Klincksieck

  • Interdite de littérature - mais pas de caresses - par Virginia Woolf, Vita Sackville-West prend en un éclair conscience des trésors qu'elle possède : un mari et un jardin. Son mari, le diplomate Harold Nicholson, conçoit l'architecture et dessine les plans de ce qui deviendra le somptueux jardin de Sissinghurst dans le Kent, que Vita, mi-gitane andalouse , mi-grande dame anglaise, transgressant sans vergogne les règles de l'art des jardins, transforme à quatre mains : la gitane zingari fait surgir de terre une mosaïque de couleurs, une jungle asymétrique, une orgie dans l'aurore ou le soleil couchant, l'aristocrate anglaise, qui n'aime que la lune froide, un extraordinaire jardin blanc : Attention, prévient-elle «j'aime la couleur, qui me met en joie, mais j'ai une prédilection pour le blanc. Les ombres d'un vert glacé que la blancheur peut prendre sous certains éclairages, au crépuscule ou au clair de lune, surtout au clair de lune, peut-être, font du jardin un rêve, une vision irréelle, et l'on sait cependant qu'il ne l'est pas le moins du monde puisqu'il a été planté exprès. »

  • Les arbres sont innombrables, ils marquent les paysages sous toutes les latitudes, aussi bien dans les campagnes qu'en milieu urbain où ils sont liés organiquement à la respiration des villes. Nous vivons parmi eux sans toujours les distinguer les uns des autres. Or, il y a beaucoup à apprendre de l'arbre - des arbres, de leurs variétés et de leurs nuances. Ils nous enseignent qu'il n'y a jamais de fin à ce que l'on peut voir, si l'on regarde une racine qui devient un tronc fait de branches et de rameaux porteurs de feuillage.
    L'auteur connaît bien les arbres, s'étant investi dans l'activité de sauvegarde et de conservation d'un parc paysager. Cette proximité avec ce qu'il est convenu d'appeler La matière des arbres lui permet d'en parler avec une certaine intimité comme en ont parlé, avant lui, nombre de grands écrivains auxquels les arbres doivent leurs plus belles évocations.
    Témoin sensible de leur vie, son essai initie le lecteur à ce qui fait, au rythme des saisons et selon les essences, leur spécificité botanique, « cette force sourde et mystérieuse qui est en eux et les tient debout, qui monte dans leurs branches et se répand dans leurs fibres. » Sa passion pour les arbres en fait le fin descripteur du parc d'agrément au sein duquel il les côtoie chaque jour. Ce lieu de vie mais aussi d'observation et d'étude est à l'origine de nombreuses notes personnelles prises alors que la nature arborescente suscite ses émerveillements.

  • Les arachnophobes, qui pullulent aux quatre coins du monde, avaient jusqu'à présent peu d'armes aisément accessibles pour vaincre leur terreur des araignées. Les fameux stages « anti-phobie » sont efficaces, mais il manquait - à l'appui ou non de ceux-ci - le livre adapté.
    Le voici enfin, sous la plume allègre et cultivée de Dominique Jacobs, qui poursuit au fond sa série de « chroniques » (Chroniques Franc-Comtoises et recettes de chez nous, 2008), car ces Splendeurs de l'araignée racontent un double cheminement : celui de l'auteure, qui passe de l'épouvante à l'émerveillement apaisé envers les « octopattes », et celui de l'araignée elle-même, à travers son histoire, sa description scientifique, jusqu'à sa splendeur de rêve, illustrée par les écrivains, poètes ou naturalistes (l'ornement suprême), sélectionnés par l'auteure avec un bonheur tout particulier.
    L'ouvrage, qui caresse souvent le ton de la fable pour toucher au fabuleux des êtres soi-disant répugnants, repose sur une morale de la plus haute importance : la curiosité alliée à la connaissance profonde de l'autre (l'araignée ici) est l'unique antidote contre les terreurs idiotes.

