• Collection « Classiques » dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety Balzac Le Médecin de campagne « Monsieur, quand je vins m'établir ici, je trouvai dans cette partie du canton une douzaine de crétins, dit le médecin en se retournant pour montrer à l'officier les maisons ruinées. La situation de ce hameau dans un fond sans courant d'air, près du torrent dont l'eau provient des neiges fondues, privé des bienfaits du soleil, qui n'éclaire que le sommet de la montagne, tout y favorise la propagation de cette affreuse maladie. Les lois ne défendent pas l'accouplement de ces malheureux, protégés ici par une superstition dont la puissance m'était inconnue, que j'ai d'abord condamnée, puis admirée. Le crétinisme se serait donc étendu depuis cet endroit jusqu'à la vallée. N'était-ce pas rendre un grand service au pays que d'arrêter cette contagion physique et intellectuelle ? Malgré son urgence, ce bienfait pouvait coûter la vie à celui qui entreprendrait de l'opérer. Ici, comme dans les autres sphères sociales, pour accomplir le bien, il fallait froisser, non pas des intérêts, mais, chose plus dangereuse à manier, des idées religieuses converties en superstition, la forme la plus indestructible des idées humaines. Je ne m'effrayai de rien. » Mais ce roman de 1833 n'est pas simplement le récit d'un homme qui consacre sa vie au bonheur d'un village, un rénovateur qui donne à Balzac l'occasion d'analyser le développement rural et d'inscrire en son livre une certaine utopie.
    Le Médecin de campagne est aussi une histoire privée, celle précisément du docteur Benassis, prise entre un début malheureux et une fin prématurée.

    Edition de Pierre Barbéris.

  • « Toutes les autres choses que vous entendrez dire sur l'Empereur sont des bêtises. » Ainsi finissent les célèbres pages, extraites du «Médecin de campagne», que Balzac consacra en 1833, par la bouche d'un ancien grognard, Goguelat, à l'épopée du grand homme qui rappellent avec force qu'il fut, aux côtés de Stendhal et de Chateaubriand, l'un des artisans du mythe napoléonien. Le lecteur pourra ensuite se délecter des «Maximes et pensées de Napoléon», dont Balzac, qui les avaient écrites pour les vendre à un bonnetier, Jean-Louis Gaudy, sous le nom duquel elles ont été publiées en 1838, voulait qu'elles fussent « à Napoléon ce que l'Évangile est au Christ ».

  • Intégré à La comédie humaine en 1846, Le chef-d'oeuvre inconnu évoque le lien entre amour et peinture.
    C'est la rencontre de trois génies, le jeune Nicolas Poussin, Porbus, peintre à la cour d'Henri IV, et maître Frenhofer. Entre eux s'installent l'admiration et le respect. Mais une oeuvre mystérieuse et deux femmes, Gillette et Catherine Lescault, viennent rapidement troubler leurs relations. Passion pour l'art, dilemmes sentimentaux, incompréhension, déception mèneront à leur séparation et à la mort de l'un d'eux.
    Dans La maison du Chat-qui-pelote, écrit en 1829, Balzac aborde les thèmes de l'amour et des différences de classes sociales et culturelles dans la France du début du XIXe siècle.

  • Le célèbre chirurgien Desplein de l'hôtel-Dieu revendique un athéisme intraitable. Pourtant son jeune interne Horace Bianchon que Desplein a pris sous son aile le surprend devant l'autel de la Vierge à une messe dans l'Église Saint-Sulpice.
    Intrigué par ce paradoxe si peu en rapport avec la droiture morale de son maître, Bianchon mène l'enquête pour découvrir le secret de Desplein. Cette nouvelle que Balzac aº rmait avoir conçue, et écrite et en une seule nuit paraît en 1836 dans la Chronique de Paris , elle sera au fi nal intégrée dans les Scènes de la vie privée et constitue dans l'oeuvre de son auteur une curiosité. Peu connue et peu lue, elle dévoile un Balzac inédit, qui, loin de sa férocité habituelle, trace un portrait sensible de la bonté, de la gratitude et de la fi délité.

  • Toute l'oeuvre de Balzac est placée sous le signe du secret, fondée sur la conviction que le vrai pouvoir est occulte et s'exerce dans «l'envers de l'histoire». Ce pouvoir, dont Vautrin est le symbole, est en général celui de l'ambition et du crime. Dans L'Envers de l'histoire contemporaine, le dernier roman écrit par Balzac, il est celui du bien:à «la conspiration permanente du mal» s'oppose la conspiration de la charité. Mais là encore il s'agit de société secrète, d'«initié», d'«un monde à part dans le monde» et l'histoire de Mme de la Chanterie pardonnant au magistrat qui a fait assassiner sa fille est une des plus «ténébreuses affaires» de La Comédie humaine.

