Lettres et langues

  • " La littérature est l'essentiel, ou n'est rien. Le Mal - une forme aiguë du Mal - dont elle est l'expression, a pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l'absence de morale, elle exige une " hypermorale ". La littérature est communication. La communication commande la loyauté : la morale rigoureuse est donnée dans cette vue à partir de complicités dans la connaissance du Mal, qui fondent la communication intense. La littérature n'est pas innocente, et, coupable, elle devait à la fin s'avouer telle. L'action seule a les droits. La littérature, je l'ai, lentement, voulu montrer, c'est l'enfance enfin retrouvée. Mais l'enfance qui gouvernerait aurait-elle une vérité ? "

  • Spécialiste des Lumières, Robert Darnton a développé une approche anthropologique par le biais de l'histoire du livre et de la lecture. Pour ce faire, il a puisé dans un fonds inédit, les archives de la Société typographique de Neufchâtel, fondée en 1769 - une correspondance de 50 000 lettres, les états des stocks, les pièces comptables, les livres de commandes qui recréent l'univers du livre, des imprimeurs, colporteurs, libraires et lecteurs pendant les vingt dernières années de l'Ancien Régime.

    Or, il s'y trouve le carnet tenu au jour le jour par un commis voyageur, Jean-François Favarger, qui entreprend, pour la STN en 1778 et pendant plusieurs mois, un tour de France littéraire en rendant visite aux libraires (un quadrilatère de Pontarlier et Besançon jusqu'à Poitiers et La Rochelle puis Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Marseille, retour par Lyon et Bourg-en-Bresse). Il prend des commandes, classe les libraires en partenaires fiables ou aventuriers mauvais payeurs, affiche des valeurs calvinistes rigoureuses (se défier d'un libraire catholique, bon bougre mais qui a trop d'enfants et conséquemment ne se concentre pas assez sur son commerce). Il négocie des traites ou des échanges d'ouvrages publiés par la STN contre d'autres succès imprimés par les libraires-éditeurs et livrés dans des balles de feuilles non reliées et mélangées avec des ouvrages édifiants et autorisés car le commerce porte sur des textes soit censurés, soit interdits puisque piratés en violation du privilège des éditeurs parisiens ; enfin, il évalue les risques des voies empruntées par les colporteurs-passeurs à la barbe des douaniers ou avec leur complicité, tant la corruption règne.

    Cette chaîne du livre, depuis les entrepôts de la STN jusqu'aux mains des lecteurs, permet enfin d'évaluer ce que furent à la STN les meilleures ventes des Lumières en dehors des élites politiques et sociales : Anecdotes sur Mme la comtesse du Barry de Pisandat de Mairobert ; l'An 2440 de Mercier ; le Mémoire de Necker ; La révolution opérée par M. de Maupeou de Mouffle d'Angerville ; l'Histoire philosophique de l'abbé Raynal, loin devant La Pucelle d'Orléans de Voltaire.
    Il s'agit donc ici d'un livre essentiel à la compréhension des Lumières et des origines culturelles et intellectuelles de la Révolution.

  • De l'avis de nombreux observateurs, il ne resterait plus grand-chose, aujourd'hui, de la civilisation et encore moins de la langue de "nos ancêtres" les Gaulois : juste une "présence imperceptible" dans le français. Depuis plus de 2 000 ans, cette langue et cette civilisation n'ont-elles pas été balayées par la victoire des troupes de César ?

    On ne peut nier que le latin ait été adopté en Gaule "romaine" ni que cet ancien idiome du Latium soit la base de notre langue. Cependant, tout ce qui était celte a-t-il été écrasé, anéanti, exterminé ? Non ! Un grand village de mots gaulois a résisté, et résiste encore, à l'envahisseur romain ! Voici le premier livre qui leur est entièrement consacré, qui nous les fait connaître, les éclaire, en retrace le parcours étonnant.

