Histoire

  • « Qu'est-ce qu'une nation ? » est la question posée au XIXe siècle par Ernest Renan que l'auteur reprend ici en se plaçant dans une perspective résolument planétaire ; une autre manière de faire de l'histoire globale. Car rien n'y fait : de la Révolution d'Octobre à la Pandémie de 2020 la nation, qu'on disait moribonde ou -pire- dépassée, est plus vivante que jamais. On ne compte plus, à la surface de la terre, les mouvements de « libération nationale », de l'Écosse à la Catalogne, de la Palestine au Kurdistan. Sans la nation comme clé d'interprétation, l'histoire du monde depuis trois siècles serait incompréhensible. Sans elle l'irréductibilité de la Norvège ou de la Suisse, du Brésil ou de l'Afrique du sud resterait opaque. Sans elle le destin des puissances d'aujourd'hui, des ÉtatsUnis à la Chine, de l'Inde au Japon, devient illisible. Il n'y a rien de plus mondial que le national. On la disait imaginée, voire imaginaire : elle est construite, assurément, mais ni plus ni moins que l' international, le monde ou l' humanité, toutes ces fictions utiles grâce auxquelles -et à cause desquelles- les individus et les sociétés vivent et meurent. Quant à son imaginaire, il touche à l'essentiel, puisqu'il est celui d'une rencontre entre l'identité et la souveraineté : un peuple y devient le Peuple.

  • À l'heure du 'changement' et de la 'mondialisation', le 'village' continue d'être présent dans la mémoire et l'imaginaire des Français. Mais le divorce entre le mythe et la réalité n'a jamais été aussi flagrant. À l'ancienne collectivité, rude, souvent, mais solidaire et qui baignait dans une culture dont la 'petite' et la 'grande patrie' étaient le creuset, a succédé un nouveau monde bariolé où individus, catégories sociales, réseaux et univers mentaux, parfois étrangers les uns des autres, coexistent dans un même espace dépourvu d'un avenir commun.
    Telle est la conclusion de l'enquête menée par Jean-Pierre Le Goff pendant plusieurs années sur les évolutions d'un bourg du Luberon depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'est immergé dans la vie quotidienne des habitants, a interrogé beaucoup d'entre eux, consulté des archives, recueilli les documents les plus divers. Le tableau qu'il brosse est saisissant. À rebours des clichés et d'une vision idéalisée de la Provence, les anciens du village ont le sentiment d'être les derniers représentants d'une culture en voie de disparition, face aux modes de vie des néo-ruraux et au tourisme de masse. Animation culturelle et festive, écologie et bons sentiments, pédagogie et management, spiritualités diffuses se développent sur fond de chômage et de désaffiliation. Les fractures sociales se doublent de fractures culturelles qui mettent en jeu des conceptions différentes de la vie individuelle et collective.
    C'est donc un microcosme du mal-être français que l'auteur décrit au plus près des réalités, en s'interrogeant sur ce qu'il est advenu de l'ancien peuple de France et sur les défis qu'un nouveau type d'individualisme pose à la vie en société.

  • Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d'abord celui qu'on ne peut saisir. L'Insaisissable, mais, tout autant et du même coup, celui que les humains n'ont jamais renoncé à maîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour y parvenir, ou le croire, qu'on aille de l'Antiquité à nos jours, en passant par le fameux paradoxe d'Augustin : aussi longtemps que personne ne lui demande ce qu'est le temps, il le sait ; sitôt qu'on lui pose la question, il ne sait plus. Ce livre est un essai sur l'ordre des temps et les époques du temps. A l'instar de Buffon reconnaissant les « Époques » de la Nature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on des manières grecques d'appréhender Chronos jusqu'aux graves incertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps des chrétiens, conçu et mis en place par l'Église naissante : un présent pris entre l'Incarnation et le Jugement dernier. Ainsi s'engage la marche du temps occidental. On suit comment l'emprise du temps chrétien s'est diffusée et imposée, avant qu'elle ne reflue de la montée en puissance du temps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers le futur. Aujourd'hui, l'avenir s'est obscurci et un temps inédit a surgi, vite désigné comme l'Anthropocène, soit le nom d'une nouvelle ère géologique où c'est l'espèce humaine qui est devenue la force principale : une force géologique. Que deviennent alors les anciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégies faudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable et menaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moins enserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j'ai appelé le présentisme ?