  • On doit à Edith de la Héronnière un Journal sicilien aujourd'hui prolongé dans les jardins de l'île qui en compte une multitude. Certains sont célèbres comme l'Orto botanico de Palerme, le jardin de la Kolymbetra à Agrigente ou celui du palais de Donnafugata, près de Ragusa ; d'autres sont restés inconnus ou cachés au pied des monastères romans ou des palais baroques, voire même abandonnés dans les montagnes. Publics ou privés, jardins secrets, chantés par les poètes, tous offrent, sur cette terre aride, une saisissante diversité de floraisons, de fragrances et d'essences exotiques, dont certaines rares, comme la Puya des Andes qui fleurit pour la première fois en Sicile onze ans après avoir été plantée dans le jardin de la Villa Piccolo, à Capo d'Orlando dans la province de Messine.
    Plus que la recherche de cette plante bizarre, plus qu'un inventaire botanique, c'est une nouvelle approche de la beauté tourmentée de la Sicile qui n'élude pas sa part d'ombre, mais la met en lumière :
    Une promenade dans les tons voisins.

  • « Le pinson des arbres, dans l'Est Londonien, les yeux crevés par des aiguilles rougies au feu, chante aussi en prison quand il s'est habitué à son existence dans le noir et, bien nourri, éprouve un bien être passager qui l'incite à la mélodie. Mais personne, pas même l'amateur d'oiseaux le plus dépravé, ne pourrait soutenir un seul instant que la joie du petit captif aveugle, qu'il chante ou se taise, est le moins du monde comparable à celle du pinson chantant en avril « au sommet du buisson », au milieu du grand monde ensoleillé, bleu au dessus, vert au dessous, avec le désir et le pouvoir, à la fin de la mélodie, de s'envoler rapidement à travers les champs de cristal de l'air vers d'autres arbres et d'autres bois. » À sa mort, en 1922, W. H. Hudson légua la totalité de ses droits d'auteur - ses oeuvres complètes comportent vingt quatre volumes - à la Société Royale pour la Protection des Oiseaux.

  • Cet ouvrage sur les libellules est particulièrement original. Alain Cugno, philosophe, écrivain, et depuis plusieurs décennies spécialiste des libellules, évoque ce monde merveilleux des « odonates » dans un style profond, vivant et passionné, qui intéressera tant les philosophes que les poètes (parfois les historiens des sciences) et les scientifiques les plus exigeants. Toutes les espèces du territoire métropolitain (environ 90) sont décrites avec rigueur. L'auteur passe en revue l'ensemble des genres et des espèces qu'ils renferment, et donne une grande clé de détermination des espèces, clé dont le fonctionnement inédit a été inventé, affiné et perfectionné durant des années d'observations. Chacune est illustrées à l'aquarelle (30 pl., trois espèces par planches) par Vanessa Damianthe, spécialiste du dessin naturaliste de haute précision.
    Évidemment, toutes ces odonates de France métropolitaine se retrouvent dans le classique Guide des libellules de France et d'Europe de Dijkstra et Lewington (Delachaux & Niestlé, 2007, avec nombreuses rééditions). Mais il s'agit-là d'un ouvrage purement scientifique, ne pouvant intéresser que les spécialistes de l'odonatologie. Le livre d'Alain Cugno et Vanessa Damianthe semble, par son mélange harmonieux de la poésie et de la science R credo de la collection « De Natura rerum » R pouvoir toucher tous les amoureux des « choses de la nature ». Un ouvrage créateur de vocations par excellence.

  • Cet ouvrage se présente comme un manuel, un traité de pêche à la ligne, aux intentions précises et pratiques. Son intérêt et son utilité concernent à la fois le praticien de ce sport, ou de cet art nous dirait Walton, que le gastronome qui en déguste les produits.
    Si alléchantes qu'en soient les recettes, si amoureusement ouvrées que soient les descriptions des « mouches », ce traité se distingue de manière évidente d'un genre fort à la mode au XVIIe siècle, en Angleterre comme en France, et qui vise à déployer, en virtuose, l'intégralité d'une technique ou d'un art. Ainsi, pouvait-on se procurer, en amateur, le Complete Gardener aussi bien que la Chirurgie complette...Le titre original de ce traité ne déroge pas à la règle (The Compleate Angler) mais élève l'exercice au rang de justification quasiphilosophique des vertus de la pêche : « un art digne du savoir et de la pratique d'un sage ».
    De digressions en digressions, nous sinuons à l'ombre d'un fleuve où musique, religion et poésie s'écoulent avec éloquence. C'est que la pêche invite non seulement à la contemplation mais aussi au ravissement, en toute quiétude.