  • Le grand romancier est celui qui, tel le Voyant de Rimbaud, montre un réel qu'on n'a pas vu ou, dans le réel, ce qu'on n'y aura pas vu.
    Dans Soumission, Michel Houellebecq creuse son sillon ironique en proposant l'aventure de la collaboration : ce livre est en effet le grand roman de la collaboration.
    La soumission aux puissants du moment relève de l'éthologie : elle suppose la fascination des âmes en peine pour la puissance qui les méprise et veut leur sujétion.
    Soumission est un miroir tendu à la face des collaborateurs ; comment ceux-là auraient-ils pu s'y mirer sereinement ?
    La réception de cette oeuvre renseigne sur le fonctionnement de notre époque. L'intelligentsia, si prompte dans l'histoire à jouir de la botte qui lui écrase le visage, s'est grandement déchaînée contre l'homme qui annonce le cancer et qu'on rend responsable de la maladie qu'il diagnostique.
    Ce miroir du nihilisme fait de Michel Houellebecq un éducateur au sens que Nietzsche donnait à ce mot quand il parlait de Schopenhauer.

  • Dix-sept poétesses ont composé en Occitanie médiévale entre 1170 et 1240 des pièces lyriques, des lettres et des débats. Pour autant nous ne détenons de cet âge d'or, antérieur à la Croisade des Albigeois, que des fragments épars, des pièces isolées, des capitales ornées et de rares notations musicales. Il est pourtant assuré que trobairitz et troubadours disposèrent d'un réseau d'échanges et mobilisèrent des jongleurs pour relayer leur production poétique sur de vastes territoires. Ce sont approximativement trente-quatre poèmes qui nous sont parvenus, soit 1,2 % de la lyrique occitane. Ces poétesses composèrent en langue d'oc, une langue de culture relativement homogène. Leur appartenance à la noblesse, leur éducation et la liberté probable dont elles jouissaient les y disposaient. On redécouvre aujourd'hui qu'elles furent considérées en leur temps, et par leurs pairs, comme des autrices à part entière, pratiquant des genres littéraires qui n'étaient pas mineurs. Aucun "genre des genres", selon l'expression de Christine Planté, n'est à déplorer les concernant, pas de territoire inférieur où l'écriture, parce que "féminine", se serait exercée en des formes littéraires basses et marginales. Elles embrassèrent ce qu'il y avait de mieux : cansos, tensos, sirventés et saluts.

  • S'appliquant au concept de littérarité remis récemment en débat, la réflexion proposée ici s'intéresse au domaine latin, qui reste de ce point de vue largement inexploré. L'arc diachronique représenté, de l'Antiquité au Moyen Âge et à la Renaissance, offre à l'étude un espace culturel où la notion de tradition est vivante, marqué initialement par l'appropriation des codes culturels hellénistiques, et qui a vu ensuite le passage du paganisme au christianisme engendrer ses propres effets. Par une attention portée tour à tour aux positions de l'auteur et du récepteur, aux modes de production et aux mécanismes de validation, aux définitions en creux ou par défaut de la littérarité, les contributions mettent au jour un certain nombre de critères en fonction desquels il apparaît qu'un texte est perçu ou défini comme « littéraire ». Cette diachronie longue permet d'éclairer l'évolution qui a progressivement amené un resserrement de la notion, notamment à propos de genres qui, de nos jours, ne sont plus jugés relever de « la littérature » (histoire, littérature spirituelle ou didactique...). Cette réflexion sur la nature du fait littéraire se situe ainsi au confluent de divers champs d'expression ou disciplines et a vocation à éclairer la conception de la littérarité dans l'Europe classique et contemporaine tandis que son avenir suscite interrogation à l'heure où la disparition du livre de papier est presque annoncée. Avant de pouvoir se demander si d'autres configurations peuvent présider à une nouvelle naissance du fait littéraire, on est revenu à son moment d'origine, dont il ressort une mise en valeur du sens sociétal et personnel des productions littéraires en continuel réaménagement.

  • Un essai : étude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'oeuvre : approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse.
    Un dossier : bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse. éclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents.
    Un ouvrage efficace, élégant. une nouvelle manière de lire.

  • Le XVIe siècle est, pour l'Italie, une période de bouleversements politiques et religieux, mais aussi de changements socio-culturels importants. À cette époque, tout langage - entendu comme « système de signes permettant la communication entre individus qui partagent un même répertoire de règles » - est interrogé, remis en question, refondé : écrivains et artistes se mettent en quête de normes et modèles qui puissent aboutir à un code partagé. Cet ouvrage se propose de rendre évidents certains des nombreux parcours normatifs qui animèrent l'Italie du Cinquecento.

