• Ce « récit d'apprentissage » mêle témoignages de chantiers et réflexions théoriques sur le métier de charpentier et l'artisanat en général. Il questionne les vertus de la transmission dans une époque de disruption.

  • « Mon inquiétude égale mon impatience. Je ressens un doute, la création est comme un miracle, et le doute est conséquence de l'incertitude du miracle. » Un moine bâtisseur est chargé de la construction de l'abbaye du Thoronet. Une oeuvre qu'il veut pure, vraie, réelle. Jour après jour, il décrit la vie du chantier entre travail harassant et discipline de fer, les difficultés techniques, la lente marche vers l'édification du lieu saint. Les doutes assaillent l'architecte. Pour parvenir au chef-d'oeuvre distingué entre mille, il faut allier l'expérience du métier et la spontanéité de l'art, apprivoiser l'inconnu. La création est, d'abord, un acte de foi.

  • De la grande pyramide de Gizeh au Guggenheim Museum à Bilbao en passant par la Sagrada Família à Barcelone et l'opéra de Sydney, cet ouvrage explore, à travers 50 monuments emblématiques, les styles, les éléments architecturaux et les matériaux qui font l'histoire de l'architecture.

  • Qu'est-ce que la France ? Cette question, trop souvent laissée aux xénophobes, Jean-Christophe Bailly la reprend à sa manière. Avec une méthode particulière : sillonner le pays, et tenter à chaque étape, de saisir l'essence d'un lieu en quelques lignes. De Toulouse à Strasbourg, en passant par la Cité universitaire internationale ou le bordelais, il fait ressortir les histoires qui imprègnent les paysages de la France.

  • Deux textes à la portée écologique du géographe et libertaire français. Le premier, paru en 1880, est un traité de vulgarisation géographique en même tant qu'une médiation poétique et morale sur la montagne. Dans le second, il décrit les phénomènes naturels et les paysages au fil d'un ruisseau, de la source à l'embouchure.

  • Au-delà des théories classiques dont il retrace l'histoire en remontant à Platon ou à Vitruve, cet essai novateur propose une philosophie politique - et non pas simplement esthétique ou symbolique - de l'architecture.
    Partant du constat que la Révolution française s'est déroulée dans des rues et sur des places qui avaient été construites moins d'un siècle auparavant, et que les masses révolutionnaires n'auraient pas pu se rassembler si ces nouveaux espaces publics n'avaient pas existé, il s'interroge sur les conditions architecturales de la démocratie : quels types d'espaces rendent possibles ou impossibles certains types d'actes ou d'événements ? Où l'on apprend que le cours de l'histoire dépend de la construction de l'espace...
    Là où Michel Foucault avait étudié l'architecture en tant que technologie de pouvoir, Ludger Schwarte tente de cerner son rôle dans les mouvements d'émancipation. Si l'on conçoit les espaces publics comme des théâtres de l'action collective, alors la question est de savoir si leur configuration permet des interactions événementielles, des expérimentations créatrices. En ce sens, tout espace public authentique est fondamentalement anarchique.

  • Voici le portrait de celui qui deviendra le plus grand architecte du XXe siècle : Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier. La première partie du livre, Corbeau, relate ses débuts : de sa naissance en 1887 à La Chaux-de-Fonds à ses tentatives de devenir l'architecte du régime de Vichy. Cet artiste radical et magnifique fut-il fasciste ? Le livre entreprend avec nuances de répondre à cette question. Il deviendra en tout cas la figure emblématique de la Reconstruction et des années de l'après-guerre : une immense figure d'architecte. La seconde partie du livre, Fada, retrace cet autre versant de sa carrière, avec l'examen du destin tumultueux de la Cité radieuse de Marseille et de ses trois répliques. On est plongé dans les polémiques que suscita cette « machine à habiter » que son créateur présentait comme l'une des grandes oeuvres de l'histoire. Ce livre est la chronique de la construction d'un personnage et celle de la fabrication d'un mythe.