  • Les pages recueillies par Patrick Reumaux se succèdent comme celles d'un herbier. Les courts épisodes décrits laissent libre cours au passage des saisons, au vol des cormorans et des albatros, aux rapines des renards et aux jeux carnivores des belettes et des hermines. Ils ont pour décor le Somerset, où Llewelyn Powys passa toute son enfance.
    Chaque fleur est nommée par son nom et dépeinte avec une précision affectueuse. Le paysage prend, sous sa plume, une vivacité de couleurs et de formes. Llewelyn Powys invite à la contemplation de l'éphémère en s'arrêtant sur des détails, en nous contant ce que le crépuscule et l'aube cachent au regard. Il livre des impressions, comparables aux Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, qui laissent à la nature, dans toute sa dimension poétique et métaphysique, le soin de nous émerveiller.

  • Ce livre relate les vies exemplaires, les anecdotes et les recherches de quelques hommes - naturalistes, botanistes, généticiens, philosophes et explorateurs - qui ont révolutionné notre idée du monde végétal.
    Cinq siècles de stupéfiantes découvertes botaniques. Charles Darwin et l'orchidée de Madagascar qui ne peut être pollinisée que par une seule espèce de papillon ; la théorie fondamentale du savant anglais sur la fécondation croisée et sur l'évolution des plantes ;
    Federico Delpino qui a étudié la collaboration entre végétaux et fourmis ; les observations de Léonard de Vinci sur la disposition adoptée par les feuilles pour capter la lumière solaire ; la découverte de l'Amorphophallus titanum par Odoardo Beccari à Sumatra ;
    L'histoire tragique de Nikolaj Ivanovi? Vavilov qui, en cherchant à sélectionner en laboratoire un super-blé capable de nourrir des millions de Russes, préservera la diversité des plantes mais mourra de faim dans une prison soviétique. Et encore, le génie de Marcello Malpighi ; l'invention de la génétique végétale par l'abbé Mendel;
    La vie extraordinaire de George Washington Carver, premier Noir américain diplômé, et la ténacité de Charles Harrison Blackley cherchant la cause du rhume des foins.

  • « Jean de Bosschère unit à l'exaltation de l'amoureux la précision scientifique d'un fils de botaniste. Aussi loin qu'il descendit jadis dans l'obscurité tourmentée de son âme, il a pénétré dans les mystérieux replis des parfums, des formes et des cris. » Philippe Jacottet.
    « Pensez-y bien, les sentiments drus, pressés, variés qui font naître mille souvenirs, se mélangent sans s'épouser. Tel et sans style le parfum parfois nous déborde après nous avoir jeté dans un trouble désordonné, indicible.
    Ici je dois rappeler que j'ai déploré déjà l'impuissance d'expression qui s'avère quand nous abordons l'impossibilité de dire un parfum. La grandeur de la poésie en suspens devant cette pénurie de moyens de reproduction ou de ce défaut de nos facultés d'assimilation. Je ne pense pas à cette poésie morte qui traduisait en paroles des sites ou des gestes.
    L'Aubépine, dira-t-on, approchée des narines, dégage une odeur de carabe doré, mêlée à de la poussière de guano remuée au soleil. Ceci est extrêmement fidèle et précis pour celui qui parle. Or, seules des contingences de hasard peuvent permettre à la deuxième personne d'imaginer, encore que sans précision, d'après ces quelques mots le parfum de l'Aubépine. »

