• L'esclavage a été une des choses les plus répandues au monde. Il n'en fait pas moins souvent l'objet de définitions confuses, voire erronées. Ainsi a-t-il été longtemps considéré comme une forme sociale de travail, alors que l'esclave peut certes être ouvrier ou paysan, mais aussi garde du corps, spadassin, précepteur, courtisane...
    Les études rassemblées dans ce livre montrent que l'esclavage est une institution repérable au fait que l'esclave est exclu d'au moins une des dimensions sociales de la société dans laquelle il vit : la Cité dans le régime de la Cité antique, la parenté dans les sociétés lignagères, le rapport au roi dans les monarchies, etc.
    On peut devenir esclave après avoir été capturé à la guerre, mais aussi à la suite de dettes.
    L'esclavage pour dettes est un phénomène sociologique majeur. Il indique que la pauvreté voisine avec la privation de liberté. Pour Alain Testart, le renforcement du pouvoir des grands induit une possible émergence de l'État : « Sous l'esclavage gît toujours la question du pouvoir ».

  • Pourquoi, dans toutes les cultures, les femmes ont-elles été exclues de la chasse? Pourquoi n'ont-elles pu ni monter à bord des navires ni être soldat? Pourquoi leur a-t-on plutôt assigné les tâches de cueillir, de filer, de tisser, de tanner? Qu'est-ce qui expliquerait qu'il existe des façons masculines et des façons féminines de couper, de creuser et de travailler la terre?
    Dans cet essai qui conjugue audace intellectuelle et rigueur scientifique, Alain Testart montre que ce sont les croyances qui expliquent la différenciation des activités masculines et féminines et fait remonter leur origine à la lointaine préhistoire. Ces croyances, même tacites et irrationnelles, ont des effets puissants sur la réalité et obéissent à une logique cachée : celle du sang périodique des femmes, perçu comme une grave perturbation qui affecte l'intérieur de leur corps et les exclut de tâches particulières.
    Même si cette répartition traditionnelle des activités sera bientôt une chose du passé, elle ne laisse pas d'étonner par sa constance, sa quasi-universalité jusque dans les temps présents. Dans cet essai, Alain Testart nous entraîne pas à pas dans une réflexion d'une grande nouveauté sur le rôle du sang dans les représentations sociales et la constitution du genre.

  • Il y a plusieurs dizaines de millénaires, l'homme se sépare de l'animal en enterrant ses congénères et en leur rendant des honneurs funèbres. Il couvre de fresques admirables les parois de Lascaux et de bien d'autres grottes. Puis il invente l'agriculture. Il érige menhirs et dolmens, dont les plus célèbres restent ceux de Carnac. Tout cela se passe avant la naissance des villes, l'édification des pyramides, l'invention de l'écriture. Autrement dit, avant l'histoire.
    Dans ce même temps, l'homme invente aussi les premières formes de vie sociale. Comment se mettent en place ces premières sociétés? Comment évoluent-elles? Vaste sujet, à la lisière de l'anthropologie sociale et de l'archéologie préhistorique, qui met aux prises les thèses les plus opposées. Alain Testart, ethnologue réputé, notamment pour ses travaux sur les chasseurs-cueilleurs, s'est donné pour objectif de confronter les interprétations en présence. Il était on ne peut mieux désigné pour reprendre à neuf la question de l'évolution des sociétés.
    Il en résulte des critiques décapantes sur l'histoire de l'anthropologie sociale, une réflexion philosophique sur la notion même d'évolution dans les sciences sociales et des mises au point sur les questions de méthode et d'interprétation en archéologie. Surtout, jaillissent une série d'hypothèses nouvelles sur diverses périodes du paléolithique ou du néolithique, qu'il n'est plus question d'envisager depuis l'Europe et le Proche-Orient seuls, mais à partir du monde entier, d'où affluent désormais les données en nombre.

  • Un peu partout dans le monde, des maîtres ont voulu que les meilleurs de leurs serviteurs ne leur survivent pas.
    Souvent, ce furent ces serviteurs eux-mêmes qui se portèrent volontaires pour suivre leur maître dans la mort, entendant ainsi témoigner du caractère extrême de leur fidélité à son égard. Une fidélité jusque dans la mort, une mort inutile et parfois cruelle. Et l'on comprend que, pour un maître, avoir eu durant sa vie de tels hommes à sa disposition, avoir bénéficié du support de tels fidèles, c'était déjà détenir un grand pouvoir.
    Un pouvoir dans lequel nous verrions volontiers l'origine de l'Etat.