  • Si demeures et édifices rivalisent volontiers de pertinence et de splendeur, ils cristallisent également les passions. Cette anthologie n'a pas pour vocation d'opposer les déclarations d'intentions ni de dresser un inventaire des styles et des tendances, mais de rendre hommage, à travers une polyphonie de témoignages, à une discipline qui s'impose aux regards de tous, donnant la parole à quelques-uns de ceux qui contribuèrent à créer les espaces dans lesquels s'est forgée l'histoire des hommes. De ce choeur de voix se détachent notamment celle de Leon Battista Alberti, Alvar Aalto, Walter Gropius, Georges Eugène Haussmann, Victor Hugo, Friedensreich Hundertwasser, Alfred Kubin, Adolf Loos, Lewis Mumford, Le Corbusier, Christian de Portzamparc, Jean Prouvé, Camillo Sitte, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, Frank Lloyd Wright...
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  • Dans cette nouvelle édition, la première en poche, revue et augmentée, le géographe Jean-Robert Pitte livre des clefs pour la compréhension de notre environnement et affirme la centralité de l'aménagement du paysage dans la naissance et le développement de l'identité française.
    De la préhistoire aux aménagements les plus récents, l'auteur suit pas à pas les innombrables transformations du cadre de vie, dont nous sommes à la fois les héritiers, les auteurs, les utilisateurs et les observateurs. Urbanisme monumental et espace symétriquement ordonné de la Gaule romaine ; villes encloses de murailles et « blanc manteau d'églises » de la France médiévale ; cités nouvelles du grand siècle, surgies de l'imagination des princes; landes reboisées, marais asséchés, villes remodelées par l'industrie triomphante ; campagnes défigurées et surexploitées, mornes banlieues du XXe siècle : autant d'aspects, parmi d'autres, d'une aventure riche et fascinante, qui fait du paysage un témoin privilégié de notre histoire culturelle.
    En vingt ans, L'Histoire du paysage français est devenue : un classique, alliant la qualité de l'écriture, la saveur de l'érudition, l'originalité des idées et la volonté d'être accessible. Alors que la qualité de la vie et la qualité des paysages, inextricablement liées, constituent une préoccupation essentielle des Français, cette édition revue et mise à jour est plus que jamais d'actualité.

  • Rudy Ricciotti est un architecte qui a le sens des mots et le goût des sens et qui aime à se faufiler entre deux idées reçues.
    Dans cet ouvrage, l'architecte internationalement reconnu explicite les principaux combats qu'il mène depuis plusieurs décennies, interrogeant de manière iconoclaste les enjeux et les perspectives de sa profession. Avec un réalisme éloigné de toute langue de bois, il est question :
    Du salafisme architectural dominant les constructions contemporaines : une architecture qui refuse les signes de toute expression personnelle, pratiquant ainsi une forme d'exclusion contre les projets qui ne s'inscriraient pas dans le strict respect d'un minimalisme utilitaire à l'anglo-saxonne.
    De la fourrure verte dont se drapent tous les " tartuffes " au chevet de l'environnement avec comme étendard la norme HQE, alors qu'ils massacrent allègrement les savoirs faire des constructeurs, l'économie locale et la nature qu'ils s'imaginent défendre.
    De la pornographie de la réglementation dont les défenseurs et principaux bénéficiaires renouvellent le champ de pouvoir en multipliant règles et cadres normatifs, sans aucune concertation sur les réalités du métier.
    De la maîtrise d'ouvrage du Louvre et des coulisses du chantier du département des Arts de l'Islam, projet qui vit défiler trois Présidents de la République.
    Au gré des sujets, seront également abordés le lien entre art et architecture et quelques avis corrosifs sur d'autres travaux comme ceux de Rem Koolhaas.

  • Grands ensembles, centres commerciaux, gratte-ciel, gated communities et « grands projets » sont les principaux dispositifs architecturalo-urbanistiques qui accompagnent l'accélération de l'urbanisation partout dans le monde. Emblématiques de la société productiviste et construits au nom du « progrès » et de la « marche de l'histoire », ces désastres urbains n'ont en réalité comme seule fonction que de rentabiliser des territoires désincarnés et interconnectés.
    Cette enquête montre - visites de bâtiments, romans, essais, films ou rapports officiels à l'appui - comment ils façonnent l'uniformisation des paysages urbains, amplifient les déséquilibres sociaux, économiques et écologiques et contribuent à l'enfermement et à l'assujettissement de leurs habitants. Sans compter qu'ils se combinent aujourd'hui aux catastrophes dites « naturelles » (ouragans, tsunamis, séismes, inondations...) pour créer une instabilité et une dangerosité sans équivalent historique.
    Ce livre combatif vise à fournir des outils critiques pour les contester et faire advenir dans un avenir proche des alternatives architecturales, des expérimentations urbaines et des modes de vie ouverts et émancipateurs.