  • Carnets

    Léonard De Vinci

    Les Carnets de Léonard de Vinci ne sont accessibles aujourd'hui que dans l'édition scientifique établie par Edward MacCurdy, publiée en 1939 (Gallimard, 1942), qui fait toujours office d'ouvrage de référence.
    Fondée sur le travail de MacCurdy, qui observe un ordre thématique, l'édition Quarto aspire toutefois à refléter les progrès de la recherche historique. Elle vise à :
    - Restituer chronologiquement chaque extrait des Carnets, afin de permettre au lecteur de saisir au mieux l'évolution de la pensée et l'avancement des connaissances de Léonard ;
    - Faire découvrir, grâce à une riche iconographie, certaines des plus belles pages des carnets et des dessins de Léonard de Vinci ;
    - Fournir un outil essentiel et de premier ordre grâce à l'actualisation des paginations des manuscrits, afin de pouvoir consulter l'ensemble des manuscrits de Léonard en libre accès sur la plateforme Leo EDesk (http://www.leonardodigitale.com/).
    Enfin, le volume sera augmenté d'un dossier inédit : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Édition sous la direction de Pascal Briois.

    Ce volume contient :
    Préface.
    Vie & OEuvre.
    Préface de l'édition de 1942 par Paul Valéry.
    50 chapitres thématiques : Philosophie ; Aphorismes ; Anatomie ; Anatomie comparée ;
    Physiologie ; Histoire naturelle ; Proportions de l'homme ; Médecine ; Optique ; Acoustique ;
    Astronomie ; Botanique ; Géologie ; Géographie physique ; Notes topographiques ;
    Atmosphère ; Du vol ; Machine volante ; Mouvement et pesanteur ; Mathématiques ; De la nature de l'eau ; Hydraulique ; Canalisation ; Expériences ; Inventions ; Balistique ; Armement naval ; Comparaison des arts ; Préceptes du peintre ; Couleur ; Paysage ; Ombre et lumière ;
    Perspective ; Matériel de l'Artiste ; Commandes ; Sculpture ; Fonte ; Architecture ; Musique ;
    Récits ; Facéties ; Fables ; Bestiaire ; Allégories ; Prophéties ; Notes personnelles ; Lettres ;
    Notes datées ; Livres ; Divers.
    Dossier : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Index des noms propres - Index thématique - Bibliographie indicative.

  • Hervé Fischer a fait sa thèse avec Raymond Aron sur la « Sociologie artistique ». Parallèlement, il a peint lui-même, en s'attachant a l'art numérique et aux ressources des nouvelles technologies.
    Il a émigré au Québec et s'est écarté de tout le marché de l'art, mais le musée Pompidou l'a découvert et lui a consacré de juin 4 septembre 2017 une exposition intitulée « Hervé Fischer et l'art sociologique », rétrospective sur toute son oeuvre.
    L'activité principale de Fischer est cependant restée fixée sur la réflexion théorique du système des couleurs dans son rapport avec les évolutions des sociétés.
    Les couleurs possèdent une expressivité qui va bien au-delà de la simple sensation, qui relève du mythe et qui cependant s'encadre dans l'institution sociale. Les couleurs obéissent en effet à des codes, elles possèdent un pouvoir auquel l'institution sociale ne peut que s'intéresser. En fait elle en édicte les codes et les usages, elle en sanctionne même les transgressions.
    Ce livre vise à en apporter la démonstration historique. Ce n'est pas une histoire des couleurs (comme l'ont très bien faite Michel Pastoureau, John Cage et d'autres en Angleterre et en Allemagne).
    C'est une réflexion sur le système des couleurs selon les types de société et leur évolution.
    Deux dates, deux faits pourraient la circonscrire : la Bible qui ne mentionne jamais les couleurs mais seulement les ténèbres ou la lumière. Gagarine, en 1961, qui déclara à son retour: « j'ai vu le ciel sombre et la terre bleue ». Du bleu qui, au même moment, fascinait Yves Klein.
    Depuis les pigments colorés des peintures préhistoriques jusqu'a l'explosion chromatique du XXe siècle qui correspond à des formes d'explosion des règles sociales, Fischer développe un parallèle enrichissant des évolutions sociales et chromatiques.

