• On doit à Edith de la Héronnière un Journal sicilien aujourd'hui prolongé dans les jardins de l'île qui en compte une multitude. Certains sont célèbres comme l'Orto botanico de Palerme, le jardin de la Kolymbetra à Agrigente ou celui du palais de Donnafugata, près de Ragusa ; d'autres sont restés inconnus ou cachés au pied des monastères romans ou des palais baroques, voire même abandonnés dans les montagnes. Publics ou privés, jardins secrets, chantés par les poètes, tous offrent, sur cette terre aride, une saisissante diversité de floraisons, de fragrances et d'essences exotiques, dont certaines rares, comme la Puya des Andes qui fleurit pour la première fois en Sicile onze ans après avoir été plantée dans le jardin de la Villa Piccolo, à Capo d'Orlando dans la province de Messine.
    Plus que la recherche de cette plante bizarre, plus qu'un inventaire botanique, c'est une nouvelle approche de la beauté tourmentée de la Sicile qui n'élude pas sa part d'ombre, mais la met en lumière :
    Une promenade dans les tons voisins.

  • Du volcan, l'ascension du Stromboli, au Chaos, lieu de naissance de Pirandello, ce journal de voyage en Sicile est un voyage qui est plus qu'un voyage, un journal qui est une recherche, une quête, menée avec une extrême attention, sur les traces de l'ami disparu, « à la rencontre de je ne sais quoi ». Édith de la Héronnière, étrangère « en état d'alerte permanent », pénètre en Sicile comme dans un labyrinthe.
    En Sicile, je suis entrée dans un monde magique où se croisaient les mythes grecs, les légendes des rois normands, les cantos des troubadours, les lamentos des veuves, les chants d'une terre bouleversée et des humains qu'elle porte, une profonde douleur qui se résout finalement en un grand silence, presque un « chut ! » lisible sur les lèvres d'une jeune femme peinte par Antonello da Messina.
    J'ai traversé ses géographies, je me suis heurtée à des murs, perdue dans des impasses. J'ai suivi des chemins qui finissaient par donner sur le vide. Je me suis plus d'une fois affolée. J'y ai connu le choc devant la beauté et celui devant la laideur, mais surtout, surtout l'égarement. À la fin, je me demande s'il ne s'agissait pas tout simplement d'un songe - un songe éveillé, au coeur d'un dédale dont les murs étaient constitués de regards.

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