  • Le Banquet des Savants (ou Deipnosophistes) d'Athénée de Naucratis, est une oeuvre incontournable de la culture antique.
    Autour d'un opulent banquet fictif, l'auteur, un grec d'Égypte des II e -III e s. p. C. convoque, par le biais d'un jeu de citations érudites, toute la littérature et la culture gréco romaine antérieure, sur toute sorte de sujets. Jusqu'ici seuls les deux premiers livres sur les 15 que compte l'ouvrage avaient fait l'objet d'une édition scientifique en France. Le livre XIV, l'un des plus riches et des plus longs, est enfin disponible en français, avec édition du texte grec et apparat critique. Ce travail collectif s'appuie aussi sur de nombreuses notes pour éclairer les détails érudits et sur des études de synthèse à propos de l'auteur, des procédés de citations et des sujets abordés. Grâce à Athénée, vous saurez tout sur les artistes du rire (mimes, farceurs..), sur les instruments de musique, sur les danses et sur les nombreux gâteaux que Grecs et Romains mangeaient au cours de leurs riches banquets...
    Vous entrerez dans l'intimité d'un cercle de lettrés où la recherche du bon mot, de l'anecdote savante et rare, dirige les échanges entre banqueteurs. Vous aurez ainsi un aperçu de la culture antique, à une époque où la conquête romaine et l'extension de l'empire ont pu provoquer une forme de « globalisation », non sans rappeler ce que nous connaissons dans nos sociétés à l'heure de la mondialisation.

  • Fille, soeur et épouse de cinq rois de France, Marguerite de Valois (1553- 1615) est devenue après sa mort la première autrice d'un best-seller avec ses Mémoires, publiés en 1628, prototype et modèle reconnu d'un genre littéraire fécond... avant d'être saisie par la légende et transformée en "reine Margot". Sa vie durant, jeune princesse, puis reine de Navarre, puis reine exilée, et enfin - une fois démariée - Reine Marguerite réhabilitée dans sa cour parisienne, elle s'entoura de femmes et d'hommes de lettres qui fréquentèrent ses cercles ou la choisirent pour dédicataire. Elle-même écrivit des discours, des poésies, des centaines de lettres, et entreprit le récit de sa vie.

    Les contributions réunies dans cet ouvrage examinent d'abord, outre certains de ses propres écrits, (es textes de poètes, prosateurs et traducteurs qui l'entourèrent ou s'adressèrent à elle, afin de cerner l'influence culturelle qui fut la sienne. Un second volet s'intéresse au foisonnement des oeuvres inspirées par sa figure, du calomnieux pamphlet qui fit sa légende noire aux fictions télévisuelles des années 60 et 70, en passant par les écrits des princesses qui prirent la plume à son image, les dictionnaires qui colportèrent sa double réputation de femme savante et de débauchée, et les artistes qui la mirent en scène, au roman comme à l'opéra.

  • Le présent ouvrage s'intéresse à une sélection de poèmes de l'important corpus de l'Anthologie latine, les poèmes étudiés constituent d'une certaine manière une forme d'aboutissement de la production poétique parce qu'ils se situent à un moment chronologique déterminant qui fait charnière entre l'Antiquité et le Moyen-Âge et qui constitue la fin d'un monde culturel.
    Dans le renouveau des études sur l'Anthologie latine, fondé principalement sur la réédition des textes, cet ouvrage, par son questionnement à la fois large et précis, traite de manière originale de la problématique continuité/innovation, par la variété de ses approches. À ce titre, il est une contribution importante à la compréhension et à la diffusion de ces textes.

  • À la fin de la Renaissance, le chemin de Constantinople est bien connu et la bibliothèque sur le Levant est vaste. Des gentilshommes curieux rejoignent la Porte. Dans leurs récits ils posent à neuf la dialectique maintenue par la prose viatique entre expérience personnelle et utilisation des ressources livresques.