  • Les chiffonniers de Paris au XIXe siècle : un sujet original et inattendu. Un sujet d'une grande richesse, entre histoire, économie, urbanisme, littérature et art.
    Morceau de vieux linge, le chiffon sert à la fabrication du papier. Or la demande explose après la révolution industrielle, avec l'essor de l'instruction et l'abondance de la presse. Le chiffonnier est à la fois l'inquiétant rôdeur des nuits de la capitale et l'agent indispensable des progrès de la société. Sa figure hante l'oeuvre des écrivains et des peintres, d'Hugo à Baudelaire et Théophile Gautier, de Daumier à Gavarni.
    Dans son Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier repérait en 1781 sa montée en puissance : «Le voyez-vous, cet homme qui, à l'aide de son croc, ramasse ce qu'il trouve dans la fange et le jette dans sa hotte?... Ce vil chiffon est la matière première qui deviendra l'ornement de nos bibliothèques, le trésor précieux de l'esprit humain. Le chiffonnier précède Montesquieu, Buffon et Rousseau».
    On voit les dimensions que prend le sujet. Antoine Compagnon les explore avec une érudition inépuisable. De l'hygiène des rues de Paris à l'administration des déchets ; de la prostitution, dont le monde recoupe celui des chiffonniers, à leur recrutement et aux mythes qui les entourent.
    C'est à une plongée toujours surprenante dans le Paris nocturne que nous convie l'auteur, le Paris des bas-fonds et celui de l'imaginaire collectif. Qui croirait que le premier dessin cité dans le Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse à l'article «Caricature» montre un chiffonnier?
    Le crépuscule du chiffonnage parisien date de la fin du Second Empire : on fabrique maintenant le papier avec la fibre de bois et, en 1883, le préfet Eugène Poubelle décrète que les ordures seront déposées dans des récipients, lesquels prendront son nom.
    Mais le malfaisant marchand d'habits des Enfants du paradis, le film de Carné, suffit à illustrer la survivance du chiffonnier dans les représentations de Paris.

  • Rédigée au début du xiiiè siècle par l'éminent historien islandais snorri sturlson, l'edda constitue le recueil de mythologie nordique le plus complet que nous ait légué le moyen age scandinave.
    Au cours de récits souvent hauts en couleur, l'auteur retrace tout d'abord la création de l'univers à l'origine des temps, avec notamment l'épisode du démembrement d'ymir, le géant primitif ; puis il présente les principaux dieux de l'antiquité païenne et raconte leurs exploits, dont la description particulièrement saisissante constitue le point d'orgue de l'ouvrage.
    Bien qu'il ait été conçu plus de deux siècles après la conversion officielle de l'islande au christianisme, ce traité témoigne d'une intime connaissance des poèmes mythologiques composés à l'époque païenne tant en norvège que dans l'île des sagas.
    A ce titre, l'edda offre un intérêt capital pour l'étude de l'ancienne religion scandinave, de même que pour les enquêtes de mythologie comparée indo-européenne.
    Cette nouvelle traduction repose sur un examen approfondi de la tradition manuscrite de l'oeuvre, en sorte qu'à la différence des traductions précédentes, elle tient largement compte des principales variantes fournies par les manuscrits de l'edda.

  • Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ? À cette question fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique. Le sauvage écrasé par son environnement écologique et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse, telle est l'image habituellement répandue.
    Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale. Passant des chasseurs australiens et Bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on pouvait encore les observer en Afrique ou en Mélanésie, au Viêt-nam ou en Amérique du Sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, Marshall Sahlins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition, que non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.
    Comme le dit Pierre Clastres dans sa présentation : «Si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas parce qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie.» Tout le dossier de la question est à reprendre.

  • Parce que l'histoire nationale et internationale a marqué de ses traces l'espace français, voici un premier inventaire de ce que le promeneur peut encore en voir. Grottes, rues, ruines, bâtiments, plaques, monuments commémoratifs, sites guerriers ou paysages champêtres retournés à l'agriculture après avoir été labourés par les guerres, le lecteur trouvera au fil des pages comme à celui de ses pas les lieux qui à leur manière racontent des événements - majeurs ou secondaires Car la grande histoire et ses violences ont parfois détruit toute trace alors que des événements de portée plus limitée se lisent toujours dans notre environnement. Telle est la raison de cette anthologie des notices extraites des diverses éditions du célèbre Guide Vert Michelin : que le lecteur, de l'espace qu'il visite, puisse remonter à l'histoire qui s'y raconte.

