• L'historien revient sur la place accordée au silence dans la vie des hommes depuis la Renaissance, montre le lien unissant l'invention de l'individu et la construction d'un retour sur soi. L'analyse s'appuie largement sur les textes littéraires, de Castiglione et Loyola à Gracq et Jaccottet, en passant par Proust et Huysmans, ainsi qu'à des oeuvres d'art.

  • Ils ont été sidérés par la présence de l'arbre. Ils ont éprouvé l'admiration, mais aussi l'horreur, inspirées par ce végétal souverain. Presque tous ont guetté, écouté, la parole de l'arbre. Certains ont espéré profiter de ses messages, en faire leur mentor. D'autres, plus rares lui ont déclaré leur amour.
    L'objet de ce livre est de suivre depuis l'Antiquité gréco-romaine ceux qui ont su « voir l'arbre » : Horace et Virgile, mais aussi Ronsard et La Fontaine. Par la suite, Rousseau, Goethe, Novalis et, en France, Chateaubriand, Hugo, Proust et Yves Bonnefoy, entre autres. Bien entendu, il y eut aussi des peintres. S'étendre sous les ombrages, s'y délasser, y méditer, s'enfouir dans le végétal, s'y réfugier, y grimper... À l'époque contemporaine, certains ont tenté d'incruster leur corps dans l'écorce, en espérant que le végétal ferait croître l'empreinte. À l'extrême, des moribonds ont souhaité que leur ADN soit transmis à l'arbre planté sur leur tombe.
    On le voit, c'est à une longue promenade que ce livre invite, à la rencontre de l'arbre champêtre, de l'arbre haie, de l'arbre isolé et sauvage comme de l'arbre domestique. Il s'agit ici de l'histoire des émotions éprouvées par des individus qui, au fil des siècles, possédaient les mots pour les dire.

  • Le vert aurait une vertu apaisante. Et à voir les balcons et les toits de nos immeubles, les trottoirs de nos villes, les citadins d'aujourd'hui tentent d'en tirer leçon. La verdure reprend ses droits, comme pour répondre à un désir, comme pour retrouver des émotions perdues.
    Nombreux sont ceux qui célébrèrent ce pouvoir sensible de l'herbe. De Lucrèce à Pétrarque, de Ronsard à George Sand, de Lamartine à René Char, Alain Corbin dresse un portrait de ces hommages rendus à l'herbe dans tous ses états, en brin ou en touffe, mauvaise ou folle. Et l'on renoue alors avec des sensations familières  : la joie de l'enfant se roulant dans l'herbe, l'invitation au repos après un déjeuner sur l'herbe, les odeurs de foin coupé, le bourdonnement du petit monde des prés, mais aussi l'érotisme d'un lit d'herbe, jusqu'à la paix provoquée par l'herbe disciplinée des cimetières.
    Au gré des citations qu'il éclaire de son regard d'historien, Alain Corbin nous convie à une promenade sensible et verdoyante.
      Historien spécialiste du xixe  siècle en France, Alain Corbin est reconnu internationalement pour son approche novatrice sur l'historicité des sens et du sensible, auxquels il a consacré de très nombreux ouvrages. Auteur des Filles de rêve (Fayard, 2014) et de La Douceur de l'ombre (Fayard, 2016), il a récemment dirigé l'Histoire des émotions (Seuil, 2016, 2 vol.).

  • L'historien des sensibilités retrace l'évolution des conceptions et des significations de la pluie à travers les siècles, dans la littérature, en art, en politique et dans les pratiques sociales.

  • En 1870, les populations rurales du Périgord recourent à de nombreuses formes de cruauté. L'auteur étudie ce phénomène à partir d'un fait divers à Hautefaye, où un jeune noble accusé d'avoir crié Vive la République est torturé puis brûlé par des villageois, et montre l'impuissance du pouvoir politique en la matière.

  • Le christianisme imprègne la vie quotidienne. Il contribue au dessin du paysage des campagnes et des villes. Il fait parfois l'actualité. Admirer le Mont-Saint-Michel et les monuments de Rome, se délecter de la musique de Bach, contempler les tableaux de Rembrandt, implique de pouvoir décrypter les références chrétiennes qui constituent la beauté de ces chefs-d'oeuvre. La saisie de certains débats concernant la colonisation, la bioéthique suppose, elle aussi, une connaissance des éléments fondamentaux de cette religion et de son histoire.

