• À travers La Crise commence où finit le langage, Éric Chauvier tente de saisir les raisons de l'essor de la « crise » qui, plus qu'un mal de notre temps, apparaît comme le nouveau mode de désignation de la catastrophe auquel sembleraient vouées l'Histoire et l'espèce humaine. Loin de consentir à un tel fatalisme, l'auteur entreprend de mettre à jour ce qui se cache derrière le mot « crise » dans la mesure où ce terme semble avant tout être agité comme un paravent voué à décourager toute tentative de compréhension du phénomène qu'il recouvre.

  • Interpelé par un article sur la "mocheté" de la banlieue paru dans un "hebdomadaire de la capitale", en l'occurrence Télérama, Eric Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d'un carnet de notes à mi-chemin entre l'écrit littéraire et l'enquête ethnologique, il définit l'essence de cette société demeurant habituellement dans l'ombre. Il la met en lumière sous. le "clair de lune des réverbères". L'auteur, lui-même résident de cette périphérie méprisée, en est justement un des acteurs. C'est pourtant bien à une étude sociologique qu'il s'attelle, renfermant moult anecdotes ironiques, cyniques ou bien tout simplement drôles - depuis le traditionnel jogging et les rencontres improbables dans des hypermarchés anonymes jusqu'à la gestion des excréments animaux. Ce faisant, il exprime sa révolte contre le jugement de classe déguisé en jugement esthétique émis par des journalistes bien-pensants. Fort d'une argumentation originale, limpide et pleine d'humour, ce témoignage persuade par son réalisme et sa poignante véracité. Un livre dans lequel le mot "contestation" prend vie, énoncée par un trublion qui ose, lui, s'élever contre ce qui le dérange.

  • Depuis la fermeture de son abattoir, de sa mine d'or et de ses usines, la petite ville de Saint-Yrieix-la-Perche, située en Haute Vienne, connaît une déprise démographique et économique.
    Jadis objet de toutes les attentions municipales, la rue marchande est devenue atone. La population décline et vieillit ; le chômage et la part des emplois précaires augmentent ; l'ennui et l'anomie étendent leur domaine. Les mutations du capitalisme ont produit une ville sans qualité. Dans une enquête anthropologique où se mêlent mélancoliquement l'histoire intime du narrateur et l'histoire sociale des habitants de Saint-Yrieix, Éric Chauvier revient sur les traces de son enfance. À travers de multiples portraits, il tente de faire affleurer les vestiges d'un monde disparu et les fragments urbains d'une vie mutilée.

  • Paru chez Anacharsis en 2011, Anthropologie de l'ordinaire s'est imposé comme un essai des plus radicaux dans l'entreprise de revitalisation de l'anthropologie et de sa réintroduction dans le débat public.
    Fondé sur une critique des grandes théories classifictoires académiques, l'ouvrage dénonce les stratégies d'écriture qui refoulent les scories de l'enquête dans un hors-champ pour asseoir son autorité scientifique. Un procédé ici identifié comme une entreprise de « désinterlocution » des personnes observées. Au final, les livres ainsi obtenus cloisonnent des espaces étanches entre les « observés », les lecteurs et les anthropologues, ces derniers placés dans une position dominante, du reste non dépourvue de conséquences politiques.
    C'est précisément à partir de ce hors-champs, de ce foisonnement de l'ordinaire, qu'Éric Chauvier propose de reconsidérer l'anthropologie, réajustant de la sorte ses enjeux à sa pratique.
    Il ne s'agit plus ici d'extirper du terrain « l'essence de ce qui fait sens », mais de prendre acte des anomalies qui se font jour au cours de l'enquête, qui sont véritablement à la fois l'objet et la matière de l'enquête.
    Le renversement de perspective est radical, qui revendique sur le terrain comme dans la production littéraire qui en découle un « appariement des consciences » entre anthropologues, lecteurs et observés, soit : la condition d'un apprentissage partagé.
    Conçu comme une véritable « boîte à outils », Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard concerne toutes les sciences humaines.

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