  • Ce Saint Louis de Jacques Le Goff, c'est la rencontre d'une des figures de proue du mouvement des Annales, traditionnellement hostile au culte de la biographie, avec la plus haute figure de l'histoire nationale, le personnage quasi mythologique du roi très chrétien, et même le seul canonisé des «trente rois qui ont fait la France».
    Et pour faire bonne mesure, cette étude approfondie ne se veut - c'est ce qui fait sa puissante originalité - ni la «France de Saint Louis» ni «Saint Louis dans son temps», mais bien la recherche, modeste et ambitieuse, tenace et constamment recommencée, de l'homme, de l'individu, de son «moi», dans son mystère et sa complexité.
    Qui fut Saint Louis ? Peut-on le connaître et, Joinville aidant, entrer dans son intimité ? Peut-on le saisir à travers toutes les couches et les formations de mémoires attachées à construire sa statue et son modèle ? Problème d'autant plus difficile que, la légende rejoignant pour une fois la réalité, l'enfant roi de douze ans semble avoir été dès le départ programmé, si l'on ose dire, pour être ce roi idéal et unique que l'histoire en a fait.
    Cette somme tient ainsi le pari de fondre dans la même unité savante et passionnée le récit de la vie du roi et l'interrogation qui, pour l'historien, le double, l'habite et l'autorise : comment raconter cette vie, comment parler de Saint Louis, à ce point absorbé par son image qu'affleure la question provocatrice, «Saint Louis a-t-il existé ?».

  • " un autre moyen age, c'est un moyen age total qui s'élabore aussi bien à partir des sources littéraires, archéologiques, artistiques, juridiques qu'avec les seuls documents naguère concédés aux médiévistes "purs".
    C'est la période qui nous permet le mieux de nous saisir dans nos racines et nos ruptures, dans notre modernité effarée, dans notre besoin de comprendre le changement, la transformation qui est le fonds de l'histoire en tant que science et en tant qu'expérience vécue. c'est ce passé primordial où notre identité collective, quête angoissée des sociétés actuelles, a acquis certaines caractéristiques essentielles.
    " jacques le goff

  • La disparition rapide de notre mémoire nationale appelle aujourd'hui un inventaire des lieux où elle s'est électivement incarnée et qui, par la volonté des hommes ou le travail des siècles, en sont restés comme ses plus éclatants symboles : fêtes, emblèmes, monuments et commémorations, mais aussi éloges, archives, dictionnaires et musées.
    Du haut lieu à sacralité institutionnelle, Reims ou le Panthéon, à l'humble manuel de nos enfances républicaines. Depuis les chroniques de Saint-Denis, au XIIIe siècle, jusqu'au Trésor de la langue française ; en passant par le Louvre, La Marseillaise et l'encyclopédie Larousse.
    Plus qu'une exhaustivité impossible à atteindre, comptent ici les types de sujets retenus, l'élaboration des objets, la richesse et la variété des approches et, en définitive, l'équilibre général d'un vaste ensemble auquel ont accepté de collaborer plus de cent historiens parmi les plus qualifiés. La matière de France est inépuisable.
    Au total, une histoire de France. Non pas au sens habituel du terme ; mais, entre mémoire et histoire, l'exploration sélective et savante de notre héritage collectif.

    Ce volume contient : La République : Symboles - Monuments - Pédagogie - Commémorations - Contre-mémoire. La Nation : Héritage - Historiographie - Paysages - Le Territoire - L'État - Le Patrimoine.
    Édition publiée sous la direction de Pierre Nora. Avec la collaboration de Charles-Robert Ageron, Maurice Agulhon, Christian Amalvi, Bronislaw Baczko, Colette Beaune, Avner Ben-Amos, Françoise Bercé, Françoise Cachin, Jean Carbonnier, André Chastel, Georges Duby, André Fermigier, Bruno Foucart, Marcel Gauchet, Raoul Girardet, Jean-Marie Goulemot, Bernard Guenée, Jean-Yves Guiomar, Hélène Himelfarb, Hervé Le Bras, Jacques Le Goff, Emmanuel Le Roy Ladurie, Anne-Marie Lecoq, Pascale Marie et Jean-Clément Martin.