  • « La source vive du génie de Hudson, était un feu intérieur d'émotions, et d'amour, et de colère, et de pitié, qui perçait sous le masque de l'observateur et étincelait dans ses yeux en réponse à la beauté, celle de la nature ou d'une femme, des oiseaux, ou des plantes, ou des arbres, ou des cieux, ou de leur mère la terre ». Edward Garnett « J'ai pensé qu'il ne serait pas inutile de donner à mes lecteurs quelques conseils ou quelques tuyaux sur la chasse aux vipères, sachant qu'ils sont nombreux à vouloir faire connaissance avec ce rare et insaisissable reptile. Ils désirent le connaître - à une distance respectable - à l'état de nature, dans son habitat, l'ont cherché, mais n'ont rien trouvé. Très fréquemment - une ou deux fois par semaine environ, en été - quelqu'un me demande d'être un guide en la matière. (.)Ce que nous cherchons c'est la vipère objet de culte, qui a généré la pierre sacrée des Druides, et cette vipère n'habite pas dans un bocal d'alcool, à l'ombre d'un musée où la température est égale. C'est une amoureuse du soleil que l'on doit chercher, après son sommeil hivernal, dans les endroits secs, incultes, surtout dans les garrigues, les coteaux pierreux, les landes et les prairies couvertes d'ajoncs. Avec un peu d'entraînement, le chasseur de vipères, reconnaît tout de suite un paysage vipérin. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'errer au hasard à la recherche d'un terrain de chasse convenable, car tous les endroits hantés par les vipères sont bien connus des gens du voisinage, qui ne sont que trop heureux de donner les informations nécessaires.
    Il n'y a pas de défenseurs des vipères à la campagne, et, autant que je le sache, il y a eu qu'une seule personne en Angleterre pour protéger cette belle et inoffensive créature, la couleuvre à collier. Peut-on comprendre cette passion ? » Extrait de Conseils aux chasseurs de vipères.

  • Cet ouvrage présente, décrits et illustrés, la plupart des champignons vénéneux que l'on peut rencontrer en Europe. Il y en a de bien connus : la terrible amanite phalloïde bien sûr (responsable d'environ 90% des accidents mortels dus à la consommation de champignons), ses deux soeurs blanches aussi funestes (l'amanite printanière et l'amanite vireuse), l'entolome livide, le bolet satan, le cortinaire « des montagnes », et le champignon sans doute le plus célèbre au monde, celui de Blanche-Neige, « chapeau rouge, points blancs» : l'amanite tue-mouches.
    Le lecteur trouvera, en regard de chaque planche, la description concise mais précise des espèces, insistant beaucoup sur l'habitat et les risques de confusion avec des espèces réputées comestibles. Il trouvera également une rubrique « toxicité », particulièrement renseignée -intégrant les derniers résultats de la recherche en myco-toxicologie -, décrivant en détails la symptomatologie ainsi que les traitements. Il s'agit du premier ouvrage, du moins en Europe, consacré exclusivement aux champignons vénéneux. L'importance de ce travail est évidente. Les pharmaciens qui n'ont besoin de connaître que les espèces vénéneuses, ne disposaient jusqu'à présent d'aucun ouvrage présentant celles-ci avec l'exhaustivité nécessaire à la bonne « prise de décision ».
    La consultation de cet ouvrage, ou du moins celle des planches en couleurs, permettra au pharmacien de repérer, dans les paniers, les ressemblances inquiétantes et d'écarter tout danger. Concernant les champignons comestibles, tout pharmacien les connaît : il y en a peu, ils sont très célèbres, et leur connaissance fait partie de la formation pharmacologique. Les champignons mortels d'Europe constituent aussi un outil précieux pour le « cueilleur lambda ». Malgré les efforts toujours croissants en matière d'information et de prévention, les empoisonnements fongiques ne diminuent pas. Le soin apporté, en particulier, à la confection des planches en couleurs, devrait permettre de réduire les risques de méprise. C'est la peur viscérale d'être tué par la consommation de champignons sauvages qu'il faut parvenir à faire naître. Les spécialistes de la myco-toxicologie soulignent que la conscience (même infime) de cette peur, loin de provoquer l'excitation du danger, détourne presque toujours la personne de l'idée de consommation. Si cet ouvrage permet de faire prendre conscience au lecteur du danger qu'il court et de lui éviter l'accident, alors il aura rempli son office.

