Sciences humaines & sociales

  • Arthur fut-il un chef de guerre celte combattant, vers 600, les envahisseurs anglo-saxons de la Grande-Bretagne, ou bien une divinité païenne, assimilée par sa force colossale à l'ours ? Les historiens peinent à répondre. Ce n'est, en effet, qu'à partir du ixe siècle qu'Arthur devient un personnage « historique » dont les chroniques latines font un paladin de la résistance des Bretons de l'île contre les Germains venus du continent. Trois siècles plus tard, Arthur devient, outre le roi de la Grande-Bretagne, le conquérant du nord de l'Europe. La légende connaît ensuite un engouement sans précédent dans le nord de la France. Chrétien de Troyes et d'autres romanciers la reprennent dans leurs fictions peuplées de fées, ogres et autres nains. Merlin l'Enchanteur et les chevaliers de la Table ronde y occupent les premiers rôles.
    En revisitant la légende arthurienne, Martin Aurell explore le terreau social où elle naît et se développe. Croisant fiction et réalité, il traque l'instrumentalisation politique et religieuse d'un récit imaginaire populaire, mais bien ancré dans la plus réelle des histoires.

    Professeur d'histoire médiévale, directeur de la revue Cahiers de civilisation médiévale, Martin Aurell est l'auteur de L'Empire des Plantagenêt (1154-1224), Des Chrétiens contre les croisades XIIe - XIIIe siècle et Le Chevalier lettré. Savoir et conduite de l'aristocratie aux XIIe et XIIIe siècles.

    Nouvelle édition revue par l'auteur.

  • En épousant Aliénor d'Aquitaine en 1152, le jeune héritier du trône d'Angleterre Henri II étend son influence sur le continent : de l'Ecosse aux Pyrénées, de l'Irlande au Limousin, l'empire Plantagenêt vient de naître. En trois générations, de 1154 à 1224, il va s'imposer sur l'échiquier européen comme un partenaire aussi inévitable que menaçant. Mais durer ne sera pas la moindre de ses difficultés : cet assemblage de comtés, marches et autres duchés sera sans cesse en rébellion, d'autant que, par serment, le Plantagenêt est à jamais le vassal du roi de France. En s'entourant d'une cour brillante composée de clercs savants qu'il a fait venir à prix d'or en Angleterre, Henri II met en place un Etat fort et centralisé pour cimenter cet espace politique disparate : quoi de commun en effet entre les Bretons et les Aquitains ? Mais ce n'est pas là tout le génie politique d'Henri II. En s'offrant les plus belles plumes de l'époque, il fabrique la légende Plantagenêt, réécrit l'histoire familiale, s'invente des ancêtres aussi improbables qu'Arthur, le célèbre roi celte. Bientôt, dans toutes les cours de ses principautés, on chantera les louanges du maître et la fierté de le servir aiguisera l'affrontement contre le Capétien.Et pourtant, les Plantagenêt sont aussi l'exemple d'une humanité impossible : les coulisses du pouvoir of-frent le spectacle d'une famille déchirée, soudée par la haine et dont les fils - Richard Coeur de Lion ou Jean sans Terre - sont prêts à tuer le père pour sauver leur mère Aliénor répudiée. Ce combat des Atrides qui inspirera trois siècles plus tard les plus belles pages à Shakespeare est féroce. L'impopularité du meurtre de l'archevêque Thomas Becket, assassiné à Canterbury par quatre chevaliers zélés jette défini-tivement l'opprobre sur la famille. En 1224, la veuve de Jean sans Terre livre à Philippe Auguste le Poitou sonnant le retrait de l'Anglais sur le sol continental : le dernier Plantagenêt, Henri III, y conserve la Gas-cogne, autant dire une peau de chagrin.

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