Societe Archeologique De L'est

  • Connues sous le nom de Schlitzgruben par les archéologues néolithiciens allemands, les « fosses à profil en Y-V-W » - selon l'appellation champenoise - ont vu leur nombre se multiplier récemment grâce aux décapages de grande envergure menés dans le cadre d'opérations d'archéologie préventive, notamment dans le nord de la France. C'est pour faire le point sur cette question encore très neuve et éclairer les problèmes que posent ces structures qu'a été organisée la table-ronde internationale « Chasse, culte ou artisanat ? Les fosses 'à profil en Y-V-W' : structures énigmatiques et récurrentes du Néolithique aux âges des Métaux en France et alentour » qui s'est tenue à Châlons-en-Champagne en novembre 2010. Les Actes qui constituent le contenu de cet ouvrage rassemblent dix-sept contributions concernant principalement le nord de la France, mais également la Belgique, l'Allemagne, la Norvège et le Japon - illustrant l'universalité de cette question -, ainsi que les discussions qui les ont suivies. La diversité des approches, tant sur le plan géographique que chronologique, la variété des situations exposées, le recours à l'ethno-archéologie, la prise en compte de datations radiocarbone enrichissent sérieusement le débat et provoquent un intérêt nouveau pour cette problématique. Il est maintenant clair qu'une organisation spatiale commence à être perçue et que ces fosses ne sont pas le fruit du hasard. Leur typologie et leur datation se précisent, les principales phases d'utilisation se situant du Néolithique à l'Âge du Fer. Cet ouvrage constitue une base indispensable pour le développement de nouvelles études que cette question va sans aucun doute susciter.

  • Dans le cadre d'une réflexion plus large, menée depuis quelques années, sur le statut et la fonction des sites d'habitat hallstattiens du Nord-Est de la France, il a paru indispensable d'accéder à une meilleure approche comparative de la chronologie des sites, en même temps qu'à une meilleure caractérisation de leur niveau économique et de leurs activités, par le biais de la catégorie de mobilier archéologique la plus largement commune à tous les sites d'habitat protohistoriques : la céramique. Du fait des disparités constatées dans le niveau d'étude de la céramique de chaque site, la comparaison s'avérait a priori difficile, et il a donc fallu mettre au point un système descriptif et analytique normalisé, dans lequel puissent s'intégrer, malgré leur diversité, les données relatives aux corpus céramiques de tous nos gisements.Le choix s'est porté, pour chaque région, sur les corpus les mieux documentés ou les plus représentatifs pour chacune des phases. Les sites retenus correspondent presque tous à des fouilles récentes et ont été explorés pour la plupart dans le cadre d'opérations préventives. Un peu moins de quarante sites ont ainsi été recensés. Même s'il n'a pas l'ambition de se constituer comme un répertoire intégral du matériel céramique du premier Âge du Fer en Alsace et Lorraine, l'ouvrage que nous présentons doit permettre un accès rapide et facile à l'évolution morphologique et technique du mobilier et à la datation des sites. Nous proposons donc dans un premier temps une analyse des tendances évolutives, forme par forme, ainsi qu'une étude de l'évolution des décors. Nous tentons ensuite un bilan par grandes phases chronologiques (BF IIIb, Ha C, Ha D1, Ha D2-D3, LT A) et par régions, qui s'achève par un commentaire raisonné sur l'évolution de la céramique, ses grandes innovations, ses grandes césures, ainsi que sur la possibilité de mieux caractériser des faciès culturels régionaux.

  • Le dépôt de vaisselles de bronze d'Évans (Jura) a été découvert fortuitement en juin 1998 dans une doline proche de la vallée du Doubs. Ce lot exceptionnel de quarante-neuf récipients au moins représente à l'échelle européenne l'ensemble le plus important de vaisselles métalliques du Bronze final par le nombre et par la variété des récipients qui le composent. À côté de formes classiques comme les coupes et tasses de Kirkendrup-Jenišovice, de Fuchstadt et le chaudron, cet assortiment comprend en outre des récipients uniques, comme la jarre biconique, ou jusqu'ici connus en quelques unités seulement comme les bouteilles, les passoires et les puisoirs. Il constitue ainsi un référentiel typologique étoffé de cette catégorie de biens de prestige. Sa position géographique dans le contexte de la culture Rhin-Suisse-France orientale, très excentrée vers l'Ouest par rapport aux autres grands dépôts européens de vaisselles métalliques, constitue une nouveauté. Un bilan des vaisselles métalliques contemporaines représentées en France et dans le domaine lacustre suisse permet d'évoquer, à l'échelle de l'Europe, la complexité des pratiques de dépôt et de leur dynamique évolutive tant du point de vue de la chronologie que de la géographie. Le dépôt d'Évans offre l'opportunité de revisiter plusieurs questions, souvent débattues, quant à la fabrication, la diffusion et la symbolique de ces ustensiles particuliers dont la maîtrise technologique et les savoir-faire mis en oeuvre font ici l'objet d'un développement approfondi. Parmi les questions posées, celle de l'origine des vaisselles est primordiale pour la lecture et la compréhension d'un tel ensemble. Déjà illustrée par le dépôt de Blanot, la distinction entre une production « orientale » et une production « occidentale », ne vient pas ici à l'encontre des hypothèses déjà émises, bien que l'approche du cheminement de ces produits à l'échelle de l'Europe, ainsi que celle des modèles et des copies et des transferts de technologie, restent encore largement ouvertes. À cet égard, les différents modèles de coupes et tasses de Kirkendrup-Jenišovice, qui représentent ici les deux-tiers de l'ensemble, constituent une base d'analyse privilégiée. Le dépôt d'Évans nous invite aussi à nous interroger sur l'aspect social des dépôts de vaisselles de prestige. Offrandes aux divinités, services d'apparat ou liturgiques pour les uns, récipients « désacralisés » incorporés par fragments dans des dépôts de recyclage pour les autres, ces assemblages non aléatoires sont au centre de plusieurs pistes d'interprétations et d'interrogations qui peuvent refléter tout à la fois des aspects fonctionnels et symboliques, et se distinguer par la diversité du choix et de la disposition des objets qui les composent. Dans une logique d'appropriation et de sacralisation des territoires, la position du dépôt d'Évans, sur deux axes majeurs de franchissement du Jura central et de circulation entre Rhône et Danube, nous conduit enfin à replacer cet ensemble hors norme dans son contexte territorial et culturel, au contact des différentes zones d'influence des groupes de la culture Rhin-Suisse-France orientale aux XIIe-Xe siècles avant notre ère.

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