• Écrites au cours des quarante dernières années, les 76 nouvelles qui composent Le Roman noir de l'Histoire retracent, par la fiction documentée, les soubresauts de plus d'un siècle et demi d'histoire contemporaine française.
    Classées selon l'ordre chronologique de l'action, de 1855 à 2030, elles décrivent une trajectoire surprenante prenant naissance sur l'île anglo-normande d'exil d'un poète, pour s'achever sur une orbite interstellaire encombrée des déchets de la conquête spatiale.
    Les onze chapitres qui rythment le recueil épousent les grands mouvements du temps, les utopies de la Commune, le fracas de la chute des empires, les refus d'obéir, les solidarités, la soif de justice, l'espoir toujours recommencé mais aussi les enfermements, les trahisons, les rêves foudroyés, les mots qui ne parviennent plus à dire ce qui est...
    Les personnages qui peuplent cette histoire ne sont pas ceux dont les manuels ont retenu le nom, ceux dont les statues attirent les pigeons sur nos places.
    Manifestant mulhousien de 1912, déserteur de 1917, sportif de 1936, contrebandier espagnol de 1938, boxeur juif de 1941, Gitan belge en exode, môme analphabète indigène, Kanak rejeté, prostituée aveuglée, sidérurgiste bafoué, prolote amnésique, vendeuse de roses meurtrière, réfugié calaisien, ils ne sont rien.
    Et comme dit la chanson, ils sont tout.

  • 'Je suis la somme de tous ceux dont j'ai, à distance, l'impression d'avoir endossé le costume. Je me reconnais en tous. Novice sur le pont noir de La Belle Poule, zouave d'opérette devant Sébastopol, soldat bafoué en Algérie, comédien et pourquoi pas saltimbanque, fossoyeur de l'empire, colonel des Turcos de la Commune, compagnon de Louise Michel et metteur en scène de ses oeuvres, laissé pour mort sur la barricade du Château-d'Eau, estropié sans pension, condamné à mort, déporté en Calédonie, inventeur du théâtre déshabillé, directeur des Bouffes-du-Nord, gargotier, fondateur de journaux, orateur, dresseur de lions édentés, prétendant à la députation, buraliste en désespoir de cause, mari fidèle et père aimant.' Ainsi Didier Daeninckx fait-il parler Maxime Lisbonne (1839-1905). On comprend que l'auteur de Meurtres pour mémoire et de Galadio ait été fasciné par ce personnage de réfractaire haut en couleur, héros des barricades de la Commune, homme de théâtre, dur à cuire pétri d'idéaux révolutionnaires, précurseur des Restos du Coeur avec son 'banquet des Affamés' et défenseur de la cause canaque alors que la plupart de ses amis bagnards se rangaient du côté de la brutalité coloniale. Maxime Lisbonne fit de sa vie une succession de fureurs héroïques et de ratages splendides : un vrai roman d'aventures.

  • "Toujours votre société violente et chaotique même quand elle est en état d'apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l'orage.
    Messieurs, il n'y a qu'un moyen d'abolir enfin la guerre entre les peuples, c'est d'abolir la guerre entre les individus, c'est d'abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c'est de substituer à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d'unité." Dans tous ses livres, la voix de Didier Daeninckx se fait l'écho des luttes sociales, des révoltes contre les injustices.
    Prêter cette voix à Jaurès, l'un des grands combattants de la liberté. sonnait comme une évidence. À un siècle de distance, ces deux rebelles se rejoignent dans un émouvant plaidoyer contre l'inanité de la guerre, pour la paix.