    Pour les lecteurs chrétiens ou simplement soucieux de comprendre leur environnement et la culture de l'autre, l'Histoire du christianisme a sollicité une soixantaine de spécialistes et parcourt dates, moments et figures essentielles du christianisme, des origines à nos jours.
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  • Le corps occupe un lieu dans l'espace. Il est lui-même un territoire qui possède ses enveloppes : la peau, le halo sonore de sa voix, l'aura de sa respiration. Ce corps physique, matériel, peut être touché, senti, contemplé. On mesure sa masse, son volume, sa température. On analyse son mouvement. On le travaille.Mais les historiens ont trop souvent négligé la tension instaurée entre l'objet de science, le corps expérimental inclus dans l'univers technico-scientifique, et le corps qui éprouve plaisir et douleur. Ce livre propose donc de rétablir un équilibre entre ces deux perspectives.Le long XIXe siècle voit ainsi émerger des processus aussi actifs que la médecine anatomo-clinique, l'anesthésie, l'essor de la gymnastique et du sport... Dans le même temps s'élabore un nouvel imaginaire de la relation charnelle, parallèlement à l'avènement de la sexologie. Enfin, les nouvelles machines imposée par la révolution industrielle ou le dessin de nouvelles représentations sociales du corps témoignent de la variété des approches envisagées par ce volume.

  • J'avais quatre ans en 1940. Mes impressions et mes émotions de ce temps-là sont restées intactes dans ma mémoire : celles d'un petit garçon qui - à l'exception de la peur intense ressentie au cours des combats indécis d'août 1944 - traversa la guerre plus qu'il ne la subit. Durant ces cinq années, je ne l'éprouvai que par petites touches : l'exode, la mélodie du brouillage de Radio Londres, l'expression de mon père à l'annonce du bombardement de Pearl Harbor, quelques uniformes allemands, une tache de sang sur le trottoir...
    Aussi étrange que cela puisse paraître, une autre chose hante mes souvenirs de ces années noires : le parfum de la vie dans le giron de deux mondes, celui, clérical, du plus profond des bocages français, dans les collines de Normandie, au sud du Cotentin, et, à l'occasion des grandes vacances, celui de l'orée du Perche, moins fervent. Deux mondes différents mais arrimés de la même façon au xixe siècle par des moeurs et des traditions ancestrales. Deux mondes aujourd'hui disparus.
    Me plonger dans ces souvenirs, c'est faire revivre cette France d'autrefois qui, au lendemain du débarquement, ouvrit ses ruines et ses bocages à l'Amérique et à la modernité.
    A. C.

  • En exploitant pour la première fois les quelque dix mille affaires de cloches que le XIXe siècle nous a laissées, Alain Corbin découvre que ces sources insolites sont au centre d'un ordre symbolique. La cloche préside au rythme de la vie rurale, oriente son espace ; elle définit une identité et cristallise un attachement à la terre. La sonnerie constitue un langage, fonde un système de communication et accompagne des modes oubliés de relations entre les individus, entre les vivants et les morts. Enfin, qu'il s'agisse de traduire la liesse, la menace du feu ou du sang, la terreur des épidémies, il n'est pas de profonde émotion collective qui n'implique un recours à la cloche. Du même coup, maîtriser l'usage de la sonnerie constitue un enjeu majeur dans le déroulement des luttes de pouvoir qui agitent les microcosmes campagnards.
    L'historien, dans cet ouvrage brillant, se tient à l'écoute des hommes du passé, afin de détecter les passions qui les animaient et de comprendre un monde récemment disparu.

  • Après les succès de l'Histoire du corps et l'Histoire de la virilité, Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello dirigent cette très ambitieuse Histoire des émotions en trois volumes, héritière du programme des Annales, de l'histoire des mentalités et de celle des sensibilités, portée par les renouvellements historiographiques les plus récents. Elle réunit pour la première fois les meilleurs spécialistes français et étrangers de l'histoire des émotions, toutes générations confondues.
    Les deux premiers volumes paraissent en octobre ; le troisième en 2017. Ouverte par les Lumières, la séquence qui fait l'objet de ce deuxième volume, dirigé par Alain Corbin, fournit un chapitre très riche de l'histoire des émotions. Dès le milieu du XVIIIe siècle se dessinent des attentes nouvelles. La notion " d'âme sensible " émerge peu à peu. C'est le temps du journal intime et celui de l'émerveillement face au paysage.
    Un " moi météorologique " se fait jour, sensible aux aléas des phénomènes naturels. Dans ce siècle de la Révolution et des révolutions, la colère, la terreur, l'indignation côtoient l'exaltation, la joie, la ferveur ou la mélancolie sur la scène politique. De nouveaux rituels les expriment et leur donnent corps. Des barricades aux champs de bataille, des grandes chasses aux catastrophes naturelles, du Romantisme à l'impressionnisme, des émois de l'orgasme à la vénération de la Vierge Marie, de multiples gammes des émotions sont ici mises en lumière.
    A l'extrême fin du XIXe siècle, des savants commencent à mesurer l'expression des émotions. La psychologie, peu à peu, s'impose.

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