Seuil

  • Ce livre tout à fait original est un petit essai d'histoire universelle. On pourrait dire aussi qu'il est une philosophie de l'histoire. Dans un style limpide et accessible, l'auteur traverse les siècles et les continents pour livrer une lecture surprenante, stimulante, de l'ascension et du déclin des empires depuis Rome jusqu'aux empires de Chine en passant par l'Islam, les Mongols et l'Inde des Moghols. Cette lecture audacieuse, qui place en son coeur les questions de la violence et de la paix, qui oppose le centre pacifique de l'empire et ses marges violentes, est inspirée de la pensée d'un grand théoricien de l'État et de l'Islam médiéval qui vécut au XIVe siècle, Ibn Khaldûn. Cette pensée universelle, d'une portée équivalente à celle de Marx ou de Tocqueville, l'une des seules sans doute qui ne soit pas née en Occident, est, plus qu'un fil rouge, l'armature de ce texte qui nous fait voyager à travers l'histoire des âges impériaux et entend aussi pointer tout ce que notre monde démocratique, né de la révolution industrielle, a d'exceptionnel - peut-être d'éphémère.

  • Pourquoi le patrimoine historique, architectural et urbain a-t-il conquis aujourd'hui un public planétaire ? Pourquoi sa connaissance, sa conservation et sa restauration sont-elles devenues un enjeu pour les Etats du monde entier ? Ni sa valeur pour le savoir et pour l'art, ni son rôle attractif dans nos sociétés de loisirs ne constituent des explications suffisantes.
    La recherche d'une réponse, qui engage plus profondément la nature de cet héritage dans son rapport avec l'histoire, la mémoire et le temps, passe, pour Françoise Choay, par une remontée aux origines, une archéologie des notions de monument et de patrimoine historiques. Cette investigation, poursuivie sur plus de cinq siècles, éclaire le culte actuel du patrimoine, ses excès, découvre ses liens profonds avec la crise de l'architecture et les villes.
    Ainsi, précieux et précaire, notre héritage architectural et urbain apparaît allégoriquement dans double rôle : miroir dont la contemplation narcissique apaise nos angoisses, labyrinthe dont le parcours pourrait nous réconcilier avec ce propre de l'homme, aujourd'hui menacé : la compétence d'édifier.

  • Les thuriféraires de la mondialisation, comme ses détracteurs, focalisent identiquement leurs analyses sur la collusion de l'économie et des nouveaux avatars, téléinformatiques, de la technique. Et, pour dresser leurs bilans ' positif ou négatif ', ils scrutent et traquent identiquement les effets du processus dans les mêmes champs multiples et hétérogènes de l'écologie et du droit, de la psychologie et de la sexologie, de la linguistique et de la morale, de la politique et des arts figuratifs' Mais dans cet inventaire borgésien, un domaine demeure, de part et d'autre, absent': celui de la spatialité, autrement dit, des modalités selon lesquelles les sociétés humaines construisent et vivent leur environnement spatial.
    À l'issue d'une série d'articles, écrits au fil des vingt dernières années, sur les figures multiples de la spatialisation et de son histoire (architecture, urbanisme, aménagement, protection du patrimoine), Françoise Choay découvre progressivement un propre de l'homme, ''la compétence d'édifier'', et les enjeux majeurs dont cette compétence est dépositaire à l'heure de la mondialisation.

  • Les sociétés industrielles, fondées sur une augmentation, inconnue jusqu'à elles, de la productivité et donc des ressources disponibles, étaient centrées sur les conflits entre classes sociales et politiques et sur la concurrence et les guerres entre États-nations. Elles ont remplacé les formes d'appel au sacré qui définissaient les sociétés antérieures par une interprétation purement sociale d'elles-mêmes.
    Leur déclin a donné naissance à un nouveau type de vie sociale, dont le sujet est le nouveau principe de légitimité, que résume bien la nouvelle devise : liberté, égalité, dignité. Ses promesses sont aussi riches que sont grands les obstacles à leur réalisation. Les technologies de l'information menacent d'être accaparées par des empires supranationaux susceptibles de dominer le monde de la subjectivité autant que celui des ressources matérielles. Face à des risques mortels pour l'humanité, l'environnement, en tant que conception élargie du monde social incluant des éléments naturels, devient un enjeu majeur de l'action collective.
    En liant ces différentes dimensions du nouveau monde qui émerge, Alain Touraine montre que de nouveaux acteurs sont appelés à remplacer ce que nous appelions les mouvements sociaux dans les sociétés industrielles. À la fois éthiques et démocratiques, ils doivent se faire les défenseurs des droits fondamentaux du sujet et combattre tous les types de pouvoir total.

  • Jamais les héros de l'Olympie moderne n'ont été si glorifiés.
    Mais jamais ils n'ont été si épuisés de courir après la performance, transformés en hommes-sandwichs de la publicité contemporaine. Pour répondre à ce paradoxe et comprendre la situation très actuelle du sport, Georges Vigarello mobilise la réflexion historienne en analysant le passage du " jeu " dans les sociétés d'Ancien Régime à l'invention du sport au XIXe siècle. De ce statut du jeu ancien à la fois pari et défi, volé aux temps sociaux de labeur et de culte, il ne reste presque plus rien quand il se métamorphose en compétitions institutionnalisées outre-Manche d'abord et, un peu plus tard, en France.
    Trouvant son autonomie, le sport engendre dès la fin du XIXe siècle une véritable contre-société calquant ses modèles méritocratiques et démocratiques sur ceux de notre société. Il se donne en miroir idéal. Il crée un mythe d'autant plus important que tendent à s'effacer par ailleurs transcendantes et idéaux. Le sport " donne à croire ". Il convient parfaitement aux exigences de l'image, du spectacle, de l'événement.
    Mais ses enjeux mêmes le soumettent à de nouvelles pressions : celles de l'argent, celles des médias. Ils favorisent dopage, trucages, malversations.
    Ce qui conduit à penser sans doute d'autres rapports entre le sport et la puissance publique. Ce qui conduit aussi à une attention toute particulière aux pratiques naissantes aujourd'hui.

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