  • C'est en 1947 que Willy Ronis découvre le quartier de Belleville-Ménilmontant, dont il tombe immédiatement amoureux ; c'est une révélation : plus que nulle part ailleurs, là-haut, le temps a suspendu son cours. Entre les Buttes-Chaumont et le Père-Lachaise, le photographe s'arrête dans les ateliers, les bistrots et les salles de bal. Il arpente avec passion les ruelles, les passages, les venelles, les terrasses et les arrière-cours. Dans ce village populaire qui surplombe la ville, on tire à l'arc, on joue aux boules et l'on déjeune dans les jardinets. L'omniprésence de la végétation fait dire à ses habitants qu'ils n'ont pas besoin de partir en vacances. Certains vont encore chercher l'eau au puits. D'autres s'accordent une sieste sur un coin d'herbe. Personne n'est riche mais tout le monde semble heureux. Chaleureux, pittoresque et poétique, le Belleville-Ménilmontant de Willy Ronis représente un témoignage hors pair sur un Paris disparu, celui d'une douceur de vivre modeste et insouciante. Ému par ses images et ayant souvent écouté Willy Ronis évoquer ses souvenirs, Didier Daeninckx a imaginé le récit d'un «gars» de Ménilmontant : longtemps exilé contre son gré, l'homme revient sur ses pas et nous fait redécouvrir la légende du quartier.

  • L'école des colonies

    Didier Daeninckx

    • Hoebeke
    • 14 Octobre 2015

    « Nos ancêtres les Gaulois » Est-ce ainsi que débutaient les cours d'histoire des écoles du Tonkin, du Soudan ou du Dahomey. N'inscrivait-on pas au tableau noir le matin, en français - la langue enseignée dès les petites classes - « Mes enfants, aimez la France, votre nouvelle patrie ».
    L'école a été un des moyens privilégiés de la Mission civilisatrice de la France pour faire de tous les petits « indigènes » de bons Français. Il faut enseigner au plus grand nombre (qui restera restreint) les connaissances nécessaires aux besoins des colonisateurs. Il faut accroître la main-d'oeuvre et mieux tirer profit des richesses coloniales.
    Le matériel scolaire, à destination des colonies, a été souvent adapté du matériel imaginé pour les écoles françaises. Les planches pédagogiques s'adaptent à la flore et à la faune locales. L'écorché du lapin ou du chat que les petits écoliers français étaient habitués à découvrir sur les murs de la classe se transforme en un écorché de lion. On détaille le squelette de l'éléphant et la molaire du pachyderme est commentée sous tous ses angles.
    Les manuels scolaires ont eux aussi été édités spécialement pour les colonies : il faut ajouter aux leçons de lecture courante quelques éléments propres au territoire : l'hygiène ou « l'art de bien se nourrir ». On insiste sur la valeur du travail manuel. Ainsi était l'école des colonies.

    Dans une seconde partie, les colonies à l'école, le livre présentera un autre aspect, l'enseignement des colonies pour les élèves de la métropole : Les cartes de géographie de Vidal-Lablache ne vont pas oublier les territoires de l'Union française : elles vont bien détailler, territoire par territoire, nos « possessions ». La Cochinchine ou l'Afrique occidentale sont souvent abordées sous l'angle de leurs ressources.
    Les manuels scolaires eux vont faire l'apologie de l'oeuvre coloniale pour « les bienfaits de l'humanité ». Ils montrent la grandeur de la métropole « une nation riche et puissante » et pour parfaire l'idée d'égalité de la République, ils véhiculent une imagerie d'Épinal : une vision idéalisée : de beaux bâtiments bien équipés, de bons élèves souriants propres et reconnaissants.

  • La pub est déclarée

    Didier Daeninckx

    • Hoebeke
    • 5 Octobre 2013

    Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. La publicité ne restera pas insensible à cet événement : mieux, elle va incorporer le conflit dans son discours. Elle saura progressivement attendrir l'arrière, galvaniser la fibre patriotique ou encore fustiger l'ennemi. Mais si la pub choisit son camp et s'unit derrière le drapeau, la guerre deviendra un formidable prétexte pour vendre tout et n'importe quoi. Très vite, il ne sera plus surprenant de faire cohabiter dans la presse une réclame pour un masque à gaz anti-asphyxiant avec de la poudre de cacao, tandis que les mérites de tel ou tel savon côtoieront un encart pour une jambe de bois articulée, évidemment 100 % française. La pub est déclarée raconte l'épopée de la Grande Guerre du point de vue de cette réclame. À travers un florilège d'illustrations, ce livre nous permet d'entrevoir les années 1914-1918 comme celles d'un marché publicitaire florissant. Pour suivre le fil du conflit, Didier Daeninckx invente le personnage d'une jeune dactylo de l'agence Siècle Publicité qui va devoir redoubler d'ingéniosité pour trouver les slogans les plus prompts à vendre la guerre.

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