  • Aujourd'hui, les sciences sociales ont accumulé un bagage impressionnant de connaissances dans les domaines de l'ethnologie, de l'histoire et de l'archéologie, permettant de nouvelles approches dans une vision globale des sociétés humaines.
    Si d'idée d'une évolution des sociétés n'est, en dehors de quelques écoles américaines, acceptée par personne en anthropologie sociale, il est possible de proposer une classification des sociétés à travers trois critères : l'économie, le politique et l'organisation sociale. Le génie humain a su inventer différents systèmes pour gérer l'existence des individus en collectivité et leurs rapports entre eux.
    A travers le temps et le monde, Alain Testart décrit ces différentes sociétés, et, comme un biologiste, tente dans cet essai d'anthropologie sociale d'en faire une classification.

  • Dans certaines sociétés, des hommes et des femmes pouvaient être mis à mort lors du décès d'un personnage important.
    Leurs corps étaient déposés dans sa tombe et ils étaient sensés l'accompagner dans son ultime voyage. Cette coutume fut autrefois extrêmement répandue de par le monde, ainsi qu'en témoignent d'innombrables documents archéologiques, historiques ou ethnologiques. Une telle pratique fait horreur à la mentalité occidentale, et l'on l'a peu étudiée. On l'a mal comprise. On y a vu une forme de sacrifice humain, ce qu'elle n'était pas.
    On l'a crue limitée aux rois et à leurs suivants, alors qu'elle fut généralisée dans de nombreuses sociétés qu'étudie l'ethnologie.

  • Ce manuscrit inédit posthume d'Alain Testart analyse à nouveaux frais le dispositif iconographique des grottes ornées du paléolithique supérieur, principalement de la grotte Chauvet (- 36 000) et de Lascaux (- 18 000). Partant des modes de disposition spatiale et topographique des signes, des représentations animales et des figures abstraites, il se livre à une relecture de l'ensemble des données des fouilles. L'analyse iconique d'une extrême précision à laquelle il se livre débouche sur une nouvelle interprétation de l'art pariétal, doublée d'une nouvelle théorie des signes.
    Alain Testart puise ici aux sources des historiens de l'art plus qu'à celles des préhistoriens. Selon lui, l'art occidental des grottes obéit à une sorte de canon qui correspondrait à une forme de pensée mythique spécifique, qui se distingue nettement des autres formes d'art préhistorique, tel l'art mobilier.
    Ainsi l'art sur bloc paléolithique ne représente-t-il jamais l'homme. Tout au plus y décèlet- on des traces d'une humanité hybride, mal dégagée du monde animal, inachevée. Ces représentations cachées, sinon secrètes, pointent en direction d'une pensée religieuse totémique. Entre le totémisme et les peintures du paléolithique, on décèle une sorte de minimum commun structuré par les différences entre les espèces. À travers les animaux et leur classification en espèces, cet art révèle, nous dit Alain Testart, une classification des hommes.
    La grotte serait dès lors un microcosme représentant l'état du monde à son origine, au temps du mythe, quand les hommes étaient mal différenciés des animaux, alors même que ceux-ci étaient déjà différenciés en espèces.
    La présence dans les grottes de signes de féminité incomplets (vulves, représentations tronquées du corps de la femme) apposés sur les images des animaux abonde à un tel point que la reproduction du monde semble avoir été pour ces époques une préoccupation non seulement artistique, mais religieuse. Miroir de l'état mythique des origines, la grotte renfermerait dès lors les étapes d'une véritable cosmogonie.

  • Eden cannibale

    Alain Testart

    Ils vivent d'amour et de philosophie.
    Quand Hans y débarque en ethnologue pour vérifier les théories de son maître Véry-Strauss, plusieurs meurtres s'y produisent. La police, confrontée à un monde dont elle ignore le fonctionnement, devra laisser à l'anthropologue le soin de démêler l'écheveau d'une intrigue dont les mobiles se trouvent dans la pensée sociale et religieuse d'une culture différente. Au coeur de ce paradis des mers du Sud, meurtres, inceste, relations sociales, mythes et légendes se côtoient dans une énigme policière et une vraie course au faux trésor.

  • L'esclavage fut une des choses les plus répandues au monde.
    Son fonctionnement peut varier, mais il est toujours lié à des règles précises. Il a trop longtemps été considéré exclusivement comme une forme sociale de travail. Or, l'esclave n'est pas seulement ouvrier ou paysan, il peut être aussi garde du corps ou spadassin. On naît esclave ou on le devient, après avoir été capturé à la guerre, mais également à la suite de dettes insolvables. L'esclavage est inséparable de la notion de pouvoir et Alain Testart voit dans cette institution un terrain favorable à l'émergence de l'Etat.

