• Le 11 novembre 1918, l'Allemagne dut conclure un armistice sans que l'armée ait mené une bataille décisive. La question se posa alors de savoir qui était responsable d'une défaite dont le résultat fut le traité de Versailles. Celui-ci fut ressenti par les Allemands comme une " honte ", les contraignant à reconnaître que l'Allemagne était seule responsable de la guerre et devait en payer toutes les pertes.
    Un clivage politique majeur domina la vie politique des années 1920. Jamais la République de Weimar (1919-1933) ne sut s'affranchir du traumatisme de cette guerre mondiale perdue. Une amertume généralisée gagna la fin des années 1920, quand on assista à une explosion de la littérature de guerre et que le désir de surmonter le traumatisme se fraya un chemin. Hitler était là pour répondre au désir des Allemands " d'en finir avec Versailles ".

  • La question des origines de la Grande Guerre préoccupe les historiens. Pour deux raisons majeures : parce qu'elle est la première guerre totale de l'histoire ; parce que, détruisant un ordre ancien, elle inaugure l'ère des totalitarismes.
    Le débat a été récemment relancé par la publication d'ouvrages qui s'inscrivent dans la lignée des Somnambules de Christopher Clark (traduit en français par Flammarion, en 2013), et qui tentent d'affranchir l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie du reproche qui leur est traditionnellement fait d'avoir déclenché le conflit. Gerd Krumeich soutient la thèse contraire et entend rétablir les faits à l'appui d'un examen minutieux de la diplomatie internationale et de son rôle fondamental lors de la crise de juillet 1914.
    La guerre est due aux jeux et contraintes des Alliances : c'est l'action de l'Autriche-Hongrie contre la Serbie et le soutien inconditionnel que l'Allemagne apporte à cette politique offensive qui ont joué un rôle décisif. Il faut également prendre en compte le choc entre les États-Nations et les Empires et l'obsession permanente du complot belliqueux : l'Allemagne entend ainsi rompre avec l'encerclement que lui font, selon elle, subir la France et la Russie, aidées de l'Angleterre.

  • Histoire d'un mythe national.

    Jeanne d'Arc, patriote et martyre, héroïne féminine au sommet du panthéon national, est une figure centrale de l'histoire de France. Sa mémoire est au coeur d'enjeux politiques dont on sait peu qu'ils ont été mouvants : avant d'être la figure de proue de l'extrême droite, elle a été tour à tour fille du peuple en armes, restauratrice de la monarchie, patriote trahie par son roi et l'Église...

    Son histoire et sa mémoire ont été le jeu d'appropriations multiples et antagonistes qui prennent leur source dans ses procès même : condamnée au bûcher comme hérétique et réhabilitée quelques années plus tard afin de légitimer le règne de Charles VII qu'elle a soutenu. Gerd Krumeich retrace, à partir de la Révolution française, les usages de l'histoire de Jeanne d'Arc. Il nous rappelle qu'elle a un temps représenté le parcours d'une simple fille du peuple qui, par son action et ses souffrances, aurait donné naissance au nationalisme français. « Souvenons-nous toujours, Français, que la Patrie chez nous est née du coeur d'une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu'elle a donné pour nous », écrit Michelet. Cependant, d'héroïne de gauche, elle devient, au cours du XIXe siècle, le symbole d'un nationalisme conservateur. Jeanne marque l'impossibilité de trouver un consensus politique qui aurait permis aux « deux France » de se réconcilier. Gerd Krumeich, en analysant les évolutions d'un mythe, fait finalement une histoire du nationalisme français.

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