  • Qui a inventé la mythologie ? quelles sont les frontières de ce territoire oú des histoires inoubliables et le plaisir de les conter semblent inséparables de l'exégèse et du désir de les interpréter ? s'il est vrai qu'un mythe est perçu comme mythe par tout lecteur dans le monde entier, pourquoi la science des mythes est-elle toujours impuissante à différencier avec rigueur un conte d'un mythe ?
    Poisson soluble dans les eaux de la mythologie, le mythe est une forme introuvable : ni genre littéraire, ni récit spécifique.
    Mais parler de la mythologie, hier et aujourd'hui, c'est toujours, plus ou moins explicitement, parler grec ou depuis la grèce. d'oú l'urgence d'une enquête généalogique pour repenser la mythologie comme objet de savoir autant que de culture.
    Et se découvrent les procédures d'exclusion portées par un vocabulaire du scandale, convoquant toutes les formes d'altérité : depuis les "gueux du mythe" de l'ancienne samos, le "mytheux" de la mémoire incontinente dénoncé par thucydide jusqu'à l'incroyable, le sauvage, l'absurde ou l'obscène qui mobilisent les responsables de la science des mythes dans la deuxième moitié du xixe siècle.
    Des gestes de partage répétés et successifs oú le mythologique, chaque fois, se déplace, change de forme et de contenu. mais oú, dans le même temps, la mythologie s'invente entre la fascination exercée sur les modernes par le grec à deux têtes et la rumeur incantatoire des mythologues rêvés par la cité platonicienne, enfants aux cheveux blancs, et chargés de conjurer la menace d'une tradition rompue.

    Inventivité de la mythologie qui se raconte dans une histoire oú interfèrent les pratiques de l'écriture, les discours sur la tradition et les échanges entre la mémoire et l'oubli.

  • Ernst H. Kantorowicz (1895-1968), l'un des plus grands historiens du XXe siècle, publie en 1927 la biographie de Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250). Il y renouvelle le genre dans une tentative aboutie d'histoire "totale" qui associe aussi bien les apports de l'économie, de la culture, que de l'interprétation sociale et psychologique. Frédéric, héros hors du commun, se prête à l'exercice : aussi habile en politique qu'à la chasse, précurseur des princes de la renaissance, il crée une cour où se rencontrent les plus grands lettrés de la culture chrétienne, juive et musulmane.
    Passionné par l'astrologie et la divination, architecte à ses heures, il écrit lui-même un traité de fauconnerie. Avec l'empereur Frédéric II, Kantorowicz ouvre des perspectives complètement nouvelles. Il s'intéresse autant aux "réalités" événementielles qu'à la construction de la symbolique et de l'imaginaire politiques et met en lumière les conditions de formation, dès l'époque médiévale, de l'état moderne, séculier, en lutte contre la papauté.
    Trente ans plus tard (1957), Kantorowicz donne un second chef-d'oeuvre : les deux corps du roi. il y poursuit son enquête sur la généalogie de l'etat moderne en tirant, avec une éblouissante érudition, le fil des mutations de la doctrine médiévale de la royauté bicorporelle, et la prolonge par une analyse sur les origines des "religions politiques modernes". Victime des lois de Nuremberg en Allemagne, puis opposant au maccarthysme aux Etats-Unis, Kantorowicz s'emploie à éclairer la genèse des pathologies politiques du XXe siècle.

  • De Vercingétorix, on connaît surtout le nom, sa lutte héroïque contre Rome, sa défaite à Alésia et le récit biaisé qu'en donnera Jules César. Mais d'autres écrits et les trésors exhumés par l'archéologie invitent à le redécouvrir et, au miroir de ce destin hors du commun, à explorer des pans enfouis de l'histoire de l'ancienne Gaule. Cet adolescent arverne, fils de roi, tôt formé à la chose militaire, s'est hissé tout jeune au commandement suprême de la résistance gauloise au conquérant romain. Revers militaire qui recouvre une victoire politique - l'unification des peuples gaulois - dont il deviendra le symbole.
    Cette biographie, la première qui lui est consacrée, n'entend céder ni aux hagiographies complaisantes, ni aux légendes controuvées, ni aux appropriations idéologiques. Elle retrace à nouveaux frais, à partir de sources souvent oubliées, l'itinéraire singulier de cette figure d'exception : son enfance au sein d'une lignée aristocratique ; l'éducation reçue par ses maîtres druides ; sa formation, surtout, auprès de César dont il est devenu l'otage ; la rébellion enfin où il se découvre grand leader politique et redoutable chef militaire. Une vie si brève qui aura nourri une si longue postérité.
    En suivant ses pas, au fil des chapitres, c'est une nouvelle lecture de l'histoire du peuple et de la civilisation gaulois que ce livre fait découvrir ; une société en plein essor, déjà bien structurée, agitée par des assemblées remuantes et ouverte au monde, à l'ombre menaçante de l'impérialisme romain.