  • Dans son oeuvre immense et diversiiée, comme dans sa vie conçue et assumée comme une oeuvre, Mahmoud Darwich résume et incarne l'histoire de la Palestine moderne. Victime, avec sa famille, de l'expulsion massive en 1948 ; revenu peu après, avec les siens, en Palestine comme « iniltré » et devenu réfugié sur ses propres terres ;
    Subissant en jeune poète et écrivain l'emprisonnement à répétition et l'assignation à résidence ; parti en 1970 rejoindre la diaspora et se déplaçant du Caire à Beyrouth, puis à Tunis et à Paris, il connaîtra toutes les blessures, toutes les pertes, tous les exodes et toutes les métamorphoses. Partageant ses dernières années entre Amman et Ramallah, il se confrontera à cete situation invivable qu'il appellera « la perplexité du retour » :
    « Je suis venu, mais je ne suis pas arrivé. / Je suis là, mais je ne suis pas revenu ! » Dans son oeuvre poétique, Darwich a évolué du poème le plus simple au chant le plus sophistiqué, tout en réservant, toujours, une place primordiale à une lisibilité essentielle. Il a évoqué la perte et l'exil dans un souffle plus tragique qu'homérique.
    Il a déconstruit les mythes et montré que, face à l'Histoire et à la vérité nue de la vie, « le temps des légendes est révolu ». Il a signiié au conquérant la nullité, à long terme, de sa démarche et élevé l'expérience des Peaux-Rouges, celle de l'Andalousie des trois cultures et celle de la Palestine au rang de métaphores universelles de la nostalgie, horizon dans lequel s'enracine le plus clair de son oeuvre. Dans ses derniers écrits poétiques, il épouse le mouvement d'une errance planétaire, édiie l'épopée des habitants des marges et des ombres, et témoigne d'une impulsion authentique et généreuse qui le propulse à jamais vers l'étranger, le pérégrin, le nomade et l'homme de passage.
    Ce numéro d'Europe, riche de contributions internationales, ne néglige rien des principaux aspects de la vie et de l'oeuvre de Mahmoud Darwich.
    Il inclut plusieurs textes du poète inédits en français : des poèmes extraits de ses oeuvres premières, un long entretien retraçant son parcours poétique et des articles et écrits épistolaires. Tous ces textes témoignent de sa féconde diversité d'écriture et de l'exceptionnelle acuité de son regard.

  • Jacques-François Blondel est célèbre pour ses écrits et son enseignement qui servirent dans la formation des élèves architectes à l'École des beaux-arts pendant le xixe siècle et au début du xxe siècle. Cet ouvrage retrace la vie d'un professeur de talent qui forma toute une génération d'architectes européens.

  • L'auteur analyse le sens et la fonction des noms propres à l'époque médiévale tout en faisant des rapprochements avec des périodes récentes. C'est une étude au confluent de la linguistique, de l'anthropologie et de l'histoire médiévale, qui plus à cheval sur deux ou trois aires de civilisation, le monde anglo-germano-scandinave et le monde slave. L'auteur convoque les elfes et les valkyries, explore les notions de sacré, de richesse, de pouvoir.
    Elle se plonge dans l'onomastique obscène et sa fonction protectrice. L'étude n'est pas éclectique, mais procède par touches successives qui esquissent un tableau d'ensemble de l'Europe du Nord, depuis la Grande-Bretagne jusqu'à la Rus' de Kiev et Novgorod. Il s'agit d'une étude onomastique comparative de grande ampleur, qui concerne un grand nombre de langues et se fonde sur un très gros corpus comme en témoignent les annexes en fin de volume.
    Pour les familles royales anciennes, grande source d'information onomastique, les 24 tableaux généalogiques constituent de véritables outils de recherche.

  • Les familles des plus grands peintres, cinéastes, musiciens et écrivains sont dépeintes à travers l'histoire de l'oeuvre qu'elles ont reçue en héritage, oubliant parfois le destin voulu par le créateur pour s'arroger pouvoir et royalties. De Picasso à Giacometti, d'A. Artaud à Borgès, de J. Joyce à A. Cohen, une plongée dans le monde des arts, aux confins entre esthétique et argent.

  • D'un point de vue historique, l'évangélisme français apparaît souvent comme un très court moment et comme un échec, précipité par l'affaire des Placards contre la messe en octobre 1534. L'approche fictionnelle de l'évangélisme français permet de repenser ses limites temporelles et de réévaluer sa fécondité: elle plaide pour un évangélisme long, producteur d'un discours profondément contradictoire, perturbé et vecteur de vérité.

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