  • Balzac n'est allé ni à Java, ni en Chine, mais ce vrai récit d'un faux voyage tient une place importante dans l'histoire des représentations de l'Asie-Orient, car il manipule avec talent des lieux communs tout en les tempérant par l'humour et la distance.
    A la fin de l'année 1831, lors d'un séjour chez de amis, Balzac rencontre un nommé Grand-Besançon, commissaire aux poudres, qui lui raconte son séjour en Asie. Ils se revoient à Paris durant l'année 1832 et, en novembre 1832, Balzac fait paraître son Voyage de Paris à Java en racontant à la première personne un récit de seconde main.
    S'il est peut-être légitime de débattre de l'importance éventuelle de ce texte dans l'oeuvre de Balzac, sa place dans l'histoire des représentations de l'Asie-Orient ne saurait être niée : en pleine période orientaliste, ce vaste espace géographique apparaît aux Européens comme un tout uniforme aux caractéristiques générales identiques, et aucun voyageur - réel ou imaginaire - ne se risque à reconnaître de spécificité particulière à Java ou Canton.
    De fait, Balzac manipule avec talent les lieux communs du récit de voyage en Asie-Orient, respecte sans faute les règles du genre, mais s'autorise - à l'attention des lecteurs avertis qui auront reconnu là un faux voyage, un voyage littéraire - une connivence par l'humour et la distance, un second degré. Le Voyage de Paris à Java clôt ainsi symboliquement l'ère du voyage précolonial, du récit qui se donne comme exploration du monde, quelle qu'en soit la dimension commerciale. L'Orient, semble nous dire Balzac dans son texte apocryphe, c'est d'abord ce qu'en savent ceux qui ne le connaissent pas, mais se le représentent quand même.
    En 1842, Balzac récidive avec La Chine et les Chinois, paru en quatre articles dans le quotidien La Législature comme une sorte de commentaire au volume La Chine et les Chinois, dessins exécutés d'après nature par Auguste Borget et lithographies à deux teintes par Eugène Ciceri (le peintre Auguste Borget, qui avait fait un long périple en Orient de 1836 à 1840, était un ami proche de Balzac).
    Il nous a semblé que la similitude d'utilisation des représentations de "l'Asie-Orient" justifiait une édition réunissant pour la première fois ces deux textes méconnus. Maître de conférences, historien de la littérature, traducteur et directeur de la collection "Lettres coréennes" chez Actes Sud, Patrick Maurus signe l'appareil critique de l'ouvrage.

  • Sans Balzac, Stendhal et Chateaubriand, il n'y aurait probablement pas eu de mythe napoléonien.Après l'admirable Vie de Napoléon, de Stendhal (PBP nº 611), voici donc les célèbres pages que Balzac, surnommé « le Napoléon des lettres », consacra à l'Empereur. Elles sont extraites du Médecin de campagne (1833), chapitre intitulé « Le Napoléon du peuple », et font revivre, grâce au récit d'un ancien grognard, Goguelat, toute l'épopée du grand homme. Publié plus tard, en 1842, sous le titre Histoire de l'Empereur racontée dans une grange par un vieux soldat et recueillie par M. de Balzac, ce texte n'est disponible aujourd'hui, sous cette forme isolée, que dans une édition illustrée rééditée chez Tchou, dans la Bibliothèque des Introuvables, préfacée par Jean Tulard (49 euros).Le Napoléon de Balzac est, dans notre édition, suivi des Maximes et pensées de Napoléon, écrites et vendues par Balzac en 1838 pour être signées par un bonnetier nommé J. L. Gaudy qui voulait être décoré. Seules les Éditions de Fallois ont réédité en 1999 (15 euros) ces 525 maximes dont l'auteur voulait qu'elles fussent « à Napoléon ce que l'Évangile est à Jésus-Christ ».Également chez Payot : Napoléon, Manuel du chef (PBP nº 688).

  • C'est à une véritable course contre la montre à laquelle se livre Honoré de Balzac.
    En libre précurseur de Phileas Fogg, il entreprend de démontrer que l'on peut se rendre de Paris à Berditchev, en Ukraine, en 6 jours. Ce récit en consigne l'aventure, émaillée de ses colères et de remarques savoureuses où il se gausse des Anglais. de l'Allemagne, " le pays le plus tire-laine que je sache ", de Berlin, " capitale de l'ennui " qui " a l'air d'un dictionnaire ", de lui-même, des Français...
    Grand pourfendeur et pasticheur de récits de voyage. Balzac n'aura écrit d'authentique que celui-ci. Mais si sa plume se fait aussi véloce que les trains et les malles-poste qu'il emprunte et aussi cinglante que le fouet de ses cochers. c'est pour mieux dissimuler le véritable motif de son voyage : l'amour de la belle comtesse Hanska.

  • Les effets, souvent curieux, des abus d'excitants. Cet étonnant texte de Balzac illustré de reproductions d'eaux-fortes et de linogravures de Pierre Alechinsky est réédité à l'occasion de l'exposition "Balzac-Alechinsky, Le traité des excitants modernes" présentée au musée Balzac de Saché (Indre-et-Loire) du 1er juin au 30 septembre 2013.

  • Une assemblée délibérante. Des animaux sont réunis dans le but de secouer le joug inique de « l'Homme », et décident de publier un livre : «Les Scènes de la vie privée et publique des animaux». On y rencontre, tour à tour, les peines de coeur d'une chatte française, répondant à celles de la chatte anglaise de Balzac, la vie et les opinions philosophiques d'un pingouin, les déboires d'un renard pris au piège, et beaucoup d'autres histoires rocambolesques. Événement éditorial à sa sortie en 1842, et sans cesse republiées avec succès, ces «Scènes», écrites par certains des plus grands noms de l'époque (Balzac, Nodier, La Bédollière) sont nées sous la direction du génial éditeur Pierre-Jules Hetzel et illustrées par le maître du zoomorphisme, Granville.

  • Le Grand Siècle fut, dit-on, friand de ces cabinets de curiosités dans lesquels se trouvaient collectés pêle-mêle des objets exotiques, pittoresques et bizarres. Les cahiers de curiosités, collection littéraire des éditions Marguerite Waknine, se proposent de retrouver pareil esprit, en rassemblant des textes anciens, modernes et contemporains, présentant un tel caractère unique, insolite et rare. Autrement dit, s'écarter de l'actuel, des formats de l'actualité, de l'aplanissement des voix, de l'ablation du singulier, pour renouer, admirablement et délicieusement, avec le bon et beau désordre de la richesse du monde, avec la belle et bonne diversité des corps et des esprits.

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