  • Féodalité

    Georges Duby

    La société " féodale " se révèle à nos yeux par la rénovation de son vocabulaire.
    Les formules désuètes enfin délaissées, le rideau tendu sur la réalité sociale depuis l'époque carolingienne se déchire, usé jusqu'à la trame, dévoilant les vraies césures, le jeu de forces depuis longtemps actives, mais qui se développaient jusqu'alors dans le privé, hors du champ légal et dont, pour cela, nous ne savions rien. révélation pour l'historien qui date de ce moment la révolution féodale.
    Mais révélation pour les contemporains aussi, qui durent admettre que tout décidément n'était plus comme avant.

  • Le bombardement de la cathédrale de Reims par les Allemands en septembre 1914 a été, à tous égards, un grand événement qui a marqué les débats de la guerre : pour les Français, c'est le signe de la barbarie allemande et de la déchristianisation germanique, un crime de guerre contre la ville du sacre des rois, le symbole de Jeanne d'Arc. L'incendie est la vraie déclaration de guerre de la Kultur à l'allemande contre la civilisation à la française.

    Mais il y a beaucoup plus : cet incendie est le point d'orgue d'une grande polémique sur l'invention du gothique qui court en France depuis le XIXe siècle et dont les enjeux sont l'identité des deux pays. Une polémique qu'illustrent en particulier Huysmans dans son roman La Cathédrale, Émile Mâle, surtout, qui voit dans cette exaltation du gothique l'âme de la nation et du renouveau catholique, Proust lui-même avec La Mort des cathédrales, Rodin et Maurice Barrès. À quoi les Allemands avaient opposé la cathédrale de Cologne, symbole de la germanité et du Reich de Guillaume II, et l'identification du gothique à la race germanique.

  • Devant le trésor de saint-denis ou les vitraux de chartres, les fresques de giotto ou les palais florentins, qui ne s'est interrogé sur les conditions sociales et les représentations mentales qui ont environné et inspiré le geste de leurs créateurs ? cette vaste sociologie de la création artistique, chef d'oeuvre d'un grand historien doublé d'un écrivain, replace l'ensemble des hautes productions de l'occident médiéval dans le mouvement général de la civilisation.
    Elle offre des clés pour pénétrer cet univers de formes complexe et fascinant.
    Georges duby montre donc comment, au xie siècle, ce que nous avons appelé la féodalité transféra des mains des rois à celles des moines le gouvernement de la production artistique : comment, cent ans plus tard, la renaissance urbaine établit la cathédrâle au foyer des innovations majeures : comment, au xvie siècle, l'initiative du grand art revint aux princes et s'ouvrit aux valeurs profanes.
    Le temps des cathédrales est ainsi encadré, entre celui des monastères et celui des palais.
    L'influence de cet essai n'a cessé d'être déterminante aux avant-postes de la recherche historique. aurpès du grand public, son succès est considérable. et l'on sait que s'en inspira une longue série d'admirables images que la télévision continue de diffuser dans le monde entier.

  • « Eschyle le sait, il n'est pas le seul : Apollon est un dieu impur, exilé du ciel, un dieu plein de passions troubles. Ce qui ne l'empêche pas d'être le Maître des fondations, le Seigneur de l'Oracle, le grand Exégète dans la cité de Platon. Comment les voies de la parole peuvent-elles recouper les chemins du couteau, donc la folie du meurte ?
    La piste est toute tracée, en Grèce et en grec archaïque. Il suffit de la suivre, depuis le premier pas d'Apollon sur le sol de Délos jusqu'au bras armé du couteau sur l'horizon du Parnasse. Mais au prix d'une extrême attention portée aux détails et à toutes les données concrètes ; repérer les situations, les objets, les gestes ; savoir qu'en régime polythéiste un dieu, quel qu'il soit, est toujours au pluriel, c'est-à-dire articulé à d'autres puissances, pris dans des assemblages, dans des groupements de dieux, dans des configurations d'objets et de situations sans lesquelles il n'est rien, ou si peu.
    S'élabore ainsi une approche expérimentale du polythéisme, qui vise la confrontation entre polythéismes multiples, dans la matière et dans le style. » Marcel Detienne.

