• En 1145, les états latins d'Orient fondés par la croisade viennent d'être éprouvés par la perte d'Edesse quand ils apprennent, de source vraisemblablement chrétienne la victoire remportée par un roi chrétien, le Prêtre Jean, sur un sultan musulman d'Asie centrale.
    Moins de quatre-vingts ans plus tard, c'est également un texte émanant des chrétiens orientaux qui leur annonce l'arrivée des Mongols, présentés à nouveau comme les sujets d'un roi chrétien, David, animé du désir de leur porter secours. Lorsque la présence mongole se précise aux confins de la Perse et de l'Arménie, s'ouvre une période où l'on recherche informations et contacts; les ambassadeurs envoyés par le pape Innocent IV rapportent des données sur les envahisseurs et le monde où ils se situent: orales chez André de Longjumeau, elles prennent chez Simon de Saint-Quentin la forme d'une "Histoire des Tartares" beaucoup plus complète, qui a trouvé place dans l'encyclopédie de Vincent de Beauvais à côté d'une lettre écrite de Samarkand par le connétable arménien Smbat.
    Les Mongols écrivent à Saint Louis au moment de sa croisade: ce sont leur conseiller, le moine Siméon, le gouverneur de Perse Eljigideï, puis le khan Hülegü lui-même qui, en 1262, offre son alliance militaire au roi de France, alliance qui se maintiendra pendant un demi-siècle. Tout ceci se situe au moment où va s'ouvrir ce monde oriental resté longtemps inconnu. Les missionnaires, dont l'un, David d'Ashby, avait décrit les moeurs des Tartares, et les marchands vont désormais s'aventurer sur ces routes nouvelles, ouvrant ainsi l'ère des grandes découvertes.

  • Déployés sur quatre continents, les bâtiments construits par Le Corbusier entre 1907 et 1965 n'avaient jamais été embrassés par l'objectif d'un photographe aussi attentif à leur présence dans le paysage qu'au grain fin de leur texture. Pendant près de dix ans, Richard Pare a arpenté les routes du monde, sachant ouvrir les portes des édifices inaccessibles au public et de ceux voués au secret de l'intimité familiale.
    L'invention de Le Corbusier apparaît dans toute sa diversité, des chalets suisses subvertis par l'Art nouveau, qu'il construisit encore presque adolescent, aux grands portiques de béton armé du Capitole de Chandigarh, où sa production tend au monument. Tel cette promenade architecturale à laquelle il a attaché son nom, le récit visuel conduit des intérieurs poétiques des villas puristes et de la pénombre des églises de Ronchamp et de La Tourette aux étendues écrasées de soleil du Pendjab.
    Nulle image idéale ou hiératique dans les vues de ces quelque soixante bâtiments, car Richard Pare a su saisir le jeu des saisons et des cycles quotidiens, et révèle combien l'usage - parfois sacrilège - et l'usure du temps ont patiné le bois, la brique et jusqu'au béton, dont les souffrances muettes sont mises à nu.

  • Les croisades ! Le mot est aujourd'hui utilisé en toute occasion.
    Pourtant que savons-nous vraiment de ce formidable mouvement qui démarra voici neuf siècles, à l'appel du pape Urbain II ? Des dizaines de milliers d'hommes se lancèrent dans une première expédition dont les objectifs ne sont pas toujours clairs. Il fallait sans doute exporter la violence que les combattants entretenaient dans le monde occidental, mais un but spirituel guidait surtout les hommes de guerre qui endossaient la croix pour partir à la conquête des Lieux saints.
    Ensuite porter secours aux royaumes chrétiens d'Orient devint une obligation. Plusieurs croisades prirent la direction de la Terre Sainte non sans des exactions dont pâtirent aussi les habitants de Constantinople pourtant frères en Christ de leurs attaquants. Le Maghreb connut son lot d'agressions, en Tunisie, où Saint Louis s'illustra, à défaut d'avoir pu aller plus loin vers l'Orient. Ce livre raconte donc une histoire trop souvent mythifiée.
    Il reconstitue avec précision une aventure collective qui, pour le meilleur ou pour le pire, rapprocha les habitants des rives de la Méditerranée.

  • Plèbe et patriciat sont deux catégories fondamentales de la Rome antique, que les sources littéraires (Cicéron ou Tite-Live par exemple) ainsi qu'une grande partie de l'historiographie ont longtemps présentées comme consubstantielles à l'histoire de cette cité. Publié pour la première fois en 1978, ce livre entreprend précisément de rendre ces catégories à leur histoire, d'en montrer la lente construction et l'élaboration définitive au début de la République romaine. Centré sur la Rome royale et le début de la République, l'ouvrage étudie la formation et le développement de la population romaine, démontrant l'inanité des théories ethniques ou religieuses à ce sujet. Ce faisant, il invite à considérer plèbe et patriciat pour ce qu'ils sont : des catégories socio-politiques. J.-Cl. Richard a ainsi ouvert des perspectives nouvelles sur les conflits politiques de la Rome royale et du début de la République. Cette nouvelle édition est enrichie d'un avant-propos inédit de l'auteur, d'une postface et d'un addendum bibliographique.

empty