  • L'architecte Nicolas Gilsoul offre un bestiaire érudit et original des animaux peuplant nos villes. Il nous invite à nous reconnecter au vivant, pour dessiner de nouvelles perspectives sur l'art de concevoir la ville de demain avec le génie animal.
    « Vive les animaux ! D'accord. Mais vont-ils sauver nos villes ? » Erik Orsenna, de l'Académie française La moule zébrée va-t-elle sauver New York ? Le scorpion Tityus serrulatus terroriser les habitants de São Paulo ? Les kangourous s'ébattre dans la forêt de Rambouillet ?

    Saviez-vous seulement que toutes ces bêtes vivaient si près de chez vous ?

    En pleine crise de la biodiversité, nos villes sont devenues des jungles hybrides où se croisent bien plus de créatures que dans nos forêts.

    Bienvenue aux 33 000 sangliers clandestins des parcs de Berlin, aux léopards des faubourgs de Bombay ou encore aux coyotes de Chicago et aux cougars de Mulholland Drive.

    Certains ont muté, leurs comportements ou leurs physiques se sont transformés pour survivre à la ville. La souris de Brooklyn résiste aux polluants lourds, l'escargot d'Amsterdam combat l'îlot de chaleur urbain, l'hirondelle de la Côte est réduit sa voilure pour éviter les gratte-ciel.

    Au travers de 1 001 histoires de bêtes de villes, l'architecte Nicolas Gilsoul nous offre un bestiaire érudit de nos territoires et nous incite à nous reconnecter au vivant.

    En chemin il dessine de nouvelles perspectives sur l'art de concevoir la ville avec le génie animal. À l'évidence, observer des bêtes, ça rend intelligent.

  • L'un des ouvrages les plus célèbres au monde sur l'univers marin.
    Vendu à 1 000 000 d'exemplaires, traduit dans 30 langues, La Mer autour de nous constitue la grande porte d'entrée sur l'univers marin. Cette synthèse vibrante et passionnée, destinée au grand public, a influencé plusieurs générations d'océanographes.
    Pour tous les lecteurs, à partir de 12 ans.

  • Environ 2 500 monuments ou sites protégés par l'État en raison de leur intérêt historique, artistique ou architectural exceptionnel sont présentés dans ce guide unique en son genre, véritable manuel de « savoir-visiter ». Il s'adresse à celles et ceux qui veulent découvrir l'extraordinaire diversité du patrimoine français sous toutes ses formes, des plus modestes aux plus grandioses, des plus anciennes aux plus contemporaines. Ouvrage de référence sur le patrimoine de la France, il recense par régions, départements et communes les édifices et sites protégés visitables tout au long de l'année.
    Depuis sa première édition, son succès ne s'est jamais démenti ; il est aujourd'hui proposé dans une nouvelle version entièrement revue et augmentée, avec 2 500 adresses pour multiplier les opportunités de visites.
    De nombreux outils permettent au lecteur de tirer le meilleur profit du guide : cartes, pictos, logos, index, Sillonnez la France de long en large, du phare de Cordouan à la maison de Jean de La Fontaine, du château d'If aux sites mégalithiques de Bretagne, ou de la Cité radieuse de Le Corbusier à la villa Cavrois !

  • Réédition au format de poche de ce recueil de textes d'anticipation, entre essai et fiction, qui invite à imaginer de nouvelles formes de futurs partagés. 2011, les printemps arabes ont donné le ton à d'autres révoltes. Un mouvement mondialisé s'étend, c'est l'Haraka. Les productions industrielles, les États et toutes les hiérarchies vacillent. Des dynamiques populaires s'entrechoquent pour répondre aux nécessités de la survie et dessiner un futur habitable. 2021, les communes libres s'épanouissent sur les ruines du système. Comment vivre avec l'héritage de l'Antémonde ? Comment faire le tri des objets et des savoirs d'une époque aux traces tenaces ? Les haraks dessinent leur quotidien en fonction de leurs ressources et de leurs rêves. Des dynamos aux rites funéraires, des nouilles instantanées aux assemblées, la routine collective s'élabore pour bâtir un monde qui s'espère sans dominations.