  • Il y a plusieurs dizaines de millénaires, l'homme se sépare de l'animal en enterrant ses congénères et en leur rendant des honneurs funèbres. Il couvre de fresques admirables les parois de Lascaux et de bien d'autres grottes. Puis il invente l'agriculture. Il érige menhirs et dolmens, dont les plus célèbres restent ceux de Carnac. Tout cela se passe avant la naissance des villes, l'édification des pyramides, l'invention de l'écriture. Autrement dit, avant l'histoire.
    Dans ce même temps, l'homme invente aussi les premières formes de vie sociale. Comment se mettent en place ces premières sociétés? Comment évoluent-elles? Vaste sujet, à la lisière de l'anthropologie sociale et de l'archéologie préhistorique, qui met aux prises les thèses les plus opposées. Alain Testart, ethnologue réputé, notamment pour ses travaux sur les chasseurs-cueilleurs, s'est donné pour objectif de confronter les interprétations en présence. Il était on ne peut mieux désigné pour reprendre à neuf la question de l'évolution des sociétés.
    Il en résulte des critiques décapantes sur l'histoire de l'anthropologie sociale, une réflexion philosophique sur la notion même d'évolution dans les sciences sociales et des mises au point sur les questions de méthode et d'interprétation en archéologie. Surtout, jaillissent une série d'hypothèses nouvelles sur diverses périodes du paléolithique ou du néolithique, qu'il n'est plus question d'envisager depuis l'Europe et le Proche-Orient seuls, mais à partir du monde entier, d'où affluent désormais les données en nombre.

  • Histoire

    Polybe

    Qui est Polybe ? Il est, après Hérodote et Thucydide, le troisième des grands historiens grecs. Le premier avait présenté les guerres médiques ayant opposé les Grecs et les Barbares ; le second avait choisi de raconter la guerre entre les Péloponnésiens et les Athéniens ; au troisième s'impose le récit de la conquête romaine : non pas une grande guerre unique, mais toute une série de conflits livrés sur de multiples théâtres d'opérations. " Comment et grâce à quel gouvernement l'Etat romain a pu, chose sans précédent, étendre sa domination à presque toute la terre habitée et cela en moins de cinquante-trois ans ? " : telle est la question à laquelle Polybe se propose de répondre. La défaite de Pydna, en 168 avant notre ère, qui marque la victoire de Rome et la fin de la monarchie macédonienne, bouleverse sa vie. Envoyé à Rome, comme otage, il y reste dix-sept ans et devient un familier de la grande famille des Scipions. Passé de l'action à la réflexion, c'est à Rome qu'il devient historien, pour expliquer aux Grecs d'abord, mais aussi aux Romains ce qui s'est passé. Cette Histoire d'un vaincu est aussi, c'est là son intérêt majeur, la première histoire universelle. Comme il l'écrit : "L'originalité de mon sujet et ce qu'il y a de surprenant dans l'époque que nous venons de vivre résident justement en ceci : la Fortune a dirigé pour ainsi dire tous les événements dans une direction unique et elle a contraint toutes les affaires humaines à s'orienter vers un seul et même but. Aussi l'historien se doit-il, de son côté, de faire en sorte que ses lecteurs puissent embrasser d'un seul regard les ressorts qu'elle a partout fait jouer pour produire tous ces effets ensemble "

  • Paul Veyne a écrit un texte «révolutionnaire» qui explique la fresque de la Villa des Mystères à Pompéi. Un siècle après sa découverte, elle est toujours la plus grande, la mieux conservée et la plus fascinante des peintures antiques. Pourtant, pèse sur cette fresque un contresens séculaire qui y déchiffre des Mystères mystiques païens.
    Paul Veyne a exposé sa propre théorie dans une première version publiée dans un ouvrage collectif en 1998, dont il publie aujourd'hui le texte repris, modifié et définitif.
    Longue d'une vingtaine de mètres, la fresque court sur les murs de la grande salle de la villa, où le visiteur se voit cerné par vingt-neuf figures grandeur nature : dames élégantes, nudités, divinités, musiciens, et des Silènes et des satyres composant le cortège de Dionysos. Pas d'hommes mortels, rien que des femmes et un garçonnet qui apprend à lire.
    Depuis sa découverte en 1911, des questions se sont posées et beaucoup de commentateurs y ont vu la représentation d'une initiation aux Mystères de Bacchus. Or Paul Veyne est allé contre ces théories en démontrant brillamment qu'il s'agit en fait d'un jour de mariage tout à fait profane, toilette de la mariée et nuit de noces comprises.
    Le lecteur suit ainsi pas à pas l'interprétation de la mégalographie pompéienne qui lui fait revivre l'Antiquité romaine et la vie à Pompéi. Vient alors l'envie irrésistible de se rendre ou de retourner sur ces lieux.