  • Il arrive que de grands noms disparaissent complètement. Telle est la mésaventure (pas vraiment voulue) survenue à Jean de Bosschère, né en Belgique en 1878, fils de Charles de Bosschère, botaniste de réputation internationale, poète, romancier, peintre, illustrateur, rangé parmi les « planètes solitaires » dans le tome VI de La Poésie française du XX e siècle de Sabatier en compagnie de Segalen, Jouve, Supervielle, Milosz, Saint John Perse.
    À Londres pendant la Première Guerre mondiale, il se lie avec Ezra Pound, Amy Lowell, T. S. Eliot, et, en 1920, rencontre Elisabeth d'Ennetières qui sera la compagne de sa vie. Deux ans plus tard, le couple s'installe à Due Santi, près de Rome, le pays du merle bleu, qui n'est pas du tout le symbolique oiseau de Maeterlinck, mais Monticola solitarius, un merle farouche et solitaire, un peu plus grand que le merle de roche, d'un bleu gris avec les ailes et la queue un peu plus plus sombres. C'est à Due Santi, où il se constitue une basse-cour, que Jean de Bosschère passe, avec Elisabeth, « celle qui donne la paix », les années les plus heureuses de sa vie. « C'est là que nous [le] voyons parcourir les villages aux environs de sa demeure italienne pour recruter les pensionnaires de sa basse-cour. Peu lui importait que les poules fussent communes, les pigeons bâtards, les canards estropiés, car il éprouva toujours, en même temps que le besoin d'adoucir le destin des bêtes, l'irrésistible besoin d'en posséder autour de lui », écrit dans sa préface Jacques Delamain (qui, chez Stock, dirige la collection où paraît Paons et autres merveilles).
    Une basse-cour mais où il y a aussi, dans leur radicale étrangeté. des paons. Qui a le plus de talent? Celui qui décrit une poule, un canard, une pintade, ou celui qui décrit un paon ? On peut craindre que, sur le plan du talent, l'oiseau au somptueux plumage ne soit le (beau) perdant de ce petit jeu. Mais, pour un naturaliste, il ne s'agit pas de talent d'écriture R Artaud aura beau jeu de fustiger, les afféteries de Bosschère romancier « trop d'épithètes, de comparaisons, trop de fleurs » R mais de finesse d'observation. Sur ce plan, les gallinacées, tout comme les pigeons aux yeux rouges, ont leur mot R et plus encore R à dire. « On connaît la couleur de l'oeil de son chien, mais celle de l'iris de l'ours, de l'émeu, des lamas ? Et si on en connaît les nuances, s'est-t-on souvent arrêté avec surprise, et pendant de longues minutes, à étudier cette merveille inouïe qu'est l'oeil de certaines grenouilles, de certains oiseaux ? » Après l'Italie, le couple revient habiter Paris puis s'installe près de Fontainebleau avant de se prendre d'amour pour le Berry, sur l'invitation d'Aurore Sand, et de se retirer près de La Châtre.
    Basse-cour, volière (il bat un chat qui a décapité l'un de ses oiseaux favoris), paons et pigeons, Bosschère continue d'alimenter sa veine naturaliste avec Palombes et colombes, La Fleur et son parfum (publié dans « De natura rerum » au printemps 2015), avec enfin Le Chant des haies qui paraît après sa mort, étonnants fragments d'une simplicité qu'on jurerait franciscaine.

