• Eva Cantarella, Les plus belles histoires d'amour de l'Antiquité. Du ciel à la terre, de Zeus à César Les émotions ont-elles une histoire ? L'amour est-il un sentiment immuable ? Pour y répondre, Eva Cantarella nous invite à revenir vers les Grecs et les Romains, nos ancêtres à la fois proches et lointains. Cette pittoresque peinture des moeurs des Anciens fait renaître les amoureux les plus célèbres de la mythologie grecque, Orphée et Eurydice, Ariane et Thésée, Médée et Jason, sans oublier les innombrables aventures extraconjugales de Zeus, le premier prédateur sexuel. Elle nous donne aussi l'occasion de partager l'intimité de personnages tout aussi illustres mais bien réels, qui ont laissé leur empreinte dans l'histoire romaine : Caton et Marcia, Lucrèce et Collatin, Livie et Auguste, sans compter César, le séducteur par excellence, « le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris ». À la lumière du mythe et de l'histoire, Eva Cantarella souligne les similitudes mais aussi les différences dans la manière de concevoir et de vivre, d'une société à l'autre et de l'Antiquité à nos jours, un sentiment aussi complexe que l'amour.

  • Il y a mille interprétations possibles de l'Odyssée. Eva Cantarella nous révèle qu'Ithaque n'est ni plus ni moins qu'une petite communauté grecque qui se donne les structures fondamentales de ce qu'on appellera une organisation politique ou, « mieux encore », dit-elle, le prototype de la communauté grecque qui s'apprête à devenir une polis. Elle nous invite à reculer de quelques siècles la naissance de la cité moderne.
    Pour explorer cette perspective déjà connue en France par les travaux de J.-P.Vernant, P. Vidal-Naquet, M. I. Finley et N. Loraux, Eva Cantarella propose cependant une méthode originale, pas encore exploitée, pour présenter le « dossier Homère » au grand public. Au « Heureux qui comme Ulysse », elle oppose un « Heureuse qui comme Pénélope ». Pendant qu'Ulysse baguenaudait loin de son royaume, à Ithaque demeurait Pénélope dans son palais mis à sac. D'où le renversement méthodologique, étonnamment fécond, qui sert de ligne directrice à cet essai et qui consiste à se demander ce qu'il se passait à Ithaque en l'absence d'Ulysse. S'ordonnent ainsi les trois parties du livre : Ithaque sans Ulysse, Ulysse vers Ithaque et Ithaque avec Ulysse.

  • Sexe, cuisine, fêtes, superstitions, travail, mariage. Eva Cantarella a choisi de mettre en lumière quelques facettes de la vie publique et privée des Grecs et des Romains, un monde à la fois proche et lointain.
    Un monde où, à Rome particulièrement, les plaisirs de la table occupaient une place considérable. Qui aurait pu imaginer que l'austère Caton, entre deux plans de bataille, se livrait à la rédaction de recettes, dont ce fameux « cheese-cake » à la ricotta ? Grands amateurs de viandes et de poissons, les Anciens ne reculaient devant aucune excentricité, allant jusqu'à servir des perroquets ou des langues de flamants roses avec de la polenta et des champignons au miel !
    Les jeux, les sports, les soins de beauté, la mode, les campagnes électorales faisaient aussi partie de leurs préoccupations favorites. Sans oublier les pratiques sexuelles -licites ou non.
    Vingt-cinq siècles plus tard, les choses ont-elles vraiment changé ?

  • Qui n'a rêvé, flânant rue de l'Abondance, de voir soudain surgir, ressuscitée, la vie grouillante de l'antique Pompéi : l'animation dans les boutiques (tabernae) de Julia Felix, les gargotes (cenacula), les bars (cauponae), restaurants rapides, tel celui d'Asel-lina et de ses accortes serveuses où l'on consommait chaud aliments et boissons que conservaient ces amphores encastrées dans la maçonnerie, aussi caractéristiques que les passages en relief pour piétons entre lesquels on croit encore entendre le crissement des charrettes recouvrant le constant murmure des fontaines ? La catastrophe de l'automne 79 a préservé, mieux que partout dans le monde gréco-romain, malgré déprédations et accidents de l'histoire, les traces de la vie, les architectures publiques et privées, les oeuvres d'art, les objets du quotidien, jusqu'aux squelettes et aux corps que les moulages de Fiorelli ont reconstitués de façon saisissante.
    C'est une telle résurrection qu'opèrent ici Eva Cantarella et Luciana Jacobelli, l'une spécialiste du droit et des institutions romaines, l'autre archéologue ayant longuement collaboré aux fouilles de Pompéi. Travail scientifique : il analyse et met en perspective la réalité vécue du temps, si présente au point de paraître «moderne», en l'arrachant aux aimables légendes que la littérature - Gautier, Jensen, E. Bulwer-Lytton -, le cinéma et la peinture «pompier» ont complaisamment propagées, tout comme à la tentation aiguë de l'anachronisme. Ces graffitis de femmes amoureuses, de soupirants déçus, d'écoliers vindicatifs ; ces programmata en faveur de candidats aux élections, écrits sur les murs par les corporations de foulons ou d'orfèvres ; ces violences à l'amphithéâtre entre supporters des gladiateurs locaux et ceux de Nuceria ; ces meretrices, fornicatrices, noctilucae, ambulatrices sorties tout droit d'un film de Fellini. autant d'invites aux rapprochements avec notre monde contemporain.
    C'est pourtant la mise à distance qui est la marque et l'intérêt du travail des auteurs. Pompéi, au contact des Etrusques et des comptoirs de la Grande Grèce, passée au Ve siècle sous le contrôle des Samnites puis, au IIe siècle, de Rome victorieuse de Carthage, offrait une société complexe, aux institutions hybrides - municipe de droit romain, mais colonie pour vétérans de Sylla - au sein d'un environnement privilégié : la Campanie et particulièrement la région du Vésuve, riche en huile et en vin ; l'embouchure du Sarno ouvrant la route au commerce maritime et à toutes les influences venues de Grèce ou d'Orient, afflux d'esclaves urbains ou agricoles, gladiateurs, cultes de Dionysos ou d'Isis, goût du luxe dont témoignent les riches demeures citadines et les mirifiques villas parsemant le golfe de Naples.
    En regard des normes rigides de l'austère Rome antique - civilisation de paysans, de juristes et de soldats, donnant, notamment, à la «puissance paternelle» tout pouvoir sur les enfants, même adultes et exerçant de hautes fonctions -, les moeurs de cette société mêlée et florissante marquaient un décalage que les auteurs se plaisent à souligner : cela vaut, en particulier, pour les femmes, soumises en droit, en réalité subtilement émancipées, ni matrones ni messalines.

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