Littérature traduite

  • Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ? À cette question fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique. Le sauvage écrasé par son environnement écologique et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse, telle est l'image habituellement répandue.
    Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale. Passant des chasseurs australiens et Bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on pouvait encore les observer en Afrique ou en Mélanésie, au Viêt-nam ou en Amérique du Sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, Marshall Sahlins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition, que non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.
    Comme le dit Pierre Clastres dans sa présentation : «Si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas parce qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie.» Tout le dossier de la question est à reprendre.

  • « Grégoire de Tours est né en 538. Après avoir étudié la Bible à Clermont-Ferrand, il a été élu évêque de Tours à l'âge de trente-quatre ans. Cette ville était un centre religieux et politique que se disputaient les Mérovingiens.
    Pendant vingt ans, Grégoire a gouverné ce diocèse que troublaient sans cesse les luttes fratricides de nos rois. Il trouvait néanmoins le temps d'écrire l'histoire à laquelle il était mêlé de près. Quand il est mort en 594, il laissait donc un témoignage hors pair sur ce VIe siècle si peu connu et si important.
    C'est l'époque où l'esprit francien succède à la mentalité gallo-romaine. Une nouvelle langue orale se forme, et le latin de Grégoire en épouse les mouvements naturels, les juxtapositions brutales, la rude vitalité : "Nous tenons en haute estime ta manière d'écrire, parce que le peuple peut la comprendre." » Jean Grosjean.

  • L'archéologie biblique est devenue un champ de mines en passe de faire exploser toutes nos représentations traditionnelles et notre lecture de la Bible. Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman ont, dans La Bible dévoilée, décrypté les découvertes les plus récentes qui bouleversent notre connaissance des origines de la Bible.
    Avec ce nouvel ouvrage, ils rouvrent le dossier de la légende royale et messianique de David et de son fils Salomon qui s'est répandue dans l'ensemble du monde occidental, sous les traits de valeureux guerriers et conquérants, d'amants légendaires, de poètes visionnaires, de bâtisseurs pionniers et de modèles d'autorité politique.
    Les dernières découvertes archéologiques ébranlent ces images. Le David de l'histoire, au Xe siècle avant notre ère, n'est que le chef de bande d'une petite localité appelée Jérusalem, Goliath pourrait avoir été un mercenaire grec, Salomon n'a probablement pas construit le célèbre Temple de Jérusalem... La légende de ces rois mythiques prend de l'ampleur à partir de la fin du VIIIe siècle, dans un monde tiraillé entre les nationalismes conflictuels et un empire mondialisé en pleine effervescence. David et Salomon deviennent alors des messies, des symboles d'espoir pour le judaïsme mais également pour le christianisme et toute l'histoire religieuse et politique de l'Occident.

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