  • Dans son grand et fameux Dictionnaire de la langue française (1863- 1872), Émile Littré avait compilé l'ensemble des locutions, dictons, proverbes, etc. ayant trait au rapport de l'homme à l'animal, expressions extraites de cet étrange « grand Bazar de la Charité verbale » qu'est la « sagesse populaire ». Heureuse définition issue de la plume de Jean-Paul Colin, auteur de cet ouvrage rassemblant, suivant l'ordre alphabétique, ce florilège de phrases oubliées qui éclairent, à leur façon, l'évolution du regard de l' « humain » sur la « bête », regard qui en dit largement autant sur les travers de l'homme que sur les comportements animaliers, à la manière symbolique de la fable anthropomorphique (Ésope, La Fontaine, Desnos...).
    Le lecteur, en parcourant cette anthologie, sera certainement frappé par la singularité, voire l'étrangeté - Jean-Paul Colin parle à juste titre de « curiosités verbales » - de nombreuses expressions. Ainsi : « être blanc comme un cygne qui casse des noix » ; « cette femme commence à sentir des mouches » ; une « malbête » ; « laid comme un magot », ou le superbe « il faudra que la gueule du juge en pète »... Le sens (souvent impossible à deviner) de ces formules pittoresques nous est donné par Littré avec sa légendaire précision définitionnelle, et leur saveur illustrée par Valentin Besson, dont les croquis couleurs allient à la virtuosité du trait, une malice et un humour qui auraient certainement arraché un sourire bienveillant au visage d'Émile, « sérieux comme un âne qu'on étrille ».

  • Un des plus célèbres entomologistes du monde raconte, à 74 ans, ce que fut sa vie passionnée. Riche d'événements aventureux, de rencontres étonnantes, ce livre est aussi le témoignage émouvant d'un savant déçu par les hommes, et qui a trouvé, dans la recherche des plus belles et plus étranges bêtes du monde, le goût de vivre. Plus de 20 millions d'insectes et de papillons sont passés entre ses mains. La plupart, il les a choisis lui-même en France, en Afrique et surtout dans les forêts infestées de serpents à sonnettes de Guyane. C'est dans ce pays abandonné aux forçats et aux relégués qu'en 1903 est née son étrange vocation de chasseur de papillons qui lui valut la gloire et la fortune : le jour où il découvrit le moyen de capturer les admirables morphos bleus aux reflets métalliques. Avec lui nous découvrons ce qu'était alors la dure vie des nombreux pénitenciers. Nous voyons comment, grâce à la chasse aux papillons qu'entreprirent les forçats sous sa direction, la criminalité baissa au bagne dans des proportions considérables.
    Il nous raconte également comment il créa la florissante industrie du « papillon collé » que l'on a attribué à tort aux Japonais : tableaux faits avec des ailes de papillons, services de toilette, réveils, plateaux décorés, comment il tourna lui-même, au début du siècle, les 36 premiers films documentaires scientifiques du monde. Dans sa vie faite de hauts et de bas, de luttes obstinées, mais aussi de grandes émotions, il a trouvé sa meilleure consolation dans son grand amour pour la plus belle bête du monde à ses yeux : le papillon.

  • Ce livre prend prétexte de la mycotoxicologie pour faire découvrir au lecteur, en sinuant et en digressant comme si l'on cherchait des champignons, les joies et les affres des mycologues à la recherche de vérités trop bien cachées. Quelles que soient les raisons pour lesquelles vous avez cet ouvrage en main, vous ne mourrez pas d'ennui. laissez-vous entraîner à travers la vie romanesque du grand mycologue Julius Schäffer, première victime déclarée du paxille ; laissez-vous guider dans la grande salle obscure où siégeait autrefois la Société mycologique de France, au-dessus de la Galerie de minéralogie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, peuplée de bibliothécaires faussement revêches et de vieillards aussi bienveillants qu'inquiétants ; cueillez les clins d'oeil aux philosophes grecs, aux penseurs français et aux curés tridentins qui parsèment le chemin ; et, bien sûr, n'oubliez pas de frissonner en visitant la galerie de portraits de ces assassins à têtes d'anges, fidèlement reproduits par Xavier Carteret, lui-même étrange personnage à la fois mycologue, artiste et féru de cortinaires, d'inocybes et d'histoire des sciences.
    Ce livre est le premier en langue française à être entièrement dédié aux champignons toxiques. Au nombre de deux ou trois centaines en France, tous n'y figurent pas, mais les principaux, les plus répandus, les plus dangereux, et même des espèces singulières, rarement illustrées dans les ouvrages spécialisés, y sont fidèlement présentées comme Leucoagaricus americanus, Tricholoma frondosae, Clitocybe amoenolens. Autant de belles espèces dangereusement appétissantes et peu connues, qui réjouiront les yeux des mycologues les plus affûtés.

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