  • Lanceur d'alerte avant l'heure, Pierre de Lagarde a fait connaître les dangers courus par les monuments et les sites, dénoncé les vandales, parfois haut placés, et mobilisé l'opinion pour que soit respectée et mise en valeur l'extraordinaire richesse de notre patrimoine.
    Créateur de l'émission « Chefs-d'oeuvre en péril » - expression devenue proverbiale -, il nous fait revisiter avec son fils Olivier des endroits secrets, les plus beaux villages, les abbayes les plus émouvantes et les hauts lieux de chacune de nos régions.
    L'histoire, l'architecture et la littérature sont présentes à chaque page, tant le patrimoine est lié à notre culture, mais Pierre de Lagarde est avant tout un reporter qui sait rendre le passé vivant et présent, et marquer d'images et de personnages les mémoires.

  • À quoi ressemble un monde qui a réussi à rester sous 1,5ºC, et comment pourrions-nous y parvenir ? Julien Dossier propose de relever un tel défi en adaptant l'Allégorie des Effets du Bon Gouvernement, une fresque peinte par Ambroggio Lorenzetti à Sienne en 1338. La version contemporaine qu'il a conçue se décompose en 24 chantiers, et donne les clés de la Renaissance Écologique.

  • À partir de la fin des années 1950, le Japon, largement détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, entame un cycle de Haute croissance économique.
    Pendant une dizaine année, jusqu'au choc pétrolier de 1973, une nouvelle génération d'architectes va développer des projets utopiques et visionnaires dont les enjeux sont de contrôler et de développer la croissance urbaine.
    Véritable livre d'art, l'ouvrage richement illustré propose plusieurs projets et réalisations datant des années 1960 et 1970 photographiés en 2017 par Jérémie Souteyrat présentés par Benoit Jacquet précédé par une interview réalisée par l'historien de l'architecture Fujimori Terunobu auprès d'un des architectes phares du mouvement métaboliste, le très médiatisé Kurokawa Kisho (1934-2007).

  • La désobéissance de l'architecte est, par le biais d'une conversation avec Renzo Cassigoli, une biographie de Renzo Piano qui, de Gênes, nous mène au centre Georges-Pompidou, à Paris, de la Potsdamer Platz de Berlin à l'auditorium de Rome, du centre culturel Djibaou, en Nouvelle-Calédonie, au musée de Sarajevo, mais c'est aussi le manifeste d'un créateur enthousiaste, frondeur et réaliste, qui poursuit une véritable réflexion sociale sur les villes et les banlieues, enrichie d'une pensée éthique et esthétique sur le sens que nous entendons donner à nos vies.

  • Rénover une vieille bâtisse est une démarche qui engage au-delà de la quête d'un toit. Accomplissement d'un rêve, choix de vie mûrement réfléchi, souvent lié à un désir profond de retour à la terre et au rythme des saisons, cette aventure nous projette dans la réalité d'un monde naturel à (re)découvrir. Par ce cheminement, on apprend les traditions, les formes, les coloris, les savoir-faire locaux, les règles bioclimatiques, la transition énergétique, les matériaux écologiques. Ce nouveau titre de la collection Je passe à l'acte offre toutes les ressources nécessaires à la conduite d'un tel projet suivant les étapes proposées par le sommaire : Pourquoi. S'entourer. S'équiper. Se lancer. Tenir bon. Et après.

  • Michel Pastoureau, grand historien de la symbolique, retrace ici l'histoire de quarante animaux célèbres - à des titres divers puisque l'on y croise aussi bien l'âne de Buridan, le cheval de Troie, les abeilles de Napoléon que Mickey et Donald ou bien encore Dolly, la brebis clonée. Il révèle avec style et érudition ce que l'animal peut apporter à l'histoire sociale, économique, religieuse et culturelle.
    Chacun des quarante chapitres se compose de deux parties : une exposition des faits et légendes concernant l'animal qui peut avoir existé ou être mythologique, ou biblique, suivie d'un commentaire historique.