  • Des dons et des dieux

    Alain Testart

    • Errance
    • 24 Octobre 2006

    Il est d'étranges religions où l'on n'élève pas de temple, où l'on ne fait pas d'offrandes ni de sacrifices, pas plus que l'on n'adresse de prières.
    Les religions aborigènes australiennes sont de celles-ci et l'auteur soutient de plus que ce sont des religions sans dieux. A partir de cet exemple privilégié, il nous invite à une réflexion plus générale sur les religions et sur leur contexte social et, plus particulièrement, à revenir sur le thème du don, célèbre en anthropologie, et à le rapprocher de celui de l'offrande. Les hommes donnent à d'autres hommes et, ce faisant, créent entre eux des liens ; ils " donnent " également leurs filles à marier ; de même, ils offrent des sacrifices aux dieux pour leur plaire ou pour s'assurer de leur alliance, et ils font des offrandes aux ancêtres, aux génies ou aux esprits.
    Peut-on déceler quelque analogie entre façons de donner dans la société et façons de donner dans la religion ?

  • Des milliers de statuettes féminines aux formes opulentes et au sexe marqué, la théorie selon laquelle ce furent les femmes qui inventèrent l'agriculture, quelques mythes : tout cela put donner à penser qu'autrefois les femmes dominèrent les hommes.
    C'est la thèse du matriarcat primitif, thèse fortement critiquée par l'anthropologie sociale car aucune société actuellement connue et observable ne peut être dite "matriarcale". Mais elle garde ses partisans chez certains archéologues et parmi une frange du grand public fascinée par l'idée d'un culte ancien de la "Grande Déesse". Le premier essai ici présenté réexamine cette thèse en s'appuyant sur les plus récentes découvertes du Néolithique proche-oriental, là où se rencontre la plus ancienne agriculture.
    Les deux autres essais se penchent sur l'importante iconographie fournie par ces premières sociétés. Parmi celle-ci, des représentations de taureaux, ou du moins de bovins : doit-on y voir le culte d'un "dieu-taureau", ou au contraire des animaux sacrifiés ? On trouve aussi quelques représentations de corps sans tête et des crânes surmodelés, qui sont parmi les premières représentations de visages humains : doit-on v voir un "culte des ancêtres", ou des trophées pris aux ennemis ?

  • L'archéologie naissant, c'est un ensemble riche de vestiges matériels que l'on pensait perdu qui surgit des lacs, des rivières et des marais. Parmi ces vestiges, des armes ancestrales.
    L'archéologie naissant, les spécialistes se sont fait nombreux et c'est tout autant d'opinions qui se partagent l'intérpréation de ces dépôts mystérieux : S'agit-il d'offrandes volontaires aux divinités des eaux ? De pertes occasionnelles ou de naufrages ? De restes de batailles ?
    Cet ouvrage est le premier consacré à l'examen systématique de toutes les hypothèses susceptibles d'expliquer ces phénomènes récurrents dans l'histoire. Et à procéder à une discussion raisonnée des différents arguments que l'on peut avancer pour ou contre ces hypothèses.

  • Aux origines de la monnaie

    Alain Testart

    • Errance
    • 10 Septembre 2002

    La " monnaie avant la monnaie ", si l'on veut.
    Son origine se perd dans la nuit des temps. C'est cette nuit que nous avons voulu explorer et nous l'avons fait en recourant aux deux ou trois disciplines qui étaient susceptibles de le faire. La première est celle des Antiquités Orientales. Avant l'invention des pièces de monnaie, la Mésopotamie a connu de hautes civilisations qui ont vécu pendant deux millénaires au moins sans monnaie proprement dite, au sens des pièces de monnaie.
    Comment procédait-on aux échanges, comment évaluait-on la valeur des différentes marchandises ou encore la valeur de l'impôt, peut-on même parler de monnaie ? Ce sont ces questions que soulève Jean-Jacques Glassner. Du côté de l'égyptologie, Bernadette Menu s'est posée les mêmes questions à propos de l'Egypte pharaonique qui, pareillement, pendant un laps de temps similaire ou encore un peu plus long, n'a pas cru devoir recourir aux pièces de monnaie.
    Enfin, il fallait mobiliser l'anthropologie sociale ou ethnologie qui traite traditionnellement de sociétés qui n'utilisaient pas de monnaie métallique frappée. Du moins n'en utilisaient-elles pas jusqu'à la colonisation ou l'insertion, beaucoup plus tardive, dans une économie mondiale. La Chine représente un cas très particulier, merveilleusement documenté et présenté à la fin de ce recueil par François Thierry.
    La monnaie et l'économie primitives ne sont pas tout à fait comme on les croit : étonnamment modernes sous certains aspects, avec le rôle prédominant qu'elles font jouer au crédit, elles sont aussi largement fondées sur la fiduciarité.

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