  • Du XIVe au XVIIe siècle, dans toute l'Europe, des femmes et des hommes accusés de sorcellerie ont raconté s'être rendus au sabbat : là, de nuit, en présence du diable, on se livrait à des festins, à des orgies, à l'anthropophagie, à la profanation des rites chrétiens.
    D'où vient le sabbat ? Les accusés se sont-ils laissé extorquer, souvent sous la torture, le récit que leurs juges attendaient d'eux ? Selon Carlo Ginzburg, pas toujours. Dans quelques cas, l'écart entre les questions des juges et les réponses des accusés laisse affleurer des éléments liés à une couche plus profonde. Partant de ces anomalies, appuyé sur un immense matériel documentaire, il a entrepris de retrouver et de recomposer les pièces dispersées de cette histoire nocturne. L'enquête conjugue plusieurs approches auxquelles correspondent autant d'hypothèses : une approche historique qui, des lépreux aux juifs, aux hérétiques et aux sorciers, dessine à la fin du Moyen Âge la place du complot ourdi en son sein par les ennemis de la chrétienté ; une approche morphologique, qui rassemble les éléments disjoints d'une très ancienne culture à fond chamanique, largement attestée dans le monde eurasiatique ; une dernière hypothèse, plus ambitieuse encore, lie l'identification de formes générales de l'expérience essentielle de la mort et de l'au-delà et les structures élémentaires du récit.
    Un programme immense, mais aussi une rigoureuse leçon de méthode qui veut, à chaque moment, rappeler les exigences, les limites et les possibilités du métier d'historien.

  • Barbastro est, pourrait-on dire, la bataille de Poitiers de l'histoire de l'Espagne : un fait d'arme - une défaite non décisive de troupes musulmanes - qui, au fil des siècles, est sublimé par un récit national en une date majeure des Croisades et de la Reconquête. Une aubaine pour les historiens en quelque sorte.
    Au printemps 1064, une armée de guerriers franchit les Pyrénées pour gagner l'Espagne. Des cavaliers pour la plupart, animés, a-t-on dit, d'une soif de vengeance et d'un désir d'en découdre avec l' Autre, c'est-à-dire le musulman. Celui-ci méritait d'être puni puisque, non seulement hérétique, il venait d'occire le souverain aragonais avec lequel plusieurs lignages nobiliaires d'outre monts avaient tissé des liens d'amitié. Ils choisirent pour cible une petite cité musulmane de la vallée de l'Ebre appelée Barbastro, qu'ils enlevèrent avant de la perdre à nouveau l'année suivante.
    La nouveauté était qu'il ne s'agissait plus d'entreprises individuelles et d'une portée limitée, mais d'une expédition de plusieurs milliers d'hommes venus du nord et rejoints par des guerriers normands d'Italie et des contingents catalans. Ces troupes se seraient mobilisées à l'appel du pape : pour nombre d'historiens c'est ici, au pied des Pyrénées, que serait née la « Croisade ».
    Sans doute quelques puissants, sous l'influence d'abbés ou d'évêques, se sentirent-ils très tôt porteurs d'une mission chrétienne ; mais faire de la guerre contre les musulmans une idéologie répandue pendant le haut Moyen Âge est erroné tant la réception du message fut réduite :
    Des comtes chrétiens s'entendirent avec des arabes pour attaquer Compostelle, le haut-lieu de la chrétienté hispanique, et les pauvres hères qui peuplaient les campagnes ou les bourgades naissantes n'avaient pour leur part qu'une maigre idée de l'Islam et des musulmans. C'est tout autant l'envie de combattre, de vaincre et de conquérir et le désir de s'emparer d'un butin qui animèrent les combattants.
    A la manière de Georges Duby dans La bataille de Bouvines, les deux auteurs déploient toute la richesse de l'histoire événementielle, lorsqu'une bataille sert de révélateur des structures, des cultures et des sensibilités. Basbatro, bataille qui demeure mal éclairée par les sources, qu'elles soient arabes ou latines, est comme Bouvines un de ces événements qui, tel un pavé jeté dans la mare, font « remonter des profondeurs une sorte de fond un peu vaseux, qui fait apparaître ce qui grouille dans les soubassements de la vie ».

empty