  • L'architecture peut-être comparée à une langue, composée d'éléments, de matériaux et techniques qui se combinent en «  syntaxe-édifice  ». Ces composantes   façades, fenêtres, escaliers, chapiteaux...  sont présentées dans ces pages. Elles concernent des bâtiments civils ou militaires, résidentiels ou religieux, édifiés sur une période couvrant quelque 2  000  ans. Leur analyse aidera le lecteur à mieux appréhender les significations symboliques de l'architecture.

    Construire répond toujours à une nécessité   s'abriter, se protéger. Le bâtisseur dépend, en tout temps et tout lieu, des lois de la nature. Il est aussi tributaire des données technologiques et scientifiques de son époque, des commanditaires et des finances allouées à son projet. De plus, la figure de l'architecte, porteur d'une représentation et d'une interprétation du monde qui lui sont propres, confère son caractère unique à l'ouvrage achevé. À partir de la phase préliminaire du projet, l'architecte doit trouver des solutions concrètes  : dessins, plans, voire conception par ordinateur, marquent ce travail de création, précédant la phase de réalisation, où l'ornementation joue un rôle important.

    Les entrées de ce guide, classées par thèmes (sans nécessairement suivre l'ordre chronologique), permettent de reconstituer les fondements du langage architectural. Elles sont accompagnées d'exemples commentés, le plus souvent empruntés à l'Occident. En fin d'ouvrage, on trouvera des édifices tenus pour des archétypes de l'histoire de l'architecture depuis la Grèce antique jusqu'à des exemples du Proche-Orient ou du Japon.

    L'ouvrage est complété par un index général et un index des artistes et des lieux.
     

  • C'était à Paris, en janvier 2015. Comment oublier l'état où nous fûmes, l'escorte des stupéfactions qui, d'un coup, plia nos âmes ?
    On se regardait incrédules, effrayés, immensément tristes.
    Ce sont des deuils ou des peines privés qui d'ordinaire font cela, ce pli, mais lorsqu'on est des millions à le ressentir ainsi, il n'y a pas à discuter, on sait d'instinct que c'est cela l'histoire.
    Ça a eu lieu. Et ce lieu est ici, juste là, si près de nous. Quel est ce nous et jusqu'où va-t-il nous engager ? Cela on ne pouvait le savoir, et c'est pourquoi il valait mieux se taire ou en dire le moins possible - sinon aux amis, qui sont là pour faire parler nos silences. Ensuite vient le moment réellement dangereux : lorsque tout cela devient supportable. On ne choisit pas non plus ce moment. Un matin, il faut bien se rendre à l'évidence : on est passé à autre chose, de l'autre côté du pli. C'est généralement là que commence la catastrophe, qui est continuation du pire.
    Il ne vaudrait mieux pas. Il vaudrait mieux prendre date. Ou disons plutôt : prendre dates. Car il y en eut plusieurs, et mieux vaut commencer par patiemment les circonscrire. On n'écrit pas pour autre chose : nommer et dater, cerner le temps, ralentir l'oubli.
    Tenter d'être juste, n'est-ce pas ce que requiert l'aujourd'hui ? Sans hâte, oui, mais il ne faut pas trop tarder non plus. Avec délicatesse, certainement, mais on exigera de nous un peu de véhémence. Il faudra bien trancher, décider qui il y a derrière ce nous et ceux qu'il laisse à distance. Faisons cela ensemble, si tu le veux bien - toi et moi, l'un après l'autre, lentement, pour réapprendre à poser une voix sur les choses. Commençons, on verra bien où cela nous mène. D'autres prendront alors le relais. Mais commençons, pour s'ôter du crâne cet engourdissement du désastre.
    Il y eut un moment, le 7 janvier, où l'on disait : douze morts, et on ne connaissait pas encore les noms ; on aurait pu deviner en y pensant un peu mais on préférait ne pas. Nous sommes encore dans cette suspension du temps, ne sachant pas très bien ce qui est mort en nous et ce qui a survécu dans le pli. Maintenant, un peu de courage, prendre dates c'est aussi entrer dans l'obscurité de cette pièce sanglante et y mettre de l'ordre. Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n'écrit pas autre chose.
    Des tombeaux.

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