ans plus tard. Pour leur part, les Hollandais tentent la traversée du pôle nord mais le froid impitoyable qui y règne les enferme dans une prison de glace pendant tout un hiver.

  • Par sa situation géographique, l'Arménie se situe entre deux mondes : le monde oriental et le monde méditerranéen. Peu de pays ont une Histoire aussi tourmentée, ponctuée d'invasions, de guerres et d'occupations par des puissances étrangères. Et pourtant son riche héritage artistique démontre une volonté de survie incroyable en tant qu'entité nationale.

  • Jean-françois galaup, comte de la pérouse (1741-1788), fut chargé par louis xvi d'un voyage de découverte en 1785.
    Il partit avec deux frégates. la boussole et l'astrolabe et fit naufrage. on resta sans nouvelles de l'expédition pendant deux ans avant d'envoyer le chevalier d'entrecasteaux à la recherche de ce personnage de légende. ce récit met en valeur les aventures tragiques et les dangers innombrables qui sont le lot des explorateurs

  • Le jeune vénitien Marco Polo (1254 ou 1255-1324), accompagne son père et son oncle à la cour de Chine, où il accomplit de nombreuses missions au service de l'empereur Qubilai.
    De retour à Venise, en 1295, après vingt-cinq années d'absence, il est fait prisonnier par les Gênois. Il met à profit sa réclusion de trois ans pour raconter ses souvenirs d'un voyage extraordinaire à son compagnon de prison, Rusticien de Pise. Le Livre des merveilles du monde est longtemps apparu comme un récit fabuleux, puis les voyages suivants ont permis de reconnaître la justesse de ses propos et la pertinence de ses observations.
    Largement citée par Jules Verne, l'oeuvre de Marco Polo est le premier témoignage sur un monde asiatique alors totalement inconnu des chrétiens du XIIIe siècle.

  • Quand les deux frères Goncourt embarquent à Marseille, Edmond est âgé de 27 ans et Jules d'à peine 20. Ils partent, comme était parti Eugène Fromentin, «le crayon à la main, le pinceau dans l'autre.» Bien que férus d'orientalisme, que savent-ils de l'Algérie quand ils y abordent au matin du 7 novembre? Pas grand-chose, sans doute, si ce n'est l'image répétée par les témoignages de voyageurs ou de militaires que la presse publie régulièrement à grand renfort d'annonces. L'expédition d'Alger occupe une place considérable dans les journaux où sont reportés faits d'armes et incitations à s'y installer.
    Ces journaux propagent l'idée que ce pays vaste et videattend les entrepreneurs de toutes sortes et que des terres fertiles et abondantes y sont sans laboureurs. Quant à la population indigène, elle est présentée comme une population «inoffensive», vivant dans une nonchalance semblable à celle que l'on prête aux patriarches de la Bible.

  • James cook (1728-1779), ce " neuvième enfant d'un valet de ferme et d'une paysanne grandit en angleterre où il débuta comme mousse, puis étudia la géométrie et l'astronomie à halifax et fit le relevé des côtes de terre-neuve entre 1762 et 1767.
    Jules verne raconte ses trois voyages et fait une large place aux notes de cook. la description des moeurs des indigènes - avec lesquels il s'efforça d'être pacifique -, ses anecdotes pittoresques et les paysages sublimes de " l'océan austral " font de lui un découvreur hors du commun. il explora les îles de la société, les îles tubuaï et la nouvelle-zélande, l'antarctique, un passage par mer vers le nord, les îles sandwich (hawaï).
    L'océan arctique par ic détroit de béring

  • Victor Hugo écrit cet Eloge de Paris en 1866-1867 comme préface à un Paris-Guide destiné aux visiteurs de l'Exposition universelle de 1867. Il le fait depuis son lointain exil de Guernesey pour glorifier la "nouvelle Jérusalem" du genre humain.
    Prophète laïque et républicain déterminé, il profite de cette plaquette "commerciale" pour annoncer la nouvelle organisation du monde. Athènes, la cité de la Taison antique, et Rome, le siège affirmé de la chrétienté, on trouvé leur successeur. Paris est la ville où s'uniront le frambeau de la Liberté et l'incarnation de la Fraternité. Tous ceux qui viendront ici du monde entier repartiront comme des "baptisés", témoins d'une nouvelle façon d'exister ensemble.
    Le tribun qui fait trembler les puissants donne aux accents de son discours visionnaire le souffle de la générosité. La future "capitale de l'Europe" que Victor Hugo appelle de ses voeux n'aura pas eu de plus bel hommage que ces quelques pages lumineuses...

  • Pourquoi écrire ce livre aujourd'hui ? « Rien n'est trop beau pour le Maroc, a dit Lyautey », m'a-t-on affirmé à mon arrivée à Casablanca lors de l'ouverture de l'établissement de l'École supérieure de journalisme de Paris dans la capitale économique du royaume. La citation éveilla mon intérêt pour ce qu'y avait fait le grand homme.
    Plus d'un siècle après le début du Protectorat, les écrits sur Lyautey et son oeuvre au Maroc exposent des faits contradictoires. Il m'a paru indispensable de revenir sur les travaux publiés et d'aller au-delà de qui avait été fait en y apportant ma propre analyse. J'ai voulu avoir un regard nouveau en analysant les écrits, notamment des auteurs du Maroc ou américains. Les premiers sont rarement distribués en France et les deuxièmes peu pris en compte quand ils ne sont pas traduits en français.
    Pourquoi s'intéresser à Lyautey et au Maroc ? Sans avoir à remonter aussi loin que Jules César qui fit en grande partie ce que sa colonie romaine, la Gaule, devint avant d'être la France, la rencontre de l'homme et du Royaume chérifien est un des rares cas de l'histoire où un dirigeant exogène transforma radicalement le pays qu'il dirigeait.
    Deux livres majeurs permettent au lecteur d'en savoir plus sur ce sujet. Tout d'abord, pour le Maroc, le livre de Daniel Rivet, historien français, Lyautey et l'institution du protectorat français au Maroc, 1912-1926 (ouvrage publié en 1996, à partir de la thèse de l'auteur) est un vrai un travail de fond. En ce qui concerne Lyautey lui-même, je ne peux que recommander le livre d'Arnaud Teyssier, Lyautey, Le ciel et les sables sont grands (Perrin, 2004). Cette biographie est à la fois la meilleure et la plus récente synthèse sur la vie du maréchal où aucun thème n'est négligé. Normalien et énarque, Arnaud Teyssier sait écrire et faire vivre un personnage contradictoire. Enfin, le lecteur peut se reporter à la bibliographie en fin de cet ouvrage.
    Ce livre est volontairement focalisé sur Lyautey et le Maroc et leurs environnements respectifs.
    Lyautey n'est pas le seul homme à avoir « fait » le Maroc, mais son cas reste unique jusqu'ici. Si intéressante que fût la vie du maréchal, seul son rapport au Maroc est exceptionnel. Le royaume a aussi « fait » Lyautey.

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