Phebus

  • Paul-Émile Victor aimait à rappeler que s'il avait consacré sa vie à l'exploration des régions polaires, c'était pour avoir lu un jour la relation du voyage de Sir Ernest Shackleton à bord de l'Endurance : à ses yeux le plus beau récit d'aventures qui ait été publié en ce siècle - rien de moins. Deux ans après qu'Amundsen eut atteint le pôle Sud, Shackleton s'embarque à bord de l'Endurance. Son but : débarquer sur la côte de l'Antarctique une équipe d'exploration au complet. et tenter de traverser, en traîneaux à chiens, le continent glacial dans toute sa largeur, de la mer de Weddell (Atlantique sud) à la mer de Ross (qui s'ouvre au sud de la Nouvelle-Zélande).En fait rien ne se passa comme prévu et l'expédition faillit bien tourner à la tragédie : il s'en fallut quasi d'un miracle. ou plutôt de l'obstination insensée d'un homme qui s'ingéniait à trouver dans la pire adversité des ressources insoupçonnables. Shackleton et son équipage ne réussiront même pas à toucher le continent : leur navire, prisonnier des glaces dès l'hiver austral 1915, finira broyé par la banquise après quelques mois de dérive. Il leur faut alors, pendant des semaines, pousser sur la glace leurs trois chaloupes montées sur traîneaux, jusqu'à la mer libre. et de là, tenter de remonter vers le nord et atteindre une île où l'on puisse les secourir. Après une navigation périlleuse au milieu des icebergs, sans nourriture et presque sans sommeil, la petite troupe réussit à toucher l'île Éléphant, aux portes de la mer de Weddell. Mais l'île est déserte et aucun navire ne fréquente ces parages. Shackleton ose alors l'impossible : il laisse sur place le gros de son expédition, qui tentera de survivre quatre mois durant presque privée de tout. et rejoint en canot, avec cinq hommes, les côtes de l'archipel de Géorgie du Sud où hivernent parfois quelques baleiniers - soit 1 500 km à la voile et à la rame à la veille de l'hiver austral ! Il lui faudra encore traverser, sans aucun matériel, les montagnes et les glaciers vertigineux de l'archipel ( jusqu'alors inexplorés) avant de toucher le premier poste civilisé. Puis organiser rien de moins que quatre tentatives pour rallier l'île Éléphant bloquée par les glaces. et ramener finalement son équipe au complet. Bref, un échec. Mais où Paul-Émile Victor persiste à voir la plus fabuleuse aventure jamais vécue par les hommes en terre australe. Et de s'étonner que la dernière édition intégrale de ce texte en français (avant sa remise au jour par Phébus en 1988) remonte aux années trente ! (C'est elle qui se trouve reprise ici, illustrée par les célèbres photos de Frank Hurley, membre de l'expédition - dont la BBC a tiré il y a quelques années un film primé dans plusieurs festivals internationaux.) Sentiment de la presse à l'occasion de la redécouverte de ce texte, résumé par Jean-Louis Ezine dans le Nouvel Observateur : « Quand on nous envoie Shackleton, même Paul-Émile Victor s'agenouille ! »

  • Rédigé sur commande au mitan du xive siècle à l'occasion d'une promesse de mariage, ce roman chevaleresque destiné à une princesse est un témoin ambitieux de la littérature de la fin du Moyen Âge.
    Nourri d'un idéal courtois mis en danger par la guerre, les rivalités politiques et les épidémies, le livre ne se contente pas de raconter une histoire d'amour modelée sur tant d'autres. La poésie, la musique, la danse et la qualité des images se conjuguent pour composer une ode à l'empire des sens. OEuvre complète, le texte a vraisemblablement inspiré le très célèbre cycle de six tapisseries baptisé La Dame à la Licorne et exposé au musée de Cluny. Il offre en outre une image renouvelée de la féminité. Pour une jeune femme, ce livre-coffret se présentait autant comme un manuel de conduite éthique et érotique que comme une promesse de divertissements secrets pour égayer les heures passées dans des chambres aux tentures multicolores et momentanément à l'abri des catastrophes du monde.
    Idéal pour les amateurs de fantasy qui y retrouveront tous les ingrédients qui ravissent l'imaginaire de bien des lecteurs aujourd'hui.

  • L'origine du monde de Gustave Courbet figure parmi les tableaux emblématiques de l'histoire de l'art. Malgré cela, le modèle en était demeuré inconnu. Jusqu'à ce que Claude Schopp découvre son nom, par hasard, en annotant la correspondance inédite entre George Sand et Alexandre Dumas fils. Une révélation que d'autres sources sont venues étayer. Ce livre invite le lecteur à accompagner le chercheur dans sa tentative de redonner vie à cette danseuse aux beaux sourcils noirs, bientôt demi-mondaine et maîtresse de Khalil-Bey, puis femme de bien, généreuse donatrice aux oeuvres de charité. Peu à peu, un visage et une âme sont restitués à celle dont le sexe incarne la peinture réaliste.

    Claude Schopp est, avec son épouse Marianne, l'auteur de Dumas fils ou l'anti-OEdipe, prix Goncourt de la biographie 2017.

    Postface de Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la bibliothèque nationale de france

  • Jack London, tête brûlée éprise de liberté a, en quarante années d'une existence intensément vécue, semé sur sa route de nombreux romans, récits ou essais comme autant de témoignages de sa soif de vivre. Marin en Sibérie et au Japon, blanchisseur, pilleur d'huîtres, chasseur de phoques, vagabond, chercheur d'or, militant socialiste, correspondant de guerre ou agriculteur. l'auteur de L'Appel de la forêt, de Martin Eden, du Peuple d'en bas, de John Barleycorn ou du Talon de fer aura bel et bien vécut plus de cent vies. Curieusement, on ignore souvent que cet aventurier des mers et des mots était également un photographe de génie qui, par l'image, a reflété son temps. Et de quelle manière ! Avec plus de 12 000 clichés, le petit gars des rues de San Francisco a porté sur le monde le regard des grands humanistes, sans jamais se départir d'une sensibilité loin des images d'Épinal attendues.

  • Une jeune femme qui se bat contre la maladie, de retour au sanatorium dont elle ne reviendra peut-être pas, ouvre une lettre que vient de lui remettre son amant.
    Lettre de rupture, ou plutôt de congé. a quoi elle répond ici au nom de cette vie qu'elle risque de n'avoir plus longtemps à vivre, mais qu'elle persiste à vouloir exempte de toute tiédeur, de tout compromis. un cri pur, sur le mode intraitable, et la revendication blessée mais sûre de soi d'un amour de haute exigence qui revendique à la fois le partage total et la lucidité. le livre de marcelle sauvageot (1900-1934), publié peu de mois avant sa mort (d'abord sous le titre de commentaire), longtemps introuvable malgré quelques brèves reprises en librairie, fut salué en son temps par les plus grands.

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